Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 16

Chapter 163,896 wordsPublic domain

Madame, le Roy, Mon Seigneur, et la Royne Très Chrestienne, sa mère, vous ont envoyé toutes les déclarations, que demandiez, touchant le tiltre de vostre coronne, et y ont de tant plus soigneusement procédé qu'ilz vous ont vollu faire cognoistre qu'ilz n'ont jamais pancé de vous offancer, et que ceulx là sont par trop malicieulx, qui ont supposé ceste cession pour traverser vostre commune amytié et vous mal mesler ensemble; car je vous veulx bien encores, pour une troysiesme foys, retourner dire cecy: qu'ilz n'ont pensé, ny pratiqué, ny presté l'oreille à pratiquer, rien qui soit contre vostre bien, grandeur ny estat, ny en quoy ilz estiment que vous deussiez prandre desplaysir, despuys le dernier tretté de paix.

Et meintennant, Madame, qu'il vous apert de la déclaration de Leurs Majestez et de celle de Monsieur, frère du Roy, pour le tiltre de vostre royaulme, et que vous avez receu celle que le comte de Mora faict pour priver la Royne d'Escoce du sien, je vous suplye, de la part de Leurs Majestez Très Chrestiennes, ottroyer meintennant à la dicte Dame la pourvoyance et remède, que luy avez toutjour promiz en ses affaires;

Et ne preniez qu'en bonne part si le Roy et la Royne vous en font faire ceste instance; car, par le debvoir de l'alliance et du parentaige, et de l'obligation des trettez qu'ilz ont avec ceste princesse et sa coronne, ils ne peuvent laysser de pourchasser sa restitution, ny s'en excuser envers Dieu ny le monde. Néantmoins ilz ont bien vollu attandre paciemment l'ordre que vous y mettriez, et n'y entreprendre rien de leur main, de peur de vous offancer, sinon seulement de vous en faire solliciter, par moy leur ambassadeur, le plus modestement que j'ay peu; et ne prétendent encores de s'en mesler, tant qu'il y aura espérance de vostre secours; ains seront très ayses d'en raporter à vous seulle leur propre obligation, et celle de ceste paouvre princesse, leur alyée, s'il vous playt le luy bailler.

Mais ilz me commandent bien de vous dire que si, de ceste heure en avant, ilz voyent que vostre secours luy soit de telle façon prolongé, qu'il ne luy puisse de rien plus servir, parce que le comte de Mora va exécutant toutz ses bons subjectz dans le pays, et les dépossedantz de leurs biens et maysons, et poursuyt le siège de Dombertran, qui est la seule place demeurée en l'obéyssance de la dicte Dame; et par ainsy que vostre secours luy viègne à deffaillir, qu'ilz se mettront, du premier jour, en debvoir de luy pourvoir du leur, par toutz les meilleurs moyens et expédiantz qu'ilz verront le pouvoir faire;

Que, encores que vous ayez opinion que le comte de Mora soit entré bon et bien intentionné en ceste cause, vous voyés bien meintennant, Madame, qu'il est devenu tout aultre; et ainsy advient de ceulx qui, peu à peu, prènent, d'eulx mêmes, quelque authorité (ou les armes), qu'ilz ne s'en veulent, puys après, volontiers despartyr par celle d'aultruy; car par vostre moyen, Madame, il pourroit tout ensemble pourvoir à la Royne, sa seur et sa Mestresse, au petit Prince son filz, au pays et subjectz, et bien fort seurement à luy mesmes et à ce qu'il eust desiré d'avancement dans le royaulme; et si, eust grandement satisfaict à sa réputation, et contanté Leurs Majestez Très Chrestiennes et toutz les aultres princes chrestiens, ce qu'il a tout mesprisé pour se cuyder contanter luy seul.

RÉPONSE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.

La dicte Dame m'a respondu--«que nulle aultre personne du monde ne desiroit plus soigneusement pourvoir au restablissement de la Royne d'Escoce qu'elle faisoit, pourveu que ce fût sans l'exposer au dangier de ses ennemys, et qu'elle le peult faire sellon son honneur et conscience, et, si je luy allégoys l'alliance de Leurs Majestez, elle luy estoit encores plus prochaine allyée;

«Qu'il y avoit quatre sortes de secours pour la remettre,--l'ung, de force;--l'aultre, de conseil;--l'aultre, d'argent;--et le quatriesme, par ung bon accord;--et que la dicte Royne d'Escoce n'avoit monstré tant mesprizer le repoz de son royaulme et le sang de ses subjectz, qu'elle n'eust toutjour préféré son retour à sa coronne par l'agréable consentement de ses subjectz que par la violence d'une guerre; et que, de sa part, oultre les aultres considérations, ceste cy luy passeroit fort la conscience, de ne la y vouloir remettre pour exécuter, puys après, cruellement ses vengeances; car ne vouldroit estre cause du sang qui s'y espandroit;

«Que, à la vérité, elle n'avoit accepté ny pour responce, ny pour satisfaction, ce que le comte de Mora luy avoit mandé, dont luy avoit soubdain escript que, si dans quinze jours il ne luy respondoit aultrement et mieulx, sellon le propos de la restitution de la Royne d'Escoce, elle mesmes se feroit la responce, et luy feroit sentyr ce qu'elle en auroit résolu; et, à ceste occasion, la dicte Dame pryoit Leurs Majestez Très Chrestiennes d'avoir pacience pour ce peu de temps.

«Il est vray qu'elle me vouloit bien dire que la dicte Royne d'Escoce ne s'estoit bien déportée envers elle, encores qu'elle luy heust esté plus que bonne mère, et luy eust saulvé la vye; et qu'elle sçavoit tout ce qu'elle avoit pratiqué, despuys qu'elle estoit entré en ce royaulme, aultant par le menu comme si elle y eust esté appellée, car les princes ont des oreilles grandes qui oyent loin et prez, en divers lieux; et que la dicte Royne d'Escoce s'estoit esforcée de mouvoir le dedans de ce royaulme contre elle, par le moyen d'aulcuns des siens qui luy promettent de grandz choses, mais c'estoient gens qui conçoyvent des montaignes mais ne produisent que petitz monceaulx de terre, qui l'avoient pancé si sotte qu'elle n'en sentyroit rien, mais elle s'en estoit toutjour moquée dans la manche; et que n'ayant la dicte Royne d'Escoce bien vollu user d'elle comme de bonne mère, elle méritoyt qu'elle luy fût marastre;

«Qu'elle se sentoit en assés bon estat de forces et d'argent, et de toutes choses, pour ne pouvoir estre constraincte, par nulle force qui soit aujourduy au monde, à faire en cest endroict, pour la Royne d'Escoce, sinon ce qu'elle estimeroit estre bon et convenable à son honneur, à son debvoir et à sa conscience; et que plusieurs choses s'obtiennent et se conduysent, par la bonne grâce et bienveillance, des princes bien nays, qui sont ayséement destornées, quant on les veult admener aultrement; et qu'il luy restoit sur le cueur plusieurs aultres choses, qu'elle me diroit mieulx à propos une aultre foys; seulement me vouloit demander comment j'estimoys que le Roy la peult secourir à ce besoing; car il luy fauldroit passer la mer.»

* * * * *

Sur quoy, après luy avoir donné satisfaction, pour Leurs Majestez Très Chrestiennes et pour moy, touchant ce qu'elle avoit sur le cueur de cest affaire, et m'ayant elle monstré d'en estre bien fort satisfaicte, je luy respondiz que, grâces à Dieu, le Roy avoit de très grandz moyens de la secourir, et qu'elle mesmes les pouvoit comprendre par ce qu'elle en oyoit dire, sans que je les luy particularisasse; et qu'il restoit, oultre cella, grand nombre de bons subjectz et serviteurs à ceste princesse dans son royaulme, aus quelz n'estoit besoing que de bien peu de secours; et, quant à passer la mer, il y avoit assés vaysseaulx en France, et des gens qui sçavoient bien ceste route; et que je croyois qu'elle mesmes, à ung besoing, nous ayderoit de ses propres vaysseaulx pour une si légitime entreprinse, laquelle je luy vouloys encores dire qu'il failloit, par nécessité, qu'elle fût exécutée.

Et nonobstant que lors, en présence de ceulx de son conseil, elle se courroucea asprement, et fit de grandz menasses, elle s'est despuys modérée, et n'ont, les persuasions de la duchesse de Suffoc et de la comtesse de Lenos contre ceste cause, tant peu comme les bonnes raysons qu'on luy admène pour icelle, dont s'en attand quelque bonne expédition en brief.

ADVERTISSEMENT TOUCHANT LE FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Au mois de juing 1568, la feu Royne d'Espaigne escripvit une lettre à la Royne d'Escoce, pleyne de grand affection, pour luy persuader d'envoyer le petit prince d'Escoce, son filz, en Espaigne, affin d'estre norry prez du Roy Catholique, son mary, adjouxtant quelque mot de le vouloir accepter pour leur gendre, et luy réserver une de leurs petites filles en mariage; ce que la Royne d'Escoce accepta incontinent avec grand affection. Mais quant sa responce arriva en Espaigne, la Royne d'Espaigne estoit desjà allée à Dieu, dont le Roy, son mary, print les lettres, sur lesquelles il a despuys escript, par deux foys, à la Royne d'Escoce; sçavoir, en janvier et février derniers, confirmant l'affaire, et ouvrant encores quelques propos de mariage à la dicte Dame pour luy, ou pour l'archiduc Carlos, ou pour dom Joan d'Austria, lesquelz il disoit aymer aultant que soy mesmes.

L'ambassadeur d'Espaigne communiqua le propos à monsieur l'évesque de Roz, qui, à ce que j'entendz, monstra ne trouver bon qu'on parlât d'aultre que du Roy Catholique, et néantmoins il tint la main à conduyre, en caresme prenant dernier, ung des gens du dict ambassadeur jusques à Borthon devers la dicte Dame, qui y fut expressément envoyé pour la veoir, et nother ses parolles, ses contenances et sa forme de vivre, lequel fit, despuys, ung très bon récit de la dicte Dame, mais ne raporta, pour lors, aultre parolle d'elle, sinon qu'elle estoit en estat de ne pouvoir rien promettre ny d'elle, ny de son filz, car elle estoit en puyssance d'aultruy; seulement elle avoit besoing de secours pour estre remise à sa coronne, et que, s'il playsoit au Roy Catholique luy ayder, il se pouvoit promettre, d'elle et de son filz, tout ce que mériteroit la grande obligation qu'elle luy en auroit.

Peu de jours après, ayant la dicte Dame pratiqué ung moyen de se saulver et de se remettre en son pays, pourveu qu'elle fût ung peu secourue, dellibéra d'y employer le dict Roy Catholique et se commettre en ses mains, jusques à se offrir de passer en Flandres. Et à cest effect, le ser Jehan Amilthon fut envoyé devers le duc d'Alve, à Bruxelles, luy demander hommes et argent pour cest effect; lequel respondit qu'il seroit prest de mettre XX mil hommes dans l'Angleterre, à la dévotion de la dicte Dame, pourveu qu'il y eust quelques ungs du pays pour les recepvoir, et qu'il vît y avoir fondement ou aparance d'y pouvoir effectuer quelque chose, mais n'avoit encores ordonnance du Roy, son Maistre, de getter gens de guerre hors du pays, toutesfoys il l'en advertyroit promptement; et qu'au reste, argent ne manqueroit. Et comme le dict Amilthon luy répliqua, qu'au cas qu'il ne peust envoyer promptement des gens, il avoit charge de luy demander quelque prompt secours d'argent, il respondit que l'ung et l'aultre se bailleroient à la foys, quant le Roy, son Maistre, le luy auroit mandé, et que plustost ne se pouvoit faire.

Sur ceste responce, ayant la dicte Dame, despuys, sondé la volonté de ses partisans dans le pays, a trouvé que toutz estoient disposez de faire ce que le duc de Norfolc vouldroit, mais que, de mettre tant d'estrangiers dans le pays, ilz ne le trouvoient bon; car ne veulent, à ce qu'ilz disent, combattre pour conquérir ce royaulme au Roy d'Espaigne, ny avoir rien à faire avec ceste nation là; seulement, ilz se veulent employer à bien garder le droict qu'elle prétend à ceste coronne, après la Royne, sa cousine, et cependant la remettre à la scienne, en quoy ilz s'estiment estre assés fortz pour conduyre l'entreprinse, pourveu qu'on ayt ung peu d'argent.

Ce qu'estant remonstré, en bonne sorte, au dict duc d'Alve, sans aulcunement reffuzer ses hommes, mais monstrant seulement la difficulté de ne les pouvoir encores accepter, et le sollicitant, au reste, de quelques deniers contantz, il a, avec bonnes parolles, prolongé plusieurs moys la responce, essayant cependant d'obliger la Royne d'Escoce de ne se priver de la liberté de son mariage, pour en user, puys après, sellon le conseil du Roy, son Maistre, et de luy bailler toutjour le petit prince d'Escoce, son filz; en quoy le temps a coulé jusques à la my aoust dernier, qu'ayant le dict duc promiz de bailler lors une résolue responce, il a asseuré le dict Amilthon, qui y est pour la troisiesme foys retorné, de faire, dans le XVe de septembre, délivrer argent par deçà à la dicte Dame. Et j'entendz que desjà il a envoyé une lettre d'eschange pour luy faire fornyr seulement dix mil escuz.

Ne fault doubter qu'il ne se meyne une bien estroicte pratique pour le mariage de la dicte Dame avec dom Joan d'Austria, et que, par les allées et venues du susdict Amilthon, et du voyage que Rollet, secrétaire de la dicte Dame a naguyères faict devers le duc d'Alve, au partyr d'Orléans, le propos n'en soit, possible, bien avant; mais ce ne seroit aulcunement l'advantaige d'elle, car n'auroit pourtant asseurance d'eschapper d'icy, ny d'estre remise en son estat, et si est sans doubte qu'elle perdroit le droict qu'elle prétend à ceste coronne; sur quoy, ayant l'ambassadeur d'Espaigne naguières miz monsieur l'évesque de Roz en divers propos du dict mariage, et de ce qui s'en parloit pour le duc de Norfolc, luy a incisté grandement qu'elle debvoit réserver en cella le consentement de Leurs Majestez Très Chrestienne et Catholique.

Est à craindre que la Royne d'Angleterre, pour certaine opinion qui luy est montée en la teste, veuille tenir la main au dict dom Joan, car a dict qu'elle se vouloit en toutes sortes dépétrer de la Royne d'Escoce et la remettre, pour son honneur, en son estat, bon gré mal gré qu'en eust le comte de Mora; et qu'elle sçavoit bien, qu'aussi tost qu'elle seroit en Escoce, qu'elle espouseroit ung estrangier, dont elle seroit haye et des Escouçoys et des Angloys, et se déboutteroit elle mesmes de l'espérance qu'elle monstre avoir si grande à la succession de ceste coronne.

Par le tret, que le Roy d'Espaigne a faict, de vouloir ainsy soubstraire au Roy ceste alliance d'Escoce, et s'emparer de la Royne et du petit Prince du pays, pour le mener norryr prez de luy, au mespriz de Leurs Majestez Très Chrestiennes et de la coronne de France, joinct ce qu'il a entreprins de la précédance, et ce qu'il a essayé de traverser la ligue des Suysses, il monstre qu'il a trop d'ambition sur le Roy, et qu'en plusieurs sortes il s'esforce de luy diminuer la grandeur, la dignité et les forces de son estat, et qu'il recognoist trop mal l'amytié que la Royne luy a toutjour portée et ne la respecte comme il debvroit.

LVIe DÉPESCHE

--du Ve de septembre 1569.--

(_Envoyée jusques à Calais par Olivyer Champernon exprès._)

Intrigues des protestants pour empêcher le rétablissement de la reine d'Écosse.--Fausse nouvelle répandue à Londres de la prise de Poitiers par l'amiral de Coligni.--Élisabeth demande que la France renonce à servir d'intermédiaire pour le commerce des Pays-Bas avec l'Angleterre.--Sortie, en grand équipage de guerre, des navires qui avaient été mis en arrêt sur les instances de l'ambassadeur.--Combien il est urgent de donner appui et de porter secours à la reine d'Écosse.--État et évaluation des joyaux envoyés de France par les protestants pour obtenir un emprunt.--_Déclaration du conseil d'Angleterre_ sur le commerce de France et sur la nécessité de le restreindre en ce qui concerne les Pays-Bas.--_Réponse de l'ambassadeur_, dans laquelle il proteste contre cette prétention.

AU ROY.

Sire, vous ayant, le premier de ce moys, dépesché le Sr. de Sabran, avec tout ce qui se offroit lors à ma cognoissance digne de celle de Vostre Majesté, je dellibérois partir le lendemain pour aller trouver la Royne d'Angleterre affin de luy présenter voz lettres, que j'ay receues dans vostre paquet, du XVe du passé, mais j'ay heu adviz qu'au partir de Bazin, elle s'est mise hors de son dellibéré progrez, pour aller veoir quelques petitz lieux escartez, et l'on m'a dict que je feray beaulcoup mieulx d'attandre qu'elle soit arrivée en Amptonne; et ainsy j'ay attandu de partir jusques à ceste après dinée que je m'achemine au dict lieu pour y arriver aussitost qu'elle.

Je viens d'entendre que quelques mauvaises personnes luy ont merveilleusement soublevé le cueur contre la Royne d'Escoce par ung aultre nouveau moyen, après qu'ilz ont veu que celluy de la cession du tiltre de ce royaulme demeuroit convaincu par les amples déclarations de Vostre Majesté; c'est qu'ilz luy ont persuadé que, n'ayant la dicte Royne d'Escoce peu parvenir au premier et plus éminent lieu de ceste coronne, elle pratiquoit meintennant d'avoir le second, et que, contre ce que la dicte Royne d'Angleterre avoit tant fermement résisté à toutz ses estatz et parlemens de ne déclairer son successeur, elle s'esforçoit meintennant de monstrer que c'estoit elle, se insinuant pour seconde personne en ce royaulme, affin de se faire la première, veuille ou non la dicte Dame, et mesmes avant le temps, par le moyen des catholiques; lesquelz ilz luy remonstrent qu'elle les a eslevez en grandz espérances, et desjà toutz attirez à sa dévotion, dont le trouble n'est petit en ceste court, par ce mesmement que la dicte Dame a senty que toutz les plus grandz de ce royaulme, et les principaulx de son conseil, incistent que la dicte Royne d'Escoce soit délivrée et restituée à sa coronne. De quoy l'on m'a dict que la dicte Royne d'Angleterre est bien fort offancée contre le comte de Lestre et contre le secrétaire Cecille de ce qu'estans eulx deux ses expéciaulx serviteurs, ilz ne debvoient, sans son sceu, avoir entreprins, comme ilz ont faict, de porter ce party; et est fort après meintennant à les séparer du duc de Norfolc et du comte d'Arondel qui l'ont, quant à eulx, toutjour manifestement porté. Et de tant, Sire, que sur ce courroux l'on vouldra, possible, forger encores des nouveaulx délays ez affaires de la Royne d'Escoce, qui seroit aultant que les ruyner du tout, Vostre Majesté et celle de la Royne tiendrez, s'il vous playt, du premier jour, à l'ambassadeur, Mr. Norrys, le propoz conforme à ce que je vous ay mandé par le dict Sr. de Sabran affin que, sur les lettres qu'il en escripra à sa Mestresse, son dict conseil ayt plus grand argument de luy remonstrer qu'elle les doibt advancer, et ne les avoir ainsy suspectz, comme les malicieux le luy représantent.

Il y avoit icy quelque commancement de bruict, quant le dict Sr. de Sabran est party, que Poictiers avoit esté prins d'assault le XIXe du passé, mais ayant receu lettres de Mr. de La Meilleraye et de Mr. de Sigoignes qui disent le contraire, j'en ay admorty et les nouvelles et les gaigeures qui s'en faisoient en ceste ville; et j'espère que Dieu vouldra qu'il en adviègne aultrement, car certes j'aurois bien à rabattre les entreprinses qui se mettroient incontinent en avant sur la dicte nouvelle, si elle estoit vraye.

Ceulx de ce conseil, despuys le pourparler que je fiz avec eulx à Fernan Castel, quant je leur présentay les députez de Roan, m'ont envoyé ung escript en latin que j'ay miz dans ce paquet, et sont ung peu marrys que je leur aye faict la responce que Vostre Majesté verra touchant la restriction du commerce des Pays Bas, car estimoient que je passerois cella légièrement, ce que je n'ay ozé faire au préjudice des trettez, sans avoir vostre commandement là dessus; mais sellon que je voy qu'ilz y vont de grande affection, et pour le temps, je croy, Sire, qu'il n'y aura grand mal de le laysser couler, et sinon en le consentant expressément, à tout le moins en ne le contradisant guyères; car aussi bien y pourvoirront ilz par leurs costumiers à l'yssue des merchandises, comme j'entendz que le duc d'Alve l'a aussi prohibé aulx Pays Bas.

Il est quelque bruict qu'en Espaigne l'on a arresté les nefz venitiennes, qui venoient à Londres chargées de plusieurs merchandises nécessaires en ce royaulme, de quoy, s'il est vray, ceulx cy seront bien fort marrys.

Les quatre ourques et trois vaysseaulx de l'homme du prince d'Orange sont enfin sortyes de ceste rivière en grand équipage de guerre, mais je n'ay encores adviz quelle routte elles ont prins; seulement j'en ay adverty les gouverneurs de la frontière de dellà pour y prendre garde; et estantz toutes aultres choses en l'estat que je vous ay mandé par mes dernières, je n'adjouxteray, pour le surplus, à la présente qu'une dévotte prière à Dieu, etc.

De Londres ce Ve de septembre 1569.

A LA ROYNE.

Madame, avant m'acheminer vers la Royne d'Angleterre, laquelle j'espère trouver d'icy à trois jours à Amptonne, à LX mille d'icy, j'ay bien vollu faire une dépesche à Voz Majestez sur l'occasion de ces particullaritez, que Vostre Majesté verra en la lettre que j'escriptz au Roy; oultre lesquelles je ne vous diray, Madame, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce qu'il est heure que le Roy et Vous, Madame, luy assistiez, ainsy que par le récit que j'ay donné charge au Sr. de Sabran de vous en faire, et parce que j'en mande meintennant en la dicte lettre du Roy, Vostre Majesté jugera que oportunément et prudentment se devra faire; car le feu en est bien allumé en ceste court, et semble, à la vérité, qu'il y va maintennant du faict ou du failly. Je ne deffauldray de mon office en cest endroict, ainsy que me l'avez commandé, pour servir en voz affaires et à ceulx de la dicte Dame aultant qu'il me sera possible; et par ce qu'ung de mes amys m'a dict avoir entendu de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, que le duc d'Alve pourroit prandre jalouzie, s'il entendoit qu'on vollût mettre aulcun secours de Françoys dans Dombertran, je suplie Vostre Majesté juger si cella sera considérable.

Et, au reste, Madame, ayant miz peyne de m'enquérir des bagues que le Sr. Du Doict a aportées pour engaiger par deçà, j'ay sceu qu'elles sont celles cy, sçavoir:

De la Royne de Navarre, un collier estimé par les orfèvres de France--cent soixante mil escuz;

Et ung quarquant--XL mil escuz;

De Mr. le Prince de Condé, bordeures, toretz, oreillettes et ung vaze d'agathe--XXXV mil escuz;

De monsieur l'Admyral, ung vaze d'agathe--XV mil escuz;

Une couppe d'agathe--X mil escuz;

Une croix--quatre mil escuz;

Une oreillette--deux mil escuz;

Et de Mr. du Vijan ung ruby et une aultre bague--quatre mil escuz;

Mais les orfèvres de Londres ne les prisent tant; lesquelles bagues ne sont encores engaigées. Sur ce, je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.

De Londres ce Ve de septembre 1569.

DÉCLARATION DU CONSEIL.

ACTA CONSILII IN FERNAMENSI CASTELLO.

--XVIIâ Augusti 1569.--

Presentibus: Duce Norfolciæ, Comite Bedfordiæ, Comite Lecestriæ, Prefecto regii cubiculi, D. Secretario.

Conventum est ut de reliquo omnibus Anglis et Gallis mercatoribus libera commercii ratio sit, negociandi in Angliâ et Franciâ et utrinque reciprocè: et hinc indè importandi et exportandi omnia mercium et commodorum genera utriusque regionis, ità ut in quàm optimis pacis temporibus antehàc factum est; proviso tamen ut, durante hâc intercursûs suspensione inter Angliam et Regis Hispani Inferiorem Germaniam, nullus alterutræ nationis mercator ullas Inferioris Germaniæ merces directè aut indirectè advehat in Angliam, neve ex Angliâ in Inferiorem Germaniam. Fas tamen erit cuivis Gallicanæ nationis viro ab Angliâ Hamburgum indèque Orientem versùs liberè negociari, non aliter quàm aliis exteris id permittimus. Quâ etiam in re Anglis fautoribus utentur et adjutoribus.

Item, uti omnia Anglorum bona, ab octavo ultimi julii die hinc in Franciam evecta aut Gallorum in Angliam evecta, ab omni manuum invectione, quam arrestum vocant, soluta et libera sint, liceatque dominis pro arbitratu iis in contrahendo uti, eorumque bonorum estimationem in merces et res quas ipsis visum erit collocare, uti anteactis temporibus licitum est absque arresto aut impedimento.