Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 15

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Et l'aultre, qu'il vous playse envoyer cinq ou six cens harquebouziers françoys seulement, qui soyent avitaillez et amonitionnez pour ung temps, à Dombertran, avant la fin d'octobre prochain; car cella, avec l'assistance qu'il y fera d'icy, relèvera grandement la part de la dicte Dame dans le pays, ce qu'il estime n'estre que bon de le dire au dict ambassadeur, et comme c'est pour la garde seulement de la place, et pour recepvoir plus grandz forces, si voyés qu'il soit besoing d'y en envoyer, faignant d'avoir desjà donné charge à Mr. de Martigues ou à Mr. de Bouillé d'aprester ung armement en Bretaigne pour cest effect; et que Vostre Majesté ne craigne, pour ceste démonstration de Dombertran, d'irriter davantaige les Anglois, car dict qu'il y pourvoirra de tout son pouvoir.

J'ay donné charge à ce gentilhomme, présent porteur, qui est confidant, de vous dire aulcunes particullaritez, touchant le dict secours, et aussi, comme il n'est possible de consommer encores de quelques jours le dict mariage, et que je suys après à vous faire envoyer des messagiers de l'une et l'aultre partie, affin de les engaiger et obliger toutz deux à Vostre Majesté, et, me remettant à luy, je n'adjouxteray pour le surplus à la présente, qu'une très dévote prière à Dieu, etc.

De Londres ce 1er de septembre 1569.

Le duc d'Alve a envoyé lettre en ceste ville pour dellivrer dix mil escuz à la dicte Dame, ce que je pense estre en erres de l'aultre party; mais j'espère les faire bailler au duc de Norfolc pour erres du sien. Je vous suplie très humblement faire brusler la présente.

MÉMOIRE BAILLÉ AU Sr. DE SABRAN.

LE DICT SR. DE SABRAN DIRA A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu de la Dépesche:

Que la Royne d'Angleterre, continuant son progrez, est à présent à Bazin, esloigné xlv mil d'icy, et les choses de son royaulme demeurent en ung certain estat de paix, qui monstre néantmoins qu'elles sont disposées à la guerre, que la plus part de ceulx du pays s'atandent de l'avoir, et qu'il ne reste pour la commancer sinon qu'ilz voyent les affaires de France réduictz à ung poinct, qui face le jeu plus seur aulx leurs.

Oultre les aprestz et armemens dont j'ay faict mencion en mes aultres dépesches, l'on m'a donné adviz que le duc de Lunebourg, qui est pensionnaire de ceste Royne, et deux aultres coronnelz, tiennent une levée de trois mille reytres et de huict mille Allemans preste pour elle.

Et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a mandé avoir naguières receu lettres bien fresches de Mr. de Chantone, par lesquelles il luy mande que le duc de Cazimir a ses gens prestz; et que, oultre ceux là, le duc Auguste en a arresté d'aultres, de pied et de cheval, mais que pour encores ny les ungs ny les aultres ne marchent.

J'ay faict bien fort soigneusement enquérir du faict du dict de Lunebourg à ceulx, qui sont naguyères revenuz de Hembourg, qui disent qu'il ne haste sa dicte levée, et seulement qu'il tient ses hommes advertys et préparez, auxquelz il a distribué quelque peu d'argent venu d'icy, qui faict que, en leurs festins et compaignies, ilz boyvent, de là en hors, à la bonne grâce de la Royne d'Angleterre.

Vray est que Quillegrey est allé trouver les dicts ducs Auguste et Cazimir jusques en Saxe pour tretter, comme je présume, du faict de ceste guerre avec eux; et j'entendz qu'il a escript que icelluy de Cazimir avoit, jusques à ceste heure, différé de marcher pour aulcunes difficultez, lesquelles à présent estoient composées, et que bien tost il seroit en campaigne. L'on parle d'envoyer ung aultre ambassadeur en Allemaigne pour se trouver à la prochaine diette, et je présume que ce sera Trokmarthon; car j'entendz qu'il se met en ordre et se prépare pour quelque voyage.

Naguyères a esté envoyé commission en ceste ville de Londres, pour commander à ceulx, qui sont obligez de tenir chevaulx de service, de les avoir toutz prestz du premier jour, et à ceulx qui doibvent avoir des courtaultz, lesquelz ilz appellent chevaulx légiers, de se pourvoir comme les aultres de chevaulx de service, et aulx brigandiniers d'avoir des corseletz, et aulx tireurs d'arc d'avoir des haquebutes, et aulx merchandz de se pourvoir chacun d'armes à sa commodité.

Encores despuys, est venue aultre commission par où est mandé à toutes les paroisses que, sellon la grandeur et nombre d'hommes qui est en chacune d'icelles, l'on ayt à se fornyr de certaine quantité de piques, d'haquebutes, corseletz, arcz et aultres armes, et les aschapter de la Tour sellon le priz qui en a esté faict de chacune espèce d'icelles par les commissaires à ce depputez, dont le Sr. Thomas Grassan est le principal; et c'est affin d'armer beaulcoup d'hommes par tout ce royaulme, et tirer cependant de l'argent; et aussi pour renouveller les armes de la dicte Tour qui sont desjà si vieilles et usées, pour avoir esté longuement et souvant forbyes avecques du sablon, qu'il y en a une partie quasi percées à jour.

Oultre cella, l'on m'a donné adviz qu'aulx monstres généralles de ce pays, il y a esté faict une secrecte description de soldatz (sçavoir, de six mille harquebouziers, six mille corseletz et encores d'aultres douze mil hommes, mais ne sçay avec quelles armes), pour estre pretz et levez dans quatre jours, toutes les foys qu'on les mandera.

Ilz font aussi amaz d'argent par toutz les moyens qu'ilz peuvent, faisans vandre les merchandises d'Espaigne, faisans forger des angellotz neufs dans la Tour, comme pour soldoyer estrangiers, et arrester tous les payemens des particulliers, de sorte qu'on ne voyt plus courir aulcuns deniers parmy le commun; et, à ce propoz, l'on m'a donné adviz que, depuys quelques moys en çà, deux Anglois sont venuz de Genève à Lion avec plusieurs lettres d'eschange, qui donnent ordre au recouvrement des deniers pour le payement des reytres, mais je n'ay peu sçavoir leur nom.

Pour toutz ces aprestz, je n'estime que ceulx cy se hastent pourtant de nous commancer encores la guerre, ny d'exploicter ouvertement contre nous chose qui les puisse directement arguer de l'infraction des trettez, jusques à ce que le dict duc de Cazimir soit entré en France, ou que l'armée, qui est à Poictiers, soit aprochée en Normandie ou Picardie, ou qu'ilz voyent succéder une si grand bataille que les propres forces du royaulme ne soyent, puys après, suffizantes d'empescher que les leurs n'exécutent ce qu'ilz vouldront; ce qu'on m'a dict qu'ilz vont guettant sur toutes choses, et qu'en ce cas, ilz font estat d'avoir les estrangiers à leur dévotion: et j'entendz qu'il y a je ne sçay qui en France, qui continue les asseurer de la prinse de Callays dans vingt jours, s'ilz le veulent essayer; à quoy ne fault doubter qu'ilz n'ayent une merveilleuse affection, et se parle aussi qu'on pourra faire descente au Tresport.

Il est vray que, de la sublévation advenue en Suffoc et Norfolk, encor qu'il ayt apareu que les eslevez estoient de la nouvelle religion, et presque toutz ouvriers de layne, qui s'estoient ainsy mutinez, parce qu'on ne les employoit à leurs accoustumez ouvrages durant ceste suspencion de traffic des Pays Bas, dont ne leur restoit aulcun moyen de vivre, et aussi de celle d'Irlande, de laquelle, encor que ceulx cy monstrent ne faire cas, qui a néantmoins apareu jusques icy bien grande, si sont ilz en peyne de toutes deux; et aulcuns principaulx du conseil, pour l'importance d'icelles, et pour divertyr aulcunes aultres plus affectés entreprinses qui ne leur playsent pas, cryent et pressent qu'il fault pourvoir à celles cy, et ne se surcharger tout à la foys de beaulcoup d'affaires estrangières avecques les princes, en quoy proposent d'abandonner le faict de la Royne d'Escoce et les différans des Pays Bas.

Dont sur une mienne remonstrance, qu'en ces entrefaictes j'ay vifvement faicte à ceste Royne et aulx principaulx des siens, après qu'ilz l'ont eu mise en dellibération, en laquelle j'entendz que la dicte Dame mesmes a prins aulcunement le party de la soubstenir, il a esté advisé de faire dire par Mr. le duc de Norfolk à Mr. le cardinal de Chatillon que, voyant la dicte Dame que je révoquoys à infraction de paix beaulcoup de choses, qui se faisoient en son royaulme en faveur et proffict de ceulx de la Rochelle tant par mer que par terre, elle et eulx, ses conseillers, estimans n'estre bon ny convenable de perdre l'amytié du Roy, ny rompre la bonne paix qu'elle a avecques luy et avecques son royaulme, le vouloient bien advertyr, ensemble ceulx de son party, de se pourvoir ailleurs des remèdes et secours qu'ilz serchoient par deçà, et qu'ilz se contentassent que ce royaulme leur fût un reffuge de paix, sans le faire tumber en ung inconvéniant de guerre.

Et j'ay sceu despuys bien certainement que le dict duc luy a porté la parolle, et que suyvant icelle les ourques ont esté arrestées, lesquelles semble que prandront meintennant aultre routte que celle de France, bien qu'aulcuns m'en mettent en doubte, comme je le mande en la lettre du Roy. Les soldats de l'homme du prince d'Orange ont esté cassez, dont ce qu'il y avoit de Françoys se sont allés embarquer ailleurs. L'emprunct sur les bagues de la Royne de Navarre a esté en aparance reffuzé, et quelque forme de provision a esté ordonnée sur les prinses, et contre les pirates, et sur la continuation du commerce.

Je ne veulx toutesfoys rien inférer de paix ny de guerre pour cella, sinon aultant que, jour par jour, j'en verray advenir, et aultant que je pourray ramener les affaires au bien du service du Roy; car, au reste, toutz les adviz que j'ay, concourent à ce que ceulx cy n'attandent que l'ocasion et l'oportunité, que j'ay dict cy dessus, pour se déclairer; et que leurs présentes démonstrations ne sont que pour servyr au temps, affin de pouvoir prandre le party qui leur semblera plus expédiant de paix ou de guerre, quant ilz en verront leur poinct, et cependant en aparance satisfaire le Roy et ceulx qui luy sont icy bien affectionnez, mais en effet secourir et porter le faict des aultres, aultant qu'il leur est possible; comme, à la vérité, ilz les secourent d'argent, et de monitions, et de tout ce que secrectement ilz les peuvent accommoder par des moyens toutesfoys, qui ne chargent guyères les finances de ceste Royne, ny ne touchent quasi en rien à elle.

La sublévation d'Irlande a monstré, du commancement, debvoir estre la plus grande qu'on eust jamais veu dans le pays, tant pour le grand nombre d'hommes qui avoient prins les armes, que pour y avoir des principaulx du pays meslez, et que les deux anciennes factions, qui toutjour avoient esté ennemyes, s'estoient accommodées en cecy; mais j'entendz que ung des principaulx de l'entreprinse a mandé à ceste Royne que ce n'estoit contre elle, ny contre son authorité, qu'ilz s'estoient ainsy armez, ains pour aulcunes leurs prétentions particullières, esquelles ilz vouloient estre satisfaictz; et que, quant il verroit passer l'affaire à rebellion, il se retireroit incontinent, et ramèneroit au service de la dicte Dame la meilleur part de la troupe. Et despuys, estant le comte d'Ormont arrivé par dellà, encor qu'on ayt eu quelque mesfiance de luy, il a néantmoins faict en sorte, avec son frère et avec le comte de Quilday, qu'il a ramené les choses à quelque modération; de quoy ceste Royne et les siens, icy, ont receu grand plésyr, et ont eu très agréable que j'aye faict bon office et offres là dessus, de la part de Leurs Majestez Très Chrestiennes, à la dicte Dame, laquelle, pour ceste cause et pour l'opinion qu'elle a heu que d'aultres princes y allumoyent le feu, elle s'est monstrée despuys mieulx disposée envers le Roy, plus difficile ez différans des Pays Bas, et moins accordante aulx requestes de ceulx de la Rochelle; tant y a que les armes ne sont encores posées au pays d'Irlande.

DES DIFFÉRANDZ DES PAYS BAS.

L'Ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a essayé par plusieurs moyens d'entrer en tretté avec ceulx cy sur les différandz des Pays Bas, et le duc d'Alve a fort vollu que, pour la réputation de son Maistre, il commençât d'y procéder par ung moyen de continuer à parler à elle comme l'ambassadeur ordinaire, sans monstrer avoir nouvelle ny expécialle commission du Roy Catholique pour cella. De quoy ayant esté reboutté plusieurs foys, il l'a faict néantmoins solliciter par interposées personnes, nomméement par ung sieur Georges Espée et par le Sr. Ridolfy, si instantment qu'avec l'ayde d'aulcuns principaulx seigneurs du conseil il luy avoit esté, une foys, mandé, parce qu'il asseuroit avoir plusieurs lettres là dessus du Roy, son Maistre, mais qu'elles estoient en chiffre, qu'il vînt quant il luy plairroit; et me fut donné adviz à moy que parmy beaulcoup de grandz promesses, qui se faisoient là dessus pour parvenir à cest accord, l'on y mesloit je ne sçay quoy qui touchoit à l'interest de la France, et que j'eusse à y prendre garde, ce qui m'a long temps tenu en peyne; mais je n'en ay encores peu rien descouvrir, sinon quelques propoz généraulx qui, à la vérité, tendoient à ung certain leur particullier proffict et advantaige, et à confirmer davantaige l'alience et intelligence d'entre eulx et leurs estatz, et, s'il y a rien de mal, je ne puys croyre qu'il procède du dict sieur ambassadeur, ains d'icelluy Espée, qui est, à ce que j'entendz, ung très mauvais Françoys.

Tant y a que, quant le dict sieur ambassadeur a, despuys, envoyé demander le jour, l'heure et le lieu de l'audience, la dicte Dame a de rechef assemblé son conseil pour luy respondre; et, ayant appellé premier le comte de Lestre pour luy dire bien peu de parolles tout bas, puys toutz les aultres ensemble, après avoir longuement débattu de l'affaire, elle leur a dict, tout hault, en langaige itallien, [de sorte] que les gens du dict sieur ambassadeur l'ont peu ouyr,--«Je n'en feray rien, car l'on me veult tromper; mais qu'il parle premièrement à vous et qu'il vous face voir s'il a des lettres de son Maistre, et puys je parleray à luy.»

Or, continuans toutjour le dict sieur ambassadeur et moy nostre mutuelle visitation par messaiges, il m'a mandé dire que la dicte Dame luy avoit une foys accordé la dicte audience, puys luy avoit mandé qu'il parlât premièrement à ceulx de son conseil, pour leur monstrer s'il avoit receu nouvel ordre et nouveau commandement du Roy, son Maistre, pour tretter et négocier de ces différans avecques elle; et qu'il avoit respondu que l'ordre, qu'il avoit de son dict Maistre, estoit une continuation de lettres qu'il luy avoit ordinairement escriptes, comme à son ambassadeur, pour tretter de toutes choses qui concernoient par deçà son service avecques elle, et qu'il n'avoit que faire avec ceulx de son conseil pour aller devers eulx; mais, s'ilz avoient à faire à luy, qu'ilz sçavoient où il demeuroit, et le pourroient venir trouver; et que despuys elle luy avoit envoyé offrir l'audience, mais qu'il n'y vouloit poinct aller.

Ainsy l'affaire demeure encores en suspens et les merchandises des Espaignolz se vandent.

DU FAICT DE LA ROYNE D'ESCOCE.

Après plusieurs remises et longueurs, uzées par la Royne d'Angleterre à la Royne d'Escoce, l'on tira enfin une promesse d'elle, au mois de juing dernier, qu'aussi tost qu'elle auroit receu la déclaration de Leurs Majestez Très Chrestiennes et de Monsieur, frère du Roy, sur le tiltre de ce royaulme, et qu'elle auroit heu la responce des Estatz d'Escoce, qui estoient convoquez par le comte de Mora à St. Jehansthon au XXVe juillet, elle ne diffèreroit plus de procéder à la restitution de la dicte Dame; dont est advenu que, sur le XVIIe d'aoust, la dicte Dame a receu les dictes déclarations touchant sa coronne, qu'elle a trouvées en la forme qu'elle les desiroit, et a heu la responce des dictz Estatz d'Escoce bien fort contraire à ce qu'elle espéroit.

Et fault entendre que, aus dictz Estatz, le dict comte de Mora a proposé assés pleinement quatre articles, qui concernoient le présent affaire de la dicte Royne d'Escoce, de sorte qu'on a cuydé qu'il deust laysser la libre détermination d'iceulx à l'assemblée, mais, luy et le comte de Morthon, et leurs adhérans, s'estoient, à ce qu'on dict, premièrement obligez, par sèrement et promesse entre eulx, de ne permettre que rien s'y conclûd au proffict de la dicte Dame, et d'employer eulx, leurs parans et amys, et toutz leurs moyens, pour empescher sa restitution.

Et ainsy, ilz ont obtenu, contre l'opinion du party qui estoit pour elle, lequel n'estoit là en grand nombre:--touchant le premier article, qui concernoit la restitution de la dicte Dame;--que, pour la recordation du murtre du feu Roy, et pour le bien du jeune Roy son filz, et l'utillité du pays, et aussi, pour leurs consciences, ilz ne pouvoient authoriser ny consentir qu'elle fût restituée.

Au segond, qui estoit du divorce du comte Boudouel, affin que la noblesse ne fût plus en deffiance de luy;--que c'estoit chose qui concernoit le faict particullier de la dicte Dame, auquel pour le présent, ilz n'avoient grand intérest, et qu'elle y procédât comme sa propre conscience l'en admonesteroit.

Pour le regard du troisiesme, qui estoit de surceoyr cependant toutz exploictz de guerre, et n'attempter rien contre ceulx qui tenoient le party de la dicte Dame, ny assiéger son chateau de Dombertran;--qu'il importoit grandement d'establir, le plus diligemment et seurement qu'ilz pourroient, l'authorité du jeune Roy, leur Maistre, dans le pays; par ainsy qu'ilz n'en pouvoient différer l'exécution.

Et sur le quatriesme, qui estoit de députer des commissaires pour venir devers la Royne d'Angleterre tretter des affaires de la dicte Royne d'Escoce et de l'estat de leur pays;--que, veu la résolution prinse sur les aultres trois articles, ilz ne voyent qu'il y heût lieu de faire aultre chose sur cestuy cy que d'advertyr la dicte Royne d'Angleterre de leur dicte résolution: ce que le comte de Mora print en sa charge de faire par une simple lettre.

Sur quoy, ayant l'évesque de Roz, au nom de la dicte Royne d'Escoce, et moy, de la part de Leurs Majestez Très Chrestiennes, bien fort pressé la Royne d'Angleterre que, puisqu'il luy aparoissoit meintennant de la manifeste usurpation qu'on vouloit faire de la coronne d'Escoce sur ceste princesse, qu'elle luy vollût accorder ou reffuzer résoluement son secours, à quoy elle nous y a faict la responce que j'ay escripte au Roy, le XXIIe du passé, et a prins nouveau délay de quinze jours pour attandre si le dict comte de Mora luy envoyera quelque meilleure responce, ainsy qu'elle l'a conjuré et admonesté, par nouvelles lettres, de le faire.

Mais, de tant que la longueur porte ung merveilleux préjudice aulx affaires de la dicte Dame, elle et toutz ceulx, qui luy sont icy bien affectionnez, desirent que Leurs Majestez en facent une ferme et vifve remonstrance à Mr. Norrys, ambassadeur de la dicte Dame par dellà, comme ilz sont résoluz de pourveoir au restablissement de la dicte Royne d'Escoce, et que la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, n'en doibt estre marrye, ny trouver mauvais qu'ilz mettent cependant quelque secours dans Dombertran, pour le pouvoir garder et pour y recepvoir plus grandz forces, quant Leurs dictes Majestez verront qu'il sera besoing y envoyer, monstrans qu'ilz ont desjà donné charge à Mr. de Martigues et à Mr. de Bouillé de dresser ung armement en Bretaigne pour cest effect. Et commant que soit, il est bien besoing que Leurs dictes Majestez, à bon escient, pourvoyent d'envoyer, dans la fin d'octobre, cinq ou six cens soldatz au dict Dombertran.

PROPOS DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A Mr. LE CARDINAL DE CHATILLON.

La Royne d'Angleterre, craignant qu'enfin nostre guerre ne luy en cause une à elle, et que ne la face tumber en affaires et despences, monstre desirer infinyement la paix de France; dont, oultre plusieurs discours conformes à cella, que j'ay cy devant mandé qu'elle m'en a tenuz, elle m'a dict avoir naguières miz Mr. le cardinal de Chatillon en ce propos:

Qu'est ce qu'il espéroit de ceste guerre? et qu'il sçavoit bien qu'il failloit qu'elle prînt fin, comme toutes aultres choses, qui ont eu commancement; et de tant la luy debvoit on donner plustost, que le commancement avoit esté violent et mauvais; et, par ce qu'elle jugeoit bien, en son cueur, que le Roy et la Royne ne desiroient rien tant que de pouvoir posséder en paix et tranquillité leur royaulme, avec l'amytié, et bienveuillance, et prompte obéyssance de leurs subjectz, qu'il failloit que, de leur costé, ilz monstrassent une semblable volonté et vray debvoir de bons subjectz envers eulx.»

Et le dict sieur Cardinal luy avoit respondu, «qu'il prenoit sur sa damnation et sur la perte de son âme qu'il n'y avoit en son frère, ny en luy, ny en aulcun qu'il cogneust de leur party, aultre desir que d'aymer, honnorer et obéyr le Roy, et la Royne, et Messieurs ses frères; et leur conserver, à leur pouvoir, la grandeur et dignité de leur estat, aultant soigneusement que leur propre vie; et qu'ilz n'estoient en armes que pour leur religion qu'on leur vouloit oster, et pour leurs personnes qu'on vouloit partout massacrer, qui estoient deux très urgentes causes de leur légitime deffance.»

Qu'elle luy avoit répliqué, «que la cause de la religion touchoit à si grand nombre de personnes, tant en France que ailleurs, qu'elle ne pouvoit croyre que le Roy vollût s'opiniastrer de l'exterminer par force, car il fauldroit qu'il entreprînt le renversement de toute la chrestienté; mais que la cause des personnes touchoit bien à luy seul, parce que c'estoient ses subjectz; et que, là dessus, il failloit regarder de quelque moyen, qui fût honnorable pour l'ung et pour les aultres, et pourtant qu'il ne failloit tant se deffier du Roy et de la Royne [et qu'il failloit] qu'on en vînt à prendre confience de leur parolle et promesse.»

Qu'à cella il avoit représanté mille argumens pour ne pouvoir mettre assés de confience en la parolle de Leurs Majestez, pour n'avoir cy devant esté tenue ny gardée, ny leurs éedictz observez; et qu'estantz le Roy et la Royne ainsy possédez, comme ilz estoient meintennant, de leurs ennemys, ne failloit espérer aulcune modération en ces affaires.

Sur quoy elle avoit poursuyvy luy dire «qu'elle entendoit bien qu'il vouloit parler de monsieur le Cardinal de Lorrayne, mais, quant bien il ne seroit poinct avec Leurs Majestez, elle ne croyoit pourtant qu'elles se volussent meintennant commettre à eulx, ny se mettre en leurs mains, après une si cruelle guerre; par ainsy qu'il failloit qu'ilz pensassent de quelque bon et honnorable moyen d'en sortyr.»

Et qu'il luy avoit seulement respondu que Dieu envoyeroit le moyen, lequel, jusques icy, ne les avoit habandonnez; de laquelle responce elle n'estoit demeurée contante, et luy avoit dict qu'elle sçavoit qu'il adviendroit toutjour ce que Dieu vouldroit, mais qu'elle desiroit entendre de luy s'ilz estoient disposez de cercher de Dieu et accepter de luy ung paysible remède en ces malheurs; et qu'enfin il l'avoit asseurée qu'ilz l'avoient essayé, et qu'ilz avoient envoyé offrir à Leurs Majestez toutes condicions de paix humbles et convenables à très bons et fidelles subjectz, qui requièrent seulement la seurté de leurs personnes et l'exercisse de leur religion, à quoy ilz n'avoient esté ouys; ce qu'elle vouloit bien entendre de moy s'il estoit vray, car il luy en avoit faict aparoir, par aulcunes lettres de monsieur l'Admyral, qui justiffioient beaulcoup leur cause envers tout le monde. A quoy j'ay respondu ainsy qu'il est contenu en ma précédante dépesche du XXIIe du passé.

LE Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XVIIe d'aoust 1569.--