Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 12

Chapter 123,827 wordsPublic domain

J'entendz que le comte de Mora, encor qu'il ayt proposé le faict de la Royne d'Escoce en termes indifférantz, qui sembloient laysser le libre jugement d'icelluy à ceulx de l'assemblée tenue à St. Jean Sthon le XXVe du passé, a néantmoins faict, par les voix et suffrages de ceulx de son party, qui s'y sont trouvez en plus grand nombre que les aultres, que rien n'y ayt esté déterminé à l'advantaige de la dicte Dame, et a envoyé ung simple messagier devers ceste Royne pour s'excuser de ne pouvoir entendre à nul expédiant de la restitution de la dicte Royne d'Escoce, sans offancer sa conscience et sans préjudicier au petit Roy, son Maistre, et au bien du pays; et qu'il estime l'avoir desjà assés estably pour le pouvoir deffandre par la force: ce que monsieur l'évesque de Roz a opinion que ne sera aprouvé de ceste Royne ny de ceulx de son conseil; dont, dans peu de jours, nous en sçaurons la résolution, car je m'en vays pour cest effect, et pour la restitution des prinses, trouver demain la dicte Dame, estantz l'excuse du dict comte de Mora et la déclaration de Voz Majestez, touchant le titre de ce royaulme, arrivez à poinct pour estre en mesme temps trettez et débatuz avec la dicte Dame et les seigneurs de son conseil. Sur ce, etc.

De Londres ce XVe d'aoust 1569.

Je viens tout présentement d'estre adverty qu'il a esté mandé à monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, qu'il aura audience, quant il vouldra, de ceste Royne, en faisant aparoir qu'il ayt receu lettre du Roy Catholique, despuys celle que la dicte Dame luy a escript cest yver en latin. Je ne sçay encores si le dict sieur ambassadeur acceptera la dicte condicion. Je vous envoye la coppie d'une nouvelle proclamation que la dicte Dame a faicte contre les pirates.

A LA ROYNE.

Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les particullaritez, qui servent de principal argument pour la dépesche que je fays présentement à Voz Majestez, demeurant le reste des choses d'icy au mesmes estat que je vous ay naguières mandé, du Xe du présent, et ne fauldray de vous escripre toutjour ce que, jour par jour, je verray advenir de plus ou de moins en icelles. Cella vous diray je, icy, davantaige, Madame, que l'Allemant et le Françoys, naguières arrivez de la Rochelle, semblent estre principallement venuz pour représanter l'estat de leur armée et de leurs affaires à ceste Royne, et solliciter quelques deniers, qu'ilz attandent de ce royaulme. Ilz ont distribué plusieurs lettres, dont par l'extraict de l'une, qui est de monsieur l'Admyral, et d'ung discours, lequel à grand difficulté j'ay recouvert, Votre Majesté verra de quelle façon ilz parlent de leur faict, et seray bien ayse d'estre advisé s'ilz ont envoyé à Voz Majestez la remonstrance dont ilz font mencion en icelluy[10]; car ceste Royne m'en a parlé fort expressément ainsy que je le vous [ferai] plus à plain entendre par ung des miens, que sur aultres occasions je dépescheray devers Voz Majestez, aussitost que le Sr. de Vassal, que je vous envoyay sur la fin du mois passé, sera de retour. Le dict Allemant s'enreva à la Rochelle et dict on qu'il est à ce comte de Mensfelt, qui est avec eulx, lequel est pensionnaire de ceste Royne.

[10] Cette pièce se trouve jointe à la LIVe Dépêche. _Voyez_ p. 179.

Le conseiller Cavaignes a faict quelque semblant de vouloir aussi repasser à la Rochelle, pour aller prendre la charge qu'avoit au dict lieu le conseiller Bourg son beau frère, qu'on dict estre despuy naguières décédé. Je ne sçay encores s'il partira. Toutz ceulx cy de la nouvelle religion se monstrent, à ceste heure, grandement relevez en l'espérance de leurs affaires, faisans estat que Poictiers sera prins, et que ceulx de dedans, voyans ne pouvoir estre secouruz, ont desjà commancé de parlementer; que l'armée du Roy ne pourra de long temps estre rassemblée, et que cependant la leur aura exploicté beaulcoup de choses à leur proffict; et que bientost le renfort, qu'ilz attandent encores d'Allemaigne, entrera en France, pendant que les aultres princes catholiques ne s'esmeuvent guières chauldement pour réprimer leur entreprinse. Sur ce, etc.

De Londres ce XVe d'aoust 1569.

COPIE D'UNE LETTRE APORTÉE DE LA ROCHELLE.

Monsieur, ayant entendu par toutes les dépesches que m'a faictes monsieur le Cardinal, mon frère, et mesmes par la dernière que m'a aportée Mr. du Puench, de quelle bonne volonté et affection vous embrassez les affaires qui se présentent par dellà pour le bien de ceste cause, et la bonne assistance que vous donnez en iceulx à mon dict sieur le Cardinal, davantaige ce que vous faictes, à toutes occasions, pour son particullier, je n'ay vollu faillir, par ce pourteur s'en retournant, de vous en faire ung bien fort affectionné remercyement, attandant que Dieu me donne le moyen de le pouvoir recognoistre en quelque bon endroict envers vous ou les vostres, lequel s'offrant vous vous pouvez asseurer, Monsieur, que je mettray peyne de ne demeurer ingrat de tant d'obligation que nous vous avons, lesquelles néantmoins je vous prieray d'accroistre par toutz les aultres playsirs que vous nous pourrez faire cy après; car ayant la charge que nous avons sur les braz à suporter, vous sçavés que nous aurons, tant qu'elle durera, bon besoing de l'ayde, faveur et assistance de Sa Majesté, ce que vous estant assés cogneu que nous ne pouvons avoir du mal à faulte d'estre secouruz que vous ne vous en sentiez bientôt après, je ne m'estendray, avec le bon zèle que je sçay que vous avez à ce qui nous touche, à vous faire ceste plus longue que pour me reccommander bien affectionnéement à vostre bonne grâce et suplier Dieu vous donner, Monsieur, en sancté, augmentation des siennes.

Et est escript par postille--du camp de Busserolles, ce VIe jour de juillet 1569.

Et plus bas, Vostre entièrement bon amy CHASTILLON.

DISCOURS ENVOYÉ DE LA ROCHELLE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

Parce que nous ne voulons faillir, par toutes les commoditez et occasions que nous pourrons avoir, de tenir la Majesté de la Royne d'Angleterre au vray advertye, et Messieurs de son Conseil, de l'estat de noz affaires de deçà, comme il est très raysonnable, tant pour le regard des obligations que nous luy avons, que pour la connexité de la cause commune et chrestienne, que nous soubstenons au priz de noz vies et biens, nous avons advisé d'envoyer à monsieur le Cardinal de Chastillon ce petit discours, pour faire entendre à Sa Majesté comme, après que nous fusmes advertys du passaige du feu duc de Deux Pontz à la Charité, avec les forces qu'il avoit tant d'Allemans que de Françoys, et qu'il s'acheminoit pour nous venir joindre, et que Monsieur, frère du Roy, avoit joinct les forces de Mr. d'Aumalle, qui dellibéroient d'empescher les passaiges au dict feu sieur Duc, il fut advisé d'aller audevant d'icelluy, et de passer la Vienne, et de marcher jusques auprès de la ville de Limoges, où on leur assigna le rendez vous, affin de les recuillir le plus tost qu'on pourroit; et que pour cest effect messieurs l'Admyral et de La Rochefoucault prendroient l'eslite de nostre armée, principallement de l'arquebouzerie, pour le grand besoin qu'en avoit le dict feu sieur Duc pour passer les détroictz, où s'estans acheminez les dictz sieurs Admyral et de La Rochefoucault, ilz furent advertys que le dict feu sieur Duc avoit desjà passé la dicte rivière de Vienne, et qu'il estoit logé à deux lieues de la mayson d'Escars, où le logis du dict sieur Admyral fut faict: lequel, sans s'arrester en son dict logis, passa oultre pour aller trouver le dict feu sieur Duc, auquel il ne peult parler, à cause qu'il estoit à l'extrémité de sa malladie, dont il morut peu d'heures après; qui est chose, qui doibt bien estre à jamais remarquée comme ung singulier et expécial oeuvre de Dieu, qui ayt vollu faire ceste grâce, et donner moyen à ce prince de traverser tant de pays avec ung grand attirail d'artillerye, d'infanterie et de bagaiges, et à la teste et veue d'une grand armée, et de passer tant de rivières, tant de lieux et détroictz difficiles et périlleux, et telz qu'il n'est mémoire qu'armée en ayt jamais passé de semblables, et par où, à grand peyne, peult on dire qu'une seule charrette eust peu passer, de façon qu'il semble que cella soit ung songe à ceulx qui ne l'ont poinct veu; et qu'estant hors de dangier, et au lieu où il souhaytoit, pour secourir les esglizes de ce royaulme, le jour mesmes Dieu l'ayt vollu retirer à soy; et qui plus est que sa mort n'ayt aporté aulcun changement ou nouvelleté en son armée, qui ayt peu empescher qu'on n'ayt tellement négocié et accordé avec les chefz, colonnelz et reytres de la dicte armée, sur les difficultez qui s'offroient, et qu'en bien peu de jours on ne les ayt randuz contantz, tant pour le regard de leurs payemens et sur les aultres faictz qui se pouvoient révoquer en doubte; ce que fut faict à St. Yriès la Perche; pendant lequel séjour, Monsieur, frère du Roy, ayant joinct ses forces d'Itallie, se vollut aprocher avecques son armée à deux lieues près de nous, où il fut résolu de l'aller veoir, et d'essayer de le combattre; et ayans trouvé en teste près de leur logis, en ung passaige où il y avoit ung ruysseau et des marescaiges, le Sr. Strossy, colonnel général des bandes françoyses, logé avec toute la fleur de leur infanterie, il fut tellement chargé qu'il fut prins prisonnier, son lieutenant thué et ses meilleurs capitaines, et de cinq à six cens soldatz, sans que jamais le reste de leur armée, qui voyoit jouer le jeu, se vollût mettre en campaigne ny faire contenance de soubstenir leur infanterie; et n'eust été que, tout ce jour là, la pluye fut si extrême et si grande que noz harquebouziers ne pouvoient plus jouer, il y a bien aparance que l'exécution eust esté beaulcoup plus grande, et eust miz fin aulx différantz d'une part et d'aultre. Mais puysqu'il a pleu à Dieu que les choses soyent passées de ceste façon, nous avons assés d'occasion de le louer et remercyer, et de nous contanter. Despuys, on séjourna encores ung jour au lieu de St. Yriès pour veoir s'il ne prandroit point d'envye aulx ennemys d'avoir leur revenche; et, voyans qu'au lieu d'en faire quelque contennance, ilz ne comparoissoient plus despuys ce temps là, et qu'à ceste cause, il estoit besoing de prendre séjour en quelque pays fertil, où noz reytres peussent se reposer et rafreschir du travail de leur long voyage, on fit marcher l'armée du cousté où nous sommes à présent, delliberez et résoluz de cercher toutes les occasions pour attirer nos dictz ennemys au combat, comme la chose que nous souhaitons et desirons le plus.

Le mardy, XIIIIe de juing, le Sr. du Lude, et grande compaignie de cavallerye et infanterye, avec quatre canons et deux collevrines, commancèrent à battre Nyort, place assés mauvaise et mal aysée à fortiffier, en laquelle le Sr. de La Brosse estoit cappitaine, et y avoit assés peu de soldatz; ce qui fut la principalle occasion de faire entreprendre au dict Sr. du Lude de l'assiéger, mais le capitaine Puyviault, malgré les ennemys, y entra avec bon nombre de soldatz, et soubstint deux assaultz fort furieulx, que donnèrent les ennemys le premier de ce moys, desquelz y est demeuré mil ou douze centz; et ne fault oblyer que les femmes y ont faict plus de debvoir qu'on ne pouvoit espérer de leur sexe. Entre toutz, les dictz La Brosse et Puyviault y ont acquiz grande réputation, estantz toutjours à la bresche, où, encores qu'ilz fussent blessez en plusieurs endroictz, ilz ont repoussé les ennemys avec si grand perte de leurs gens, et tel estonnement et confuzion, que, entendans d'aultre part que le secours, que nous envoyions à ceulx de dedans, estoit prochain, ilz levèrent le siège si hastivement, le sabmedy IIe de ce moys, qu'ilz ont laissé ung de leurs canons. Monsieur de Telligny, qui conduysoit le dict secours, lequel estoit de huict cornettes de Françoys et quatre de reytres, les a poursuyviz de si prez, que, n'ayantz eu loysir de gaigner Poictiers, ilz ont esté contrainctz retirer à St. Maixant le reste de leur artillerye, avec leur infanterie et cavallerye à Partenay, et meintennant les tient serrez de si prèz et encloz (leur empeschant les vivres, cependant que nostre camp s'aproche), qu'il est mal aysé qu'ilz se puissent saulver.

La nuict du mercredy, Mr. de La Noue, gouverneur de Rochellois, ayant assemblé quelques forces de son gouvernement, sortit de la Rochelle pour aller secourir le dict Nyort, et fut adverty que à Frontenay Labattu, distant de trois lieues du dict Nyort, les compaignies des capitaines Richellieu et Lancereau estoient logées, lesquelles il surprint si à propos qu'il en fut thué envyron trois cens et plus de deux centz chevaulx prins.

Le jeudy VIIe, monsieur l'Admyral print par force Chabanois, où tout fut miz en pièces, réservé le capitaine nommé La Planche. Luzignan est meintennant assiégé et sur le poinct d'estre emporté, de là nous espérons aller devant Poictiers.

Le comte de Mongommery, avec les Viscomtes, est party de Montauban et a donné jusques dedans les portes de Thoulouse, et ruyné l'abbaye de St. Jean Roch, qui est aulx faulx bourgs avec grand estonnement de toute la ville.

Et pour ce que nous avons eu toutjour en singulière recommendation de justiffier noz actions de plus en plus, et faire toucher au doict et à l'oeil l'équité et justice de ceste cause, encore qu'elle doibve assés estre cognue et manifeste à tout le monde, il fut advisé, quant nous eusmes accordé avec noz reytres et faict leur payement, de dresser et envoyer une remonstrance au Roy, meintennant que nous avons, avec l'ayde et assistance divine, assés heureux succez et aparance d'advantaige sur noz adversaires, pour estre aussi, cy après, publiée par toute la chrestienté, affin qu'on cognoisse de quel pied nous marchons en ce faict; et si nous sommes menez et poussez pour aultre fin que pour la conservation de la liberté de noz consciences, de nostre religion, de noz honneurs, et de noz vies, et de noz biens; et s'il tient à nous qu'on ne paciffie les troubles qui sont en ce royaulme. Ce qui servira pour ceulx, lesquelz mal advertys ou passionnez, publient que nous voulons attempter à l'estat duquel nous avons toutjours esté aultant zélateurs et desireulx que noz ennemys en ont esté envyeulx et marrys, et [qu'ilz ont] troublé le repos et tranquillité d'icelluy.

ORDONNANCE FAICTE PAR LA ROYNE D'ANGLETERRE CONTRE LES PIRATES.

La Majesté de la Royne entend que, combien que, par ses premières ordonnances et proclamations, il ayt été notiffié à ses subjectz, nomméement aulx officiers de ses portz, de arrester les pirates et faire cesser toutes pilleryes, si est ce que quelque nombre de vaysseaulx, armés et conduictz par certaines désordonnées personnes, de diverses nations, hantent encores toutjours les mers estroictes, et ressortent secrectement en petites criques et places secrectes de ce royaulme, pour y prandre vivres et aultres choses à eulx nécessaires, et se font licencier de se mettre en mer pour donner couverture à leurs entreprinses, affin qu'ilz ne soyent prins comme pirates.

Pour à quoy remédier, et affin que ce prétexte ne puisse, en aulcune manière, ayder à telles personnes à commettre leurs pilleryes, ny à ceulx qui, pour leur gain particullier ou en faveur d'iceulx, les vouldroient favoriser soubz une fainte prétention d'ignorance,

Sa Majesté estroictement charge et commande à toute manière d'officiers et ministres ayantz gouvernement et charge dans aulcun port de ville, ou ayantz authorité de faire depputez soubz eulx en aulcune petite crique, de quelque part que ce soit, que dorsenavant il ne soit souffert à aulcunes personnes, vennantz de la mer, d'avoir vivres, monitions ou aultres choses nécessaires pour eulx, leur compaignie ou vaysseaulx, s'ilz ne sont notoirement cogneuz estre de l'équipage des vaysseaulx merchandz, passagiers, ouy pescheurs, ayantz affaire par deçà; deffendant en oultre de rien achapter ou recepvoir, directement ou indirectement, des dictes personnes vennantz de la mer, jusques à ce que les merchandises ou biens ayent esté aportez et miz à terre, et aulx places accoustumées sellon les loix de ce royaulme, avec le consentement des officiers des coustumes, et que toutz debvoirs ayent esté payés pour iceulx, sellon l'usaige des merchandz, sur peyne à ceulx qui feront le contraire ou qui en seront consentz, d'estre miz en prison et y demeurer jusques à ce que inquisition aura esté faicte (sellon les loix de ce royaulme) d'eulx et de leurs faictz, comme en cas de pilleryes, et d'estre jugez et puniz comme pirates, ainsy que par les loix sera ordonné; et quiconque donnera information de ce contre aulcun officier des coustumes ou quelcun de ses depputez, et le pourra prouver, et [si] il est capable d'exercer le dict office, il le jouyra, ou aultrement sera deuhement et libérallement récompensé selon ses mérites.

Davantaige Sa Majesté veult et entend que toute sorte d'officiers, et expéciallement Gardes des portz, Visadmyraulx, Connestables et Capitaines des châtaulx, assis dessus la mer, et toutz aultres, ayantz office en portz de ville ou places à prendre terre, respondront par cy après, à leur plus grand et extrême péril, de faire leur dilligence en leurs jurisdictions, de s'enquérir, mettre guet; et par ce moyen apréhender toutes navyres de personnes qui hantent la mer avec vaysseaulx armez, et n'estantz pas merchantz aparans, et entièrement arrester toutz aultres qui équiperont leurs vaysseaulx en guerre, exepté seulement ceulx qui seront notoirement cogneuz estre ordinaires merchandz, passaigiers ou pescheurs; et de n'adlouer dorsenavant ou admettre aulcune allégation de licence à naviguer sur la mer avec vaysseau armé, à personne, quelle qu'elle soit, si ce n'est à ceulx qui sont bien cogneuz apartenir à Sa Majesté, et qui peuvent estre envoyez en mer pour la tenir libre de pirates.

Et si quelcun est trouvé coulpable ou manifestement négligent à cella, Sa Majesté leur faict entendre qu'ilz seront puniz avec telle sévérité que l'exemple en demeurera cy après aulx aultres pour se garder d'offancer en mesme cas.

Donné à Otlan le IIIe jour d'aoust 1569, à l'unziesme an du règne de Sa Majesté.

LIIIe DÉPESCHE

--du XXIIe d'aoust 1569.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)

Arrivée en Angleterre des députés envoyés de Rouen pour traiter de la restitution des prises.--Bonne réception qui leur est faite.--Espoir qu'un accord ne tardera pas à être conclu.--Plainte de l'ambassadeur à Élisabeth, au sujet de l'armement des navires qui se continue, malgré l'arrêt qu'elle a ordonné.--Déclaration de la reine, que ces navires appartiennent au prince d'Orange, qui les fait armer pour se défendre contre le duc d'Albe, et qu'elle en a tacitement autorisé la sortie.--Prochain départ du conseiller Cavaignes, qui est remplacé par le sieur Dudoit en sa charge d'agent des protestants de la Rochelle.--Vives instances faites par l'ambassadeur auprès de la reine d'Angleterre en faveur de la reine d'Écosse.--Élisabeth annonce qu'elle y pourvoira, et que déjà elle a refusé de recevoir le message du comte de Murray.--Elle s'emporte en grande colère contre Marie Stuart, et menace de l'échafaud, en présence de l'ambassadeur, plusieurs des seigneurs de son conseil.--Préparatifs d'une nouvelle flotte qui semble destinée pour la Rochelle.--Les seigneurs d'Angleterre insistent de nouveau pour qu'une pacification se fasse en France.

AU ROY.

Sire, j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre sur son progrès à Fernan Castel, qui est trente cinq mille loing d'icy, pour luy présenter les deux depputez de Roan, lesquelz elle a bénignement ouys; et, de tant qu'ilz venoient par vostre commission, elle les a admiz à luy baiser la main, et leur a dict en général qu'elle ne vous donroit l'advantaige de faire aulcune chose en faveur et proffict des Anglois, qu'elle n'en fît aultant ou plus, pour l'honneur de Vostre Majesté, en faveur des Françoys, et qu'ilz pourroient au reste, moy présent, proposer à ceulx de son conseil ce qu'ilz avoient à dire, lesquelz satisferoient aultant abondantment à leurs justes remonstrances comme par rayson et justice il seroit possible de le faire. Puys tretta de ce faict à part avecques moy, ensemble du chastiement des pirates et de la continuation du commerce; en quoy nous eusmes aulcuns petitz différans, lesquelz je incistay fort qu'ilz fussent reiglez sellon les trettez de paix, et conduysis le propos à luy toucher ung mot de l'impression de guerre, où je sçavois qu'on l'entretenoit, et qu'elle ne la vous debvoit aulcunement commancer, ny craindre aussi que Vostre Majesté, sans estre expressément provoquée, la luy commançeât; en quoy, pour monstrer qu'elle donnoit quelque lieu à ma remonstrance, elle me satisfit assés bien sur les particullaritez dont je luy avois parlé; ce qui me fit passer oultre à luy remonstrer davantaige bien vifvement, qu'après qu'à mon instance elle avoit commandé d'arrester les quatre ourques et trois aultres vaysseaulx qu'on avoit armez dans ceste rivière, l'on n'avoit layssé de les préparer et avitailler secrectement pour les getter du premier jour dehors: ce qui estoit grandement contre sa parolle et contre sa promesse.

A quoy elle me respondit que, sur la première remonstrance que je luy avois faicte là dessus, elle s'estoit enquise du faict de ces vaysseaulx et avoit trouvé qu'à la vérité l'homme du prince d'Orange, qui les armoit, avoit quelque entreprinse en main, mais elle la luy avoit rompue, et luy avoit cassé trois ou quatre centz soldatz, qu'il avoit toutz pretz et bien armez, et qu'elle s'estoit courroucée à son admyral d'avoir permiz cest armement dans ceste rivière, sans luy en avoir rien dict; mais qu'à présent ce n'estoit plus chose que je deusse craindre. Il est vray que luy ayant le dict homme du prince d'Orange faict aparoir qu'il avoit achapté les dictes ourques, et que c'estoit le ruyner du tout de les luy oster, elle luy permettroit de les admener sans faire semblant d'en rien sçavoir.

A cella je m'oposay bien ferme, et qu'elle debvoit penser, puys qu'il sortoit armé de ceste rivière, qu'elle seroit responsable de tout le mal qu'il feroit.

Elle me répliqua qu'il n'admèneroit poinct de gens de guerre, et qu'il n'yroit aulcunement contre voz pays ny subjectz, mais qu'il luy estoit besoing de se conduyre bien seurement pour doubte du duc d'Alve, qui l'avoit faict pilloriser en effigie, et ne failloit doubter qu'il ne le fît exécuter en personne, s'il le pouvoit prendre; et m'en parla en telle façon qu'elle ne me layssa moyen de l'en presser davantaige.

Bien sceuz je, avant partir du dict lieu, que aulcuns Françoys, qui avoient dellibéré se mettre ès dictes ourques, sollicitoient ung congé de s'aller embarquer ailleurs pour passer à la Rochelle, et qu'il leur avoit desjà esté ottroyé ung passeport pour quarante hommes seulement, mandant de les laysser sortir de ce royaulme avec leurs armes; dont, de tant que ceulx là se sont desjà acheminez hors d'icy, j'ay envoyé en divers lieux veoir où, et quant, et quel sera l'embarquement. Le conseiller Cavaignes est de la partie, au lieu duquel j'entendz que le Sr. Du Doict demeurera, icy, agent. Par ainsy se cognoist que le voyage des dictes ourques estoit premièrement entreprins pour aller descendre en France, dont, Sire, je vays ainsy peu à peu gaignant temps et tout ce que je puys envers ceste princesse; car, au demeurant, il y a ung apareil de guerre tout prest en son royaulme.