Part 4
Les provisions d'Yrlande vont, despuys trois jours, ung peu plus froydes pour avoir milord Sideney escript qu'il a aprins, par aulcuns partisans d'Estuqueley, et des sauvaiges du pays, que le Roy d'Espaigne n'estoit encores bien prest d'y entreprendre; à quoy les bonnes lettres, que le duc d'Alve a naguières escriptes à la Royne d'Angleterre par le depputé de Flandres, et les bonnes parolles, que l'ambassadeur d'Espaigne luy a faictes dire, l'ont aulcunement confirmée, de sorte qu'elle espère que le voyage du jeune Coban sera de grand proffict; sur les desportemens duquel sera bon, pour beaucoup de respectz, Sire, qu'on y preigne ung peu garde par dellà. L'on attand une responce du duc d'Alve touchant aulcunes difficultez qui se sont offertes en l'entrée de cest accord, sur la forme d'y procéder; et, après qu'elle sera venue, l'on pourra mieulx juger de ce qui s'en debvra espérer; cependant ung chacun estime que le faict des prinses s'accommodera.
Mademoyselle de Lore m'a envoyé dire comme, ayant esté trouvé que feu Mr le cardinal de Chastillon estoit mort de poyson, et qu'en estant la Royne d'Angleterre et toute sa court merveilleusement escandalizez, qui en vouloient, comment que soit, advérer le faict, ils avoient envoyé mestre en arrest toute la famille, et resserrer en basse fosse les deux qui servoient en sa chambre, et faict saysir et sceller les coffres, meubles et papiers du deffunct; mais que, d'advanture, elle avoit retiré les trois derniers pacquetz, que Dupin luy avoit envoyez, lesquelz n'estoient encores ouvertz; et que, sellon l'adviz que je luy avois donné, elle les avoit brullez sans les ouvrir, me priant de vouloir faire entendre à Vostre Majesté le piteux estat de toute ceste famille, et qu'il luy playse avoir pitié d'eulx toutz, et qu'au reste je la veuille conseiller de ce qu'elle et eulx auront à faire. Je luy ay mandé les meilleures parolles de consollation, qu'il m'a esté possible, avec asseurance que j'en escriprois en bonne sorte à Vostre Majesté, et qu'au reste elle m'excusât, si je ne m'osois mesler plus avant de son affaire, jusques à ce que j'en eusse receu vostre commandement; attendant lequel, Sire, je supplie très humblement Vostre Majesté n'avoir mal agréable que, vous envoyant exprès le Sr de Sabran, pour l'ocasion que je luy ay donné charge vous dire de bouche, je vous face par luy une très humble requeste de ma part à ce que, en la distribution de tant de biens, qui vous est advenue par ceste vaccance, il vous plaise avoir recordation de la bénéficence que j'ay toutjours très justement espérée de Vostre Majesté, pour le service que, avec grande affection et fidellité, j'ay miz, toute ma vie, grand peyne de vous faire; et je suplieray le Créateur, etc. Ce Ier jour d'apvril 1571.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, par les deux dernières lettres, que j'ay receues, escriptes de vostre main, et par le fidelle récit, que le Sr de Vassal m'a faict, des choses que luy avez commandé me dire, j'ay veu l'advancement que Vostre Majesté a sceu très saigement donner à ce qui se debvoit faire par dellà, et ay comprins ce qu'elle desire qui se conduyse à présent icy. Dont, sans remémorer le propos du comte de Lestre, lequel je vous ay naguières mandé par une petite lettre, dans le pacquet du Roy, avant que m'eussiez deffandu de rien plus y commettre de ce faict, je vous diray à présent, Madame, que, despuys le dict propos, j'ay esté deux fois devers la Royne d'Angleterre avant le retour de milord Boucard; laquelle a monstré qu'elle estoit très marrye de ne pouvoir cognoistre, par aulcune chose que le dict Boucard ny le Sr de Valsingan luy escripvissent de dellà, ny par le récit d'aulcun qui en vînt, qu'il y eust que toute froydeur de vostre costé, jusques à me dire, avec regrect, que ce avoit esté ung bruict et puys rien, et qu'elle voyoit bien que vous adjouxtiez plus de foy aulx persuasions que à la vérité, et que, de son costé, elle prioyt Dieu de ne luy donner à vivre une heure après qu'elle auroit pensé d'user de moquerie.
Je n'ay esté marry de la veoir en ceste opinion, ains luy ay confirmé que plusieurs, à la vérité, s'efforçoient par leurs artiffices de traverser la bonne intention, que Voz Majestez pouvoient avoir en cest endroict, et que pourtant il la vous failloit ayder.--«Je ne sçaurois, m'a elle assés soubdain respondu, comme leur donner ayde, si eulx mêmes ne se veulent ayder.»--Je luy ay aussitost répliqué que «si, pourroit fort bien faire en ce qui ne seroit que bien honnorable pour elle.» Et sommes entrez en des propoz fort honnestes, ès quelz m'a semblé qu'elle n'y apportoit rien de simulation.
Despuys, milord de Boucard est arrivé, qui luy a faict ung rapport bien fort honnorable, et en façon pour luy faire trouver fort bon ce qu'il a veu en son voyage; et ay aprins par les deux plus inthimes personnes de la dicte Dame, desquelles j'en ay accointé nouvellement une, qu'elle s'est confirmée davantaige en son premier propos vers Monseigneur votre fils, et à desirer plus que jamais l'alliance de France; ayant néantmoins mesuré, par la prudence des propos, que Vostre Majesté a tenuz au dict Boucard, qu'il estoit besoing d'y aller fort secrectement, dont ne s'en parle plus qu'entre bien fort peu en ceste court.
Le lundy après le décez de Mr le cardinal de Chastillon, le comte de Lestre m'ayant assigné de nous trouver, comme par rencontre, aulx champs, m'a, de rechef, pressé de haster les affaires, affin de ne nous trouver prévenuz, par ce qu'on menoit, ainsy qu'il dict, pour l'aultre party bien chauldement la matière, et que néantmoins, encor que le pourtraict du prince Rodolphe fût desjà arrivé, il me prioyt que, si je l'estimois chevalier d'honneur et homme de bien, je vollusse donner foy à ce qu'il me juroit, devant Dieu, que la Royne, sa Mestresse, estoit résolue de se maryer, et qu'elle estoit mieulx disposée envers Mon dict Seigneur, vostre fils, que à nul aultre party du monde; et que desjà elle s'estoit tant déclairée en cella, et luy m'en avoit parlé si ouvertement qu'elle ny pourroit rien adjouxter davantaige, jusques à ce que Voz Majestez en eussent faict dire quelque chose de leur part.
Sur quoy, Madame, ayant sondé ce propos jusques au fondz en d'aultres lieux, d'où s'en pouvoit tirer notice, j'ay trouvé qu'il y a conformité; et croy qu'avec vingt mil escuz l'on n'en pourroit à présent descouvrir davantaige; tant y a que j'ay respondu au dict sieur comte que Vostre Majesté avoit desjà de longtemps manifesté sa bonne intention envers la Royne, sa Mestresse, à desirer, mesmes pour le Roy, son alliance, et je croyois que milord Boucard avoit bien cogneu que ceste mesmes vollonté vous continuoit encores vers elle pour Monseigneur; et, combien que la voix, qui en avoit sorty en France et icy, sans fondement, heust miz en commotion bonne partie de la Chrestienté, vous ne vous en estiez aucunement estonnée, car estimiez que, venant la grandeur de ces deux royaulmes à se fortiffier ainsy l'une par l'aultre, l'on n'auroit guières à craindre le reste du monde; cella seulement vous descourageoit qu'on vous avoit asseurée que l'intention de la dicte Dame estoit de ne se maryer jamais, mais que, pour la nécessité et accommodement de ses affaires, elle en feroit de très grandes démonstrations jusques à en donner de bonnes parolles, en passer articles, et mesmes d'en bailler sa promesse en ce que les conditions se peussent accorder; et que, puys après, quant elle se seroit bien servye du propos, les dictes condicions se demanderoient si dures et si difficiles, sur le faict de la religion, ou sur la restitution de quelques places, ou sur d'aultres contrainctes demandées par deçà, (et enfin, quant l'on ne pourroit mieulx, l'on y feroit opposer les seigneurs de ce conseil ou les Estatz du royaulme), que le tout se viendroit à rompre au mespriz et moquerie de celluy qui y auroit prétandu; et que Vostre Majesté estimoit trop meilleur de s'en tayre que d'en tumber en cest inconvénient; car en lieu de paix et d'amytié, il en sortyroit une hayne, et, possible, une bien cruelle guerre, et que luy, et nous toutz qui nous en serions meslez, en reporterions ung très grand blasme et un déshonneur à jamais; néantmoins que, sur sa parolle, je vous en escriprois promptement avec toute affection, et que bientost j'en aurois la responce.
Il m'a répliqué tant de bonnes parolles, et l'on m'en a dict tant d'aultres bonnes d'ailleurs, et mesmes l'on m'a tant asseuré que Cecille y est, à ceste heure, fort affectionné, que je ne vous sçaurois dire, Madame, sinon que je ne voy que la matière soit aultrement que très bien disposée; dont adviserez maintenant comme il fauldra procéder, sans attendre l'adviz d'icy, car fault que procède du seul conseil de Voz Majestez. Tant y a que, s'il vous playt que j'aye bientost une lettre, par laquelle je puysse prier la dicte Dame de trouver bon que Voz Majestez luy trettent Monseigneur vostre filz en mariage, et qu'elle ayt agréable que vous le luy offriez, je mettray peyne d'en tirer bientost sa déterminée responce; et, si elle me la faict telle comme je l'espère, je procureray incontinent de sçavoir les condicions, et de procéder aulx articles, si bien que l'affaire ne traynera nullement; et si, sera tenu fort secrect, ainsy que ceulx cy monstrent de le desirer; qui ont entendu que le vydame debvoit repasser par deçà, mais ilz ne trouvent bon que luy, ny pas ung aultre, y viegne jusques à ce que le tout soit conclud. Et sera bon, Madame, affin d'obvier à longueur, de considérer, de bonne heure, s'il sera expédiant que les dictes condicions se trettent et débattent en France, ce que j'estimerois meilleur, ou bien icy; et si, d'avanture, il fault que ce soit icy, il vous playra me particullariser comme Vostre Majesté desireroit qu'elles fussent.
J'estime que le Sr Cavalcanty, qui est fort secrect, et a de la suffizance, ne sera que bien propre ministre pour estre employé en cest affaire, puisque Cecille y est, à ceste heure, bien disposé; dont vous en pourrez servyr entre Vostre Majesté et le Sr de Valsingan, lequel s'y monstre aussi meintenant bien fort affectionné, ou bien, s'il vient par deçà, je m'en ayderay. Sur ce, etc.
Ce Ier jour d'apvril 1571.
CLXIXe DÉPESCHE
--du VIe jour d'apvril 1571.--
(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
Ouverture du parlement.--Demande faite par la reine d'un subside.--Affaires d'Écosse.--État de la négociation des Pays-Bas.--Nouvelles de troubles en France.
AU ROY.
Sire, lundy dernier, deuxiesme de ce mois, la Royne d'Angleterre a assisté en personne à la première proposition de son parlement, où se sont trouvez unze comtes, dix sept évesques, vingt sept barons, et le nombre accoustumé des aultres depputez des provinces et villes de ce royaulme; elle n'a vollu que le duc de Norfolc, ny le comte de Herfort y soyent comparuz, lesquelz, soubz l'ordonnance de la dicte Dame, demeurent encores, l'ung en sa mayson de ceste ville, et l'aultre hors de court, assés mal contantz. La susdicte proposition à ce que j'entendz, a été de remonstrer la bénédiction de paix, dont ce royaulme a jouy, il y a desjà douze ans, soubz le règne de ceste princesse, pendant qu'on a veu les aultres estatz voysins se dissiper en guerres et divisions entre eulx; et que cella est advenu pour le grand bénéfice de Dieu envers elle, qui luy a mis au cueur de le recognoistre, et il l'a pourveue de vertu et de prudence pour sçavoir meintenir, sans sang ny opression, les bons ordres de son royaulme à la très grande utillité de ses subjectz plus qu'à la sienne, et à obvier à la division, où les ministres du Pape (tel a esté le parler du garde des sceaulx) les ont vollu assez souvant inciter, ainsy qu'on en avoit veu de très dangereux commancemens; lesquelz toutefoys, par la bonne pourvoyance de la dicte Dame, avoient esté bientost esteinctz; ce qu'ilz debvoient recognoistre de Dieu et en remercyer beaucoup leur princesse, laquelle desiroit meintenant que, par ceste assemblée, il fût miz ordre que rien de semblable ne peust jamais plus advenir; et que les évesques regardassent aulx loix qu'il fauldroit faire de nouveau, et à celles qu'il fauldroit abroger, des desjà faictes, pour l'entretennement de la vraye religion; et que les aultres estatz fissent de mesmes, en ce qui seroit pour l'entretennement de la pollice publique, avec de bien sévères peynes contre les biens et personnes de ceulx qui non seulement ozeroient, en résidant dans le royaulme, attempter rien au contraire, mais qui se vouldroient absenter pour l'aller pratiquer ailleurs; et qu'ilz considérassent que, comme il ne s'estoit peu jusques icy, aussi ne se pourroit à l'advenir remédier à telz affaires sans grandz frais; qui pourtant estoient maintenant priez de la dicte Dame, qu'affin de la rembourcer en quelque partie du passé, et luy pourvoir de quelque somme contante pour les accidans qui pourront cy après survenir, comme il s'en manifeste desjà quelcun du costé d'Yrlande, ilz la vollussent secourir d'une leur bien prompte et bien libéralle contribution. Et n'ay point sceu, Sire, qu'on ayt, pour ceste première foys, rien proposé davantaige, mais bientost se verra si l'on viendra toucher nulz aultres poinctz.
La Royne d'Escoce a envoyé une responce ferme et résolue, de ne vouloir aulcunement consentyr à la prorogation du tretté ny à nulle abstinance de guerre, si le comte Morthon s'en retourne, mais que, s'il veut renvoyer l'ung de ses deux collègues pour aller quérir leur pouvoir, demeurant luy icy, elle est contante de proroger l'un et l'autre. Je ne sçay ce que la Royne d'Angleterre en vouldra ordonner, mais ce que le cappitaine Granges a faict, d'avoir miz les principaulx habitans de Lislebourg dans le chasteau; de s'estre saysy de la ville; la tenir ouverte aulx partisans de la Royne, sa Mestresse, et fermée aulx aultres; d'avoir miz garnyson dans Sainct André; avoir mandé les principaulx du royaulme, au XVe de ce mois, pour y proclamer publiquement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; faict que le dict Morthon presse grandement son retour, et que la dicte Dame ne le luy veult empescher. Dont je me confirme, Sire, en ce que je vous ay naguières mandé par le Sr de Sabran touchant la dépesche, que pouviez faire maintenant en Escosse.
Il est naguières arrivé ung gentilhomme flamant, venant de la Rochelle, dépesché par le comte Ludovic de Nassau, lequel, ayant trouvé le cardinal de Chastillon décédé, il va temporisant sa négociation par ce, possible, que, sur ung tel accidant, il attand nouvelle commission.
La principalle difficulté, qui s'est monstrée sur le commancement de l'accord des Pays Bas, est que le duc d'Alve ayant promiz de bailler cautions, pour les merchandises des Anglois, de la somme de cent cinquante mil escuz, à estre payez contant, ung mois après que les merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, seront randues, n'en trouvent maintenant nulles qui puissent assés contanter ceulx cy; car ne veulent accepter de Flamans ny Espaignolz, ny nulz subjectz du Roy Catholique, ny encores nulz Allemans, ny Italliens, qui soyent intéressez avecques luy; et semblent qu'ilz veuillent incister que la dicte somme soit mise en dépost ou fornye contante, ny ne veulent permettre qu'elle soit prinse en rabays des deniers qui sont arrestez par deçà; car estant les dicts deniers des Gènevoys, ilz en veulent convenir avec eulx; ny les dicts Gènevoys n'y contradisent guières, qui ont plus à gré de s'en accorder icy que d'adjouxter ceste partie aulx aultres, que le Roy d'Espaigne leur doibt, avec lequel ilz sont si enfoncez qu'ilz disent en estre advenu, despuys ung an, des deffaillimens et banqueroutes de très grandes sommes. Néantmoins l'on estime qu'il se trouvera quelque moyen d'accommoder le faict des prinses, et que le reste, puys après, se poursuyvra, sellon que le jeune Coban raportera d'Espaigne. Cependant ceulx cy chargent leur flotte de draps, ainsy qu'ilz ont faict les deux années précédantes pour aller en Hembourg.
L'on publie icy, Sire, pour bien fort grandz les deux excez naguières advenuz à Roan et à Oranges[3], et en tient on la paix de vostre royaulme pour fort esbranlée, non sans y fère desjà des desseings, mais j'espère que ces accidans ne seront tant cause de la ropture de vostre éedict, comme ilz vous donront moyen, en les remédiant, de l'establyr davantaige. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'apvril 1571.
[3] Le 4 mars 1571, les protestans, au moment où ils sortaient de Rouen pour aller faire leurs prières, avaient été insultés, et le soir, à leur retour, ils furent attaqués de vive force. Cinq d'entre eux restèrent morts sur la place; un plus grand nombre fut blessé, et le reste dut prendre la fuite. Le maréchal François de Montmorency fut chargé par le roi de punir cette infraction à l'édit de pacification. Une commission, prise dans le sein du parlement de Paris, fut réunie sous la présidence de Bernard Prevot, sieur de Morsan. Quelques-uns des coupables furent punis de mort, d'autres du bannissement; trois cents qui s'étaient sauvés furent condamnés à mort par contumace.--Au mois de février précédent, la populace d'Orange, en Provence, excitée par Mignoni et Michel de La Baume, s'était jetée sur les protestans dont plusieurs avaient été tués. L'émeute, qui dura trois jours, ne fut arrêtée que par l'intervention de Momméjan, commandant du château, qui donna asile aux protestans dans la citadelle. Berchon, nommé bientôt après gouverneur de la ville, à la sollicitation de Louis de Nassau, fit punir les coupables de la mort ou de l'exil.
CLXXe DÉPESCHE
--du XIe jour d'apvril 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Demande de la chambre des communes que la religion protestante soit seule tolérée en Angleterre.--Autorisation donnée par Élisabeth au comte de Morton de se rendre en Écosse pour en rapporter de nouveaux pouvoirs.--Opinion de l'ambassadeur que le traité d'Écosse peut être considéré comme rompu, et que le roi doit pourvoir à la défense de Marie Stuart.--Retour de lord Sidney, venant d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Surprise de Dunbarton par les partisans du comte de Lennox.
AU ROY.
Sire, après la proposition du garde des sceaux, qui a esté telle que je vous ay mandé par mes précédantes, du VIe de ce mois, ceulx de la segonde chambre de ce parlement ont vollu commancer leurs affaires par tretter de la religion; et ont requiz d'estre establye loy aulx subjectz de ce royaulme, sans exeption ny excuse d'aulcun, qu'ilz ayent toutz à se ranger à la forme de religion protestante, et assister aulx presches et prières, et faire, une foys l'an pour le moins, la cœne à leur mode, sur peyne de pryson et de confiscation de leurs biens meubles et immeubles pour toute leur vie, sinon qu'ilz retournent vollontairement à la dicte religion avec aprobation des évesques; auquel cas ilz recouvreront leurs immeubles, mais les meubles demeureront perpétuellement confisquez. Laquelle loy les seigneurs de la première chambre n'ont ozée ouvertement contradire, mais, parce qu'ilz ont allégué qu'elle restraindroit la liberté, qui leur estoit réservée par les précédans parlemens, et que pourtant ilz ne s'y vouloient légièrement soubzmettre, elle n'a encores passé.
Le reffuz que la Royne d'Escoce a mandé, de ne vouloir consentyr le retour du comte de Morthon, a miz la Royne d'Angleterre à ne sçavoir bonnement commant en debvoir user; car n'a vollu malcontanter le dict de Morthon, ny le retenir oultre son gré, cependant que ceulx de l'aultre party vont establyssant leurs affaires par dellà, mesmes qu'elle espère pouvoir amyablement obtenir de luy le Prince d'Escoce; et d'aultre part, elle a fait conscience d'offancer ouvertement la Royne d'Escoce, qui tant libérallement luy offre son filz, et toutes les condicions qu'elle luy veult demander. Enfin elle a choisy cest expédiant, de faire par ceulx de son conseil déclairer séparéement aulx depputez des deux partiz que, de tant que le dict comte de Morthon asseure avec sèrement qu'il n'a pouvoir suffizant pour accorder à la restitution de la Royne d'Escoce, qu'elle trouve bon qu'il s'en puysse retourner présantement pour aller tenir là dessus une assemblée, au premier jour de may prochain, affin d'obtenir le dict pouvoir, à condicion que, s'il ne revient incontinent après, et ne l'apporte, qu'elle procèdera sans luy au tretté encommancé pour la restitution de la dicte Royne d'Escoce, et habandonnera icelluy de Morthon et les siens; déclairant qu'elle persévère toutjour en sa dellibération de la restituer, laquelle déclaration n'a contanté les dicts du party de la dicte Royne d'Escoce, qui ont allégué plusieurs inconvénians au contraire, mais ilz n'ont peu rien advancer. Le dict de Morthon n'en est aussi demeuré guières contant, voyant que ceulx cy s'aheurtent tant à vouloir avoir le Prince, et croy qu'il ne retournera plus; dont je tiens ce tretté pour non seulement fort différé mais pour du tout interrompu, et qu'il est temps, Sire, de pourvoir à ceulx qui soubstiennent la cause de la dicte Royne d'Escoce, qui veulent entièrement dépendre de Vostre Majesté et qui ont faict déclairer icy qu'ilz ne veulent, pour chose quelconque qui leur puysse advenir, se despartyr à jamais de l'alliance de France, et desirent qu'on sache que, sur ce poinct principallement, ilz reffuzent de tretter avecques les Anglois. J'espère que, à la fin, les aultres se unyront avec eulx.
Celluy qui avoist esté envoyé pour advertyr milord Sideney de ne bouger de sa charge, n'a trouvé le passaige à propos, de sorte que le dict Sideney a esté descendu en Angleterre, premier qu'il ayt veu la dépesche, et a vollu venir bayser la main à sa Mestresse, vers laquelle il pourchasse meintenant que ung aultre soit envoyé en Yrlande, et semble que milord Grey se prépare pour y aller. Le depputé, qui est icy de Flandres, n'espère guières mieulx de l'yssue de sa commission, qu'ont faict ceulx qui y ont esté devant luy. Il y a desjà ung mois qu'il est arrivé et n'a encores rien advancé, mesmes l'on ne cesse, pour sa présence, de vendre toutjour à vil prix les mesmes merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, qui doibvent estre randues; et si, ne trouve qu'on luy donne aulcun bon compte de ce qui a esté prins ez dernières huict ourques arrestées par deçà. J'ay présentement receu la dépesche de Vostre Majesté du premier de ce mois, sur laquelle j'yray veoir demain ceste princesse; sur ce, etc.
Ce XIe jour d'apvril 1571.
Despuys la présente escripte et signée, je viens d'estre adverty qu'un avis est arrivé ce matin au comte de Morthon, qui porte nouvelles comme ceulx du party du Prince d'Escoce ont surprins Dombertrand, ayans trouvez endormiz ceulx qui estoient dedans, se sont faicts maistres de la place, et ont admené prisonniers milord de Flemy, Mr de St André et le Sr de Vérac. Je ne larray pourtant de demeurer en bons termes, si je puys, avec le dict de Morthon et de vériffier mieulx ceste nouvelle, laquelle je tiens assés pour suspecte et pour supposée.
CLXXIe DÉPESCHE
--du XVIe jour d'apvril 1571.--
(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
Audience.--Compte rendu par l'ambassadeur du sacre de la reine de France, et de son entrée à Paris.--Explications données par Élisabeth sur le départ du comte de Morton.--Injonction faite à l'évêque de Ross de quitter Londres.--Accord d'une nouvelle suspension d'armes en Écosse.--Confirmation de la prise de Dunbarton.--Négociation des Pays-Bas.--Proposition faite dans le parlement de déclarer criminel de lèze-majesté quiconque se porterait ou se serait porté héritier de la couronne d'Angleterre, du vivant d'Élisabeth.
AU ROY.