Part 30
Nouvelles importantes du Nord.--Force des révoltés et situation de leurs affaires après la prise de Castelbar.--Le comte de Warwick attend, pour les attaquer, les renforts qui lui sont promis.--Tout se prépare pour une bataille décisive.--Rappel à la cour du comte de Pembroke, à qui toute faveur et autorité sont rendues.--Espoir qu'il fera mettre le duc de Norfolk en liberté.--Audience de congé a été accordée au Sr. Ciapino Vitelli, avant son départ.--Mission donnée en Allemagne par Élisabeth au jeune comte de Mansfeld.--Soupçon qu'il a été chargé de traiter de la levée de deux mille reitres.--Réclamations de l'ambassadeur à raison de diverses sommes qui lui sont dues.--Plaintes qu'il adresse à la reine-mère au sujet des promesses qui lui avaient été faites et qui sont restées oubliées.--_Lettre secrète_ pour la reine-mère.--Vive recommandation de l'ambassadeur pour que le plus profond secret soit gardé sur les communications confidentielles contenues dans le second mémoire joint à la dépêche.--_Premier mémoire._--Détails sur les affaires du Nord depuis la prise d'armes.--Motifs qui ont empêché les comtes de Northumberland et de Westmoreland de mettre à exécution leur entreprise aussi complètement qu'ils le désiraient.--Nécessité où ils se sont trouvés de devancer l'époque fixée pour la prise d'armes.--Succès qu'ils ont obtenus.--Appui qu'ils doivent espérer dans toutes les provinces du royaume.--Craintes d'Élisabeth, que plusieurs des seigneurs les plus influents de la cour, qui sont auprès d'elle, ne soient d'intelligence avec les révoltés.--Instances faites auprès du duc de Norfolk pour qu'il renonce à épouser la reine d'Écosse.--_Mémoire confidentiel._--Sollicitations faites auprès de l'ambassadeur par les comtes de Northumberland et de Westmoreland, pour que le roi leur donne un secours d'argent, qui doit être remis à Calais ou à Boulogne.--Confiance qu'ils ont eue, en prenant les armes, dans l'appui de la France et de l'Espagne.--Grandes promesses qui leur ont été faites par l'Espagne avant la prise d'armes.--Refus de les accomplir, depuis qu'ils sont entrés en campagne.--Conditions que veulent imposer les Espagnols.--Ils exigent que la reine d'Écosse épouse don Juan, et lui fasse la cession du droit qu'elle prétend à la couronne d'Angleterre.--Avis qui a été donné secrètement de Londres par le Sr. Ciapino Vitelli, au duc d'Albe, d'agir sur-le-champ comme si la guerre était déclarée.--Démarches faites auprès du duc d'Albe par les comtes de Northumberland et de Westmoreland.--_Déclaration de ceux du Nord_ qu'ils prennent les armes pour la religion;--pour assurer la succession au trône d'Angleterre après la reine;--et pour chasser les nouveaux parvenus qui se sont emparés du pouvoir.--_Seconde lettre au roi._--Félicitations de l'ambassadeur pour la prise de Saint-Jean-d'Angely, et les offres de soumission faites par le prince de Navarre, le prince de Condé et l'amiral de Coligni.--Nouvelles qui viennent de lui être transmises par la reine d'Angleterre sur les affaires du Nord.--Division qui aurait éclaté entre les comtes de Northumberland et de Westmoreland.--Ils se seraient séparés, abandonnant leur infanterie et leur artillerie.--Les troupes de la reine se sont mises à leur poursuite.--Secours offerts à Élisabeth par le comte de Murray.--Incertitude de ces nouvelles.
AU ROY.
Sire, après que ceulx du North ont heu prins Castelbarne, ville et chasteau, qui n'ont tenu que huict jours par faulte de vivres, le comte de Vuesmerland a miz dedans une bonne garnyson et force vivres, avec dellibération de tenir la place, et le comte de Northomberland s'en est retourné à Arthelpoul pour y continuer, avec grand dilligence, la fortiffication qu'il y faict faire. Me. Northon est pour eulx en la ville de Durem, et d'aultres de leurs principaulx adhérans sont en d'aultres villes et chasteaulx ez envyrons. Ilz ont logé le principal de leur armée entre le dict Castelbarne et Arthelpoul, et ez villaiges qui sont le long d'une rivière tirant vers Yorc, de laquelle ilz ont faict rompre les pontz et les passaiges, et se résolvent, à ce qu'on dict, de donner la bataille, si l'armée de la Royne d'Angleterre entreprend de la passer. J'entendz que le comte de Vuarvich a escript qu'ilz sont quinze mille hommes de pied, non toutz bien armez, et deux mil chevaulx en fort bon équipage, et qu'il ne s'estime encores assez fort pour les combattre; néantmoins prie la Royne et ceulx du conseil de luy mander résoluement si, avec les huict ou neuf mil hommes et dix huict centz à deux mil chevaulx qu'il peult desjà avoir avecques luy, il entreprendra de passer la susdicte rivière sur eulx. A quoy semble qu'on luy ayt respondu que, du premier jour, l'on luy envoyera de renfort les gens du Queint, que milor Coban a levez, et ceulx de Sommercet, qui sont de la charge du comte de Pembrot, et qu'aussitost qu'il les aura receuz, qu'il ne temporise plus d'aller rencontrer les dictz ennemys. Par ainsy semble qu'on se prépare, d'ung costé et d'aultre, à la bataille.
Le comte de Pembrot a esté mandé pour retourner, avec toute faveur et auctorité, à la court; et par luy s'espère que la réconcilliation du duc de Norfolc se fera, et qu'il pourra estre miz en liberté.
Ces jours passez, ung consul, de la nation espaignolle, de Bruges, soubz tiltre de courrier, est passé de deçà avec pacquetz et lettres pour le marquis de Chetona, lequel ayant esté recogneu a esté arresté et miz ez mains de Me. Marso, gouverneur des merchantz, mais les lettres principalles ont esté randues au dict marquis; lequel, pour son regard, et la Royne d'Angleterre, pour le sien, n'ont estimé que sa plus longue demeure par deçà peult estre de quelque utillité, dont est allé prendre publicquement congé de la dicte Dame, sans s'arrester à certaine aultre façon de congé moins digne, qu'on luy avoit donné auparavant; et luy a le comte de Lestre faict ung présent de deux beaulx guilledins. Je ne sçay encores si sur l'embarquement il luy sera faict aultre présent de la part de la Royne, mais l'on a estimé qu'il le reffuzera.
J'entendz que la dicte Dame a fort gracieusement expédié le jeune comte de Mensfelt, et qu'elle luy a faict donner mil escuz, desquelz semble qu'il eust bien fort grand besoing, et a escript par luy amplement aulx princes d'Allemaigne; mesmes quelcun m'a dict qu'il emportoit une lettre de crédict pour faire fornyr quelque somme par dellà, mais ne sçay encores à quelles fins, bien m'a l'on donné entendre que c'est pour lever deux mil reytres pour la dicte Dame, mais n'ay encores certitude de cella.
La Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye ung sien gentilhomme exprès pour vous compter ses nouvelles. J'ay si amplement instruict de toutes aultres choses de deçà le Sr. de Vassal, présent pourteur, que vous supliant très humblement, Sire, de le croyre, je n'adjouxteray rien plus icy qu'une bien dévotte prière à Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct, en parfaite santé, très longue vie et toute la prospérité que vous desire.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.
A LA ROYNE.
Madame, vous ayant par le Sr. de Sabran, le XXVe du passé, et despuys, par cinq dépesches du dernier d'icelluy et du cinquiesme, dixiesme, séziesme et vingt uniesme du présent, faict toutjour entendre les adviz que j'ay heu de l'eslévation du North; de la praticque que ceulx de la Rochelle ont envoyé faire icy par le jeune comte de Mensfelt et le Sr. de Lombres; de la négociation du marquis de Chetona sur les différandz des Pays Bas; de la ferme opposition de la Royne d'Angleterre au mariage de la Royne d'Escoce, pour l'occasion duquel et du souspeçon qu'on a heu d'elle sur les choses du North, l'on l'a transportée et resserrée davantaige; pareillement de la prison du duc de Norfolc, et des aultres mouvementz, préparatifz et apareilz de ce Royaulme; Vostre Majesté verra meintennant par la lettre du Roy, et entendra par le Sr. de Vassal, présent pourteur, et par les mémoires et instructions que je luy ay donnez, tout ce qui a succédé despuys, et en quoy en sont à présent les choses, ez quelles j'ay miz peyne, Madame, de suyvre, du plus prez que j'ay peu, ce que j'ay estimé estre de vostre intention; et loue Dieu que, à quoy qu'elles soyent meintennant devenues, la Royne d'Angleterre ne demeure que bien disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et monstre vous vouloir grandement complaire, sinon en ce que je la presse de la Royne d'Escosse, sur les affaires[22] [de la quelle] elle m'a dict qu'elle vous avoit fait entendre ses ra[isons] par son ambassadeur et qu'elle estoit toute esbahye [de n'en] avoir encores responce; mesmes, l'on m'a asseuré qu'en plusieurs choses elle deffend fermement contre aulcuns mal intentionnez de son conseil le salut et la vie de la dicte Dame, et nous faict l'on acroyre qu'avec le temps elle nous donra de meilleures et plus certaines responces pour elle que [nous n'en] avons heu jusques icy.
[22] Dans cette page du MS. et les deux suivantes, le bord du feuillet se trouvant rongé, il manque quelques mots qu'il a été facile de rétablir.
La dicte Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye exprès le Sr. de Gardelle pour vous compter de ses affaires, et vous requérir quelque bonne pourvoyance sur iceulx; et m'ayant prié de les vous recorder, j'ay baillé au dict de Vassal sa mesmes lettre[23] affin qu'il vous playse prendre la peyne de la veoyr.
[23] Cette lettre n'a point été transcrite sur le registre.
Et me remettant à luy de toutes aultres particullaritez de deçà, sur lesquelles je vous suplie, Madame, le vouloir ouyr et luy donner foy, le surplus de la présente sera pour très humblement me ramentevoir à Vostre Majesté pour le payement de mes gaiges de la chambre et de la pencion de XII{c} {lt}, qu'il vous a pleu m'ordonner, à ce qu'il vous playse commander, Madame, que la moictié de la pencion qui me reste de ceste année, jà escheue (1569), et les gaiges de la dicte mesmes année, et la moictié de ceulx de la précédante, despuys que suys en ceste charge, me soyent payez, qui est en tout quinze centz livres, tant de la pencion que de la chambre, et ordonner que, pour les aultres suyvantes, je soys miz au rolle des assignez et payé, affin de n'en importuner plus Vostre Majesté. Ce que j'espère, Madame, que ne me vouldrez reffuzer, veu que je n'ay ny n'ay heu jamais aultre estat ny bienfaict de Voz Majestez, et qu'il vous peult souvenir qu'il a tantost dix ans qu'avez heu desir et intention de me faire du bien, pour m'avoir veu auparavant longuement servyr, et néantmoins j'ay toutjour despuys continué le service, et vostre bienfaict n'est encores venu; mais j'espère en la grande bonté et vertu de Vostre Majesté que là, où à tant d'aultres vous avez faict recepvoir honneurs, récompences et advancement de leurs services, vous ne me ferez demeurer seul confuz d'honte et de paouvretté, pour ceulx que, avec toute dilligence et affection, vous sçavez, Madame, que j'ay très fidellement faictz à Voz Majestez; et, je prieray Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.
AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.
=Chiffre.=--[Madame, affin que le Roy et Vous et Monseigneur soyez advertys d'aulcunes choses, qui sont d'assés de moment pour celles de vostre service, et regardent beaulcoup le présent estat, et celluy d'advenir, de vostre grandeur, et peuvent encores vous servyr pour demeurer auculnement advisez en vous mesmes sur ce que, à mon adviz, l'on vous requerra, je vous suplie très humblement, Madame, ouyr à part et donner foy à ce mien gentilhomme, le Sr. de Vassal, et me commander par luy comme, sellon vostre intention, j'aurai à me conduyre en ce qui pourra eschoir à ma présente charge; et [que vous ne] preignez, Madame, à desplaysir si très humblement, et [au nom] de Dieu, je vous suplie que le propos n'aille plus avant que à Voz Majestez et à Mon dict Seigneur vostre filz, sellon que j'ay obligé ma foy et ma conscience de ne le reveller qu'à vous trois dellà la mer; et je suplieray le Créateur, après avoir très humblement baysé les mains à Vostre Majesté, qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.
Avec le propos principal, je luy en ay commis d'aultres, pour dire aussi à part à Vostre Majesté.]
MÉMOIRE.
Il a semblé que l'entreprinse des comtes de Northomberland et Vuesmerland leur deubt torner à malle fin par ce qu'ayant, du commancement, proposé de marcher jusques à Londres, et de mettre la Royne d'Escoce en liberté, et de se saysir des villes de Yorc et de Neufcastel, avec grand espérance que, aussitost qu'ilz se seroient monstrez en campaigne, ung milion de catholiques se lèveroient, et les grandz qui sont de leur intelligence s'yroient joindre à eulx, ou au moins leur envoyeroient de leurs forces, ou argent, ou quelque [autre secours], rien de tout cella ne leur a réuscy.
Ains, ayantz assés soubdainement marché trente mil oultre la ville d'Yorc, la Royne d'Escoce a esté incontinent transportée, et, encor que le peuple les ayt suyviz, nul des seigneurs n'a [pareu], ny bougé, ny envoyé devers eulx; dont, ne se sentans avoir assés d'argent pour conduyre leur troupe jusques à Londres [parce que ilz] ne vouloient vivre sur le peuple, ny de pou[voir occuper] ceste ville incontinent qu'ilz y seroient arrivez [parce que elle est] puyssante et bien fornye d'armes, et où ilz [n'espéroient] qu'il se fît aulcun mouvement pour eulx, ilz s'en [allèrent] vers Yorc, où ilz aproffitèrent encores moins parce que [estant] la ville, par la dilligence du comte de Sussex, bien pourveue de gens de guerre; ilz furent contrainctz de rapasser vers le quartier d'où ilz estoient venuz.
Et parce que une partie de leur troupe se retira [lors] et que les comtes, avec le reste, s'acheminèrent vers le pays de Blacmur, qui est marescageux et sur la mer, l'on eust opinion qu'ilz s'en alloient rompuz d'eulx mesmes, et que les principaulx se venoient saulver sur quelques navyres en France ou en Flandres, dont la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil diminuèrent de moictié l'ordre des apareils qu'ilz avoient faict pour les aller deffaire.
Mais semble que, despuys, l'on a bien cogneu que leur retrette n'estoit advenue que par ce seulement que les aultres seigneurs catholiques, de leur intelligence, ne leur avoient aulcunement correspondu, s'excusantz, à ce qu'on dict, [sur ce] que l'entreprinse avoit esté hors de temps et beaulcoup plustost commancée qu'il n'estoit convenu entre eulx, ce que les dictz comtes semblent advouher, mais que, voyantz l'instante sommation qu'on leur faisoit de se représenter en court, et que, à faulte de comparoir, ung simple sergent les fût allez prendre, l'ung après l'aultre, en leurs maysons, ainsy qu'ilz sçavent très bien que les commissions en estoient desjà expédiées, ils avoient esté contraintz d'ainsy soubdain recourir aulx armes et se mettre en campaigne.
Dont, ayantz, à ceste heure, donné quelque fondement à leur entreprinse, et monstrantz de vouloir attendre le temps et la commodité des aultres, il se cognoist que leurs troupes ne se sont séparées d'eulx, ny ilz n'ont prins le chemin vers la mer, pour aulcunement habandonner leur dicte entreprinse, ny pour s'enfouyr hors du pays; ains que ceulx, qui se sont retirez, sont allez, par leur congé, se retirer en leurs maysons, pour estre prestz quant ilz les manderont, et eulx, avec le reste, sont allez saysir cependant la ville, le chasteau et le port de Hartepoul, qui sont très oportuns lieux par la terre, et fort commodes pour s'ayder de la mer; et ont assiégé la ville et chasteau de Castelbarne, lesquelz, nonobstant que les comtes de Vuarvich, de Sussex et admyral Clinton ayent faict semblant de se mettre aulx champs pour les secourir, ilz n'y ont aproché, et les ont layssé prendre par composition (bagues saulves, aultant que chacun soldat sur soy, et Henry Boy, le capitaine, sur ung cheval seulement, en ont peu emporter); qui est une place assez forte, et où les dicts comtes ont trouvé de l'artillerye, des armes, des pouldres, et veult on dire aussi beaulcoup d'argent et de richesses.
L'on estime que le nombre d'hommes d'effect, de quoy iceulx comtes peuvent faire estat pour ung combat, sellon leurs rolles, est de vingt mil, comprins quinze centz Escouçois à cheval, que milord de Humes tient toutz prestz à leur dévotion sur la frontière, et qu'ilz se résolvent de donner la bataille, si l'armée [de] ceste Royne marche guières plus en avant, et s'entend que les dictz comtes ont mandé plusieurs parolles de deffy aulx chefz d'icelle, mesmement au comte de Vuarvich.
L'on commance à cognoistre qu'ilz procèdent d'une plus grande asseurance et plus grande confiance qu'on ne cuydoit, et que, demeurantz ainsy fermes ez lieux qu'ilz ont gaignez, et les fortiffians comme ilz font, qu'ilz sentent ung grand apuy dans le royaulme, et qu'ilz espèrent quelque bon secours de dehors, dont ceste Royne souspeçonne plus que jamais le duc d'Alve; et peult estre qu'à ceste occasion, elle s'estoit advisée d'arrester quelques jours encores le marquis de Chetona et sa troupe, qui est belle et grande, affin qu'ilz luy servissent comme d'ostages par deçà, mais le dict marquis s'est enfin déterminé de prendre résoluement son congé.
L'armée de la dicte Dame a desjà marché vers les ennemys, soubz le comte de Vuarvich, assisté des comtes de Sussex et admyral Clynton, toute en bonne équipage d'armes, d'artillerye et de monitions, et s'espéroit en ceste cour que la bataille se donroit jeudy dernier; mais, encores qu'on ayt assés accoustumé en ce royaulme de ne la temporiser, néantmoins aulcuns ont opinion qu'on ne l'azardera.
Et parce que les dictz comtes ont publié ung escript, lequel translaté d'anglois en françoys, contient ce qui se veoyt par icellui, la dicte Royne et ceulx de son conseil sont entrez en nouvelles [craintes] des seigneurs qui y sont dénommés, lesquelz l'on a dilligemment [recherchés] là dessus, mais pour ce que le duc de Norfolc ne s'est en [ses] responces tant exaspéré contre les dictz comtes et leurs [adhérans] comme ont faict les comtes d'Arondel et de Pembrot, l'on a extraict certains articles du [dict escript et] d'aultres du faict d'entre la Royne d'Escoce et luy, [sur lesquels] l'on l'a, de rechef, curieusement interrogé, avec pl[us grand instance] pour luy faire quicter la Royne d'Escoce, luy donnant en[tendre] qu'aussi bien a elle escript de ne le vouloir aulcunement es[pouser], et qu'il se trouvera bien ung aultre party pour luy qui sera [approuvé] de la Royne, sa Mestresse, et par le moyen duquel il recouvrera sa liberté, car aussi ne trouve l'on qu'il soit chargé d'aulcune c[hose] que du dict mariage; dont, pour l'ennuy de la pryson, il a esté en grand [danger] de se laysser aller à ceste persuasion et habandonner la Royne [d'Escoce].
Mais j'entendz que, sellon les bons admonestemens et conseilz qu'on luy a administrez, il a en fin sagement respondu, que touchant ceulx du North, il n'a jamais heu communication de leur entreprinse, et à quiconques vouldra dire aultrement il luy maintiendra qu'il a menty; et quant à ce qu'ilz ont allégué qu'il a tenu certain propos de la succession de ceste couronne, que, à la vérité, il en a parlé souvant, mais toutjours sellon les bons termes qui en furent proposez et débattuz au dernier parlement; que, du mariage de la Royne d'Escoce, il n'y a jamais prétandu sinon pour servir au bien de la Royne, sa Mestresse, et à celluy de son royaulme; et, quant elle a monstré ne le trouver bon, qu'il s'en est despourté; qu'il ne faict doubte que la Royne d'Escoce n'ayt faict le mesmes, quant la Royne d'Angleterre luy a faict cognoistre le courroux qu'elle en avoit, et qu'il sera toutjour plus ayse de se maryer au gré de la dicte Dame que contre sa volonté; mais qu'il ne dellibère en façon du monde entendre à nul party qu'il ne soit en liberté.
SEGOND MÉMOIRE.
=Chiffre.=--[Ayant les deux comtes du North, et ceulx qui les suyvent, prins les armes pour restablyr la relligion catholique en Angleterre, et pour mettre la Royne d'Escoce en liberté, et à icelle conserver la succession de ceste couronne, et pour s'opposer à ceulx qui, abusantz de l'auctorité qu'ilz ont prèz de la Royne d'Angleterre, l'employent à travailler les subjectz du royaulme et offancer les princes estrangiers, ilz ont espéré que, par mon moyen et de celluy de l'ambassadeur d'Espaigne, ilz seroient secouruz de nos deux Maistres, comme de deux grandz princes, intéressez en leur entreprinse.
Dont, pour icelle continuer, ilz nous ont faict remonstrer que, pour le présent, ilz se trouvent assés fortz de gens, mais qu'ilz n'ont argent pour les entretenir que jusques envyron le Xe ou XVe de janvier, et que celluy de Northomberland a desjà advancé sept ou huict mil escuz, qui est tout ce qu'il a peu fornyr, par ainsy requièrent d'estre promptement secouruz.
Sur quoy, pour mon regard, je leur ay faict considérer l'infiny espuysement des finances du Roy, Mon Seigneur, par la présente guerre de son royaulme, et aussi que le secours qui s'attand de luy à Dombertrand ne sera sans frais, lequel reviendra beaulcoup au proffict de leur entreprinse, dont se sont assés con[tentés] des bonnes espérances, que je leur ay données, de toute l'assistance que le Roy leur pourra faire, mesmes d'argent s'il en a, et de ge[ns.......] et de retraicte s'il est besoing en son royaulme. Néantmoins m'ont fort conjuré d'escripre à Sa Majesté qu'il luy playse leur fornyr quelque somme, sellon qu'il en pourra avoir la commodité; ce que je n'ay peu reffuzer de leur accorder. Et semble qu'avec bien peu d'argent de Sa Majesté ou de celluy du douayre de la Royne d'Escoce, porté à Callais ou à Bouloigne, ausquelz lieux ilz l'yront bien cercher, ilz se contanteront.
Quant à l'ambassadeur d'Espaigne, de tant qu'ilz avoient de grandes promesses de luy, et mesmes lettre de sa main, laquelle celluy de Northomberland porte toutjour sur soy, et qu'avant s'eslever il les sollicitoit, par offres d'ung grand et présent secours d'arquebouziers, de corseletz, de gens de cheval, et de cent mil escuz, affin qu'ilz prinsent incontinent les armes, meintennant qu'ilz les ont prinzes et qu'ilz se trouvent en nécessité d'argent, et ayant le dict ambassadeur moyen de leur faire frayer huict mil escuz par deux merchantz de ceste ville, qui, sur sa parolle, se offrent de les leur bailler, ilz sont fort esbahys que non seulement il reffuze de le faire «par ce, dict il, qu'il n'a expresse commission pour cella du duc d'Alve,» mais aussi se monstre assés froid sur tout le reste du secours promiz, et qu'il ne fault qu'ilz espèrent que le duc s'advance d'en bailler, si quelcun des plus grandz et principaulx d'entre eulx ne va devers luy pour accorder à quelles condicions il l'envoyera, et à quelles ilz le prendront.
Sur quoy, je ne fays doubte que les voyant à ceste heure entrez bien avant et avoir besoing de luy, qu'il ne les veuille attirer à ses intentions, et, entre aultres, à celle qu'il a grande du mariage de la Royne d'Escoce et de dom Joan, avec le tiltre de la succession de ce royaulme; à quoy le comte de Northomberlan s'est toutjours monstré fort enclin, et qu'il les veult aussi [engager] de ne poser les armes, ny faire aulcun accord, sans luy.
Et se voyt assés que ce réfroydissement n'est que artiffice par[ce que je] sçay que le dict duc a esté fort marry que le viscomte de Montegu [ne] soit passé devers luy, comme il l'avoit promiz, et comme l'am[bassadeur] luy avoit desjà baillé lettre pour ce faire, et a le dict duc mandé qu'il face grand instance au dict de Montegu, ou bien à quelque [aultre] seigneur de qualité de ce royaulme, de l'aller trouver.