Part 7
J'ay faict mencion à la dicte Dame de la bonne et prompte expédition qu'avez faicte donner à trois requestes de ses subjectz, que son dict ambassadeur vous avoit présentées, ce qu'elle a heu très agréable, et m'a prié de vous en remercyer grandement, et que, quant son dict ambassadeur le luy aura mandé, elle vous en fera encores par luy mesmes remercyer davantaige. Le parlement se continue toutjours, et le subcide est desjà comme tout accordé, à quatre solz pour livre, sur les héritaiges, et deux solz et demy sur l'aultre sorte de revenu. Les seigneurs de ce conseil sont si vigilans, ez actions qui s'y font, qu'il semble enfin qu'ilz y feront passer toutes choses sellon l'intention de leur Mestresse. Il a esté faict une nouvelle et bien estroicte ordonnance sur les courriers de Flandres de sorte qu'il a plusieurs jours que nul, ny ordinaire, ny aultre, n'y est allé ny venu. Le depputé du duc d'Alve n'advance guière sur l'accord des prinses, car chacun jour l'on luy met nouvelles difficultez en avant, et luy demande l'on à ceste heure, que le dict duc ayt à payer les draps, qu'il a prins des Anglois, au pris qu'il les a baillez aulx soldats, qui monte un tiers davantaige qu'ilz ne valent; et incistent les dicts Anglois ou qu'il leur fornisse argent contant, ou bien qu'il donne cautions qui les contantent. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may 1571.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, parce que la dépesche, que milord de Burlay a baillée au Sr Cavalcanty, et la façon de le dépescher, ne m'ont assés bien satisfaict, et m'ont faict monter plusieurs doubtes en l'entendement, j'ay miz peyne, le plus que j'ay peu, de m'en esclarcyr; et voycy, Madame, ce que j'ay aprins depuys son parlement, vous supliant très humblement prendre la peyne de le lyre, encor qu'il soit un peu long:
C'est que le comte de Lestre m'a mandé que, du costé de deçà, l'on n'a que peur que nous nous réfroydissions, et que, tout à ung mot, il ne tiendra plus qu'à nous que les choses ne viennent à bon effect; qu'il estoit bien vray que je me suys tenu ung peu trop ferme sur la religion, et que Cavalcanty aussi, quant il avoit esté ouy à part, s'y estoit monstré ung peu bien froid, et que je pouvois avoir cogneu que la Royne, sa Mestresse, quant à elle, n'estoit que très bien disposée au propos.
Sur quoy il m'est ressouvenu, touchant les articles des responces, qui m'ont esté baillez, que la dicte Dame me dict avoir commandé de modérer celluy des cérémonyes des nopces, parce qu'elle estoit fort escrupuleuse aulx présages, qui y pouvoient advenir, et qu'elle réputeroit à grand malheur, si Monsieur, à cause de quelcune des dictes cérémonyes, la délayssoit au millieu de l'acte, ou bien si l'anneau nuptial tumboit en terre, et choses semblables; que, touchant le poinct de la religion, elle ne vouloit que Monsieur layssât la catholique, ny fût forcé en sa conscience, et qu'elle le prioyt aussi de se contanter de ce qu'elle pouvoit ordonner pour luy en cella, sans offancer la sienne, et sans troubler l'ordre de son pays; qu'elle desiroit bien estre quelquefoys accompaignée de luy, quant elle yroit à ses prières, affin que ny d'elle ny des siens il ne fût veu détester par trop leur religion, mais n'avoit trouvé bon qu'on heust miz en l'article qu'il y demeureroit, en l'attandant jusques à son retour; que Monsieur ne debvoit doubter qu'elle ne lui pourveust bien honnorablement, au cas qu'il la survesquit, et que, durant sa vie, tout ce qu'elle auroit luy seroit commun.
Puys avoit ajouxté qu'elle se trouvoit encores estonnée ez louanges de Monsieur, et qu'elle craignoit, y en ayant de si grandes, qu'il n'eust que faire d'elle; et s'estoit mise à racompter celles qu'elle avoit ouy dire de son bon sens, de sa prudence, de sa bonne grâce, de sa magnanimité et de sa valleur aulx armes, de la beaulté et disposition de sa personne, sans oublier de parler de sa main, comme d'une des plus rares beaultez qu'on eust veu en France; et avoit, puys après, suyvy, en ryant, qu'elle me feroit dire aussi ung jour par Mon dict Seigneur, si les choses venoient à bonne fin, que je debvois avoir plustost soubstenu son party comme plus honorable, que celluy de la Royne d'Escoce.
Par lesquelz propos, qui étoient assés conformes aux articles des responces qui avoient esté arrestez avecques moy, je conceuz une fort bonne espérance du tout; dont fuz fort esbahy et bien fort offancé, quant j'entendiz despuys qu'on avoit dépesché en aultre sorte le dict Cavalcanty, et n'ay peu descouvrir que cella soit procédé d'ailleurs que de ce que la dicte Dame, avant le dépescher, communiqua, comme j'entendz, le propos à trois autres de ses conseillers, au Quiper, au marquis de Norampton et au comte de Sussex; et néantmoins l'on m'a despuys asseuré, de trois et quatre bons endroictz, que la dicte Dame n'a rien tant en affection que de parachever ce mariage, et que jamais n'a si longuement persévéré en nul aultre propos, comme elle faict en cestuy cy, et ne peult comporter qu'on luy dye qu'il y puisse avoir des difficultez pour l'interrompre, ny veoir de bon œil homme en sa court qui tant soit peu monstre de ne l'aprouver.
J'ay commancé quelque intelligence avec la comtesse de Lenoz, par prétexte de luy promettre beaucoup de la part de Voz Majestez pour son petit filz, si elle et le comte, son mary, se vouloient accorder avec la Royne d'Escoce, et luy ay faict cognoistre que le propos de Monsieur ne luy pourroit estre que très oportun, s'il venoit à bonne fin, car si la Royne d'Angleterre debvoit jamais avoir enfans, la dicte dame de Lenoz debvroit desirer qu'ilz fussent Françoys pour la parfaicte unyon qui seroit toutjour entre eulx et son dict petit filz; si elle n'en avoit poinct, ce seroit Monsieur qui, se trouvant icy, advanceroit le droict de son dict filz à ceste couronne contre toutz les aultres qui y prétendent; et elle m'a mandé qu'elle supplioit Voz Majestez de prandre son dict petit filz en vostre protection, et croyre que son mary estoit très dévot et affectionné serviteur de la couronne de France, comme ont esté ses prédécesseurs; qu'elle, de sa part, vouloit et desiroit le mariage de Monsieur avec sa Mestresse plus que chose du monde, et que, tennant le lieu plus prez d'elle que nulle aultre de ce royaulme, elle le luy avoit desjà conseillé et le luy persuaderoit toutjour avec toute affection, et me donroit là dessus toutz les advis qu'elle pourroit; que, pour ceste heure, elle ne me pouvoit dire sinon que, par toutes les apparances et conjectures qui se voyoient en la dicte Dame, elle monstroit d'estre non seulement bien disposée, mais très affectionnée au party de Mon dict Seigneur, et ne parloit ordinairement que de ses vertuz et perfections, s'abilloit mieux, se resjouyssoit, et se monstroit plus belle et plus gaye, en mémoire de luy; qu'il estoit bien vray qu'elle ne communiquoit plus ce propos aulx femmes, et sembloit qu'elle l'eust entièrement réservé entre elle et le comte de Lestre et milord Burlay; dont m'estoit besoing, pour en avoir plus de lumyère, d'en accointer l'ung des deux.
Et, sur ce qu'il y a desjà quelques jours que j'avois prié les dicts de Lestre et Burlay de sonder la vollonté de la noblesse de ce royaulme en ce propos, icelluy Burlay me respondit, dez lors, que je ne doubtasse qu'elle n'y fût bien disposée; et icelluy de Lestre m'a despuys mandé qu'il avoit travaillé là dessus avec le duc de Norfolc pour le luy faire trouver bon, qui estoit celluy qui tiroit plus de la dicte noblesse, après luy, que tout le reste du royaulme; et qu'il me pouvoit asseurer qu'ayant le Roy honnoré l'ung et l'aultre de son ordre, il les trouveroit toutz deux très unys à sa dévotion et très fermes au service de Monsieur, son frère.
Le dict duc, de sa part, parce que je luy avois desjà faict quelque communication de ce propos, avec asseurance de la vollonté de Voz Majestez vers luy et la Royne d'Escoce, m'a envoyé dire qu'il m'en remercyoit, et qu'il se sentoit très obligé à Voz Majestez de la considération qu'il vous playsoit avoir d'eulx deux en cest affaire, auquel il m'avoit desjà faict déclaration, de son cueur, qu'il se dellibéroit avec toutz ses amys de s'y employer droictement, car se réputoit tout oultre vostre serviteur, et que Monsieur, vostre filz, ne doubtast plus qu'il ne fût obéy, révéré, et aymé en ce royaulme, s'il y venoit, dont me prioyt d'en conclurre bientost les choses, ès quelles il ne pouvoit cognoistre à présent qu'il y fît sinon bon; mais ce luy seroit ung argument, quant l'on y cercheroit de la longueur, de croyre qu'il y eust de la simulation, et qu'aussitost qu'il la cognoistroit, il me la feroit entendre: et a escript à l'évesque de Roz qu'il me vollût ayder de toutz ses moyens et intelligences en ceste cause, car il cognoissoit qu'il estoit besoing d'avancer icy la réputation de la France, pour bien faire les affaires de la Royne d'Escoce, lesquels affaires il croyoit fermement que Monsieur, estant venu, ne les vouldroit laysser sans quelque accommodement, puysqu'ilz touchent bien fort l'honneur du Roy, son frère, et le sien; et si, d'avanture, il luy estoit faict quelque obstacle de n'y venir point, il ne seroit que davantaige enflammé de les remédier; par ainsy qu'il voyoit bien que l'amour ou la hayne de Mon dict Seigneur envers la Royne d'Angleterre ne pouvoient estre que très utilles à la Royne d'Escoce et à luy; qu'il estimoit que de déclairer trop tost sa vollonté en ce faict ne serviroit de rien, car la perplexité où la Royne, sa Mestresse, se trouvoit encores quelque peu pour doubte de luy, le luy feroit tant plus tost conclurre, et que mesmes je prinse garde de ne m'ouvrir tant au comte de Lestre qu'il peût cognoistre qu'il y eust nulle intelligence entre icelluy duc et moy; néantmoins qu'il demeureroit ferme en ce propos jusques à la mort.
Milord de Lomeley, pour gaiges de la vollonté du comte d'Arondel, son beau père, du comte d'Ocestre et de luy en cest endroict, m'a envoyé une bague, et m'a mandé que, si je le trouvois bon, ilz s'employeroient de bon cueur et y procèderoient par effectz, en lieu qu'ilz craignent que les aultres n'y vont que de parolle; et qu'il ne se pouvoit persuader encores qu'il n'y eust de la tromperie.
Le capitaine Franchot, qui a quelque peu de pratique avec aulcuns de ce royaulme, m'est venu dire, sur le bruict qui court de ce propos, que la Royne d'Angleterre en effet ne pouvoit, ny vouloit, ny debvoit espouser Monsieur, et que l'intention d'elle estoit seulement d'endormir Voz Majestez sur les choses d'Escoce, affin de s'en impatronir, et pour faire aussi que le Roy d'Espaigne condescende à meilleures condicions vers elle, et pour contanter pareillement ses subjectz, et authoriser enfin ses affaires dedans et dehors son royaulme; mais, quand bien le contrat seroit faict et estipullé, que le mariage pourtant ne s'effectueroit jamais, et qu'en tout évènement il y avoit desjà des ligues faictes pour se fortiffier en ce royaulme contre les dangiers qui pourront advenir du dict mariage. Sur quoy, voulant aprofondir davantaige comme il sçavoit ces choses, il m'a respondu qu'il s'en alloit en France, et en parleroit plus librement de dellà, comme bon serviteur de Voz Majestez et de Monseigneur, s'il en estoit interrogé.
J'ay esté despuy trouver la dicte Dame pour voir en quoy elle continuoit; laquelle s'est layssée ayséement conduyre en ce propos, et m'a dict que, s'il luy estoit jamais imputé de s'y estre trop advancée pour avoir escript de sa main à Mon dict Seigneur, premier que les choses fussent bien conclues, qu'elle en rejetteroit toute la coulpe sur moy; qu'il falloit bien, touchant les responces qui avoient esté baillées à Cavalcanty, que vous l'excusissiez, si elle n'avoit peu mieulx faire, car estoit contraincte de contanter les siens, qui l'estimeroient peu affectionnée à leur religion, si elle condescendoit ouvertement à tout ce que Monsieur demandoit pour la sienne, lequel au reste elle n'entendoit qu'il fût en rien contrainct contre sa conscience; qu'elle se vouloit pleindre à moy de ce qu'ung homme, qui tenoit assés grand lieu, avoit dict que Monsieur feroit bien de venir espouser ceste vielle, laquelle avoit heu, l'année passée, tant de mal à une jambe qu'elle n'en estoit encores bien guérye, ny possible en guériroit jamais, et que, soubz le prétexte de cella, l'on luy pourroit bailler ung brevage de France pour s'en deffaire, de sorte qu'il se trouveroit veuf dans six ou sept mois, pour, puys après, espouser, à son ayse, la Royne d'Escoce, et demeurer roy paysible de ceste isle; et que ce propos ne l'avoit tant offancée pour le regard d'elle, comme pour le regard de Monsieur, et de l'honneur de la couronne d'où il estoit yssu.
A quoi j'ay respondu, avec détestation du propos, et de celluy qui l'avoit tenu, que je la suplyois me dire d'où il procédoit, affin que Voz Majestez et Mon dict Seigneur vous en rescentissiez.
Elle a suyvy, en grand collère, qu'il n'estoit encores temps de le nommer, mais que je m'asseurasse qu'il estoit vray, et que bientost elle m'en feroit bien entendre davantaige; et n'ay rien cogneu que continuation d'affection en tout le parler de la dicte Dame, lequel a esté beaucoup plus ample que je ne le puys mettre icy.
Au partir d'elle, le comte de Lestre m'est venu dire qu'il estoit besoing que non seulement je fusse modéré sur l'article de la religion, mais que je fisse en sorte que Voz Majestez le vollussent laysser, ainsy couché qu'il est, affin que Monseigneur, vennant par deçà, soit mieulx veu, et embrassé avec plus d'affection de ceulx en qui la Royne, sa Mestresse, a fiance, et qu'ilz n'ayent occasion d'inventer rien qui puysse traverser ce propos; et que je vous asseure, sur sa vie, qu'il aura pour luy et ses domestiques l'exercisse de sa religion en privé, et obtiendra du reste beaucoup plus qu'il ne voudra demander, quant il sera par deçà; et que desjà luy mesmes avoit déclairé à la dicte Dame que, puysqu'elle prenoit Monsieur pour son seigneur et mary, qu'il luy porteroit égalle fidellité, obéyssance et service, comme à elle; ce qu'elle avoit trouvé fort bon, et m'asseuroit que, de jour en jour, elle se confirmoit davantaige en ce bon propos, qui pourtant estoit besoing de le haster aultant qu'il seroit possible.
Je trouve, Madame, que le dict comte va toutjour droictement et d'une très bonne sorte en cest affaire; et milord de Burlay monstre le semblable; mais, de tant que je sçay l'extrême affection que icelluy Burlay porte à ceulx de Herfort, et à traverser tout ce qui les pourroit empescher de parvenir à ceste couronne, je crains que sa présente démonstration ne soit que pour ne s'ozer opposer à la vollonté de sa Mestresse, et qu'en effect il ne se faille fyer en luy que bien à poinct; car j'ay desjà cogneu que sa façon de négocier tend à mettre la matière en longueur. Par ainsy, je persévère en ce que j'ay desjà mandé à Vostre Majesté par le Sr Cavalcanty, qu'il fault presser de passer les articles, sans s'amuser à débattre les responces qu'on nous a baillées, affin de demeurer promptement résoluz ou de la conclusion ou de la ropture du propos; et me pardonne Vostre Majesté si je luy escriptz tant de choses différantes; car c'est ung affaire où il ne fault rien obmettre. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may 1571.
CLXXVIE DÉPESCHE
--DU VIe jour de may 1571.--
(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Walsingan._)
Refroidissement apporté dans la négociation du mariage par les rapports de Walsingham.
A LA ROYNE.
Madame, ce peu de motz ne sont pour entièrement respondre à la lettre de Vostre Majesté, ny à celle bien ample que, par vostre commandement, Mr de Foix, m'a escripte; seulement, Madame, je vous signiffieray icy la réception des deux, et comme la Royne d'Angleterre, avant que je les aye veues, avoit desjà leu celles que le Sr de Valsingan et le Sr Cavalcanty luy avoient escriptes[7]; ès quelles elle a monstré n'y avoir trouvé de satisfaction, ains plustost de l'offance. Et, sans que je luy ay franchement communiqué voz honorables et vertueuses responces, et les sages remonstrances du dict Sr de Foix, qui sont les unes et les aultres contenues en sa lettre, tout estoit gasté. Et ne sçay encores, Madame, que juger de l'affaire, car la dicte Dame m'a semblé estre plus restraincte au poinct de la religion, que ce que Mr le comte de Lestre m'avoit prié dernièrement vous en escripre; mais je doibz conférer encores aujourd'huy avecques elle, et avec le dict sieur comte, et avec milord Burlay; desquelz je mettray peyne, sans trop débattre les choses, de sentyr leur dernière résolution. Cependant, parce que ce porteur est renvoyé présentement avec quelque response, je adjouxteray seulement icy que le dict sieur comte de Lestre m'a dict que le contenu des lettres des dicts Valsingan et Cavalcanty estoit fort différand de ce que Mr de Foix mandoit. Je mettray peine de le sçavoir et prieray à tant nostre Seigneur, etc.
Ce VIe jour de may 1571.
[7] Voir la _lettre de Walsingham à milord de Burleigh_ des 8 et 9 avril 1571, et _la conférence entre Mr de Foix et lui_.--_Négociations de Walsingham_, lettre LXXI, p. 98.
CLXXVIIe DÉPESCHE
--du VIIIe jour de may 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Tournoi à Londres.--Opposition de la chambre des lords aux projets de la chambre des communes.--Nouvelle crainte des Anglais d'une entreprise sur l'Irlande.--Leurs plaintes contre les armemens faits en Bretagne.--Offre de lord Burleigh de reprendre la négociation du traité d'Écosse.--Emportement d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la Rochelle et de Flandre.
AU ROY.
Sire, je commanceray ceste cy par dire à Vostre Majesté qu'après le partement du Sr de Sabran, lequel luy aura peu compter ce qu'il a veu des jouxtes de la première journée du tournoy, entreprins en ceste court au commancement de may, j'ay esté prié d'assister encores aulx deux suyvantes, ès quelles a esté, à la segonde, combattu à l'espée, à cheval, et à la troisiesme à la pique et à l'espée, à la barrière; et a vollu la Royne d'Angleterre que je l'aye accompaignée à toutes trois, non sans faire plusieurs honnorables mencions de semblables exercisses de Vostre Majesté et des triomphes de vostre royaulme, ny sans qu'elle ayt monstré de prandre ung singulier playsir à cest essay des siens, lesquelz toutesfoys elle n'a que modestement louez: qu'ilz faisoient assés bien pour Angleterre, et qu'ilz aprenoient icy comme ilz pourroient comparoir ailleurs parmy les aultres. Je luy ay loué leur bien faire et que c'estoit de prou d'endroictz d'ailleurs qu'on pouvoit venir icy pour aprandre, comme, à la vérité, il y a heu en ces combats de la magnifficence et un fort bon ordre et assés d'adresse de ceulx qui s'esprouvoient. Le comte d'Oxford avoit dressé la partie, lequel, avec sire Charles Havart, sire Henry Lay, et Me Haton, ont esté les quatre tenans contre aultres vingt sept gentishommes, de bonne mayson, assaillans; et les juges du tournoy ont esté les comtes d'Ocester et de Suxès, l'admiral, et milord Sidney, et n'y est advenu nul inconvénient. Il a esté mandé à l'ambassadeur d'Espaigne, s'il avoit desir de veoir ces triomphes, qu'on luy prépareroit une fenêtre; mais il a respondu qu'à ung ambassadeur d'ung si grand roy apartenoit, devant qu'il allast en nulle part, de sçavoir quel lieu il y devoit tenir, et ne s'y est point trouvé.
Le parlement s'est toutjour continué, aulx heures déterminées; auquel, encores que ceulx de la basse Chambre ayent fermement incisté en leurs premières propositions, ceulx néantmoins de la première ne leur ont encores rien layssé passer, et disent que les loix de leur religion sont assés estroictes pour ne se vouloir lyer davantaige, ny se laysser ainsy soubmettre à plus de dangiers de lèze majesté qu'il n'y en a par les anciennes loix du royaulme; et ont esté commis aulcuns principaulx personnaiges de l'assemblée pour modérer les dictes propositions, et n'y a pour encore rien de résolu.
Il semble que ceulx cy sont rentrez en perplexité pour l'advertissement qu'ilz ont que Estuqueley est allé à Rome afin d'acorder de l'entreprinse d'Yrlande entre le Pape et le Roy d'Espaigne, et que les deux promettent de fornyr pour icelle cent mil escuz chacun, et le dict Roy d'Espaigne quelques gens et vaysseaulx davantaige, et qu'il est nouvelles que le comte de Bossu arme aussi des navyres en Flandres.
Milord de Burlay m'a dict que leurs mariniers leur ont raporté qu'on armoit aussi en Bretaigne, et qu'il vouloit bien croyre que ce n'estoit contre l'Angleterre, car l'on monstroit, des deux costez, de desirer et pourchasser chose fort dissemblable. A quoy j'ay respondu que je n'avois rien entendu du dict armement, et que je ne cognoissois qu'il y eust, de vostre costé, Sire, que toute continuation de paix avec la Royne sa Mestresse.
Il m'a, de luy mesmes, parlé là dessus du desir que la dicte Dame avoit de parachever le tretté de la Royne d'Escoce, mais qu'il sembloit qu'elle mesmes et les siens y donnassent de l'empeschement, m'alléguant que Mr de Roz avoit naguières faict venir des livres, qu'il avoit faict imprimer à Louvain, fort désagréables à la Royne d'Angleterre, et receu des lettres de ses rebelles qui sont en Flandres, et que les seigneurs du party de la dicte Royne d'Escoce s'opposoient que les comtes de Lenoz et de Morthon ne peussent aller tenir leur parlement à Lislebourg pour envoyer icy le pouvoir sur les choses du dict tretté, et par ainsy, que le retardement ne procédoit de sa Mestresse.
Je luy ay respondu que, en quelque sorte qu'il vollût juger de la procédure de ce faict, l'on voyoit clairement que la Royne d'Escoce s'estoit mise à tant de rayson et de debvoir, qu'on ne pouvoit plus nyer qu'il ne luy fût faict beaucoup d'injure et de viollance, et que le tretté luy avoit quasi plus apporté de mal que n'avoit fait la guerre.
Et despuys, Sire, j'ay faict veoir à la Royne d'Angleterre une lettre de la dicte Royne d'Escoce, et l'ay fort conjurée de vouloir pourvoir à ce que ceste pouvre princesse y requéroit. Et elle m'a respondu qu'on avoit trouvé des mémoires qui expéciffioient les moyens que la dicte Royne d'Escoce avoit de s'en aller, fort désadvantageux à elle et à son royaulme, par ainsy qu'on ne s'esbahyst si le comte de Cherosbery la fezoit ung peu plus observer que de coustume; mais que j'assurasse Vostre Majesté qu'elle avoit toutjour esté, et seroit aussi honnorablement trettée en Angleterre, tant qu'elle y seroit, comme si elle estoit en son propre royaulme. J'entendz, Sire, que ce sont des mémoires, qui ont esté trouvés à Dombertrand, qui véritablement font mencion de cella.
L'évesque de Roz est encore bien fort mallade. Le comte de Lenoz a mandé assembler toutes ses forces au IXe de ce mois à Litcho, pour aller en armes à Lillebourg, mais je croy qu'il y trouvera de la résistance; et desjà se dict qu'il y a heu une grosse escarmouche près du dict Lillebourg, où le comte de Huntelay et milord de Humes se sont trouvez du party de leur Royne, et qu'ilz ont battu et chassé les aultres. Il semble que celluy qu'on a miz pour cappitaine dans Dombertrand, voyant la cruaulté du comte de Lenoz, reffuze meintenant de luy obéyr, et dict qu'il réservera la place au jeune Prince jusques à la mort; de sorte que les Anglois deffient assés de la pouvoir avoir.
L'on parle icy du mariage de la petite princesse de Navarre avec le comte Ludovic de Nassau, et que, parmy le marché, il se projette une entreprinse en Hollande. Celluy dont, en aulcunes de mes précédentes, je vous avois mandé, Sire, qui estoit venu de la Rochelle devers feu Monsieur le cardinal de Chastillon, estoit principallement dépesché pour faire passer dellà le Sr de Lumbres avec les vaysseaulx et armes, et aultres provisions qu'il a recouvert icy; qui y a desjà faict voille, dez le VIe du passé.