Part 11
Mais que j'avoys bien à me plaindre de ce que ses dicts ambassadeurs vous avoient dict que j'avoys promis, de vostre part, aulcunes choses en cella, icy, à elle, que, puis après, vous n'aviez pas accomplyes; et que je la priois de se souvenir comme, par une lettre que je luy avoys monstrée, là dessus, de la Royne, vostre mère, elle luy avoit mandé qu'après que le procès seroit faict et parfaict aux dictz de Couconnas et de La Molle, elle luy feroit entendre le tout, non qu'elle luy eût promis de luy envoyer le dict procès, car ce n'estoit chose digne de sa grandeur, ains c'estoient actes secretz de vostre court de parlement, où, possible, plusieurs aultres se trouvoient defférez, qui n'estoit loysible de les réveller; mais que, bientost après, je luy estois allé dire comme iceulx Couconnas et La Molle avoient librement confessé d'avoyr voulu suborner Monseigneur le Duc, et le Roy de Navarre, pour les distrayre d'avec Voz Majestez, et d'avoyr, à cest effect, faict atiltrer des chevaulx, et ordonné des rendez vous, pour les transporter en quelque lieu, hors de la court; et que eulx mesmes s'estoient jugés dignes de plus rigoureuse mort que celle qu'on leur faysoit souffrir: qui estoit bien luy donner, à elle, ung très ample compte de leur condampnation; mais que je layssois ce propos pour luy dire que ses bonnes démonstrations vous rendoient si parfaictement assuré de sa bonne et droicte intention vers vous, qu'il faudroit bien qu'il vous advînt beaucoup de mal, du costé d'elle, et qu'elle se déclarât, à bon escient, contre vous, premier que vous peussiés croyre qu'elle se voulût déterminer de vous nuyre ou de vous offancer;
Et pourtant que vous la priés de vous esclarcyr franchement d'ung advertissement, qu'on vous avoit donné, qu'elle mettoit présentement ses grands navyres de guerre dehors, avec les barques pour les suyvre, soubz prétexte d'assurer sa coste, au passage de l'armée d'Espaigne, et que, n'estant la dicte armée si preste à passer, l'on vouloit inférer que son armement s'addressoit contre vous, en faveur des eslevez de vostre royaulme;
Et qu'à cest effect elle avoit, depuis naguyères, envoyé secrettement recognoistre et figurer les portz et advenues de Normandye et Bretaigne, et que l'on vous vouloit mettre en grande souspeçon d'elle, mais que vous ne le feriés pas, ains croyriés ce qu'elle vous en manderoit, et vous en reposeriés en sa parolle.
Puis luy ay adjouxté ce qu'aviés ordonné pour les plainctes de ses subjectz, et l'offre que faysiés d'aulcuns vaysseaulx de conserve avec ceulx que, par commune intelligence, elle voudroit envoyer, de sa part, pour tenir la navigation seure.
Et, pour la fin, luy ay compté des bons exploictz que voz cappitaines, et chefz de guerre, alloient exécutant en la Gascoigne, Poictou et Normandye, pour réprimer les eslevez, et pour réduyre aulcunes places, qu'ilz avoient prinses, à vostre obéissance.
La dicte Dame, se trouvant très contante de tout le propos, m'a respondu qu'elle avoit ung grand plésir que la légation du cappitaine Leython vous fût agréable, et qu'à ceste intention l'avoit elle, d'ung cueur pur et entier, très volontiers dépesché; et se donnoit honte que, plus tost, elle ne vous eût envoyé visiter en vostre malladye, attandu que, du succès d'icelle, venant Vostre Majesté à convalescence, ce luy estoit le plus souverain contantement qu'elle pouvoit desirer; et, au contrayre, s'il vous mésadvenoit, c'estoit le plus grand ennuy et le plus grand trouble qu'elle pourroit sentir au monde: dont pouviés croyre qu'elle prioit Dieu dévotement pour vostre longue et heureuse vye, et juroit que nulle aultre personnage, de toute la terre habitable, elle préféroit à vous à le desirer tenir la couronne de France. Et s'est curieusement enquise des accidans de vostre maladye, et qu'elle sera tousjours en frayeur jusques à ce qu'elle entendît que vostre santé soit bien confirmée; que, au regard de ses offres, elle les vous confirmoit, de rechef, en tout ce que estimeriés estre bon et honneste de l'employer, pour la conservation de vostre authorité.
Et, touchant les propos qu'elle vous avoit faict tenir, de Monseigneur le Duc, elle espéroit que vous auriés bien cognu qu'ilz ne tendoient qu'à l'honneur de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et à celle de vostre mayson, et à garder bien entière la réputation de vostre frère, dont nul justement en pouvoit fère sinon une bonne et saincte interprétation; que de ce, qu'elle vous avoit faict toucher du comte de Couconnas et de La Molle, que j'excusasse si ses ambassadeurs en avoient ainsi parlé, car ce avoit esté de son commandement, et que c'estoit pour ne pouvoir rester contante que, à son instance, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, n'eussiés voulu supercéder, huict jours, leur exécution, car, possible, eussiés vous apprins des choses que vous ne sçavez pas, et qu'elle pense que vous ne les sçaurés jamays;
Que, de l'armement de ses navyres de guerre, à la vérité, elle avoit commandé d'en mettre douze dehors, à cause de l'armée du Roy d'Espaigne; puis, que, sur les lettres qu'il luy en avoit escriptes, elle luy avoit accordé le passage libre, et l'entrée et refraychissement dans ses portz, dont ne se vouloit trouver désarmée à un tel advènement, comme ce n'estoit pas aussy la coustume des princes; et aussy qu'on disoit qu'ung de ses rebelles d'Irlande, nommé Stuqueley, avoit la conduicte de six navyres de la dicte armée, mais qu'elle espéroit bien que le Roy d'Espaigne seroit si sage qu'il ne mouveroit rien contre elle; et qu'elle pensoit que ne fussiés bien adverty du faict de la dicte armée, car entendoit qu'elle seroit bientost à la voylle, et que mesmes, d'ung aultre costé, avant ne fût dix jours, que don Johan d'Austria vous envoyeroit demander son passage par la Bourgoigne, avec l'armée qu'il mène d'Italye, pour les Pays Bas; et qu'elle vous promettoit, sur son honneur, qu'en ordonnant de son appareil, elle n'avoit jamais pensé, ny n'avoit esté faicte une seule mencion des choses de France, ny ce n'estoit qu'imposture et faulceté de vous avoyr rapporté qu'elle eût envoyé recognoistre la coste de Normandye et Bretaigne, car juroit qu'il n'en estoit rien; et que pouviés croyre qu'elle aymeroit mieulx estre morte que si, ez pleins termes d'amityé où elle estoit de présent avecques vous, elle estoit trouvée de vous avoyr uzé ung tel trêt; mais, quand elle en voudroit venir là, qu'elle chercheroit, premier, l'occasion de se départir de l'amityé; et qu'elle vous vouloit bien confesser, tout librement, qu'elle s'estoit mise en estat de pouvoir repoulcer le mal, qu'on luy voudroit fère, plustost que d'estre contraincte de le souffrir;
Que, de l'ordre qu'aviés prins pour les plainctes de ses subjectz, elle vous en remercyoit grandement, et vous prioit qu'avec les provisions de justice, il vous pleût pourvoyr à l'exécution d'icelles, car c'estoit ce dont ses subjectz se plaignoient le plus; et que, touchant les deux chefs de cest article, elle en communicqueroit avec ceulx de son conseil pour, puis après, m'y fère avoyr responce; et qu'au reste elle se resjouyssoit beaucoup des aultres nouvelles, dont luy aviez faict part: que voz cappitaines alloient, avec les armées, réduysant vos provinces, mais qu'elle desiroit plustost que, sans armes, avec une bonne paciffication, vous peussiés réduyre, en union, toutz voz subjectz à la parfaite obéyssance de vostre authorité.
Je luy ay respondu que ses responses estoient si vertueuses, et pleynes d'honneur, que je ne y voulois uzer d'autre réplicque que de l'en remercyer, le plus humblement qu'il m'estoit possible, et de l'assurer que je mettrois peyne d'en contanter bien fort Voz Très Chrestiennes Majestez.
Là dessus, elle m'a très expressément prié de vous présenter, et à la Royne, vostre mère, ses très affectueuses et très cordialles recommandations; et que vous croyés que, sans excepter ceulx mesmes qui, de plus près, vous appartiennent, elle est une de celles, de ce monde, qui plus desire vostre bon portement, et longue vye, et la conservation de vostre grandeur, et la prospérité de voz affères. Et s'estant encores longtemps arrestée à discourir de Vostre Majesté, et des présentz évènementz de France, et des deux prisonniers, et de ce qu'on dict de Mr le mareschal Danville, et aultres particullaritez, auxquelles j'ay mis peyne de luy satisfère le mieulx que j'ay peu, je me suis licencié d'elle. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour de juing 1574.
A LA ROYNE.
Madame, au retour de l'audience, en laquelle j'avoys recueilly les propos que je mande en la lettre du Roy, j'ay trouvé que le Sr de Vassal estoit arryvé, avec les deux dépesches, du XXVIIe et XXXe du passé, en l'une desquelles, me faysant Vostre Majesté mencion de l'ennuy qu'elle sentoit de l'extrémité du Roy, son filz, j'ay soubdain demandé au Sr de Vassal comme il se portoit, et il m'a librement confessé qu'avant qu'il partît, Sa Majesté avoit rendu l'esprit à Dieu; de quoy j'ay esté très profondément attaint, jusques en l'âme, d'ung très mortel regret, pour la perte que j'ay faicte de mon Roy et bon Maistre, et de mon naturel Seigneur, et pour la calamité publicque de son royaulme, qui ne pourra estre que n'en viegne plus grande, et bien fort, pour l'extrême amertume que je sçay bien que Vostre Majesté en sent dans son cueur. Dont, en ung si lamantable accidant, j'ay eu mon recours à Dieu, pour dévotement le supplier que, comme il a faict la mercy, à ce très chrestien prince, de très chrestiennement mourir, qu'il luy playse, Madame, vous administrer une très chrestienne consolation, et vous inspirer, d'en hault, les remèdes qui font besoing, pour subvenir aux grands affères publicques et privés qu'il a layssés en son royaulme.
Le courrier de l'ambassadeur d'Angleterre est bientost après arrivé, qui a porté la confirmation de ceste dollante nouvelle; laquelle, tout aussytost, a esté divulguée partout. Dont est besoing que j'attande, maintenant, vostre procheyne dépesche, et que j'aye faict mon habit de deuil, premier que de retourner vers ceste princesse; affin que, tout par ung moyen, je luy face la condoléance de cest accidant, et que je luy traicte du contenu ez dernières lettres de Voz Majestez, et de celle mesmement que Vostre Majesté luy escript de sa main, ne voulant vous ennuyer, icy, pour ceste heure, Madame, de plus long escript que pour vous assurer que je n'obmettray rien, de tout ce qui se pourra fère, pour retenir tousjours très soigneusement la dicte Dame en vostre amityé. Et sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de juing 1574.
Tout présentement, ceste princesse vient de m'envoyer visiter par ung gentilhomme de sa chambre, et dire que si, sur ma grande affliction du trespas du Roy, Monseigneur, elle peut quelque chose, pour mon bien et consolation, qu'elle me l'offre de très bon cueur; et que, de sa part, elle s'en trouve plus attaincte que de nulle aultre dolleur qu'elle ayt jamays sentye en sa vye, pour avoyr perdu le plus certain et le meilleur, et le plus grand, de toutz les amys qu'elle eût au monde, et qu'elle dellibère de vous envoyer promptement ung gentilhomme pour s'en condouloyr avec Vostre Majesté; et qu'aussytost que le Roy de Pouloigne sera arrivé, elle luy en envoyera encores ung aultre pour renouveller la ligue et l'amytié avecques luy.
L'on me vient d'advertir qu'aulcuns murmurent, icy, d'une descente en Brouage, et que, par lettres, qui arryvèrent, hier au soyr, de Collogne, l'on escript qu'il a esté accordé une levée de quatre mille reytres au prince de Condé.
CCCLXXXVIe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de juing 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
Retard apporté à l'audience demandée par l'ambassadeur.--Discontinuation des armemens.--Montgommery fait prisonnier.--Proposition des seigneurs anglais de renouer la ligue avec l'Espagne.--Nouvelles d'Écosse.--Délibération des seigneurs du conseil au sujet des prises.--Succès remporté en mer par le capitaine Montdurant.--Nouvelles de la flotte d'Espagne.--Crainte conçue en Angleterre.--Décision soudaine de reprendre les armemens.
A LA ROYNE, RÉGENTE.
Madame, au pied de la lettre que je vous ay escripte, du VIIIe du présent, je vous ay faict mencion de l'honneste office que, le jour mesmes, ceste princesse avoit envoyé fère vers moy, sur le trespas du feu Roy, vostre filz, pour me signiffier le deuil et le déplaysir qu'elle en avoit; laquelle a continué, depuis, et continue de monstrer qu'elle le regrette infinyement; et mesmes, ayant envoyé demander à la dicte Dame quand il luy playroit que, sur une dépesche que j'avoys receue de Vostre Majesté, je l'allasse trouver, elle m'a mandé qu'elle me prioit de luy différer ung peu la dolleur, qu'elle sçayt bien qui luy renouvellera de me voyr, et qu'elle sent son cueur si pressé de la première appréhension de cette dolente nouvelle, qu'il ne luy seroit pas possible de supporter, pour encores, celle segonde, qui luy viendra, de la condoléance de Vostre Majesté; et qu'elle partoit expressément de Grenvich, pour s'aller ung peu désennuyer, le mieulx qu'elle pourroit, en une sienne mayson, aulx champs, nommée Avrin, où je pourroys renvoyer, d'icy à troys jours, mon secrettère, et qu'elle me manderoit, lors, quand elle me pourroit donner lieu de la venir voyr. Par ainsy, je remetz, jusques à ce que j'aye parlé à elle, de respondre aulx troys dernières dépesches de Vostre Majesté.
Et vous diray cependant, Madame, que ceste princesse a assemblé, par plusieurs foys, ceulx de son conseil pour dellibérer de ce qu'elle auroit à fère, et comme elle auroit à se comporter en ses présentz affères, après ce grand accidant de la mort du Roy. Dont j'entendz que les advis n'ont esté pareils, et que mesmes ilz sont tombés en deux opinions, qui sont contraires l'une à l'aultre; desquelles, parce que je n'en sçay encores bien au vray les particullaritez, je me déporteray de vous en rien mander jusques à mes premières: Mais je sçay bien qu'après la tenue du dict conseil, l'on a envoyé à Gelingam supercéder l'apprest des navyres de guerre, et mandé à Portsemue de ne brasser plus de vivres, ny cuyre de biscuyts, ny tuer la cher, ny assembler les hommes; mais qu'on ayt à tenir ce qui est desjà préparé de victuailles, et pareillement le roole des hommes, et la somme ordonnée pour les frays de cest armement, en ung estat, tout prest, pour s'en servir en ung soubdein besoing, si, d'avanture, il survient. Ce que je présume bien, Madame, qu'a esté ordonné ainsy, en partye, pour le changement des choses de France, et pour la prinse du comte de Montgommery; mais principallement pour avoyr ceulx, qui portent icy le faict du Roy d'Espaigne, remonstré à ceste princesse que la confédération, qu'elle avoit avecques la France, reste maintenant esteinte par le décès du feu Roy, vostre filz, et qu'ilz respondoient, sur leur vye et sur leur honneur, que, si elle ne vouloit poinct provocquer le dict Roy d'Espaigne, que luy aussy, de son costé, ne mouveroit, en façon du monde, rien contre elle, ains entreroit volontiers aulx termes d'amityé dont il la faisoit tousjours rechercher, et qu'elle trouveroit en luy toute seureté et vérité. A quoy la dicte Dame a monstré d'incliner. Et pensent aulcuns qu'elle n'uzera d'aulcune plus ennemye démonstration à l'armée d'Espaigne, quand elle passera, que de se tenir sur ses gardes, et qu'elle layssera aller à quelque bonne conclusion le renouvellement d'amityé qui se mène entre eulx. A quoy, Madame, il ne seroit honneste et ne peut estre juste qu'on s'y aille opposer; mais j'ay bien regret que aulcuns seigneurs de ce conseil n'ont esté, par Voz Majestez Très Chrestiennes, ainsy que souvant je l'ay requis, aussy obligés de s'affectionner à vostre party, comme le Roy d'Espaigne y a tousjours bien tenu ceulx du sien bien estipendiés.
Me Quillegreu est party pour Escoce, où j'entendz qu'il fera quelque résidence, y estant allé à ses journées. Aulcuns, qui sont icy, bien affectionnés à la Royne d'Escoce, m'ont adverty que, vers le North d'Escoce, l'on s'y est eslevé contre le comte de Morthon, en faveur de leur Royne; et qu'avec quelque secours, qu'on leur pourroit envoyer de France, d'hommes ou d'argent, ilz tiendroient en si grand suspens les Angloys, qu'ilz les garderoient bien de rien entreprendre de notre costé. Je ne sçay encores au vray si l'élévation des Escossoys est certayne, mais je m'en informeray, le plus soigneusement que je pourray, pour le vous mander.
La dépesche, qu'on faysoit, icy, pour Allemaigne, est différée pour quelques jours; néantmoins celluy, qui doibt aller, est commandé de ne s'esloigner, et de se tenir prest. Ceulx de ce conseil incistent que l'ordre que Vostre Majesté a prins par dellà, pour pourvoyr aulx plainctes des subjectz de ce royaulme, s'entende des plainctes du passé, aussy bien que de celles de l'avenir; et mesmement de celle de Me Warcop, gentilhomme, pensionnayre de ceste princesse, lequel estant aymé et favorizé en ceste court, et m'ayant la dicte Dame cy devant plus expressément recommandé sa cause que nulle aultre, dont elle m'ayt jamays parlé, il presse bien fort de luy estre faict rayson. Et m'a l'on adverty que, sur aulcunes aultres prinses qu'aulcuns navyres françoys ont faictes, tout de nouveau, sur des angloys, encor que ceste princesse n'ayt trouvé bon qu'on aye uzé d'aulcun arrest pour cella sur les biens des Françoys, qu'il a esté, néantmoins, donné une secrette permission de s'en revencher sur la mer; de quoy je me pleindray bien fort, si je puis advizer qu'il soit vray.
Je croy que Vostre Majesté a bien sceu comme le cappitaine Montdurant, à qui n'a esté permis d'aller aux isles de Gerzey et Grènesey, s'estant mis sur mer, avec ung navyre d'ung des fuytifs de Dieppe, a combatu le navyre du cappitayne St Martin, et a tué le dict cappitaine, et mené prisonnier le reste des hommes, qui estoient dedans, ensemble le dict navyre; dont entendant qu'il s'apprestoit, de rechef, pour aller s'essayer de descendre à Carantan, j'ay mandé à Mr de Sigoignes qu'il en advertît Mr de Matignon, affin de l'empescher, mais l'on me vient de dire qu'il laysse maintenant ceste entreprinse pour s'en aller à la Rochelle. Et sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de juing 1574.
_Par postille à la lettre précédente._
A peyne ay je eu signé la présente, qu'il m'est venu ung advis, de bon lieu, de ceste court, comme, hier au soyr, y estant arryvé le secrettayre du docteur Dayl, d'ung costé, et des nouvelles d'Espaigne, d'autre; par lesquelles l'on assure que l'armée d'Espaigne partira indubitablement, à la fin de ce moys, avec deux centz cinquante navyres armez, l'assurance que ceste princesse s'estoit cuidé donner de ses affères s'est soubdain convertye en nouvelles souspeçons. Et, nonobstant que le bagage fût desjà party pour aller à Avrin, elle l'a contremandé, et a différé ce voyage pour trois sepmaynes, assemblant incontinent son conseil; à l'yssue duquel l'on a commandé aulx officiers de la maryne d'aller en dilligence accomplir tout ce que, par la première ordonnance, leur avoit esté commandé; et dépesché le comte Dherby pour aller fère la levée d'hommes et maryniers, vers son quartier; et prins les marynniers de ceste rivyère, affin que, dans douze jours d'icy, au plus loing, les susdictz navyres, premiers prestz, puissent sortir; et à milord Sidney de passer promptement en Irlande, avec bonne provision d'argent et avec quelque nombre d'hommes.
CCCLXXXVIIe DÉPESCHE
--du XVIIIe jour de juing 1574.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Nouveau retard apporté à l'audience.--Hésitation des Anglais.--Craintes que l'on doit avoir en France de leurs armemens,--Détail des nouvelles données par l'ambassadeur d'Angleterre de ce qui s'est passé à la cour depuis la mort du roi.--Sollicitations du prince d'Orange auprès d'Élisabeth.--Projet du roi d'Espagne de se faire remettre le prince d'Écosse.--Avis d'une entreprise sur Calais et sur Boulogne.
A LA ROYNE, RÉGENTE.
Madame, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit faict prier, ainsy que je le vous ay mandé par mes précédentes, de ne luy renouveller si tost son extrême regret du trespas du feu Roy, vostre filz, j'ay layssé couler cinq jours entiers sans renvoyer vers elle; et, au sixiesme, luy ayant faict sçavoyr que j'avoys, depuis, receu une segonde et troysiesme dépesches de Vostre Majesté pour luy fère, avec le dict triste accidant, entendre d'aultres propos de satisfaction et d'amityé, qu'elle auroit bien agréables, et dont elle resteroit bien consolée et contante, elle a voulu prendre encores du temps pour dellibérer si elle me debvoit admettre vers elle, ou non; et m'a, de rechef, faict respondre, par le comte de Sussex, son grand chamberlan, qu'elle luy avoit commandé de luy en fère souvenir le matin ensuyvant, affin qu'elle me peût mander quand elle me pourroit bailler son audience. En quoy elle a monstré, ou de se vouloyr revencher du dellay que Vostre Majesté avoit prins d'ouyr son ambassadeur, ou bien qu'elle vouloit attandre des nouvelles de France, ainsy que, bientost après, elle en a receu par Me de Quillegreu; dont ayant encores renvoyé vers elle, elle m'a, ceste troysième foys, mandé que, après demain, je seray le très bien venu. Où, Madame, je mettray peyne de ne luy obmettre rien de ce que, par vos six dernières, du XXVIIe et trentiesme du passé, et du premier, troysiesme, cinquiesme et huictiesme d'estuy cy, il vous a pleu me commander de luy dire. Et noteray soigneusement les propos qu'elle me tiendra, et la façon et substance d'iceulx, affin de vous pouvoir représanter, aultant qu'il me sera possible, de quelle intention et disposition je la trouveray vers Voz Majestez Très Chrestiennes, et vers le présent estat de voz affères.