Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 27

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Et au comte de Cherosbery a esté envoyé une commission de lieutenant de Roy en la contrée où est assize sa principalle mayson, le deschargeant de la garde de la Royne d'Escoce, laquelle, pour ceste occasion, il doibt admener, à ce qu'on dict, du premier jour en la ville de Conventry, là où le comte de Huntingthon la recepvra de rechef en sa charge, pour la conduyre à Quilingourt, maison du comte de Lestre, ou bien à Vuyndesor, d'où l'on dict que la Royne d'Angleterre, pour luy faire place, s'en vient la sepmaine prochaine à Hamptoncourt, et la consigner là en la garde de quelque aultre, lequel je ne sçay encores qui ce sera.

L'on dict que les dicts eslevez demandent cinq choses:

La première, est la réunyon de la religion avec réformation d'icelle, et, quoy que soit, le restablissement de la catholique par tout le royaulme, affin que les estrangiers n'entrepreignent de l'y venir restablir;--la seconde, est le règlement du Conseil d'Angleterre pour y remettre les principaulx et plus anciens de la noblesse qui avoient accoustumé d'en estre, et chasser aulcuns nouveaulx, que mal à propos l'on y a introduict;--la troisiesme, est la délivrance du duc de Norfolc et aultres seigneurs, qui sont en prison ou en arrest;--la quatriesme, est la restitution de la Royne d'Escoce à sa couronne, comme prochaine parante et héritière présomptive de celle de ce royaulme après sa cousine;--et la cinquiesme, est de chasser d'Angleterre toutz les estrangiers, qui y sont fuytifz des aultres pays;--et m'ont aulcuns asseuré d'avoir leu de leurs escriptz qui contiennent tout cella. Tant y a que celluy que j'ay veu ne touche que le poinct de la religion, en la forme que Vostre Majesté verra. Bien pensè je que de leur costé soit venu certain libelle diffamatoire contre l'estat de ce gouvernement et contre ceulx qui le manyent, à cause duquel je croy que la Royne d'Angleterre et son conseil ont ainsy passé oultre à déclairer rebelles les deux comtes et ceulx qui sont avec eulx de ceste entreprinse, comme le porte sa proclamation.

Le marquis de Chetona n'a pour encores grande espérance de pouvoir accorder les différans d'entre ce pays et les Pays Bas, veu certaine responce que la Royne d'Angleterre luy a desjà faicte sur la deffectuosité de son pouvoir; tant y a que, avec assés de regrect d'elle et des siens, vers lesquelz croyt le souspeçon de la demeure du dict marquis par deçà despuys ces troubles, il a vollu attandre encores une responce du duc d'Alve, premier que de prendre congé; et semble que, en toutes sortes, le dict accord est recerché de la part du Roy d'Espaigne, voyre avec désavantaige, dont sera merveille si en fin ceulx cy ne condescendent de l'accepter, voyantz mesmement les choses du dedans de leur royaulme n'aller si bien qu'ilz puissent entendre à celles du dehors. Sur ce, etc.

De Londres ce XXXe de novembre 1569.

A LA ROYNE.

Madame, ayant comprins, par le retour du dict Sr. de La Croix et par les lettres qu'il m'a apportées, beaulcoup de choses de vostre intention, je mettray peine de les accomplir le plus entièrement qu'il me sera possible, et me semble que la bonne lettre, que le Roy a escripte à monsieur l'ambassadeur d'Angleterre, touchant l'interception de mon pacquet, et touchant le faict de la Royne d'Escoce, a esté bien à propos. L'on dict que la Royne d'Angleterre porte ung merveilleux ennuy dans son cueur de ceste eslévation du North, disant avecques larmes qu'elle n'a rien moins mérité que cella de ses subjectz, et qu'elle ne peult croyre qu'ilz ayent sitost oblyé les bons trettemens qu'ilz ont toutjour receu d'elle, pour s'en monstrer à ceste heure si ingratz; et qu'il fault que cella procède de la menée d'aulcuns estrangiers, dont est entrée en grande souspeçon et deffiance du duc d'Alve et des ministres du Roy d'Espaigne, et se crainct assés de Voz Majestez Très Chrestiennes pour les choses qu'elle sçayt que les siens ont mené avec ceulx de la Rochelle; mesmes qu'il semble,

=Chiffre.=--[Qu'ung nommé le Sr. Standen, Anglois, lequel, despuys la mort du feu Roy d'Escoce, s'est tenu en France, ayt, entre aultres particullaritez de la bataille et de ce qui a succédé despuys icelle, naguières escript à ung sien frère en ceste ville, qu'il se préparoit quelque entreprinse en France contre ce pays, dont icelluy frère a esté interrogé là dessus, et de certaine prison appellé le _Flit_ où il avoit esté long temps dettenu l'on l'a remué dans la Tour,]--Vostre Majesté advisera s'il sera bon de rasseurer ceste princesse de vostre part, ou la laysser en ce suspens.

Les adviz, qu'on a icy d'Allemaigne, sont que le duc de Cazimir a sa levée de quatre mille chevaulx et quelques gens de pied toute preste, et, qu'aussitost qu'il aura touché certain argent, que je présume estre celluy des bagues de la Royne de Navarre, qu'il marchera. Je ne sçay si Mr. de Lizy aura trouvé les deniers si prestz de dellà, mais le Sr. Grassan, qui est après à cercher icy parmy les merchans cinquante mil {lt} esterlin (c'est cent soixante sept mille escuz) pour frayer à la guerre qui se commance icy, ou pour envoyer en Allemaigne, pensant les pouvoir trouver en quatre heures, n'a, en dix jours, peu assembler qu'envyron cinquante mil escuz; n'ozantz ceulx cy encores distribuer rien de ce qui est provenu d'Espaigne. Néantmoins, sellon aultres adviz qui sont venuz du duc d'Alve, l'on dict qu'il ne s'entend encores pas ung mouvement de guerre en Allemaigne.

=Chiffre.=--[_L'homme merqué de pouldre au visaige_]--m'est, despuys dix jours, venu deux foys dire adieu pour s'en retorner, allégant quelques occasions de son retardement, et en fin, m'a dict qu'il avoit fort bien accomply ce qu'il avoit à faire par deçà. Sur ce, etc.

De Londres ce XXXe de novembre 1569.

PROCLAMATION DE LA ROYNE D'ANGLETERRE contre ceulx qui se sont eslevez au pays du North.

PAR LA ROYNE.

La Majesté de la Royne a esté diversement informée, sur la fin de l'esté, qu'il se faisoit de secrectes menées en aulcuns lieux du pays de Yorc et en l'évesché de Duren, qui monstroient tendre à une prochaine assemblée et esmotion de peuple insolent; de quoy, parce que, du commancement, les informations ne contenoient aulcune évidante preuve, Sa Majesté y a heu moins d'esgart jusques à ce que [à l'occasion] des secrectes assemblées et conventions, que faisoient les comtes de Northomberland et Vuesmerland avec aulcunes personnes suspectes, les susdictz raportz ont esté renouvellez, et que le bruict et le commun parler d'ung chacun est allé, de lieu en lieu, sur eulx, qui les a expressément nothez d'en estre les autheurs.

Sur quoy, le comte de Sussex, présidant pour Sa Majesté en ces parties du North, en a donné advertissement, adjouxtant toutesfoys qu'en sa conscience il n'estimoit que ce fût aultre chose que rumeurs soubdeynement levez et soubdainement finyes; et encores, ayant incontinent mandé les dictz comtes pour conférer avec eulx de ces rumeurs, desquelles ilz ne pouvoient nyer qu'ilz n'en eussent ouy parler, ilz dissimulèrent néantmoins allors bien faulcement, ainsy qu'il apert à ceste heure, et protestèrent qu'ilz estoient ignoscens de ces occasions, offrans de despandre leurs vyes contre ceulx qui romproient la paix; et fut donné par le dict sieur présidant tant de foy à leurs sèremens, que non seulement ilz furent licenciez pour s'en retourner, ains leur fut baillé pouvoir d'examiner les causes des dictz bruictz.

Toutesfoys le feu, qu'ilz couvroient de leurs trahisons, estoit si grand qu'il errompit bientost nouvelles flammes, dont Sa Majesté, estant encores marrye d'entrer en aulcune ouverte mesfiance de ceulx de sa noblesse, et desirant pour ceste occasion voir les dictz comtes nettoyés de cest scandalle et son bon peuple demeurer en paix, lequel vyt en grand peur d'estre pillé, commanda au dict sieur présidant de faire entendre aus dictz deux comtes, au nom de Sa dicte Majesté, qu'ilz eussent à venir devers elle.

Sur quoy, ayant desjà, comme il est vraysemblable, le dict sieur présidant descouvert quelque chose davantaige de leurs mauvaises intentions, leur escripvit seulement de venir devers luy pour conseiller d'aulcuns affaires appartenans au conseil, ce qu'ilz différèrent de faire avec des responces frivolles; et, les en ayant de rechef plus expressément requis, ilz le dényèrent tout ouvertement.

En fin Sa Majesté leur a envoyé ses propres lettres affin de ne faillir de venir devers elle, mais, nonobstant icelles, ilz l'ont entièrement reffuzé, et auparavant la présentation des dictes lettres, ayantz assemblé ce qu'ilz avoient peu de personnes, qui n'estoit toutesfoys grand nombre, parce que les plus honnestes gens leur avoient reffuzé d'y aller, ilz sont entrez en une actuelle et ouverte rebellyon, se sont armez et fortiffiez en toute manière d'hostillité, et ont invadé maysons et esglizes, et ont publié en leurs propres noms des proclamations pour mouvoir les subjectz à prendre leur party, comme ayantz intention de rompre et subvertir de leur propre authorité les loix, et menassant le peuple que, quand ilz ne pourront achever leurs intentions, adonc les estrangiers entreront dans le royaulme pour les mettre à fin; et avec cecy, adjoustent qu'ilz n'entendent faire aulcun préjudice à Sa Majesté, qui est ung prétexte de tout temps prins et usurpé par trahistres; et sont deux hommes, si leurs qualitez sont bien considérées, qui, pour la réformation d'une grande chose, sont aussi mal choysis et ont aussi mauvais crédit que, possible, nulz aultres de ce royaulme.

Dont cognoissant Sa Majesté en quelle sorte les dictz comtes, qui sont toutz deux pauvres, n'ayant l'ung, qu'une bien petite portion de ce que ses ancestres souloient tenir, qui l'ont despuys perdu, et l'aultre, ayant presque tout son patrimoyne gasté, vont, à ceste heure, comme gens débauchez, de çà dellà, accompaignez et associez d'ung nombre grand de personnes désespérez comme eulx, pour satisfaire à leur nécessité et ambition, laquelle ilz ne peuvent assouvyr, sinon qu'ilz recourent aulx plus grandes et extrêmes trahysons, de long temps projectées par ceulx qui les provoquent à cella contre la personne de la Majesté de la Royne et contre son royaulme, avec couleur d'aultres prétendues grandes entreprinses,

Elle a trouvé bon de faire promptement entendre à toutz ses bien aymés subjectz que les dictz deux comtes, contre le propre naturel de la noblesse, qui a esté instituée et establye pour deffandre le Prince comme leur chef, et préserver la paix, sont ainsy ouvertement et traystreusement entrez en ceste grande rébellion, et ont rompu la paix publique de ce royaulme, chose qui est contre tout aultre exemple advenu despuys le règne de Sa Majesté, lequel a desjà duré unze ans, et acte bien horrible contre Dieu, seul auctheur d'une si longue paix, et de grande ingratitude contre leur souveraine Dame, à laquelle les dictz deux comtes avoient cy devant faict plusieurs professions de leur foy; et, à ceste heure, sont si desnaturez et pernicieulx, que leur natif pays, par leur seule mallice et ambicion, est pour estre troublé en la paix qu'il a si longtemps jouye, et en sa félicité.

A cause de quoy, Sa Majesté encharge et commande à toutz ses bons subjectz d'employer tout leur pouvoir à la préservation de la paix commune, qui est la bénédiction de Dieu Tout Puyssant, et de apréhender sans délay toutes manières de personnes qui, en aulcune sorte, se monstreront favorables à la rebelle entreprinse des dictz deux comtes ny de leurs associez; lesquelz, ainsy que Sa Majesté par le dict comte de Sussex, son lieutenant général au North, a commandé estre publiez rebelles et traystres à sa couronne et dignité.

Ainsy, pour obvier à tout prétexte d'ignorance, Sa dicte Majesté par ces présentes réytère et torne notiffier à tout son royaulme qu'ilz sont traystres et pour telz ont à estre tenuz, réputez et appellez en toutz propos, espérant que ceste cognoissance et admonition, donnée à toutz ses bons subjectz, suffira pour les faire contenir en leurs debvoirs et se contregarder de toutes les séductions des susdictz rebelles et traystres, et de leurs adhérans et faulteurs, nonobstant quelconque prétexte qui puisse estre prins ou publié par eulx ou par ceulx qui n'ont pas la grâce de Dieu de se déclairer de vivre en paix, mais à mouvoir querelles et exciter volleries sur les biens et substance du bon peuple, vray et propre fruict de toutes rebellions et traysons.

Donné au Chasteau de Vuyndesor, le XXIIIIe jour de novembre 1569, en l'unziesme an du règne de Sa Majesté.

CE QUE CEULX DU NORTH ONT PUBLIÉ de la cause pour laquelle ilz ont prins les armes.

Nous, Thomas comte de NORTHOMBERLAND et Charles comte de VUESMERLAND, loyaulx subjectz de la Royne,

Faisons sçavoir à toutz ceulx de l'ancienne religion catholique que Nous, avec plusieurs bien disposez personnaiges de la noblesse, et aultres, avons promiz nostre foy en l'avencement de ceste bonne intention, et que, pour aultant que diverses personnes désordonnées et mal disposées, d'alentour de la Majesté de la Royne, par leurs malicieuses et subtilles praticques, et affin de s'avancer eulx mesmes, ont ruyné et abattu en ce royaulme la vraye religion catholique, et abusans par ce moyen la Royne, et mettans en mauvais ordre le royaulme, cherchent et procurent de ruyner la noblesse;

Nous nous sommes assemblez pour leur résister par la force, et pour, avec l'ayde de Dieu et de Vous, ô bon Peuple, restaurer toutes les anciennes libertez de l'esglize de Dieu et de ce noble royaulme, parce que, si nous mesmes ne le faisons, nous serons réformez par les estrangiers, au grand dangier de l'estat de ce pays, où nous sommes.

_Dieu saulve la Royne._

Soubzigné le comte de NORTHOMBERLAND, le comte de VUESMERLAND et neuf aultres.

LXXVIe DÉPESCHE

--du Ve jour de décembre 1569.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)

Retard apporté dans les communications de l'ambassadeur avec la France.--Nouvelles du Nord.--Lord Hunsdon, sir Raf Sadler et le comte de Sussex chargés d'étouffer la révolte.--Bonnes nouvelles qu'ils transmettent à la reine.--La tentative des révoltés sur Tutbury pour s'emparer de Marie Stuart n'a pas eu de succès.--Confiance que semble prendre Élisabeth dans les nouvelles qui lui sont données.--Mise en liberté du comte d'Arundel.--Commandement important confié au comte de Pembroke.--Mission du comte de Bedford dans le comté de Sussex.--Soupçon d'Élisabeth contre le vicomte de Montagu et le comte de Sussex lui-même.--Dégradation des armoiries du comte de Northumberland comme chevalier de l'ordre.--Les négociations avec l'Espagne restent en suspens.--Meilleur accueil est fait au Sr. Ciapino Vitelli, qui paraît être parvenu à détruire les soupçons que l'on avait contre lui.--Serment fait par Élisabeth sur les livres saints, qu'elle n'a point commandé l'enlèvement de la dépêche de l'ambassadeur.--Restitution de cette dépêche faite par un inconnu.--Espoir d'un meilleur traitement pour la reine d'Écosse.--Audience est accordée à l'évêque de Ross, qu'Élisabeth avait d'abord voulu faire arrêter.--Depuis la révolte du Nord, la reine d'Angleterre se montre plus favorable envers la France et plus irritée contre l'Espagne.--Nouvelle que le comte de Southampton et le vicomte de Montagu sont passés dans les Pays-Bas pour traiter avec le duc d'Albe.--_Note_ mise sur l'enveloppe du paquet rendu.

AU ROY.

Sire, j'ay esté assés prompt et dilligent de vous escripre les mouvemens de ce royaulme, mais, de tant que la Royne d'Angleterre a heu souspeçon qu'il y pourroit avoir meslé quelque intelligence de dellà la mer, et qu'à ceste occasion elle a commandé de tenir les passaiges estroictement serrez, encor que despuys elle m'ayt assez libérallement faict expédier ung passeport, signé de son garde des sceaulx et des principaulx de son conseil, pour vous envoyer le Sr. de Sabran, le gardien néantmoins de ses portz n'a vollu permettre que luy ny aultre ayent passé, sans avoir exprès passeport signé de la propre main de la dicte Dame, et par ceste difficulté le dict Sr. de Sabran, qui s'en est retorné de Douvres jusques icy, a esté retardé plus de huict jours entiers; par lequel j'espère qu'aulmoins à présent, Sire, et par mes lettres du XXVe du passé, qu'il vous a aportées, et par aultres que, du dernier d'icelluy, je vous ay despuys escriptes, Vostre Majesté aura amplement entendu ce qui, jusques à la datte d'icelles, est advenu par deçà.

Et meintennant j'ay à vous dire, Sire, que ayant millord Housdon failly de tumber ez mains de ceulx du North, il s'est saulvé dedans Yorc, où ceste Royne l'a ordonné, luy et ser Raf Sadeler, adjoinctz au comte de Sussex, pour conduyre les affaires du North, sans que le dict comte ayt faict semblant de le trouver mauvais; et les trois ensemble, à ce que j'entendz, ont conjoinctement mandé à la dicte Dame qu'ilz n'ont esté d'adviz de combattre encores les eslevez jusques à ce que les forces, qu'elle a promiz leur envoyer davantaige, soyent arrivées, affin de ne rien hazarder; et que cependant, avec celles qu'ilz ont, ilz mettent peyne de confirmer le pays, et que ceulx du North, ayantz marché pardeçà le chasteau du Pont Freit, avoient faict advancer huict cens chevaulx comme pour aller surprendre le chasteau de Tutbery, affin de mettre la royne d'Escoce en liberté; de quoy adverty, le comte de Cherosbery avoit incontinent conduict la dicte Dame à Conventry, dont les aultres voyantz leur entreprinse faillye s'en estoient retournez par dellà le dict Pont Freit, et avoient recullé LX milles; et que, sellon qu'ilz avoient entendu de leurs affaires, le comte de Northomberland délibéroit de poursuyvre opinyastrément son entreprinse; mais que le comte de Vuesmerlan commançoit desjà de branler, et qu'il n'y avoit guières à faire à le regaigner, et luy faire accepter ung pardon de la dicte Dame, s'en estant deux mille des siens desjà retornez; et que leur troupe commançoyt de se deffaire; que eulx trois avoient miz ordre aulx portz et forteresses de Neufcasthel, de Norpont, de Escalebourg et de Eychester, pour garder que les dicts comtes ne se peussent aulcunement prévaloir de la mer, ny vers France, ny vers Flandres, ny vers Yrlande; et par ainsy que, allans leurs affaires mal, comme il y avoit grande aparance qu'ilz feroient leur retrette, [ce] ne pourroit estre que ez frontières d'entre l'Angleterre et l'Escoce, et n'estoient d'adviz, puysqu'ilz avoient recullé, que la dicte Dame mît encores si grandes troupes aulx champs soubz le comte de Vuarvyc, comme elle avoit proposé de le faire, affin de ne travailler son peuple, lequel commançoyt estre aulcunement mutiné contre les aultres parce qu'ilz ne s'estoient peu tenir de piller; et qu'il suffira, à ceste heure, de bien petites forces pour rompre celles des dictz eslevez.

Tant y a que ceulx qui entendent les choses ne jugent qu'elles soyent ny aysées ny facilles; néantmoins ceste Royne, encores qu'elle les estime bien urgentes, semble que, à cause de ces bonnes nouvelles et par l'opinion de quelques ungs des siens, elle ayt diminué de moictié l'ordonnance de ces apareils, et que, de vingt quatre mil hommes qu'elle avoit mandé lever, elle n'en fera mettre que douze mil aux champs; de quoy aulcuns jugent que trop légièrement elle se repose en la foy et parolle de ceulx qui luy représantent ce dangier estre petit; mais pour la seurté de sa personne et de sa court, elle a ordonné huict cens harquebouziers et six centz chevaulx à sa suytte, oultre ses gardes, et oultre les ordinaires de sa mayson.

Le comte d'Arondel a esté relasché, avec permission de s'en aller en sa mayson, soubz une solemnelle promesse qu'il a faicte d'estre bon et loyal à la Royne, sa Mestresse, laquelle toutesfoys il n'a veue.

Le comte de Pembrot a envoyé remercyer ceulx du conseil de la charge qu'ilz luy ont donnée sur deux provinces, qui sont prez de sa mayson, et qu'il mettra peyne d'en rendre bon compte à sa Mestresse.

Au retour du comte de Betford du pays de Galles, l'on l'a envoyé adjoinct au viscomte de Montegu en Sussex, pour quelque souspeçon qu'on a du dict vyscomte, et ne se peult l'on encores bien asseurer du mesmes comte de Sussex.

Les armoyries du comte de Northomberland ont esté dégradées et ostées publiquement par le Hérauld Jarretière du reng des aultres qui estoient à Vuyndezor, et mises bas avec ignominie, follées aulx piedz et puys jectées aulx fossez, après ung sermon qui a esté faict exprès pour cella.

Le marquis de Chetona ne donne encores grand advancement à ses affaires; néantmoins il est toutjour près de Vuyndezor, attandant d'un costé certaine responce du duc d'Alve, et de l'autre l'oportunité de pouvoir trouver ceste Royne et les siens en quelque bonne disposition, pour leur faire mieulx gouster ses honnestes offres et raysons qu'ilz n'ont encores faict; et leur a le dict marquis uzé de si gracieuses et humbles parolles et démonstrations pour son regard, et pour ceulx qui sont avecques luy, que l'on n'a plus tant de souspeçon d'eulx comme l'on avoit, et a esté commandé fort expressément de ne leur faire aulcun desplaysir, ainsy que l'on commançoyt de les arceller et quereller à tout propos et leur faire beaulcoup d'indignitez. Sur ce, etc.

De Londres ce Ve de décembre 1569.

A LA ROYNE.

Madame, ne sachant qu'il soit advenu aultre chose, despuys ma précédante dépesche, laquelle est du dernier du passé, ez entreprinses de ceulx du North, ny aulx aprestz qu'on faict icy contre eulx, que ce que j'en escriptz présentement en la lettre du Roy, je ne vous en manderay rien davantaige en ceste cy; mais je vous diray au surplus, Madame, que de la bonne lettre que Voz Majestez escripvirent, le IIIe de novembre, à l'ambassadeur d'Angleterre, sur la vollerie de mon pacquet et sur les affaires de la Royne d'Escoce, joinct l'instance que j'en ay faicte icy sur le lieu, sont advenues deux choses, oultre mon expectation:

L'une, que, ayant la Royne d'Angleterre juré sur ung livre de ses oraysons qu'elle estoit ignorante du faict de mon pacquet, et qu'elle mettroit peyne de m'en faire justice, ung homme incogneu vint, devant hyer, sur les huict heures du soir, estant la porte de mon logis desjà fermée, jetter par dessus icelle, dedans ma court, le dict pacquet avec une envelope où y avoit bien peu de motz escriptz en anglois, desquelz je vous envoye la traduction, qui protestent que le dict pacquet n'a poinct esté ouvert, ce que je croy estre vray, lequel je vous envoye tout tel, parce que les lettres que la Royne d'Escoce vous escripvoit sont dedans.

L'aultre est qu'ayant la dicte Dame trois et quatre foys reffuzé de donner audience sur les affaires de la Royne d'Escoce à monsieur l'évesque de Roz, et mesmes ayant dellibéré de faire mettre le dict évesque en arrest, pour le souspeçon qu'elle a heu de luy, elle néantmoins luy a faict escripre par le secrétaire Cecille bien fort gracieusement, qu'elle sera preste de l'ouyr, quant il luy plairra d'y aller, lequel s'y est tout aussi tost acheminé; dont peult estre que la dicte Dame se soit résolue de prendre quelque bon expédiant sur la liberté et restitution de la dicte Dame, sa cousine, ce que nous ne lairrons réfroydir s'il s'y voyt tant soit peu de disposition. Bien pensé je que, parmy le marché, l'on vouldra principallement rompre le mariage d'elle et du duc de Norfolc.