Part 13
Je diz puys après à la dicte Dame, suyvant vostre lettre du XXIIe de juillet, et suyvant plusieurs aultres de la Royne d'Escoce, que puysqu'elle avoit meintennant receu les amples déclarations de Voz Majestez Très Chrestiennes et celle de Monsieur, frère de Vostre Majesté, et de monsieur le Cardinal de Lorrayne, sur la seurté du tiltre de son royaulme; et receu aussi, d'aultre part, la déclaration que le comte de Mora luy avoit mandée pour faire perdre le sien à la Royne d'Escoce, je la suplioys, au nom de la dicte Dame, et très instantment de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, qu'elle luy vollût promptement ottroyer la prévoyance et remède qu'elle luy avoit toutjour promiz. Sur quoy je luy admenay toutz les argumens que j'avois pour le luy persuader, et pour luy faire veoir que, comme c'estoit une entreprinse honnorable et utille, que aussi elle luy estoit nécessaire, et qu'elle ne pouvoit, ny debvoit plus la prolonger, ny aulcunement la reffuzer; aultrement qu'il failloit qu'elle la remît paysiblement ez mains de Vostre Majesté et vous mettriez peyne de l'exécuter, sellon que vous y estiez en plusieurs sortes bien fort obligé.
Elle se monstra aulcunement altérée et ung peu esmeue là dessus, et me respondit en propos amples, lesquelz seront trop plus convenables de vous estre récitez de bouche par ung des miens, que j'envoyeray bien tost devers vous, que de les mettre icy par escript; tant y a qu'en substance, elle me pria vous escripre qu'elle n'avoit encores eu loysir de veoir les déclarations, que luy aviez envoyées, lesquelles elle espéroit que seroient telles que je luy disois; et quant à celle du comte de Mora, qu'elle ne l'avoit vollue accepter, ny en tiltre de déclaration ny de responce, et avoit renvoyé son messaigier pour luy dire qu'il luy en eust à faire, tout promptement, une meilleure, ou qu'elle mesme se la feroit et pourvoirroit, sans luy, au faict de la Royne d'Escoce; et pourtant elle prioit Voz Majestez d'avoir pacience pour quinze jours seulement: car incontinent après, elle procèderoit en cest affaire d'une façon qu'elle espéroit ne debvoir estre que bien aprouvée de toutz les princes du monde; mais qu'elle me vouloit bien dire qu'elle avoit miz peyne d'estre plus que bonne mère à la Royne d'Escoce, là où elle, au contraire, s'estoit esforcée de faire plusieurs pratiques dans ce royaulme à son préjudice, et que celle qui ne vouloit bien user envers sa mère méritoit d'avoir une marastre; appelant là dessus ceulx de son conseil et monsieur l'évesque de Roz, ausquelz elle récita en françoys la plus part de ce que je luy avois dict, et pareillement la responce qu'elle m'avoit faicte, puys leur desduysit en anglois, en grand collère, aulcunes grandes pleinctes de la Royne d'Escoce, et menassa les plus habilles et les plus grandz de leur faire trancher la teste.
Je prins, quelque temps après, le propoz pour le ramener à doulceur, et pour aulcunement justiffier Voz Majestez et moy, vostre ambassadeur, de n'avoir jamais entendu en aulcunes sinistres pratiques, qui ayent peu tant soit peu altérer vostre commune amytié. A quoy elle me respondit, Sire, qu'elle vous en deschargeoit et moy aussi, et qu'elle sçavoit bien qui en estoient les coulpables.
Je me licentiay gracieusement de la dicte Dame, et me sembla, à veoir la contenance des principaulx d'auprès d'elle, qu'ilz estoient toutz esmeuz de ces propos, sur lesquelz monsieur l'évesque de Roz a despuys tretté avecques elle; et j'espère que bien tost je vous pourray mander tout ce qui aura succédé en cella, aydant le Créateur auquel je prie, etc.
De Londres ce XXIIe d'aoust 1569.
Il semble que ceulx cy préparent encores une nouvelle flotte pour la Rochelle, sur quoy Vostre Majesté me commandera s'il fauldra que je m'y oppose, et que je leur offre que vous les ferez accommoder de vin et de sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, aulx pareilles conditions qu'ilz les vont quérir au dict lieu.
A LA ROYNE.
Madame, oultre ce que j'ay touché en la lettre du Roy des propoz que la Royne d'Angleterre m'a naguières tenu à Fernan Castel, j'aurois à vous faire entendre plusieurs particullaritez et discours, qui sont intervenuz là dessus entre elle et moy; mais, parce qu'ilz seroient longs à mettre icy, je vous diray seulement, Madame, que quant à la restitution des prinses, et chastiement des pirates, et continuation du commerce, elle et ceulx de son conseil ont monstré de me vouloir beaulcoup contanter, et ont depputé quatre bons et honnestes merchantz de cette ville pour convenir avec ceulx de Roan de toutes leurs difficultez; ès quelles, s'ilz correspondent d'effect à ce qu'ilz promettent de parolle, j'espère qu'on ne se despartira sans quelque accord, et avons cependant prolongé la mutuelle restitution jusques au prochain jour de St. Michel.
La dicte Dame m'a parlé du siège de Poictiers et de la remonstrance, que ceulx qui sont devant ont envoyé faire à Voz Majestez pour se justiffier de la continuation de ceste guerre sur la deffance de leur religion et de leurs vies, laquelle ilz disent estre très légitime; et ay cogneu qu'ilz avoient envoyé faire ung grand fondement de cella envers la dicte Dame, comme j'estime qu'ilz ont faict le semblable envers les aultres princes protestans; et semble que Mr. Norrys luy ayt envoyé une coppie de la dicte remonstrance, et qu'il luy ayt escript que monsieur le comte de Retz la vous avoit aportée. A laquelle remonstrance, parce que je ne l'avois veue, je n'ay respondu que ce que j'ay estimé convenir à l'honneur et grandeur de Voz Majestez; c'est que je craignois que vous ne trouveriez jamais bonne, ny vouldriez jamais accepter aulcune de leurs remonstrances, quelles humbles parolles qu'ilz y sceussent mettre, tant qu'ilz seroient en armes; et que j'estimois qu'il leur fauldroit venir à une vraye et parfaicte obéyssance de les poser d'eulx mesmes, pour se commettre à la foy, bonté et clémence de Vos dictes Majestez, ne faisant doubte que ne fussiez prestz d'en user lors très abondantment envers eulx.
Elle m'a répliqué qu'ilz estoient comme celluy qui avoit appellé d'Allexandre à Allexandre mieux conseillé, et qu'ainsy se commettroient ilz franchement et sans craincte à Voz Majestez, quant vous ne seriez plus conseillez de leurs ennemys, mesmement de ceulx qui sont hors de vostre royaulme; car ilz ne se pouvoient deffier de vostre bonne volonté et affection, qui estiez leurs vrays et naturelz Princes et Seigneurs.
Je luy ay respondu que, à la vérité, ilz n'avoient aulcun bon argument de se deffier; car despuys les premiers troubles, ès quelz ilz vous avoient assés offancez, ilz estoient souvant venuz au pouvoir de Voz Majestez, qui ne les aviez pourtant que bien trettez et toutjours essayé de les gaigner et attirer par doulceur. Et ce mesmes propos me fut, le mesmes jour, répété par le secrétaire Cecille, en présence des seigneurs de ce conseil, tout exprès pour oster de l'opinion d'aulcuns d'eulx qu'il n'y avoit rien de rebellion en ceste cause; à quoy incistant toutjour, de ma part, qu'ilz avoient donc à poser les armes et recourir à la clémence de Voz Majestez, eulx toutz de grand affection m'ont demandé quelle seureté ilz pourroient avoir de la clémence et bénignité, que vous leur prométriez. Je leur ay respondu que d'y demander seurté ilz y esteindroient le nom de clémence, et que je voyois bien que là gysoit le principal poinct; mais puysque Voz Majestez estiez de la partie, il estoit raysonnable que les principalles difficultez fussent remises en voz mains, et que vous eussiez, comme très légitimes et débonnayres princes, l'honneur et l'advantaige de les décider entre voz subjectz, et que la seurté seroit en l'honneur de vostre parolle, en la bonne estime que vouliez acquérir de toute droicture et intégrité envers les aultres princes, et en la foy, amour et confiance que vous desiriez que vos propres subjectz prinsent de vous. Il semble aulx propoz de la dicte Dame et des dictz seigneurs de son conseil qu'ilz souhaitent grandement de veoir réuscir quelque paix en vostre royaulme.
Touchant les affaires de la Royne d'Escoce, la dicte Dame a monstré qu'elle estoit aulcunement irritée et offancée contre elle, en quoy au moins elle ne trouvera que je y aye en rien mal meslé Voz Majestez, ny mené aultre pratique en cella que d'avoir toutjour franchement et droictement procuré envers elle et les seigneurs de son conseil, et envers toutz ceulx que j'ay cognuz bien affectionnez à la dicte Dame, le bien, et la liberté, et la restitution d'elle à sa couronne. Je ne sçay ce qui aura succédé despuys mon partement de ceste court, mais il m'a semblé d'y avoir layssé les choses assés altérées pour cause de cest affaire; lequel est pour produyre enfin quelque nouveaulté en ce royaulme.
Les esmotions d'Irlande, à ce que j'entendz, vont toutjour grossissant, et commancent de donner peyne et soucy à ceste Royne. Elle a encores prolongée l'audience à l'ambassadeur d'Espaigne, et cependant le duc d'Alve a faict republier aulx Pays Bas une plus estroicte exclusion, que devant, de tout traffic avec les Anglois. Sur ce, etc.
De Londres ce XXIIe d'aoust 1569.
Nicollas, le corrier, qui a accoustumé de servir ordinairement en ceste charge, me presse de luy donner congé parce qu'il dict n'avoir, longtemps y a, rien receu de ses gaiges, et de tant qu'il faict en ce temps assés besoing icy, il vous plairra, Madame, le faire aulcunement contanter.
LIVe DÉPESCHE
--du XXVIe jour d'aoust 1569.--
(_Envoyée jusques à la Court par Nicolas le chevaulcheur._)
Départ d'un grand nombre de Français et de gens de guerre pour la Rochelle, avec le conseiller Cavaignes.--Craintes que l'on doit concevoir en France de plusieurs expéditions maritimes qui se préparent à la fois.--Plaintes faites à ce sujet par l'ambassadeur au conseil qui promet d'y remédier.--Chargement de la flotte de Hambourg.--L'ambassadeur d'Espagne ne peut encore obtenir d'audience.--Satisfaction manifestée par Élisabeth des déclarations qui lui ont été remises touchant la cession, qu'aurait faite Marie Stuart de ses droits au trône d'Angleterre.--Elle se montre plus favorable à la reine d'Écosse.--_Remontrance de ceux de la Rochelle_ au roi, pour demander un édit de pacification.--Protestation de leur dévouement au roi.--Déclaration qu'ils n'ont pris les armes que pour la défense de leur religion.--Ils offrent une soumission entière sous la seule condition que l'exercice de la religion réformée leur sera irrévocablement garanti.--Ils sollicitent la convocation d'un concile général.
AU ROY.
Sire, ceulx que j'avois secrectement envoyé pour espier le chemin que prendroient les Françoys et Flamans, qui sont naguières partys de ceste ville, m'ont raporté qu'ilz les ont layssez s'embarquant en divers portz de ce royaulme, sans avoir peu certainement aprendre où ilz vont: car les ungs parlent de faire voyle à la Rochelle; les aultres d'aller trouver le capitaine Sores[11], qu'ilz disoient estre de retour vers ceste mer estroicte avec vingt ou vingt cinq navyres bien armez; aultres d'aller avec l'homme du prince d'Orange, qui a desjà fait avaller ses ourques et aultres vaysseaulx prez de l'embouchure de cette rivière; aultres qu'ilz vont rencontrer le bastard de Briderode, lequel, ayant avec quatre bons navyres de guerre reconvoyé, de Hembourg jusques en la coste de deçà, une partie de la flotte des Anglois qui s'estoit escartée par tormente, est descendu prendre des rafreschissemens vers Aruich. Et semble à la vérité que ceste troupe faict divers chemyns, mais Cavaigne au moins avec sa compagnie prent celluy de la Rochelle, lequel Cavaignes va succéder à la charge qu'avoit le conseiller Bourg, son beau frère, qui est décédé en Angolesme le VIe de juillet, et emporte, à ce que j'entendz, sept mille V{c}. {lt} esterlin, c'est vingt cinq mil escuz, qui est tout ce qu'il a peu pratiquer pour ceste foys, provenant de la vante de cinq cens miliers de métal, que les Anglois ont dernièrement aporté à leur retour de Brouage.
[11] Le capitaine de Sore était amiral de la flotte des protestants; il avait succédé au baron de La Tour, mort à la bataille de Jarnac.
Et de tant qu'aulcuns ont estimé que toute ceste compaignie ensemble pourroit faire le nombre de trois mil homes de guerre, j'ay esté incontinent devers aulcuns seigneurs de ce conseil, qui d'advanture se sont trouvez en ceste ville, pour leur remonstrer que l'embarquement de tant d'hommes est chose fort contraire à la promesse, que la Royne, leur Mestresse, et eulx m'ont dernièrement faicte, et que j'ay grande occasion de ne leur donner jamais plus de foy, et d'escripre dorsenavant à Vostre Majesté et de paix et de guerre tout aultrement que je n'ay faict jusques icy.
A quoy ilz m'ont respondu qu'ilz ne peuvent croire que les choses passent aultrement que la Royne et eulx me les ont promises, et que, possible, à cause de ceste seconde flotte qui va en Hembourg, et du partement de l'homme du prince d'Orange, lequel ilz n'estiment qu'il prègne la routte de France, et aussi du partement d'aulcuns Françoys qui à la vérité passent à la Rochelle, il y peult avoir bruict et aparance d'ung plus grand embarquement qu'à la vérité il n'est; car n'estiment qu'en tout y ayt plus de deux à trois cens hommes d'effect, qui n'est nombre de quoy je doibve faire cas; et que du capitaine Sores ilz n'en ont rien entendu, ny ne croyent qu'il soit de retour; vray est qu'en ce temps ilz ne peuvent en façon du monde contenir ceulx de la nouvelle religion; toutesfoys que, sur mon advertissement, ilz mettront peyne de s'enquérir que c'est, affin d'y remédier.
Cependant, Sire, encor que je n'estime que cest apareil, qui sort meintennant d'icy, soit pour faire grand effect en terre, si n'ay je vollu faillir de vous en donner promptement adviz, et l'ay aussi mandé aulx gouverneurs de voz places, qui sont sur la coste de dellà, affin d'y prendre garde, et je vériffieray encores mieulx ce qui en est pour les en advertir d'heure à aultre.
La dicte flotte pour Hembourg est desjà chargée de beaulcoup plus grand nombre de draps que n'estoit la première, et sera preste de sortir de ceste rivière le dernier de ce moys, soubz la conduicte de deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Le bruict continue qu'il s'en prépare une aultre pour la Rochelle; dont vous suplie me mander si je offriray, de vostre part, à ceulx cy que vous les ferez fornir de vins et sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, à pareilles condicions qu'ilz les ont à la Rochelle, affin de leur interrompre ce traffic. L'on a divulgué par tout ce royaulme que la Royne de Navarre et monsieur le prince son filz, et ceulx de leur party, vous ont envoyé offrir une soubzmission d'obéyssance par escript, de laquelle le secrétaire Cecille m'a envoyé une coppie; et de tant qu'aulcuns des grandz m'ont mandé qu'ilz ont opinion qu'elle a esté faicte par deçà, parce qu'on l'a traduicte d'anglois en françoys, je la vous envoye affin de veoir s'ilz la publient en aultre façon qu'ilz ne l'ont faicte.
Les affaires de la Royne d'Escoce sont traversés de beaulcoup de difficultez; mais je n'espère encores que bien de la fin d'iceulx, et, possible, que les mesmes difficultez les establyront. Ceulx des Pays Bas demeurent encores en suspens, et l'audience est différée à monsieur l'ambassadeur d'Espaigne; néantmoins le desir de les accorder ne se réfroydit aulcunement, ains s'eschauffe de plus en plus des deux costez; dont ne reste que le moyen de le tretter, lequel demeure sur la réputation à qui parlera le premier. Sur ce, etc.
De Londres ce XXVIe d'aoust 1569.
Tout présentement, le Sr. de Vassal vient d'arriver avec les deux dépesches de Vostre Majesté, du XVe et XVIe du présent, aus quelles je feray responce par mes premières.
A LA ROYNE.
Madame, vous verrez en la lettre que j'escriptz au Roy ce que, pour ceste foys, j'ay principallement à faire entendre à Voz Majestez des choses de deçà, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce, qu'il me reste encores vous dire, Madame, que ceulx, qui luy sont icy bien affectionnez, estiment luy importer grandement que le desir et bonne affection, que le Roy et Vous avez à son restablissement, soyent signiffiez et bien cogneuz à la Royne d'Angleterre; dont estiment estre fort requiz qu'il vous playse tenir à son ambassadeur, Mr. Norrys, un semblable langaige que, de la part du Roy et Vostre, je luy ay tenu icy à elle, pour l'admonester de ne plus prolonger ny reffuzer son secours à ceste princesse, ou bien remectre paysiblement l'entreprinse en vostre main; et ne trouver mauvais ny prendre aulcune deffiance de Voz Majestez, quant elle verra que, du premier jour, vous l'y mettrez à bon escient, avec d'aultres particullaritez que je vous manderay par ung des miens, aussitost que j'auray receu une responce que j'attandz demain de ceste court; qui pourtant, Madame, pourrez différer de parler au dict sieur ambassadeur jusques à ma première dépesche.
Or, le jour après que j'euz dernièrement parlé de cest affaire à la dicte Royne d'Angleterre, elle se fit lyre la déclaration du Roy et Vostre, celle de Monsieur filz de Vostre Majesté[12], de monsieur le Cardinal de Lorrayne et de Mr. l'Arsevesque de Glasco, touchant le tiltre de ce royaulme; lesquelles elle trouva en la forme qu'elle desiroit. Et ayant, avec loysir, pensé aulx choses que, le jour précédant, je luy avois dictes là dessus, et d'icelles conféré avec les seigneurs de son conseil, elle vollut parler, secrectement et à part, à Mr. l'évesque de Roz, pour entendre le fondz et la vérité de plusieurs raportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Royne d'Escoce; lequel luy en dict franchement ce qui en estoit: de quoy elle demeura consolée, voyant qu'il n'y avoit rien qui tournât à son préjudice, ny qu'on eust pensé de rien entreprendre en ce faict, sans son sceu ny sans son expresse permission et volonté. Dont, considérant mon instante sollicitation au nom de Voz Majestez pour la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce, elle luy a escript incontinent une bonne lettre, pleyne de consolation et de promesses, et en a escript d'aultres bien expresses au comte de Mora, telles, comme le dict sieur évesque de Roz les luy a vollu deviser; lesquelles luy ont esté desjà envoyées par ung gentilhomme escouçoys, nommé Me. Thomas Flemy. Et, dans quinze jours, nous espérons qu'il sera commancé de procéder en telle façon sur ceste matière, que nous pourrons clairement juger quelle en pourra estre la fin; et adjouxteray ce mot, que le dict affaire semble estre passé si avant que je croy que d'icelluy deppend ou le repoz, ou le grand trouble de ce royaulme. Sur ce, etc.
De Londres ce XXVIe d'aoust 1569.
[12] Voir ces pièces qui sont insérées à la fin du Ier vol. à la suite de la XXXVIIIe Dépêche.
COPIE D'UNE REMONSTRANCE, que ceulx de la Rochelle ont mandé avoyr envoyée au Roy, après l'arrivée du duc de Deux Pontz.
AU ROY.
Sire, c'est une chose merveilleusement estrange et presque incroyable qu'entre tant de subjectz, que Dieu a vollu soubzmettre soubz l'obéyssance de Vostre Majesté, et qui se vantent ordinairement d'estre tant affectionnez au bien de voz affaires et conservation de vostre couronne, il n'y en ayt néantmoins ung seul qui face seulement semblant de s'esforcer à esteindre ce feu qu'on voyt journellement embrazer, et [qui] peult consummer cestuy vostre royaulme; et que au contraire ilz s'en sont trouvez plusieurs qui ont infinyement travaillé à l'allumer et augmenter, et accroistre. Et, combien que cella deust plustost et premièrement procéder de ceulx qui, de gayeté de cueur et pour leur seul [intérest] particullier ont esmeu et sucité ces troubles, contre le gré et volonté de Vostre Majesté, et qui font la guerre ou la paix, quant il leur playt, et non pas de ceulx qui iniquement et injustement sont assailliz et poursuyviz en leurs consciences, honneurs, vies et biens, et qui n'ont aultre intention que de se deffandre et conforter contre telles injustes violences, n'ayant jamais rien tant hay que les troubles et esmotions ny tant procuré que l'entretien de la paix, toutesfoys la Royne de Navarre et Mr. le Prince, son filz, Mr. le Prince de Condé et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, esmeuz et poussez de ceste affection et obligation naturelle qu'ilz ont à Vostre Majesté et à la conservation de vostre royaulme, n'ont peu ny vollu différer plus long temps à recercher et raporter de leur part, comme ilz ont toutjours faict, toutz les remèdes propres et convenables dont ilz ont peu adviser, pour garentyr cestuy vostre royaulme d'une ruyne et subversion dont il a esté tant de foys, comme il est encores plus que jamais, menassé; et pour restablir une paix et tranquillité publique à laquelle, pour s'estre toutjours démonstrez par trop facilles et enclins, on sçayt assés en quelz périlz et dangiers ilz ont esté prestz de tumber, si Dieu par sa saincte grâce ne les en eust, contre toute espérance et opinion humaine, garentys et préservez; tellement qu'ilz ont fort peu d'occasion d'espérer et attandre de pouvoir parvenir à ce qu'ilz desirent, si ce n'est qu'il playse à Dieu de changer du tout le cueur de leurs ennemys qui vous envyronnent, et les incliner à une paciffication; estimans plustost les dictz sieurs Princes et les Seigneurs, Chevaliers, Gentishommes et aultres, qui les accompaignent, que, au lieu de recognoistre ceste libéralle et franche volonté qui est manifeste aujourd'huy, et le debvoir auquel ilz se veulent mettre pour restablyr une parfaicte et estroicte unyon et repoz entre voz subjectz, qu'elle sera calomniée et sinistrement interprétée, comme elle a toutjours esté, par ceulx qui ne hayssent et ne craignent rien plus que de veoir ceste réconcilliation; d'aultant néantmoins que les dicts sieurs Princes, Seigneurs, Chevaliers et aultres, qui les accompaignent, n'ont jamais rien eu en plus grande recommendation que de randre toutjours de plus en plus leurs actions manifestes à Vostre Majesté, et imprimer souvant des tesmoignages du desir singulier, qu'ilz ont toutjours heu, de vivre et morir en l'estroicte obéyssance et subjection naturelle qu'ilz vous doibvent, et faire paroistre à tout le monde combien leurs cueurs et volontez sont esloignez des impostures et calompnies du cardinal de Lorrayne et aultres ses adhérans, ministres et pensionnaires des ennemys naturelz de vostre coronne.