Part 13
Elle m'a respondu qu'elle espéroit qu'il n'uzeroit sinon honnorablement vers elle, ainsy qu'elle ne luy avoit jamays donné occasion de fère aultrement, et que, suyvant cella, elle procèderoit aussy avec droicture et honneur vers luy; et qu'elle me prioit de croyre que la nuée, que je craignois, estoit passée, car plusieurs choses estoient depuis intervenues qui avoient faict oublier tout cella; et que, le jour précédent, ung des siens luy avoit dict que, possible, avoit elle faict difficulté de l'espouser, parce que lors il n'estoit pas Roy, et qu'à présent, qu'il estoit double Roy, elle s'en debvoit contanter: à quoy elle avoit respondu qu'il avoit esté tousjours Royal, et qu'une chose, plus haute que les couronnes, y avoit mis l'empeschement, c'estoit la religion, laquelle faysoit qu'on layssoit le monde pour suyvre Dieu; et que l'ung ny l'autre n'y debvoient avoyr regret. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIe jour de juing 1574.
MÉMOIRE PARTICULIER, baillé au Sr de Sabran, pour dire, de vive voix, à la Royne.
Le Sr de Sabran retiendra en mémoire les principaulx poincts de la dépesche pour en pouvoir satisfaire la Royne.
Luy dira que les affections sont fort changées par deçà, qu'ils creignent à merveilles que le nouveau Roy soit mal incliné vers eulx, et qu'il se laysse du tout posséder à ceulx de son party, qu'ils réputent leurs ennemis; et qu'il opprimera ceulx qui conseilleroient l'intelligence et confédération d'entre ces deux royaulmes; et qu'il entrera facilement en quelque obligation avec le Pape et le Roy Catholique contre ce royaulme.
Outre cella, ils le tiennent pour un irréconciliable ennemy de ceux de leur religion, dont les plus passionnés mettent peine de bander ceste princesse contre luy, et de la rendre, de jour en jour, plus piquée du mespris et reffus qu'ils luy représentent qu'il a faict d'elle, et de lui imprimer beaucoup de deffiance de la Royne Mère; de sorte qu'à très grande difficulté a l'on pu rompre, jusques icy, les délibérations, à quoy l'on l'a volue pousser, de se déclarer ouvertement pour les eslevés;
Qu'il est bien certain que toutes les délibérations de ce conseil ont toujours esté de ne rompre jamais avecques le feu Roy, et elle ne le voulloit nullement faire, et a tenu la main que l'entreprinse de Montgommery n'a poinct eu de suitte; et monstre, par tous ses propos et démonstrations, qu'elle n'a esté, du vivant du feu Roy, jamais participante d'aucune pratique par delà, qui fût contre luy, ny contre la Royne, ny contre leurs affaires. A ceste heure, la mutation de règne a admené beaucoup d'escrupules et mutation de volonté.
Et, quant aux pratiques avec Monseigneur le Duc, il n'est possible d'ouyr rien, plus esloigné de toute apparance de mal, que ce que ceste princesse monstre juger de ses délibérations; et parle en termes si exprès de la sincérité sienne, et d'avoir en exécration non seulement les actes, mais les pensées, s'il en avoit jamais eu pas une contre son frère, ny contre sa mère, ny tendant à troubler leurs affères, que non seulement elle le rend infiniment bien justiffié, mais monstre sentir bien fort qu'on l'ayt eu, ny qu'on l'ayt suspect; et ne dissimule sa collère et menasses là dessus, ains semble qu'elle y va un peu plus expressément que n'est accoustumé en affaires d'autruy;
Qu'à ceste heure, les plus protestants monstrent de chercher la réconciliation de ceste princesse avec le Roy d'Espagne, et se rengent avec ceux, qui sont, icy, de ce party là; ce qui donne le plus d'obstacle aujourdhuy à ces choses de France, en ce Royaulme. Dont, sans quelque nouveau moyen, sera impossible de les y pouvoir plus maintenir à la réputation de ces six ans passés. Et pourtant faut incister à quelque honneste présent, dès ceste heure, pour le comte de Lestre et milord de Burgley, et pour quelque pension, à l'advenir; car c'est par là qu'on destournera les mauvaises intentions et délibérations de deçà;
Que les advis continuent de venir, de divers bons lieux et asseurés, que le Roy d'Espaigne mène chaudement la praticque d'avoir le Prince d'Escosse entre ses mains; et que son armée a expressément charge de tenter si cela se pourra effectuer. A quoy il est nécessaire de voir de quelle façon il y faut pourvoir.
CCCXCe DÉPESCHE
--du premier jour de juillet 1574.--
(_Envoyée exprès à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Délibération des seigneurs du conseil.--Proposition de renouer l'alliance avec l'Espagne.--Interruption des armemens.--Plaintes des agens anglais, qui sont à Paris, des soupçons dirigés contre eux.--Mécontentement de Leicester à raison de la méfiance qui lui est témoignée.--Nécessité de dissimuler les sujets de plaintes que l'on peut avoir en France contre l'Angleterre.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher les représailles des Anglais sur mer.--Affaires d'Écosse.
A LA ROYNE, RÉGENTE.
Madame, deux jours après que j'ay eu parlé à ceste princesse, elle a rassemblé ceulx de son conseil pour leur proposer ce que je luy avoys offert, de la part de Vostre Majesté, de la continuer en celle mesmes bonne amityé et confédération du Roy, à présent, vostre filz, que le feu Roy, son frère, luy avoit jurée; et, ayant ceulx du party d'Espaigne concouru à l'assemblée, ilz n'ont failly de représanter pareillement l'offre que le Roy Catholicque luy faysoit de renouveller aussy, avec elle, l'ancienne allience de Bourgoigne; et mesmes ont atiltré des lettres et adviz, qu'ilz disoient venir freschement d'Espaigne, pour monstrer qu'il ne y avoit, en tout l'appareil de dellà, rien de pourpensé ny de dellibéré contre l'Angleterre. Dont, après plusieurs allées et veneues devers leur Mestresse, et de leur Mestresse vers eulx, elle, enfin, par leur advis, a ordonné que son armement ne passeroit plus oultre, et que la dépance cesseroit; néantmoins que l'appareil demeureroit en l'estat qu'il est pour s'en servir en ung soubdain besoing, si, d'avanture, il survenoit, et qu'on ne mettroit, pour ceste heure, dehors que deux de ses grands navyres pour garder l'embouchure de la Tamyse, de façon que, le jour d'après, il a esté envoyé, de par elle, descharger les habitans de ceste ville du nombre des marinyers et des quatre centz soldats qu'ilz estoient cothisés de bailler, et mandé le semblable ez aultres lieux et villes de ce royaulme; et de mettre en suspens tout ce qu'on leur pourroit avoyr commandé d'extraordinayre, oultre les monstres généralles, lesquelles, de nouveau, elle leur a enjoinct de les continuer, et les parachever, en la plus grande dilligence que fère se pourra.
Et a la dicte Dame concédé au Sr de Sueneguen et à Goaras de pouvoir aller attandre, à Porsemmue, le passage de l'armée pour pourvoir à ce qu'ilz jugeroient, ou qui leur seroit mandé d'y préparer pour la rafreschir, sans toutesfoys ottroyer aulcune descente, aulmoins qui puisse excéder le nombre de cinquante personnes à la foys. De laquelle nouvelle dellibération vous proviendra aulmoins ce soulagement, Madame, que toute la frontière, de ce costé, sera moins travaillée, et en plus de seureté, attandant le retour du Roy, vostre filz; et se fût peu traicter d'aultres choses avec ceste princesse aussy utilles en ce temps, si, de la mesme façon que m'aviés tousjours commandé de la temporiser doulcement, et de luy interrompre de loin, sans l'offancer, ce qu'elle pouvoit avoir de malle impression et de maulvaise praticque contre le présent estat de voz affères, il vous eût pleu la manyer de mesmes doulcement, et ne monstrer de l'avoyr si suspecte, et ses ambassadeurs, et ne les fère si soigneusement observer, comme le jeune Quillegreu s'en est plainct par deçà; ne layssant toutesfoys de luy rompre ses menées en celle bonne façon et ouverte qu'envoyastes uzer à ses dictz ambassadeurs par Mr Pinart, qui fut fort honnorable. Et peut bien estre, Madame, que le dict Quillegreu s'est plainct icy à tort.
Néantmoins, après son retour, le Sr de Walsingam m'a fait sçavoyr, par le Sr de Vassal, lequel j'avoys envoyé vers luy, que sa Mestresse, voyant que Vostre Majesté avoit prins ceste grande deffiance d'elle, et que touts les siens estoient ouvertement remarqués pour très suspects en vostre court, et n'y estoient nullement bien veus, qu'elle avoit changé d'opinyon de vous envoyer le gentilhomme, qu'elle avoit desjà faict apprester pour vous aller fère sa condoléance de la mort du feu Roy, vostre filz, et qu'elle n'attandoit sinon l'arryvée du cappitaine Leython pour, incontinent après, escripre à son ambassadeur qu'il s'acquitât, le mieulx qu'il pourroit, de cest office.
Et le comte de Lestre, auquel j'avoys aussy, par le mesme Sr de Vassal, envoyé communicquer l'honneste mencion, que Vostre Majesté faysoit de luy, en la lettre que le dict Quillegreu m'avoit apportée, après avoyr uzé d'ung très humble mercyement, monstrant d'avoyr le cueur très élevé et plein de despit, m'a mandé qu'oncques n'avoit esté faict ung plus grand tort, ny une plus grande injure à gentilhomme qu'à luy, de l'avoyr eu suspect: car juroit à Dieu, le Créateur, qu'il n'avoit jamays faict, ny pensé de fère, ny consenty à chose quelconque, qui, près ny loing, peût mériter cella, ny pareillement les siens; lesquels, et luy, à leur exemple, s'estoient toujours monstrés parciaulx, jusques à exposer leurs vyes pour la couronne de France; et qu'il sçavoit combien de grands ennemys, dans ce royaulme, et quels plus grands, dehors, il s'estoit acquis, pour avoyr incliné et faict incliner les choses de deçà à la dévotion de Voz Majestez Très Chrestiennes; dont il en recevoit, à présent, ung très maulvais loyer: et qu'il vous supplioit aulmoins de croyre, si estimiés qu'il y eût d'honneur en luy, que pour chose du monde il n'eût envoyé Quillegreu en France, s'il eût pensé qu'il y eût deu fère quelque praticque, ny ung seul semblant d'y praticquer rien contre l'intention et le playsir de Vostre Majesté; et qu'il chercheroit l'opportunité de parler à moy, pour me déduyre davantage l'extrême marrisson, qu'il sentoit dans son cueur, de la mauvèse opinyon que vous aviés prinse de luy.
Sur quoy, Madame, si avez desir de conserver au Roy, vostre filz, l'intelligence et confédération de ce royaulme, je vous supplye très humblement de couvrir et modérer, aultant qu'il vous sera possible, bien que non de déposer du tout, la grande meffiance qu'avez monstré d'avoyr de ceste princesse, de peur que, la mettant en désespoir de vostre amityé et de celle du Roy, elle n'entre ouvertement en ligue avec les Protestantz et eslevez, et qu'elle ne se réunisse avec le Roy Catholicque, comme elle en est infinyement recherchée; et pour le regard du comte de Lestre, qu'il vous playse le gratiffier, ainsy que je le vous ay naguyères escript, affin de conserver, icy, par son moyen, et pareillement en Escoce, les choses qui appartiennent au service de Voz Majestez, et espargner, possible, par ung petit présent, l'occasion d'une très grande despence, qui vous pourroit survenir, si ce royaulme se changeoit contre vous; à quoy il peut, plus que nul aultre, obvier: et que, par quelques bonnes lettres, de vostre main, à la dicte Dame, et au dict comte, et pareillement au grand trézorier, il vous playse radoulcyr leurs espritz.
J'ay commancé et continueray de débatre fort vifvement la permission, qu'ilz veulent octroyer, icy, à leurs subjectz, de se revancher, sur mer, des violences et déprédations que les Françoys leur ont faictes; mais le grand manquement, non de provisions de justice, mais d'exécution d'icelles, qu'ilz disent que leurs dictz subjectz trouvent en France, me mect souvant à ne sçavoyr que leur réplicquer; et je voy bien qu'ilz vuellent, par là, entrer en occasion de noyse avecques nous.
J'entendz que quinze ourques, chargées de vivres et de monitions, se sont desrobbées de l'armée d'Espaigne pour se retirer par deçà, lesquelles l'on n'a trouvé bon que restassent icy, et sont passées en Ollande.
Me Quillegreu a escript, d'Escoce, que les choses s'y maintiennent assez paysibles soubz le prétandu régent, lequel a affermy beaucoup son authorité par le moyen d'aulcuns principaulx de la noblesse, qui se sont racoinctés à luy, et mesmement du comte d'Hontelay, à qui il mande qu'il est en termes de luy remettre les sceaulx et l'estat de chancellier du royaulme. J'ay, par deux foys, adverty Vostre Majesté, et ceste cy sera la troysième, comme il se praticque de mettre le jeune Prince d'Escoce entre les mains du Roy d'Espaigne; et maintenant l'on vient de me confirmer, de rechef, qu'il n'y a rien qui se mène plus chaudement que cella. Et sur ce, etc.
Ce Ier jour de juillet 1574.
CCCXCIe DÉPESCHE
--du IIIe jour de juillet 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Retour du capitaine Leython.--Prise de Saint-Lô par les catholiques.--Exécution de Montgommery.--Résolution arrêtée en Angleterre d'engager le prince de Condé à entrer en France avec une armée, et de lui fournir secrètement des secours.--Dispositions des réfugiés à passer en armes en France.--Reproche fait à Marie Stuart d'être en intelligence avec le roi d'Espagne.--Résolution des Anglais d'user de représailles sur mer; déclaration de sir Arthur Chambernon que, sur le refus de la reine régente de faire droit à ses réclamations, il a chargé son fils de se payer lui-même sur les navires français qu'il pourrait prendre.--Mandement donné à l'ambassadeur pour recevoir une communication des seigneurs du conseil.--Plaintes des Anglais au sujet des prises faites par les Français.--Demande d'audience.--Refus de la reine de recevoir l'ambassadeur en cette qualité.--Résolution de l'ambassadeur de ne plus paraître à la cour.--Vive instance pour qu'il lui soit envoyé un successeur.
A LA ROYNE, RÉGENTE.
Madame, le dernier jour du passé, le cappitaine Leython est arryvé devers la Royne d'Angleterre, à Grenvich, duquel lieu, dans bien peu d'heures après, elle est partie pour aller à Richemont, où elle séjournera six jours, et de là s'acheminera en son progrès vers Bristo. J'espère la voyr demain, sur l'occasion de voz dernières dépesches, du XXe et XXIIIIe du passé, et mettray peyne de bien notter comme elle aura esté satisfaicte du rapport que le dict cappitaine Leython luy a faict. Ceulx qui sont, icy, les principaulx entre les Protestantz, ont fort senty, et sentent grandement la prinse de St Lô, et l'exécution du comte de Montgommery. Et les ministres françoys, mesmement Villiers, joinct à luy l'agent du comte palatin, et celluy du Duc de Saxe, et celluy du prince d'Orange, ont esté, depuis cella, fort fréquents en ceste court; mesmes, mardy dernier, XXVIIIe du passé, ilz furent, cinq grosses heures, en estroicte conférance avec quatre de ce conseil; et, le lendemain, l'on m'assura qu'il y avoit esté déterminé que le Prince de Condé entreroit résolument en France avecques forces; et qu'il seroit assisté, d'icy, soubz main, sans que ceste princesse s'en meslât, et qu'on feroit en sorte qu'elle n'empêcheroit poinct qu'on ne trouvât du crédict en ceste ville pour la dicte entreprinse, pendant que la dicte Dame s'esloigneroit en son progrès; et depuis, a esté depesché ung Labrosse devers le dict Prince. J'entendz que, de ceste court, mais je ne sçay encores de quelle main, luy sera envoyée une espée et une dague, fort richement garnyes, pour l'encourager à la superintandance de ceste guerre pour la cause de la religyon, ainsy que son feu père l'avoit.
L'agent du prince d'Orange est souvant avec le vydame de Chartres, et luy faict ordinayrement tenir des lettres de son maistre, et semble que le dict sieur vydame s'employe en ce qu'il peut pour luy. Les cappitaines Barrache, Limons, La Roque, et quelques aultres françoys, jusques à six ou sept vingts, naguyères revenus de Ollande, sont, depuis quatre jours, allez vers l'Ouest en intention de s'embarquer où ilz pourront, pour passer à Carantan. Il est vray que, parmy eulx, se parloit de la difficulté et du danger qu'il y auroit à se jetter dedans, dont la pluspart inclinoient de s'en aller à la Rochelle, et je croy qu'ilz auront prins celle route. Néantmoins j'ay escript à Mr de Sigoignes qu'il advertît Mr de Matignon de leur dellibération.
Me Quillegreu a escript qu'il avoit descouvert, en Escosse, comme le Roy d'Espaigne avoit une fort secrette, et néantmoins fort grande intelligence avec la Royne d'Escosse: ce que je pense qu'il a faict, tout à poste, pour anymer la Royne d'Angleterre à parachever son armement, affin de l'employer contre le dict Roy d'Espaigne, car il est merveilleusement affectionné au dict prince d'Orange. Néantmoins icelluy armement a cessé, et ne paroistra nullement en mer contre l'armée d'Espaigne, bien que le Sr Boyssot, gouverneur de Fleximgues, lequel est passé, depuis huict jours, avec sa femme par deçà, comme pour s'y venir esbattre, ayt négocié plusieurs choses fort secrettement avec les seigneurs de ce conseil; mais ne se sçait encores ce qu'il a impétré. Goaras a trouvé moyen, soubz le nom de quelque aultre, de le fère mettre en prison, pour certeynes pleinctes et déprédations prétandues contre luy, mais il a esté incontinent mandé de ceste court qu'on l'eût à relaxer, sans ung seul denier de frayx; de quoy le dict Goaras se sent fort offancé. Néantmoins le dict advertissement de Quillegreu a esté cause qu'on a envoyé quérir ung Amelthon, précepteur des jeunes enfantz du comte de Cherosbery, pour l'examiner sur ceste intelligence de la Royne d'Escoce avec le Roy Catholicque, ny s'il sçayt qu'elle ayt receu, ny qu'elle reçoyve, de nulle part, aulcuns chiffres.
Il semble que ceulx cy se résolvent d'envoyer trois ou quatre navyres pour réprimer aulcuns vaysseaulx françoys, qui pillent, sur mer, les subjectz de ce royaulme; et sir Artus Chambernon m'a escript que, vue la froyde responce que Vostre Majesté avoit faicte sur son affère à l'ambassadeur d'Angleterre, après celle tant bonne que le feu Roy, vostre filz, luy en avoit mandée auparavant, qu'il a remis la debte du comte de Montgommery à son filz, lequel adviseroit maintenant de s'en payer le mieulx qu'il pourroit sur les Françoys. A quoi je m'opposeray, Madame, aujourdhuy vers les seigneurs de ce conseil, qui m'ont envoyé prier de me trouver, à troys heures après midy, en la maison de milord Quipper, où ilz seront toutz assemblés pour me fère entendre aulcunes choses que la Royne, leur Mestresse, leur a donné charge de me déclarer; de quoy je suis bien en peyne que ce peut estre; mais j'espère que Dieu me fera la grâce de leur respondre comme il conviendra pour le service du Roy et vostre. Et sur ce, etc.
Ce IIIIe jour de juillet 1574.
PAR POSTILLE.
Pendant que j'ay faict mettre au net la présente, j'ay esté devers les susdictz seigneurs du conseil, qui m'ont faict une assez rude déclaration touchant la pleincte de leurs subjectz; dont je vous manderay, Madame, par mes premières, comme le tout a passé entre nous. Et voulant desjà clorre le pacquet, le Sr du Vassal, qui estoit allé pour mon audience à la court, et à qui j'avoys donné charge de sçavoyr résoluement comme je y serois receu, m'a rapporté, de la part du comte de Lestre, que la Royne, sa Mestresse, me mandoit que je serois le bien venu quand il me playroit; et que je sçavoys bien ce qu'elle n'avoit dict dernièrement, qu'encor que ma légation fût expirée, qu'elle ne layrroit de traicter avecques moy comme avec ung gentilhomme françoys, ministre du Roy, mon Maistre, lequel, avoit bien agréable, mais qu'elle ne pouvoit, en façon du monde, me recevoyr plus comme ambassadeur, jusques à ce que j'eusse nouvelle commission du Roy, qui est à présent. Sur quoy je me suis arresté, et suis tout résolu, Madame, de ne fère tant de préjudice à la grandeur du Roy, vostre filz, et à la vostre, ny tant d'indignité à la charge qu'on m'a veu exercer, icy, les six ans passés, que d'y aller maintenant en aultre qualité, dont vous plerra adviser de quelque expédient. Et s'il vous playsoit fère venir mon successeur, pour estre quelques moys, icy, agent, pendant que les lettres du Roy, vostre filz, luy arryveroient pour estre ambassadeur, nous conduyrions, par ensemble, la négociation ung espace de temps; et puis je la luy layrroys, au partyr, si clère et nette, qu'il ne s'y sentiroit aulcune mutation, sinon possible en mieulx, en ce que, mieulx que moy, il pourroit fère. Et vous pléra, Madame, pourvoyr promptement à ce faict, de peur que les affères de Voz Majestez ne reçoyvent quelque détriment, par faulte de personnage qui les puisse aller négocier avec la dicte Dame.
CCCXCIIe DÉPESCHE
--du VIIIe jour de juillet 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_).
Déclaration faite à l'ambassadeur, en conseil, que la reine a pris la résolution de permettre à ses sujets d'user de représailles sur mer contre les Français.--Protestation qu'elle ne veut pas pour cela abandonner l'alliance, ni faire acte d'hostilité.--Regret témoigné par l'ambassadeur de ce que des excès ont été commis sur mer, et par les Français et par les Anglais.--Son desir qu'il y soit remédié conformément au traité.--Ses plaintes contre les secours donnés, depuis le commencement des guerres civiles, aux révoltés de France.--Ses remontrances à raison des prises faites par les Anglais.--Protestation de sa part qu'il prendra toute autorisation de représailles comme une infraction au traité d'alliance.--Déclaration du conseil qu'il en sera référé à la reine.--Ordre donné de mettre tous les navires en mer.
A LA ROYNE, MÈRE DU ROY, RÉGENTE.
Madame, ayant, jeudy dernier, esté appellé en la mayson de milord Quipper par les principaulx de ce conseil, j'ay trouvé qu'il y en avoit neuf des principaulx desjà assemblez et assis, lesquels m'ont assez bien receu; et s'estantz remis, chascun en sa place, et m'ayantz, ainsy que de coustume, donné celle du premier lieu, ilz ont esté quelque temps en silence, comme s'ilz attandoient que j'ouvrisse le propos; mais voyantz que je ne sonnois mot, milord Quiper et milord trézorier m'ont dict que la Royne, leur Mestresse, avoit ordonné que aulcunes choses, qui estoient d'assez d'importance, me seroient déclarées en ceste assemblée; lesquelles ilz me prioient de les vouloir ouyr de Me Smith.
Et tout aussytost, s'estant le dict Me Smith levé, il m'a, avec ung peu d'apparat, dict que les grandes et fréquentes plainctes, qui, depuis ung an, estoient venues, et venoient encores tous les jours à la dicte Dame, des déprédations, volleries, meurtres et rançonnementz que les subjectz de ce royaulme souffroient, en mer, par les Françoys, et mesmes bien freschement de celles que deux navyres de guerre, qui s'avouoient au Roy, l'ung nommé le _Prince_ et l'autre l'_Ours_, exécutoient sur eulx, et le peu de justice qu'ilz trouvoient en France ez officiers de sur les lieux; lesquelz, encor que le Roy et les seigneurs de son conseil ordonnassent souvant de bonnes provisions, ilz les mesprisoient, et ne tenoient compte de les exécuter, et layssoient intimider devant eulx, injurier, battre, mutiller et meurtrir ceulx qui en alloient fère la poursuyte, sans qu'on leur eût encores jamays veu fère punition d'ung seul pirate, ny une seule restitution, bien que la dicte Dame en eût faict addresser ses pleinctes fort souvant par moy mesmes, et ordinayrement par ses ambassadeurs, à Voz Très Chrestiennes Majestez, et se fût mise en tout debvoir de punir, de son costé, ceulx de ses subjectz qui avoient troublé la mer, et donné toute satisfaction aulx Françoys;