Part 17
Item, ut bona utriusvis nationis in utrovis regno antè octavum diem julii detenta, sub arresto rectè custodita remaneant usquè ad festum Sancti Michaelis: interim verò diligenter poterit inquiri quibus rationibus Gallorum bona, quæ ab illis repetentur, et in Angliâ antè diem octavum julii aut etiam posteà detenta aut capta fuisse probabuntur, poterint recuperari: cujus rei causâ, simulac duo illi honesti mercatores, Rothomago à mariscallo de Cossi nuper missi, petitiones et probationes suas coràm certis recuperatoribus, qui ad hoc munus delegati erunt, ediderint, omni indagine in singulis istius regni locis perquiretur, omnisque honesta etiam cogendi ratio adhibebitur, quò bona illa, quoad enim fieri poterit, in lucem prodeant atque ita illa sive illorum particulæ uspiàm deprehensæ aut verò illorum justæ estimationes collectæ antè festum Michaelis integrè dominis restituantur. Quo quidem tempore, de bonis etiàm Anglicis universalis et integra restitutio fiet eorum quæ antè octavum diem julii in Franciâ ullâ ratione detenta sunt.
Itera, si, propter magnas locorum distantias, antè festum Sancti Michaelis plena et integra restitutio bonorum Gallicorum, quæ illi petent et probabunt injustè allata in Angliam, fieri non poterit, eo fortassè quod aliqua eorum pars in extera hinc loca exportata fuerit, inscientibus eam fraudem factam nostris ministris, tamen adversùs delinquentes executio procedet ut illi ad restituendum non aliter planè cogantur, quàm si bona illa cuipiam essent subditorum coronæ Angliæ.
Et quoniàm illud sepè prædicatur magnum numerum Gallicorum mercatorum, qui in Hispaniam, Lusitaniam et Occidentem versùs negociatum eunt, cogi maximis impensis naves armare quo se tueantur adversùs eos tàm suæ nationis quàm alios quosdam qui Rochellam navigant, dabitur à Dominis Consiliariis opera ut illi, qui cum gubernatoribus Rochellæ multum possunt, conveniantur, quo, re ad æquas aliquas pactiones deductâ, mutuæ istæ marinæ Gallorum inter se violentiæ cessent et mare undiquè liberum et apertum reddatur et à periculis magìs vacuum.
L'AMBASSADEUR DE FRANCE.
Ce que les Seigneurs du Conseil d'Angleterre, le 17 d'aoust 1569, à Fernan Castel, ont advisé touchant le commerce d'entre ces deux royaulmes, que dorsenavant il demeurera libre, le dict ambassadeur le trouve raysonnable et bien fort expédiant.
Mais quant à la restriction du dict commerce de ne transporter par les subjectz de l'ung ny l'aultre royaulme aulcunes merchandises d'Angleterre en Flandres, ny de celles de Flandres en Angleterre, durant la suspention qui est entre les deux pays, de tant que cella semble torner au préjudice du cinquième article des derniers trettez de paix, le dict ambassadeur ne le peult soubscripre, mais il en advertyra le Roy par ses premières; duquel article la teneur s'ensuyt:
«Item conventum, concordatum et conclusum est quod, quandiù hæc pax et amicitia integra inviolataque permanebit, omnes et singuli utriusque prefatorum regnorum, omniumque terrarum et dominiorum, quæ nunc ab utrolibet predictorum regum possidentur aut in posterùm possidebuntur, incolæ, quâcumque dignitate, quocumque statu aut conditione extiterint, poterunt sese mutuis officiis amicitiæ prosequi et excipere liberè, tutò, securè, ultrò citròque, terrâ marique ac fluminibus commeare, navigare, inter se contrahere, emere, vendere, illicque quandiù velint morari, vel hinc indè, quandò visum erit, recedere et abire, et quæ comparaverint [aut] emerint arte, operâ, industriâ laboreve aut quocumque alio justo modo quesiverint ad suos vel exteros, quocumquè locorum libuerit, sine ullo impedimento, offensâ, arrestatione seu prohibitione, salvo conductu, licentiâ aut speciali permissione invehere et transportare possint[14].»
[14] Traité du 11 avril 1564. RYMER, FOEDERA, T. VI, 2e part., p. 123.
Et touchant le faict de la restitution, iceulx Seigneurs du Conseil se souviendront, s'il leur playt, qu'ilz ont accordé que dans trois jours seront nommez quatre notables merchans de Londres, pardevant lesquelz, en présence de monsieur le lieutenant de l'Admyral, les delléguez françoys monstreront leurs plainctes et demandes pour, sur icelles, de toutes les merchandises et navyres des Françoys, qui ont esté prinses, admenées ou arrestées par deçà despuys le moys de septembre dernier, qui se trouveront encores en essence, ou de la juste valleur d'icelles, leur estre faicte prompte restitution; et que des aultres, qu'ilz feront sommairement aparoir, leur sera de mesmes administré prompte justice sur le champ, sans forme ni longueur de procès, contre ceulx qui les ont prinses, ou les dettiennent, ou en sont coulpables.
Et, en attandant que la dicte justice puisse estre faicte aus dictz delléguez Françoys, il a esté accordé que les arrestz faictz en France et icy, précédant le VIIIe de juillet dernier, demeureront surciz jusques au prochain jour de St. Michel, si plus tost la dicte justice ne peult estre administrée aulx susdictz delléguez, et si, d'avanture, il estoit advenu quelque aultre arrest despuys le dict VIIIe de juillet, qu'il sera levé d'ung costé et d'aultre.
LVIIe DÉPESCHE
--du VIe de septembre 1569.--
(_Envoyée jusques à Calais par homme exprès._)
Départ des sieurs de Lizy et de Jumelles sur la flotte destinée pour Hambourg, afin de hâter l'entrée en France de l'expédition du duc Casimir.--Nouvelle activité dans les préparatifs de guerre qui se font en Angleterre.
AU ROY.
Sire, après vous avoir amplement escript, du jour d'hyer, toutes occurrances de deçà, je ne pensoys qu'il se deust offrir argument ny matière de vous faire aulcune aultre dépesche jusques à ce que je serois de retour de devers ceste Royne; mais sur le raport d'ung certain personnaige, que j'avois envoyé espyer le partement de la flotte de Hembourg et recognoistre tout ce qui s'y feroit, lequel m'est venu trouver sur ce chemyn, j'ay à vous dire, Sire, qu'il a veu embarquer Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles sur l'ung des deux grandz navyres de guerre de ceste Royne, qui sont ordonnez pour la conduicte de la dicte flotte, et qu'il a entendu qu'ilz vont trouver le duc de Cazimir pour le haster; et que ung Allemant, qui estoit en leur compaignie, lequel naguières est venu d'Embourg, a dict que, quant il partit, le dict duc de Cazimir avoit toutes choses prestes pour se mettre en campaigne, aussitost qu'il auroit heu responce d'icy, et qu'il estoit bruict qu'il descendroit en France, nomméement en Picardie. De quoy, Sire, je n'ay vollu différer une seule heure de vous en donner l'adviz, afin que [vous] ne vous trouviez ny déceu ny surprins du dict costé d'Allemaigne, car on me baille cecy pour bien fort asseuré; et si ay heu quelque advertissement, en partant de Londres, qu'on emporte en ceste dicte flotte ung bon nombre d'angellotz en espèces, et que les bagues de la Royne de Navarre ont esté cependant consignées ez mains du Sr. Grassan, principal merchant du dict Londres; dont n'estant la présente pour rien davantaige, je prieray Dieu, etc.
De Londres ce VIe de septembre 1569.
A LA ROYNE.
Madame, cest adviz que Vostre Majesté trouvera en la lettre du Roy m'a faict ainsy haster ceste dépesche, incontinent après celle de hyer matin, affin que ne demeuriez en doubte des aprestz d'Allemaigne, comme j'estime qu'en estiez bien advertye d'ailleurs, et affin aussi, Madame, qu'y puyssiez pourvoir de bonne heure; et cognoys meintennant que ceste Royne ne m'a trompé quant elle m'en a donné le premier advertissement, car les choses aparoissent à ceste heure telles comme elle me les a cy devant dictes. L'on m'a mandé de ceste court qu'on y ordonne beaulcoup de préparatifz de guerre et qu'on dict que c'est pour se deffandre.
Je mettray peyne de sçavoir à quoy tend proprement leur entreprinse, car, en général, je vous ay desjà assés advertye de leur intention, de laquelle, s'il y a moyen de rebattre quelque chose, croyés, Madame, qu'il sera essayé, aydant le Créateur, auquel je prie, etc.
De Londres ce VIe de septembre 1569.
LVIIIe DÉPESCHE
--du XIIIIe de septembre 1569.--
(_Envoyée jusques à Calais par Olivyer Champernon exprès._)
Retard apporté dans le voyage de la reine par une indisposition du comte de Leicester.--Notification officielle est faite à Élisabeth, par l'ambassadeur, des projets de mariage du Roi et de Madame.--La reine se montre surprise de ces alliances.--Elle affirme à l'ambassadeur qu'elle n'a rien voulu prêter sur les joyaux de la reine de Navarre.--Elle proteste de sa volonté d'empêcher ses sujets de porter aucun secours à la Rochelle.--Elle insiste vivement sur la nécessité de restreindre le commerce de France avec les Pays-Bas;--Et s'excuse du retard apporté à la solution des affaires de la reine d'Ecosse.--Départ définitif des navires armés sous le nom du prince d'Orange.--_Lettre secrète de l'ambassadeur_ à la reine-mère.--Détails confidentiels sur les débats qui se sont élevés entre Élisabeth et le duc de Norfolk, au sujet de son mariage projeté avec Marie Stuart.
AU ROY.
Sire, je n'ay plus tost que hier au soir peu estre de retour d'Anthonne, où j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre, laquelle n'y est arrivée de trois jours si tost qu'elle cuydoit, parce que une fiebvre aigue a surprins Mr. le comte de Lestre en une maison écartée, qui est au comte de Soubtanton, où il a esté contrainct de se séjourner, et toute la court pour l'amour de luy; mais au bout de trois jours il a suyvy en lityère et à présent se porte bien.
J'ay présenté les lettres de Voz Majestez à la dicte Dame, laquelle a monstré du commancement estre ung peu troublée de la nouvelle qu'elles contenoient, dont m'a demandé si les choses estoient desjà conclues, sur quoy s'entend la jalouzie qu'elle a de la nouvelle confirmation d'alliance avec le Roy d'Espaigne. Je luy ay dict que vous aviez telle considération et respect à l'amytié d'elle que vous n'aviez vollu passer oultre en ce faict sans le luy communiquer, affin de faire veoir à tout le monde que, comme vous luy faisiés part d'ung propos, qui touche de si prez à la propre personne de Vostre Majesté, aussi vouliez vous qu'elle participât au bien, au proffict et à toutz les advantaiges qui proviendront de ceste alliance, laquelle ne seroit que pour confirmer davantaige celle que vous aviez avecques elle et la bonne paix, qui est entre vous et voz deux royaulmes, non moins fermement que avec ceulx mesmes, avec qui vous vous alliez.
De ce peu de motz ayant la dicte Dame prins aultre forme et aultre façon de parler, m'a prié de vous escripre qu'elle remercyoit très grandement Voz Majestez de la faveur que vous luy faiziés de luy communiquer ce privé et expécial propoz de vostre mariage et de celluy de Madame, lesquelz elle ne sçauroit que beaulcoup louer et aprouver, comme grandement convenables à la mutuelle grandeur de toutz les partys; et que, pour le regard de celluy de Vostre Majesté, il ne se pouvoit imaginer rien de plus grand ny de plus digne en la chrestienté que l'alliance d'ung Roy de France avec la fille d'ung Empereur. Il est vray qu'elle avoit ouy parler de l'aynée et non de la seconde, tant y a que pour son regard Vostre Majesté ne pouvoit guières prendre aultre alliance en la chrestienté, qui luy fût moins suspecte que ceste cy, parce qu'elle aymoit l'Empereur comme si elle estoit sa fille, et si se sentoit estre aymée de luy comme de son propre père, et ne fit mention du Roy d'Espaigne. Puis adjouxtant qu'elle se réjouyroit toutjour des choses qui reviendroient à vostre bien, grandeur et advantaige, aultant que si c'estoit pour elle mesmes, dont prioit Dieu de vous faire bien heureux cestuy vostre mariage, et le vous randre plain de tout playsir et de contantement, et qu'elle m'envoyeroit les lettres de sa responce pour les vous faire tenir.
Et quant à ce que je luy avois dict de ne prester, ny permettre d'estre presté, nulz deniers en son royaulme sur les bagues de la Royne de Navarre, parce que ce seroit contre le tretté de paix, sellon que vous la feziés advertyr qu'on les vouloit convertir à vous faire la guerre, elle me vouloit asseurer de n'avoir rien presté dessus les dictes bagues, ny ne pensoit qu'on les eust engaigées en ce royaulme; ains croyoit que Mr. de Lizy les eust emportées en Allemaigne, et que mesmes elle ne les avoit vollu veoir. Il est vray qu'elle avoit entendu d'ung sien orphèvre à qui elles avoient esté monstrées, qu'il y avoit ung beau vaze d'agatte, lequel elle eust volontiers retenu, mais saichant d'où il venoit, n'en avoit vollu aulcunement parler.
Et de faict, Sire, la pratique est menée de telle sorte par ceulx qui portent le faict de la nouvelle religion qu'il n'y court rien du propre de la dicte Dame, ains plus tost elle se décharge de quelques intérestz, et néantmoins j'entendz que les aultres sont accommodez en Allemaigne d'aulcuns deniers qui proviennent d'icy; de quoy je suys après à vériffier ce qui en est, affin de m'en plaindre et d'y remédier le mieulx qu'il me sera possible.
Et touchant le commerce que vous offriez à la dicte Dame en telz endroictz de vostre royaulme, que ses subjectz vouldroient choysir, pourveu qu'ilz n'allassent plus à la Rochelle, elle m'a dict qu'à la vérité elle m'avoit une foys promis d'y faire condescendre ses merchans, mais elle ne les avoit encores peu persuader, tant y a qu'elle communiqueroit de rechef là dessus avecques son conseil pour vous y satisfaire aultant qu'il seroit possible; et cependant elle me donnoit bien parolle avec sèrement que, quoy ce fût, nul de ses subjectz, sur peyne de mort, ne porteroit dorsenavant à la Rochelle armes, ny pouldres, ny artillerye, ny monitions, ny vivres, ny rien de quoy ceulx du dict lieu peussent estre secouruz contre Vostre Majesté; et parce que je ne me contantoys de cella, incistant qu'elle debvoit faire abstenir ses subjectz tout entièrement de ce traffic, elle m'a dict qu'elle en assembleroit son conseil et m'y feroit responce du premier jour;
Au surplus, qu'elle ne trouvoit poinct mauvais que j'eusse vollu attandre le commandement de Vostre Majesté sur la restriction de ne porter par les Françoys aulcunes sortes de merchandises des Pays Bas icy, ny d'icy aulx Pays Bas, veu ce que je luy allégois que cella touchoit les chappitres de la paix; toutes foys qu'elle vous prioyt, pour l'amytié qu'elle pansoit avoir mérité de Vostre Majesté, que vous luy vollussiez ottroyer la dicte restriction, veu qu'à présent le duc d'Alve luy estoit ennemy, et qu'il en avoit proclamé une semblable aulx Pays Bas contre l'Angleterre; de quoy je luy ay promiz vous escripre en si bonne sorte que j'espérois que vous ne l'en esconduyriez.
Et pour le regard de la Royne d'Escoce, m'a dict qu'elle ne voyoit que son affaire peult estre si promptement expédiée comme je l'en pressois, et que le mal qu'il sembloit que je luy voulois imputer de ce que le comte de Mora poursuyvoit de ruyner ceulx du party de la dicte Dame et de la déshériter du tout, pendant qu'elle estoit dettenue par deçà, ne provenoit de sa coulpe, ains des faultes du passé, et qu'il failloit attandre la responce du dict comte de Mora, ainsy qu'elle l'avoit remonstré à Mr. de Roz, qui ne l'avoit trouvé mauvais; auquel de Mora elle avoit cependant escript de se déporter de n'assiéger Dombertran, dont, aussitost que ses depputez seroient venuz, elle ne fauldroit de procéder incontinent à l'expédition de cest affaire en la bonne sorte qu'elle m'avoit toujour promiz.
«Il est vray, dict elle, qu'il se mène une pratique pour la dicte Dame avec ung certain personnaige de mon royaulme, lequel je me déporte de nommer à présent, et me veult on faire acroyre que c'est pour mon bien et advantaige; mais ne me veulent laysser juger s'il est ainsy, tant y a que je dellibère, comment que soit, d'en demeurer l'arbitre.»
Et je cognuz bien, Sire, que cest affaire mettoit une grande traverse en ceste court. Je prendray garde à ce qui en proviendra, et à toutes aultres choses qui toucheront icy vostre service, et remettray le surplus à mes prochaines, priant Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XIVe de septembre 1569.
A LA ROYNE.
Madame, avant que je soys arrivé à Anthonne, la Royne d'Angleterre avoit receu des nouvelles de son ambassadeur, Mr. Norrys, qui ne luy avoit, ceste foys faict guières advantaigeux les affaires de ceulx de la nouvelle religion devant Poictiers; de quoy me semble que j'ay tiré plus gracieuse responce d'elle sur ce que je luy ay proposé, que, possible, je n'eusse faict, ainsy que Vostre Majesté le pourra veoir par la lettre que j'escriptz au Roy. Tant y a, Madame, qu'elle et les siens font encores grand fondement sur l'armée qui est devant le dict Poictiers, et espèrent d'aultres plus grandz choses du costé d'Allemaigne, non sans quelque opinion que le duc Auguste se meslera de l'entreprinse.
La dicte Dame a parlé si honnorablement des deux mariages du Roy et de Madame que je vous en ay bien vollu représanter sa responce, et j'espère que je vous en feray aussi bien tost tenir ses lettres. Elle, à ce propos, m'a bien vollu dire que, quant ce ne seroit que pour une si digne compaignie, il luy sembloit adviz qu'elle estoit convyée meintennant de se maryer, et m'a répété par trois foys, je ne sçay à quelle occasion, qu'elle ne feroit aulcun tort à son rang de princesse, et qu'asseuréement elle n'en espouseroit jamais qui ne fût prince, ce qu'elle a poursuyvy en beaulcoup de parolles; et je luy ay respondu en termes généraulx, lesquelz je remectz à une aultre foys. Puys, sur le faict de la Royne d'Escoce, nonobstant les responces dont elle a monstré procéder avec cueur attainct et offancé contre elle, je luy ay touché et à ceulx de son conseil aulcuns poinctz, desquelz j'entendz qu'ilz ont esté aulcunement ramenez à rayson, et je n'ay peu passer plus avant sans aparance de quelque dangier en voz affaires, ou bien sans excéder les termes de la modestie; mais je ne deffauldray en cest endroict, à toutes les occasions qu'il s'offrira, d'en debvoir faire instance de la part de Voz Majestez.
Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne avoit envoyé son secrétaire devers la dicte Royne d'Angleterre pour luy communiquer, à ce que j'en peuz comprendre sur le lieu, une lettre du duc d'Alve pour entrer clairement en termes d'accord. Je mettray peyne de sçavoir proprement ce qui en est.
Ceulx de ce conseil m'ont parlé de leur vouloir bailler mes lettres de seurté pour les navyres qu'ilz envoyeront quérir leurs vins à Bourdeaulx, et, nonobstant que je leur aye respondu qu'il n'en estoit besoing en temps de si bonne paix, ilz m'ont fort incisté de ne leur reffuzer cella, de quoy je leur ay promiz que je vous en escriproys.
L'homme du prince d'Orange est enfin sorti de ceste rivière avecques ses ourques et vaysseaulx, le IXe de ce moys, pendant que j'estois à Anthonne. Il ne m'a esté encores raporté quelle routte il a prins; l'on me veult faire acroyre qu'il n'a heu congé que d'aller vers les Pays Bas, mais aulcuns disent que son intention estoit d'aller à la Rochelle, et aultres disent qu'il avoit quelque entreprinse sur Belle Isle en Bretaigne. J'espère que, sellon mes advertissemens précédans, il trouvera toute la coste de dellà si bien fornye qu'il n'y recepvra que honte et dommaige, s'il s'y adresse; aydant le Créateur, auquel je prie, etc.
De Londres ce XIVe de septembre 1569.
AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.
Madame, il y avoit eu de grosses parolles entre la Royne d'Angleterre et le duc de Norfolc, premier que j'aye ceste foys parlé à elle, et j'entendz qu'elle s'estoit corroucée fort asprement à luy de ce qu'il trettoit, sans son sceu, de se maryer avec la Royne d'Escoce, lui deffendant fort expresséement de n'y prétandre plus, en quelque façon que ce soit. Sur quoy, après quelques excuses du dict duc comme il n'avoit jamais prétandu de faire rien sinon avec le bon congé de la dicte Dame, et qu'il avoit, devant toutes choses, proposé le bien, la seurté et l'advantaige d'elle et de sa coronne, il s'est excusé de n'obéyr à ce commandement qu'elle luy faisoit ainsy en collère, sinon après qu'elle l'auroit remonstré à son conseil. Et bien qu'elle ayt répliqué qu'elle n'avoit que faire en cella de l'adviz de son conseil, le dict duc est demeuré ferme en son opinion; et croy, si la dicte Dame ne se modère, qu'il taschera tout à la foys de faire eschapper la Royne d'Escoce pour se retirer en quelque lieu de plus grand seurté en ce mesmes royaulme que celluy où elle est à présent, et de s'absenter luy de la court, ce qui ne sera sans quelque altération. Dont, Madame, il sera plus à propoz que jamais que vous parliez à l'ambassadeur d'Angleterre, ainsy que par le Sr. de Sabran je le vous ay mandé; et je prieray Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XIVe de septembre 1569.
_Par postille à la lettre précédente de la Royne._
Despuys ceste lettre escripte, j'ay heu adviz que celle du duc d'Alve portoit de demander saufconduict pour aulcuns personnaiges, depputez de la part du Roy Catholique, affin de venir tretter avec cette Royne des différandz dessusdictz, et cuyde l'on que ce seront le Sr. Chapin Vitel et le docteur Vargas, et que desjà le saufconduict est expédié. Je vériffieray encores mieulx ce qui en est.
LIXe DÉPESCHE
--du XIXe de septembre 1569.--
(_Envoyée exprès par Jehan Valet jusques à Calais._)
Envoi des réponses faites par la reine d'Angleterre aux lettres concernant les mariages du Roi et de Madame.--Importance des sommes qu'Élisabeth s'efforce de réunir en Allemagne, où elle dispose d'un grand crédit.--Arrivée de la flotte anglaise à Hambourg.--Jonction des navires du prince d'Orange à ceux du bâtard de Briderode, sur la côte de Frize.--Troubles d'Irlande.--Conditions auxquelles les frères d'Ormont offrent de déposer les armes.--Détermination, prise par le roi d'Espagne, d'envoyer des députés à la reine d'Angleterre pour traiter de leurs différends.--Nouvelles d'Écosse.--Refus fait par le comte de Murray de lever le siége de Dumbarton, sur la demande d'Élisabeth.--Assemblée de Stirling.--Arrestation du comte de Lethington comme complice du meurtre de Darnley.
AU ROY.