Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 28

Chapter 283,768 wordsPublic domain

Je croy que ces tumultes du North pourront randre la dicte Royne d'Angleterre plus trettable envers Voz Majestez Très Chrestiennes qu'elle n'a esté jusques icy, ez choses raysonnables qui luy seront requises en vostre nom; et qu'aussi y servira beaulcoup le bon rapport que toute la flotte des siens, qui est allée ceste année pour le vin à Bourdeaulx, a faict du bon trettement qu'elle y a receu, et de la grande faveur que voz gallères luy ont faicte; de quoy la dicte Dame demeure fort contante. Et semble aussi que, pour la difficulté de ne pouvoir ou ne vouloir tretter avec le duc d'Alve des différans qu'elle a avecques luy, elle cerche de se porter plus doulcement et respectueusement envers Voz Majestez, et certes je n'ay jamais guières cogneu de mauvaise intention en ce qui procédoit d'elle, mais je ne dy le semblable de ce qui procédoit de son conseil. Sur ce, je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, etc.

De Londres ce Ve de décembre 1569.

=Chiffre.=--[J'entendz que le comte de Surampton et le viscomte de Montegu sont passez devers le duc d'Alve.]--Je vous suplie très humblement commander qu'il soit faict part de toute ceste despesche à Monseigneur vostre filz.

_Copie de ce qui estoit escript à l'envelope du pacquet rendu._

Monsieur l'ambassadeur, je vous laysse ces lettres, lesquelles ne me peuvent de rien servir, et vous asseure, sur ma foy, qu'elles n'ont jamais esté ouvertes, et le milord Coban menaçoit chacun que s'il pouvoit trouver celluy qui avoit pris les dictes lettres, qu'il le pendroit; dont, pour craincte de cella, je les ay aportées à Londres, et je n'ozerois estre cogneu de mon nom, ny ne le vouldrois estre, ains plus tost avoir perdu beaulcoup d'escuz.

LXXVIIe DÉPESCHE

--du Xe jour de décembre 1569.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Valet._)

Nouvelles du Nord.--Les révoltés sont entièrement maîtres du pays, où ils rétablissent partout le culte de la religion catholique.--Le comte de Sussex, lord Hunsdon et sir Raf Sadler renfermés dans York.--Force des insurgés.--Parfaite union qui existe entre les deux comtes.--Activité d'Élisabeth, dans ses préparatifs d'attaque et de défense.--Son armée se rassemble à Leicester.--Elle a su gagner à son parti les comtes de Dherby, de Sussex et de Cumberland, le comte de Southampton et le vicomte de Montagu, le lord Dacres, principal catholique du Nord, et jusqu'aux comtes d'Arundel et de Pembroke.--Elle s'est assurée du secours des princes d'Allemagne, dans le cas où il lui seroit nécessaire.--Motifs auxquels on peut rapporter la révolte du Nord.--Crainte qu'Élisabeth ne fournisse des secours à la Rochelle, si la paix n'est pas conclue promptement.--Avis donné d'Allemagne, où le duc Casimir ne semble pas encore prêt pour tenter son expédition.--Préparatifs du sieur Dolovyn et du bâtard de Briderode pour se rendre avec une flotte nombreuse à la Rochelle.--Armements maritimes du duc d'Albe.--Crainte qu'ils inspirent à Élisabeth.--Le Sr. Ciapino Vitelli retarde son départ sous divers prétextes.--Détails sur le projet formé par Élisabeth de livrer la reine d'Écosse au comte de Murray.--Sollicitations de Marie Stuart pour que la France s'y oppose.--Arrivée en Angleterre d'un député de la reine de Navarre.

AU ROY.

Sire, ayant ceulx du Nord failly à leur entreprinse de surprendre Tutbery et de mettre la Royne d'Escoce en liberté, comme par mes précédantes, du Ve du présent, je le vous ay mandé, ilz s'en sont retournez par dellà Pont Freit et ont couru le pays, restablissant partout la religion catholique et la messe; puys se sont arrestez ez envyrons de Yorc, qui est une grande ville en laquelle le comte de Sussex, millord de Housdon et ser Raf Sadeller ont assemblé cinq mille hommes de guerre pour leur résister, mais ne les ozent encores aller rencontrer en la campaigne, et mesmes les layssent ordinairement courir jusques à leurs portes; ce qui donne espérance aulx aultres de les pouvoir mettre en quelque nécessité de vivres.

Et estantz advertys qu'ung seigneur protestant du North, nommé millord Tempost, venoit avec trois cens chevaulx pour se jecter dedans la dicte ville, ilz l'ont surprins et dévalizé, luy et toutz ses gens, et remonté aultant de ceulx de leur trouppe, et au millord Lathemor, très riche seigneur de ce quartier là, lequel n'a que deux filles, l'une maryée au sire Henry Percy, frère du comte de Northomberland, et l'aultre au filz aysné du secrétaire Cecille, toutz trois protestans, parce que, quant ilz l'ont mandé venir devers eulx, il a reffuzé de le faire, ilz ont envoyé saysir sa mayson, où ilz ont trouvé grand quantité de vaysselle d'argent et beaulcoup de deniers contantz, et, oultre ce, luy ont faict enlever de ses escuyeries et de ses parcz unze ou douze vingtz pièces de chevaulx; par lequel et aultres semblables exploictz, ilz se vont remontant et se pourvoyent pour continuer la guerre tant qu'ilz pourront. Ilz sont quinze mille hommes ensemble, et seroient davantaige s'ilz vouloient, mais ne permettent sinon à gens d'effect de se joindre à leur trouppe. Et voicy ce qu'on dict d'eulx, qu'ilz ont quatre mil hommes de cheval, aussi bien montez et armez et en [aussi] bon équipage qu'il s'en puisse trouver en Angleterre, et que les deux comtes procèdent toutjour d'ung bon accord avec résolution de poursuyvre conjoinctement leur entreprinse jusques à la mort; et que, pour encores, ils n'ont faulte de rien.

De l'autre part, la Royne d'Angleterre faict de grandz aprestz pour les deffaire, ayant mandé aulx principaulx de la noblesse et aulx villes et provinces de son royaulme de luy envoyer en toute dilligence le secours, qu'en tel cas ung chacun pour son regard est tenu de luy bailler, qui monte à ung grand nombre tant de gens de cheval que de gens de pied; et que, de la levée qui se faisoit à ses despens, laquelle debvoit estre de XXIIII mil hommes, les douze mil ayent à s'acheminer incontinent devers le comte de Vuarvic, lequel dresse l'armée à Lechester, où la dicte Dame luy a envoyé grand quantité d'armes, de pouldres, d'artillerye et aultres monitions de guerre. Davantaige elle a mandé que les douze grandz navyres, dont en mes précédantes j'ay faict mencion, ayent à estre tenuz en ung apareil tout prest à la voille, et d'en faire sortir présentement trois pour la garde du Pas de Callais, et presse bien fort en ceste ville ung emprunct de cinquante mille {lt} esterlin, c'est cent LXVII mil escuz, lesquelz, pour la plus part, sont desjà miz ez mains de Me. Grassan; et par mesme dilligence, elle pourvoit à la garde et seureté de ses places et de ses portz, et va confirmant la vollonté de ses villes, et de toutz ceulx qu'elle estime tenir son party, et rasseurant les aultres, de qui elle a quelque doubte, par les meilleurs moyens qu'elle peult; dont semble que les comtes [de] Dherby, de Sussex et de Commerlan se soyent déclairés pour elle, et que le comte de Surampton et le viscomte de Montegu, lesquelz on disoit s'estre acheminez en Flandres, pour aulcune grande difficulté que, possible, ilz ont senty de ne pouvoir passer, affin de ne se randre davantaige suspectz, ayent prins pour expédiant de retourner vers elle, laquelle leur a baillé incontinent des charges honnorables; que le millord Dacres du North, principal catholique du pays, parce qu'elle luy a permiz de se saysir d'une opulante succession d'ung sien nepveu, laquelle se querelle entre luy et le duc de Norfolc, il soit demeuré ferme pour la dicte Dame; et que, avec la prison, et aultres moyens qu'elle a uzé envers le dict duc et envers les comtes d'Arondel et de Pembrot, elle leur ayt si bien amorty le cueur, que, pour ce commancement, elle pense avoyr desjà randu les eslevez fort dénuez de leurs meilleures espérances; et tient le partement de Quillegrey, lequel pour aultres occasions estoit desjà tout dépesché pour Allemaigne, en suspens, affin que, si l'affaire se monstroit plus difficille ou dangereux qu'elle ne pance, elle puysse par luy mesmes en donner adviz aulx princes de dellà, desquelz elle se tient trop plus que bien asseurée qu'ilz s'esmouveront pour sa cause, et luy presteront tout le secours qu'elle leur vouldra demander; et cependant faict retirer soubz sa main les armes, artillerye et pouldres de ce royaulme, qui ne sont employées pour elle, et faict visiter les flottes et vaysseaulx, qui retournent de voyage, pour leur enlever les restes de leurs monitions, affin que les dictz eslevez ne s'en puissent prévaloir.

Et en effect, Sire, ceste esmotion n'est petite, de laquelle on faict acroyre à ceste Royne que l'occasion procède principallement de trois endroictz: sçavoir, de la Royne d'Escoce, de ceste grande victoire qu'il a pleu à Dieu vous donner, et des praticques du duc d'Alve; mais ne luy font mencion de la forme de sèrement, auquel despuys six sepmaines elle a vollu contraindre les catholiques contre leur conscience; ce que je croy leur avoir, plus que tout le reste, faict ainsy soubdeynement prendre les armes. Tant y a, quant au premier poinct, de la Royne d'Escoce, parce que la dicte Dame a la personne d'elle entre ses mains, elle estime y pouvoir bien remédier; mais des aultres deux elle se prandroit sans doubte trop plus volontiers au duc d'Alve que à Vostre Majesté, si ce n'estoit, qu'ayant le dict duc miz l'estat de Flandres en paix, elle ne voyt bien le moyen comme luy pouvoir sussiter une guerre, et a opinion que, pour le présent, une bonne partie de son faict deppend de veoyr ou les affaires de ceulx de la Rochelle relevez, ou ung accord en vostre royaulme; et ne fault doubter qu'elle ne s'employe, sans rien espargner, en celle de ces deux choses qu'elle cognoistra y avoir plus d'aparance de pouvoir bien effectuer. Celluy comte de Mensfelt, qui a succédé au lieu du feu duc de Deux Pontz, luy a naguières escript qu'il se tenoit pour jamais son bon serviteur, et obligé soldat, et qu'il avoit adjouxté à ses armes la roze rouge et le phoenix, pour merque qu'il veult combattre toute sa vie soubz l'enseigne et faveur de la dicte Dame.

Au surplus, Sire, ce que j'ay d'adviz d'Allemaigne est en deux sortes, l'une venant du duc d'Alve, qui se publie icy, n'y avoir aulcun mouvement de guerre ny aprest en tout le dict pays; l'aultre est par une lettre de Mr. de Chantonné, du huictiesme du passé, laquelle je sçay que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, résidant par deçà, a receue despuys deux jours en langaige espaignol, lequel traduict en francès est en ces termes qui s'ensuyvent:

«Certes, il conviendroit que en France se donnassent presse de pousser en avant la victoire qu'ilz ont sur les rebelles, s'ilz ne veulent perdre le tout avecques le temps; car, despuys la nouvelle de la routte de l'Admyral, s'entend que Cazimir faict dilligence de mettre en ordre cinq mil chevaulx, bien que, jusques à ceste heure, ne se parle de nulz gens de pied, sans lesquelz ne semble qu'il soit pour entreprendre d'entrer en France, n'en ayant le dict Admyral à ceste heure pour luy en pouvoir envoyer au devant; et se dict communément qu'il estoit à regarder ce qui se passoit, quant ilz furent deffectz le jour de la bataille, et qu'il s'en soucya moins pour le beaulcoup d'argent qu'il leur debvoit; de quoy les Allemans monstroient ung grand sentyment et d'en estre bien mal contantz.»--C'est le contenu de la dicte lettre.

Je suys aussi adverty, Sire, que le Sr. Doulovyn et le bastard de Briderode ayantz, de leurs butins et pilleryes qu'ilz ont faictes sur mer, dressé ung armement de trente bons navyres de guerre, avec deux mille harquebouziers et quelque nombre de corseletz, et grandement pourveu leurs vaysseaulx d'artillerye, de pouldres et de toutes aultres monitions, sentans que le duc d'Alve faict quelque apareil en Olande et Zélande, lequel ilz craignent estre pour les aller combattre, dellibèrent de s'en aller à la Rochelle et y conduyre tout ce qu'ilz pourront de vivres, d'armes, de monitions, et encores, comme l'on pense, bonne somme de deniers; dont estant ces deux, et le capitaine Sores, qui s'intitulle à présent visadmyral de France, joinctz avec les aultres pirates de ceste mer estroicte, ilz pourront faire toutz ensemble une armée d'envyron quarante cinq ou cinquante vaysseaulx; à quoy Vostre Majesté, s'il luy playt, fera prendre garde tout le long de la coste de dellà.

Et j'entendz que ceste Royne est en quelque souspeçon de l'armement qu'on dict du duc d'Alve, bien qu'on luy veult persuader que c'est pour la conduicte de la flotte qui doibt bientost partir pour les Indes; et luy tarde infinyement que le marquis de Chetona soit hors de ce royaulme, lequel va néantmoins prolongeant toutjour son partement soubz colleur qu'il dict attandre une responce du duc d'Alve, laquelle ne vient poinct, et ne donne cependant que petit ou nul advancement à l'accord des différans des Pays Bas. Sur ce, etc.

De Londres ce Xe de décembre 1569.

A LA ROYNE.

Madame, encor que la lettre que j'escriptz présentement au Roy soit bien ample, j'ay néantmoins à vous dire de restes par ceste cy, que la praticque de mettre la Royne d'Escoce ez mains du comte de Mora avoit esté menée si secrectement que, quant six sepmaines a, j'en heuz quelque sentyment, comme incontinent je l'escripviz à Vostre Majesté, la Royne d'Escoce, à laquelle semblablement je le fiz entendre, et monsieur l'évesque de Roz n'en pouvans avoir pour lors aulcune certaine notice, estimèrent qu'il n'en estoit rien, mais à présent elle et luy et moy sommes très certainement informez que Me. Chary, filz aysné de millord Housdon, fut, en septembre dernier, dépesché par poste en Escoce pour l'aller proposer au comte de Mora, et despuys, en octobre ensuyvant, le propos en a esté continué à l'abbé de Domfermelin, quant il est venu par deçà; c'est de consigner la dicte Dame à icelluy de Mora, pourveu qu'il la viègne prendre au port de Houl, pour la conduyre par mer en Escoce, affin de ne la passer par le North; et que, pour l'acquit de l'honneur de la Royne d'Angleterre, il face venir deux comtes et deux lordz, et les filz aysnez d'aultres deux comtes et d'aultres deux lordz, huict personnes en tout, hostaiges en Angleterre, pour la seureté de la personne et de la vie de la dicte Dame; dont, ayant le dict de Mora desjà communiqué l'affaire aulx comtes de Morthon et de Mar, et à millord Lendzey, icelluy de Mar a offert son filz aysné, et le dict Lendzey s'est offert soy mesmes, d'estre deux des dictz ostaiges. Chose que la dicte Royne d'Escoce crainct sur toutes aultres, et pour l'empescher elle supplie très humblement Voz Majestez, avecques larmes, d'envoyer mille harquebuziers, a tout le moins cinq centz, à Dombertran, affin de donner tant de cueur à ceulx de son party qu'ilz puissent empescher ses adversaires de se prévaloir si ayséement contre elle et contre son estat, comme ilz en font leur compte.

Et encor que je vous aye naguières mandé qu'on m'avoit donné adviz que, au conseil d'Angleterre, cella avoit esté interrompu par le menée des protestans, qui avoient faict résouldre la détention de la Royne d'Escoce par deçà estre très nécessaire, et n'y avoir aultre moyen que celluy là pour se pouvoir bien asseurer d'elle; néantmoins, parce qu'il y pourroit avoir de l'incertitude ez advertissemens qu'on me donne, qui comme sçavez, Madame, ne me peuvent venir que par meins tierces, et qu'il survient assés souvant du changement aulx dellibérations de ceulx cy, je suplie très humblement Vostre Majesté de vouloir pourvoir au pitoyable et très urgent besoing de ceste pouvre princesse, vostre belle fille et principalle allyée de vostre couronne, par les meilleurs moyens qu'avec vostre commodité vous le pourrez faire, et me mander par le premier ce que, pour sa consolation, je luy auray à faire entendre là dessus, estant cependant ma dellibération de m'oposer fermement, au nom de Voz Majestez, à ce que cella ne s'exécute, ainsy que le dict évesque de Roz verra que à propos je le debvray faire; qui mettrons peyne, toutz deux, de sçavoir au vray en quoy en demeurent les choses.

Au surplus, Madame, j'entendz qu'aujourdhuy est arrivé en ceste court ung gentilhomme venant de la Rochelle, natif de Flandres d'auprès d'Esguerdes, lequel la Royne de Navarre envoye devers la Royne d'Angleterre; mais ne sçay encores à quelles fins, si n'est qu'on m'a dict que c'est pour tretter d'avoir quelque secours, et pour avoir, pour elle et madame Catherine sa fille, et pour madame la princesse de Condé et ses petitz enfans, asseurance d'estre, avecques toute seurté, receuz en ce royaulme au cas que la nécessité les contreigne d'y avoir leur reffuge. Je mettray peyne d'entendre mieulx ce qui en est, et Vostre Majesté me commandera ce que j'y auray à faire; et n'estant la présente que pour vous parler de ces princesses et de leur misérable estat, je ne la vous feray plus longue, remectant à mon retour de Vuyndesor, où je m'en vays demain, sur l'occasion de la dépesche que le Sr. de Vassal m'a aportée, de vous escripre plus amplement toutes aultres choses; et je prieray Dieu, etc.

De Londres ce Xe de décembre 1569.

LXXVIIIe DÉPESCHE

--du XVIIe jour de décembre 1569.--

(_Envoyée exprès jusques à Callais par Pierre Chassac._)

Nouvelles de la guerre de France.--Retraite de l'amiral de Coligni sur Montauban.--Réduction de plusieurs places fortes de Guyenne sous l'obéissance du roi.--Siège de Saint-Jean-d'Angely.--Capitulation proposée aux habitants.--Entrevue de l'ambassadeur et de la reine d'Angleterre.--Déclaration de l'ambassadeur, que tout secours donné par les Anglais aux protestants de la Rochelle sera pris pour un acte de guerre.--Protestation d'Élisabeth qu'elle veut maintenir la paix, qu'elle interdira à ses sujets de fournir aucun secours à ceux de la Rochelle, et qu'elle est fermement résolue à ne prendre les armes que pour la défense de sa religion, si elle était attaquée.--Sollicitations qui sont faites auprès d'elle par les princes protestants d'Allemagne, pour l'engager à entreprendre une guerre générale.--Déclaration de l'ambassadeur, que le roi ne serait pas éloigné d'accepter la médiation d'Élisabeth, et qu'il est toujours prêt à recevoir en grâce ses sujets révoltés.--Conversation entre la reine et l'ambassadeur sur les troubles du Nord.--Offre faite par l'ambassadeur des bons offices du roi.--Ses instances pour que l'Angleterre consente à la réunion des deux églises.--Assurance donnée par la reine que la révolte du Nord lui cause peu d'inquiétude, et qu'elle ne se refuse pas à négocier pour la réunion des églises.--Promesse qu'elle fait de bien traiter Marie Stuart et d'assurer une bonne issue à ses affaires.--Efforts des Espagnols pour renouer les négociations au sujet des Pays-Bas.--Nouvelles du Nord.--Un grand nombre des révoltés sont rentrés dans leurs foyers.--Le reste a mis le siége devant Castelbar.--Ils se sont rendus maîtres de Hartlepool.--Lord Heries, sorti de prison, a pris les armes avec le projet de se joindre à ceux du Nord.--Mouvements en Écosse contre le comte de Murray.--Pardon offert par Élisabeth aux révoltés.--Réunion des troupes de la reine.--Une bataille générale devient imminente.--Apprêts de guerre faits par le duc d'Albe dans les Pays-Bas.--Craintes qu'ils inspirent à la reine d'Angleterre.--Mesures qui sont prises par Élisabeth pour arrêter les entreprises des Espagnols.--Armements de plusieurs vaisseaux de guerre dans la Tamise.--Plainte des Anglais au sujet de quelques uns de leurs navires qui ont été arrêtés en Bretagne.--Vives instances pour que la restitution des prises soit faite au jour marqué.

AU ROY.

Sire, parce que vostre dépesche du XXe du passé, laquelle le Sr. de Vassal m'a apportée, n'a guières miz à venir après celle, que peu auparavant j'avoys receue par le Sr. de La Croix, je n'ay faict pour les deux qu'ung seul voyage devers la Royne d'Angleterre, affin de tant moins l'ennuyer sur le commancement de ces troubles, et ayant esté bien receu d'elle ainsy que toutjour, je luy ay faict ung sommaire récit de la retrette de monsieur l'Admyral vers Montauban assés en effroy, avec ce qui luy restoit de cavallerye; et comme les communes, en passant, s'estoient eslevées contre luy, et avoient assailly et deffaict aulcuns des siens aulx passaiges des rivières; néantmoins qu'il avoit passé oultre jusques à la Garonne pour se joindre aulx Viscomtes, qui estoient de dellà, ou leur donner moyen à eulx de passer devers luy, ce qui n'importoit guières que l'ung ou l'aultre advînt, car les deux forces ensemble n'estoient pour faire grand effect; et que cependant vous estiez après à recouvrer les places qu'il avoit occupées en Guyenne, dont la plus part s'estoient desjà réduictes, ès quelles vous aviez faict uzer d'une si grande clémence qu'il n'avoit esté touché ny à la vye ny à la personne d'ung seul des habitans; et [que] meintennant vous estiez devant St. Jehan d'Angely, là où ceulx de dedans avoient expérimenté la mesmes clémence de Vostre Majesté par une capitulation la plus gracieuse qui se pourroit ottroyer de nul prince à ses subjectz, laquelle néantmoins ilz avoient contre leur foy et promesse, reffuzé despuys d'accomplir; priant la dicte Dame vouloir prendre la peyne de la veoir; ce que tant plus curieusement elle fit qu'elle desiroit sçavoir si vous leur aviés concédé la liberté de leurs consciences. Et après l'avoir leue, je suyviz à luy dire que, pour faire retourner le monde en son ordre accoustumé de l'obéyssance deuhe aulx princes, avec quelques exemples notables pour aprendre aulx subjectz de ne plus désobeyr, vous la requériez, comme princesse souveraine, constituée entre les aultres grandz princes de la terre sur cest ordre de commander, et comme ayant grand intérest qu'il ne fût parverty, ains s'il l'estoit qu'il fût fermement restably, qu'elle vous vollût sur la dicte capitulation accorder deux choses;--l'une, de croyre fermement que Voz Majestez Très Chrestiennes n'ont jamais eu que bonne et droicte intention à la conservation de leurs subjectz, et au contraire que les aultres ne l'ont heue ny bonne ny droicte envers l'obéyssance et subjection qu'ilz vous doibvent;--la seconde que, de tant que par la force, puysqu'aultrement ne pouviez, vous dellibériez recouvrer la dicte obéyssance, et qu'à cest effect vous estiez en personne en vostre camp, la dicte Dame vollût favoriser vostre juste entreprinse, et ne donner aulcune assistance, secours ny faveur, ny permettre estre donné par ses subjectz à ceulx qui ainsy s'opposent à vostre légitime authorité; aultrement vous prendriez cella pour une manifeste déclaration qu'elle ne vouldroit demeurer aulx bons termes de paix et d'amytié envers vous, que vous desiriez de bon cueur persévérer envers elle; et luy vouliez ainsy dire cella, Sire, à cause du Sr. de Lombres, gentilhomme flamant, que je sçavois estre desjà venu, de la part de ceulx de la Rochelle devers la dicte Dame, et qu'on m'avoit dict que le frère de leur comte de Mensfelt y estoit aussi fort secrectement arrivé, et qu'il se tenoit caché en une chambre à Vuyndesor.