Part 31
Ce que le dict ambassadeur essaye de faire par toutes les persuasions qu'il peult; et cependant que luy et le marquis de Chetona n'ont peu obtenir passeport pour escripre en Flandres, ilz ont faict que le Sr. Barbarin, gentilhomme florentin, de la troupe du dict marquis, a feinct qu'il luy estoit nécessaire pour sa santé de retourner dellà la mer, dont, ayant pour une si raysonnable occasion obtenu son congé, sans toutesfoys pouvoir pourter aulcunes lettres, ilz luy ont secrectement baillé ces quatre motz d'escriptz «_croyez entièrement le pourteur_» signé des deux, en si peu de papier, qu'il l'a peu cacher en lieu secrect de sa personne; et sa créance a esté que n'y ayant espérance d'accord ez différandz des prinses, bien que le dict marquis se soit miz en debvoir de l'offrir à ceulx cy avec les plus gracieuses, voyre humbles, condicions qu'il a peu, mais se monstrans eulx opiniastres de n'y vouloir entendre, ilz prient le duc d'Alve de ne temporiser plus à leur faire le piz qu'il pourra comme à obstinez ennemis, et qu'il se haste d'entreprendre quelque chose contre eulx, pendant que ces troubles du North sont en vigueur, car ne recouvrera jamais une plus belle occasion; et que le dict marquis se trouve si offancé des indignitez qu'ilz luy ont faictes, qu'il n'a rien en plus grand desir que de s'en venger. Et, despuys le despartement du dict Barbarin, ung aultre gentilhomme anglois a esté dépesché devers le dict duc de la part du dict de Montegu, lequel, parce qu'il a heu à descendre en France, il m'a requiz ung passeport, et oultre celluy là j'entendz que ceulx du North luy ont dépesché le Sr. de Marconville, qui est le plus capable et suffizant homme qu'ilz ayent.]
CERTAINE DÉCLARATION que ceulx du North ont faicte de l'intention de leur entreprinse.
Comme, par le très inique et sinistre raport d'aulcuns malicieux ennemys de la parolle de Dieu et du publicque estat de ce royaulme, ayt esté publié et miz en avant que l'assemblée des nobles hommes, les comtes de Northomberland et de Vuesmerland, et de plusieurs aultres principaulx personnaiges qui suyvent leur party, ayt esté et soit contre la couronne et au préjudice de cest estat, il a semblé bon aus dictz deux comtes, et à ceulx de leur conseil, de signiffier à toutz les bons subjectz de la Majesté de la Royne quelle est en cest endroict leur vraye et saincte intention, et celle de leurs amys et alliés, comme s'ensuyt:
Parce que très saigement et loyaulment a esté naguières admis par le hault et puissant prince Thomas duc de Norfolc, Henry comte d'Arondel, Guillaume comte de Pembrok, et Nous, comtes de Northomberland et Vuesmerland, et plusieurs aultres de l'ancienne noblesse de ce royaulme, avec grand consentement de toutz les gens de bien, qui favorisent la parolle de Dieu et ayment l'honneur de cest estat, qu'il estoit nécessaire, pour obvier à effuzion de sang et à la ruyne de ce commun pays, et aussi pour refformer les désordonnées personnes qui, par abuz et par la malicieuse praticque d'aulcuns aultres, à eulx semblables, ont esté ellevez, de faire entendre à ung chacun quelle est la légitime succession de ceste couronne, et à qui, par légitime droict, cy après elle doibt apartenir, affin de ne la laysser aller à la dangereuse et incertaine descision que, pour rayson de divers tiltres, plusieurs, qui y prétendent intérest, la pourroient faire venir;
Laquelle saincte, bonne et honnorable intention de la dicte noblesse a esté, en plusieurs et diverses façons très mauvaises, préocupée envers la Majesté de ladicte Dame par les communs ennemys de son royaulme, et par iceulx mesmes, et leurs pernicieux et détestables conseilz et pratiques, qui nous sont assés cogneues et au reste de la noblesse, noz vies et noz libertez sont mises meintennant en grand dangier, et monopolles toutz les jours faictz pour apréhender noz personnes, conseils vrayement procédantz de la damnable et ambicieuse affection de ceulx qui, pour aulcune nostre soubzmission, ne peult estre aultrement modérée que par les armes;
A l'ocasion de quoy nous nous sommes assemblez d'une juste et loyalle intention envers la Majesté de la Royne et envers sa couronne, et la légitime succession d'icelle, pour leur résister force par force; et voyantz que nulle intercession ne nous peult valloir, nous nous sommes commiz à la grande bonté et clémence de Dieu et à l'assistance de toutz les vrays zélateurs de ce royaulme, résoluz en nous mesmes d'advanturer entièrement noz vies, terres et biens, en ceste très juste et saincte entreprinse; en quoy nous requérons affectueusement l'ayde et secours de toutz ceulx qui desirent le repoz de cest estat et celluy de l'ancienne noblesse qui y est.
_Du mesmes jour._
AULTRE LETTRE AU ROY.
Sire, ceste segonde lettre est pour me conjouyr avecques Vostre Majesté de la reddition de St. Jehan d'Angely, et du debvoir auquel les princes de Navarre et de Condé, monsieur l'Admyral et ceulx qui les ont suyviz se veulent mettre de requérir, à genoux, vostre bonne grâce, et retourner à vostre obéyssance, ainsy que par les vostres, du XXVIIIe du passé, il vous playt me le mander; lesquelles je n'ay receues que ainsy que mon pacquet estoit desjà cloz et dellivré au Sr. de Vassal. Et avec icelles j'ay ensemblement receu voz dernières, qui sont du quatriesme du présent. J'yray, pour l'occasion des unes et des aultres, trouver du premier jour la Royne d'Angleterre, et verray comme elle prendra ces bonnes nouvelles.
L'on m'a présentement faict entendre de sa part celles de cy dessoubz aulx propres termes qui s'ensuyvent:
«La nuict du XVIIIe de ce moys, s'estantz les rebelles de la Royne assemblez au chasteau de Duren pour prendre résolution s'ilz debvoient combattre ou non, ilz se sont trouvez de contraire adviz entre eulx, remonstrant le comte de Northomberland qu'il n'avoit prins les armes pour assaillir les gens de la Royne, sa Mestresse, mais seulement pour deffandre sa personne et celle des aultres seigneurs et gens de bien de sa compaignie, et pour faire certaine remonstrance à la dicte Dame affin de redresser aulcunes choses au bien et proffict de la noblesse et de tout l'estat du royaulme; et que, s'estant là dessus meu différant entre luy et le comte de Vuesmerland, il s'estoit retiré icelle mesme nuict, avec douze centz chevaulx au lieu et chasteau de Exain; et le dict de Vuesmerland avoit prins ung aultre chemyn avec huict centz chevaulx vers Lisdidale, layssans leurs gens de pied, lesquelz avoient incontinent envoyé accepter le pardon de la dicte Dame; et avoient pareillement habandonné Artelpoul et layssé leur artillerye;--que le comte de Sussex et sire Jehan Fauster entendant cella s'estoient miz, l'ung, d'ung costé, avec quinze centz chevaulx et six centz harquebouziers, et l'aultre, de l'aultre, avec mil chevaulx à poursuyvre les dicts comtes;--que le comte de Vuarvich et l'admyral Clinton, ayantz layssé leur infanterye à Ripon, avoient dilligentment passé la rivière, avec toute la cavallerie et avec ung nombre d'arquebouziers et six pièces de campaigne, pour se mettre [après];--que le comte de Mora s'estoit aproché en la frontière pour combattre le dict de Northomberland, et offert à la dicte Royne d'Angleterre dix mil hommes payez pour vingt deux jours, s'il luy playsoit de s'en servyr.»
Je vériffieray mieulx ceste nouvelle, et par mes premières vous en manderay ce que j'en auray aprins, aydant le Créateur auquel je prie, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, Sire, en parfaicte santé, très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.
ADDITION A LA LXXIIIe DEPÊCHE.
LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--du Xe de novembre 1569.--
Instances de Marie Stuart auprès d'Élisabeth pour obtenir son rétablissement en Écosse, ou tout au moins la permission de passer en France, même en payant rançon.
La copie de cette lettre, qui n'a pas été transcrite sur les registres de l'ambassadeur (_voyez_ LXXIIIe _Dépêche_, p. 343), se trouve dans les papiers déposés aux Archives, provenant de la famille Fénélon. L'écriture est de la fin du XVIIe siècle; mais, ce qui en assure l'authenticité, c'est qu'elle fait partie de cahiers qui sont la copie littérale et textuelle des dépêches. Elle est tirée du second manuscrit dont nous avons parlé dans les observations insérées en tête du premier volume de cet ouvrage.
A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
Madame ma bonne soeur, ne voulant rien obmettre jusques au dernier but de la patience qu'il a pleu à Dieu me prester en mes adversitez, j'ay différé tant que j'ay peu de vous importuner de mes lamentations, espérant qu'avecques le temps, père de vérité, vostre bon naturel considérant la malice de mes ennemys, qui sans aulcuns contredict courent à bride abatue leur cource contre moy, vous esmouveroit à pitié de vostre propre sang, vostre semblable, et de celle quy entre toutz autres princes vous a esleue pour son resfuge après Dieu, se fyant tant en voz favorables lettres et amiables promesses, fortifiez par ce lien de parantaige et proche voisinnaige, que je me suis mise en voz mains et vostre pouvoir, de mon gré sans contrainte, où j'en demeure prez de deux ans, aucunes foys en espérance de vostre faveur et suport par courtoises lettres, d'autres foys en désespoir par les menées et faux rapportz de mes contraires. Néantmoins mon affection vers vous m'a toujours faict espérer le bien et souffrir le mal paciemment; or maintenant vous avez escouté de rechef la malice de mes rebelles, à ce que me mande l'évesque de Rosse, reffuzant d'ouyr la juste plaincte de celle qui volontairement s'est mise en vostre puissance, se jettant entre voz bras; par quoy j'ay présumé de tenter encores ma fortune vers vous, appelant à la Royne ma bonne soeur d'elle mêmes.
Hélas, Madame, quel plus grand signe d'amitié vous puis je monstrer que d'avoir fiance en vous, et pour récompense rendrez vous vayne l'espérance qui est mise en vous par vostre soeur et cousine, qui peut et n'a voullu envoyer allieurs pour secours? Sera donc mon attente en vous pour néant, ma pacience vayne, et l'amitié et respect que vous ay portée desprisée jusques là que je ne puys obtenir ce que ne sçauriez justement reffuzer à la plus estrange du monde. Je ne vous ay jamais offencée, ains vous ay aymée, honnorée et par toutz moyens recherché de vous complaire et assurer de ma bonne inclination vers vous. L'on vous a faict de faux raportz de moy, à quoy vous adjouxtez foy jusques à m'en avoir traittée non comme une royne, vostre parante, venue cercher support de vous, seure de vostre promise faveur, mais comme une prisonnière à qui vous pourriez imputer offence d'une subjecte.
Madame, puisque je ne puis obtenir de vous déclarer, face à face, ma sincérité vers vous, au moins permettez que monsieur de Rosse, mon ambassadeur, vous rende compte de toutz mes déportemens, comme celluy qui en est [chargé], ayant accez de vous remonstrer les occasions que j'ay de me douloir sans vous offencer, estant contraincte de renouveller mes anciennes requestes, desquelles je vous suplie le vouloir résouldre et moy aussy; à sçavoir, qu'il vous plaise, suyvant mes premières demandes, m'obliger pour jamais, m'aydant de vostre support au recouvrement de mon estat auquel il a pleu à Dieu me constituer entre mes subjectz, comme de tout temps [me l'avez] promis; ou sy le sang, mon affection vers vous, et longue patience ne vous semble mériter cela, au moings ne reffuzez de me laisser aller libre, comme je suis venue, en France ou aillieurs, où je me pourray retirer entre mes amys et alliez.
Et, s'il vous plait m'user de rigueur et me traiter comme ennemye, ce que je ne vous ay jamais estée, ni desire estre, laissez moi racheter ma misérable prison par ranson, comme est la coustume entre tous princes, voire ennemys, et me donnez commodité de traffiquer avecques les susdictz princes, mes amys et alliez, pour faire ma dicte ranson. Et cependant je vous supplie que, pour m'estre fiée en vous de ma personne et offert en tout de suivre vostre conseil, je n'en reçoive dommaige par l'extortion de mes rebelles sur mes fidelles subjectz, ny que je soys affoyblie, pour m'estre attendue à voz promesses, de la perte de Dombertran. Et si tous ces respectz et miennes humbles requestes sont par les faux raports de mes ennemys empeschez d'estre [accueillis de] vous, et que veulliez prendre de mauvaise part tout ce que j'ay faict à intention de vous satisfaire, au moins ne permettez que ma vie soit, sans l'avoir déservi, mise en dangier, comme celluy qui se dict abbé de Domfermelin faict courir le bruict, se vantant de ce (que je ne puis croire) que me mettrez entre les mains de mes rebelles ou de tels aultres en ce pays dont ilz ne sont moins contens et que je ne cognois point.
Je proteste n'avoir jamais eu volonté de vous offancer, ny faire chose qui vous tournasse à desplaisir, ny n'ay méritée cruelle récompense que d'estre sy peu respectée, comme l'évesque de Rosse vous a desjà déclaré et fera de rechef, s'il vous plaist luy donner audience, de quoy je vous supplie bien humblement, et, comme dessus, de luy donner une résolution, et sy ce n'est par amour que ce soit par pitié. Vous avez esprouvée que c'est d'estre en troubles, jugez ce que les aultres souffrent par cela. Vous avez assés prestée l'oreille à mes ennemys, à leurs inventions pour vous rendre soupçonneuze de moy, il est temps de considérer ce quy les y meult et leurs doubles déportemens vers moy, et ce que je vous suys, et l'affection vers vous qui m'a faict venir en lieu où vous avez ce pouvoir sur moy.
Réduysez en mémoire les offres d'amitié que je vous ay faictes, et l'amitié que m'avez promise, et combien je desire vous complaire jusques à avoir négligé le support des aultres princes par vostre adviz et promesse du vostre. N'oubliez le droit d'hospitalité vers moy seule et pesez tout cecy avecques le respect de vostre confiance, honneur et pitié de vostre sang; et lors j'espère que ne me restera occasion de me repentir. Pensez aussi, Madame, quel lieu j'ay teneu et comment j'ay estée nourrye, et sy ayant, par le moyen de mes rebelles ou aultres ennemys, ung sy différant traictement de cestuy là par les miens; de quy j'espéroys tout confort, sy malaisément je puys porter ung tel fardeau avecques celuy de vostre mauvaise grâce, qui m'est le plus dur; laquelle je n'ay jamais méritée, ny d'estre sy estroictement emprisonnée que je n'aye le moyen d'entendre les nouvelles de mes affaires, ou pouvoir mettre ordre en nul part, et mesmes sans pouvoir au moins consoler mes fidelles subjectz, qui souffrent pour moy, tant s'en faut que je les supporte comme j'espérois.
Je vous supplie de rechef que faux rapportz ou mauvais desseins de mes ennemys ne vous facent oublier tant d'aultres respectz en ma faveur. Et pour le dernier, si tout le reste ne peut esmouvoir vostre naturelle pitié, ne desprisez la prière des Roys, mes bons frères et alliez, aux ambassadeurs desquelz j'escriptz pour vous faire instante prière en ma faveur; et, affin que ne le preniez de mauvaise part, je vous supplie m'excuser sy, en caz [que] veulliez oublier vostre bon naturel et pitié qui vous a faict tant honorer et aymer vers moy, je les prie d'advertir les dictz Roys de ma nécessité, et les prie de presser l'ayde à mes affaires que j'ay attandue de vous, et requiers présentement, devant toute aultre, s'il vous plaist me l'accorder; [laquelle], comme j'espère vous trouverez enfin, je n'ay jamais déservi[24] de perdre.
[24] _Mérité._--Ce mot est déjà employé dans le même sens au commencement de la page précédente.
Sy en cecy ou en aulcun poinct de ma lettre je vous offence, excusez l'extrémité de ma cause à ces infiniz troubles, où je me voys. Et pour fin, je me remetz à la suffizance de l'évesque de Rosse que je vous supplie croire comme moy, qui vous présente mes humbles recommandacions, priant Dieu qu'il vous face cognoistre au vray mon intention vers vous et mes déportemens.
De Titbery ce Xe de novembre 1569.
Je vous supplie m'excuser sy j'escriptz sy mal, car ma prison, m'est tant mal saine et moy inhabile à cest office et à tout autre exercice.
Vostre très affectionnée bonne soeur et cousine,
MARIE R.
ADDITION AUX DÉPÊCHES DE L'ANNÉE 1569.
LETTRES DIVERSES DE MARIE STUART A L'AMBASSADEUR.
(Les lettres suivantes sont tirées du même manuscrit.)
LA ROYNE D'ESCOCE A MONSIEUR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVe de juillet 1569.--
Lettre de remerciment de Marie Stuart à l'ambassadeur, avec prière de lui continuer ses bons offices.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je receu hier vostre lettre du XXIe de ce moys, ensemble celle de monsieur le Cardinal mon oncle, de laquelle je vous envoye la responce par le présent porteur, laquelle je vous prie luy faire seurement tenir par la première commodité. L'évesque de Rosse m'a plusieurs foys escript de la peine et soing que vous prenez pour l'advancement de mes affaires, de quoy je vous remercye de bien bon coeur, et vous prie de ne vous lasser de continuer et de parler vifvement, l'occasion s'offrante, à la Royne, ma bonne soeur, ainsy qu'avez faict au passé, et que je m'assure, que le Roy, vostre Maistre, monsieur mon bon frère, entend que fassiez à toutes les fois que penserez que vostre parolle me pourroit servir.
Je n'eusse esté si longtemps sans vous escripre, si quelcung de mes secrétaires eust esté icy près de moy, et vous fairois plus ample discours à ceste heure de l'estat de mes affaires, sy je ne m'assurois que le dict évesque de Rosse vous communique librement tout [ce] qui se passe en iceulx, suyvant le commandement que je luy en ay donné à son partement d'icy et ce que je luy en ay souvant despuys escript. Je vous prie, au surplus, de me mander souvant de vos nouvelles, ou pour le moins quand vous [en] recepvrez des bonnes, d'en faire part au dict évesque de Rosse; et atant, après mes affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, je prie le Créateur, monsieur de La Mothe Fénélon, vous donner heureuse et longue vie.
De Vuingfeild le XXVe de juillet 1569.
Vostre bien bonne amye,
MARIE R.
LA ROYNE D'ESCOCE A MONSIEUR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du Xe d'aoust 1569.--
Prière de Marie Stuart à l'ambassadeur pour qu'il insiste vivement en sa faveur auprès d'Élisabeth.--Plaintes contre le secrétaire La Vergne.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je receu vostre lettre du VIe du présent par le moyen de monsieur de Rosse, et, tant par icelle que par la sienne, cogneu la continuelle bonne volonté que vous avez au bien et expédition de mes affaires, en quoy vous ne serez déceu, le faisant pour une qui ne manquera jamais de bonne volonté à s'en revencher où elle pourra pour vous. J'ay eu naguières nouvelles d'Escosse par Me. Thomas Flemyng, présant porteur, que j'envoys vers le dict sieur de Rosse, lesquelz vous en fairont part et communiqueront sur ma pressente liberté, pour laquelle, (ou bien que je puisse chercher secours ailleurs), il ne faut plus que la Royne d'Angleterre s'excuse sur le comte de Mora pour les causes que vous entendrez par le dict Sieur de Rosse; de quoy je vous prie parler à la dicte Royne, quant l'occasion se présentera.
La Vergne m'a parlé de quelque affaire, dont je ne luy sceu résoudre parce que je ne sçay bonnement comme ces choses sont passées, et aussy que venant freschement de France, comme il m'a dit, il n'en a parlé ny à monsieur de Glazco mon ambassadeur, ny à aultre de mes gens; toutesfoys j'en escriray au dict sieur de Rosse pour en advizer avec vous et faire ce que vous ensemble trouverez bon pour ma seureté. Le dict de La Vergne se dict vostre secrétaire, encores que vous n'en fassiez mention par vostre lettre; et me souvenant que je vous ay cy devant escript comme j'avois eu advertissement que de toutes les lettres et despesches, tant du Roy, monsieur mon bon frère, que de moy, on en bailhoit des coppies à la court d'Angleterre, sur quoy vous me mandaste que vous aviez ung secrétaire en France, et m'ayant cestuy cy dict qu'il y a esté envyron trois moys, et aussy qu'il n'avoit encores guères parlé avec moy qu'il ne me demandast sy je voulois escripre en France ou mander quelque chose de bouche, j'ay eu quelque soupçon que ce fust luy, et ne m'ay sceu garder de luy en parler et remonstrer que luy et aultres voz secrétaires se doibvent bien garder de telles choses, affin que les affaires du Roy, mon dict sieur mon bon frère, ne fussent sy divulguez comme ilz ont esté par cy devant, et que cela estoit fort dangereux. Et, à vous dire vérité, cela m'enpeschera aulcunement que je ne luy donne quelque crédit. Je luy ay faict quelque remonstrance pour le bon voulloir que j'ay et porte continuellement au bien et advancement [des] affaires [du Roy], dont je vous prie l'en assurer et la Royne, madame ma bonne mère, et je prie Dieu vous avoir, monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte garde.
Le Xe d'aoust 1569.
Vostre bien bonne amye,
MARIE R.
LA ROYNE D'ESCOSSE A MONSIEUR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIIe d'aoust 1569.--
Plaintes contre les menées du Sr. Moulins en France.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay amplement escript par Me. Thomas Flemyng, du Xe du présent, et ne me reste rien à vous dire, sinon que je me suis souvenue qu'on m'a advertye qu'un nommé Moulins, que vous cognoissés, est après à faire quelque menée en France contre moy et mon estat; de quoy je vous prie en escrire au Roy Très Chrestien, monsieur mon bon frère, affin que ces malignes entreprinses soyent rompues. J'ay escript à monsieur de Rosse qu'il advise avec vous sur l'affaire dont m'a parlé La Vergne, et sellon l'adviz qu'il m'en donnera je me résouldray, priant Dieu vous avoir, monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte garde.
Escript à Vuingfeild le XIIe jour d'aoust 1569.
Vostre bien bonne amye,
MARIE R.
_Du mesmes jour._
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys vous avoir escript ce matin par La Vergne des menées de Moulins, le Sr. de Bourdeuille, ung de mes escuyers d'escurye, est arrivé venant de France, lequel parmy sa dépesche, m'a raporté que le dict Moulins s'est tant advancé en ses dictz menées que de vouloir solliciter d'envoyer un ambassadeur de France en Escosse. C'est ung très dangereux homme, il fait tout ce qu'il peut pour empescher ceulx en faveur desquels j'escriptz pour estre miz en la garde du Roy Très Chrestien, monsieur mon bon frère, et en leur lieu faire mettre ceulx qui sont de sa pratique. Ce seroit bien faict pour le bien et service du Roy, mon dict sieur mon bon frère, de lui en escripre. Dont je vous en prie de bien bon coeur, et aussi en faveur d'un nommé de Castares, qui est de mes officiers, que je desirerois estre miz de la dicte garde. Il est homme de bien, duquel j'ay expérimenté la fidellité et en réponds, vous priant l'avoir pour recommandé; et je prie Dieu vous avoir, monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte garde.
Escript à Vuingfeild le XIIe jour d'aoust 1569.
Vostre bien bonne amye,
MARIE R.
(_De la main de la Royne d'Escosse._)
Je vous manderay de ce propos plus au long par Borthick, et de toutes mes nouvelles avecques l'obligation dont je me sentz redevable à vous pour tant de bons offices, vous priant à ceste heure solliciter un peu ferme pour moy.
FIN DU DEUXIÈME VOLUME.
TABLE
DES MATIÈRES DU DEUXIÈME VOLUME
ANNÉE 1569.--SECONDE PARTIE.
Pages
_39e Dépêche._--3 juin.--
AU ROI. 1 Audience. _Ib._ A LA REINE. 8 Mort de M. d'Andelot. _Ib._ Accusations d'empoisonnement. _Ib._
_40e Dépêche._--10 juin.--