Part 30
Sur lesquelz, de tant que les depputés de Flandres ont veu que la publication de la vente des marchandises alloit en avant, sans qu'on heût esgard à leurs remonstrances; et que, touchant les deniers, l'on ne vouloit recepvoir ce qu'ilz en proposoient au nom du Roy d'Espaigne, ny ouyr le Sr Fiesque, quand il en vouloit parler au nom des Gènevois, parce qu'on luy objectoit qu'il estoit trop faict de la mein du duc d'Alve et trop bien instruict de l'ambassadeur d'Espaigne, qui résidoit icy, pour vouloir avoir rien à faire avecques luy, icelluy Fiesque a trouvé moyen de faire remonstrer vifvement aux seigneurs de ce conseil qu'il ne s'estoit cy devant entremis des dicts différendz que à la requeste des Angloys, et qu'avant qu'ung aultre heût recouvert les pouvoirs de tous ceulx qui y estoient intéressés, lesquelz il avoit desjà devers luy, il se passeroit encores plus de deux ans de terme; en quoy nul ne pouvoit ignorer que les marchandises ne fussent des subjectz du Roy d'Espaigne, ny nul ne debvoit doubter que les deniers n'eussent été envoyés, de son expresse commission, pour ses propres affères: dont failloit, à la fin, ou qu'il en fît la maille bonne, ou que la Royne d'Angleterre les rendît; et ce, qu'il en avoit dissimulé jusques icy, estoit parce qu'il estoit bien ayse de la démonstration, qu'elle avoit faicte, de ne l'avoir voulu tant offancer que de luy retenir ses deniers, si elle eût véritablement sceu qu'ilz eussent esté à luy; aussy qu'il avoit grand plésir que les particulliers se contentassent de l'obligation d'elle pour en demeurer d'aultant deschargé, mais à ceste heure que, ny en son nom, ny au nom des particulliers, l'on n'en pouvoit avoyr aulcune rayson, il ne vouloit croire qu'ung si grand Roy peût plus longuement comporter une si grande injure comme estoit celle là.
Et, pendant que ceulx de ce conseil ont esté à digérer ceste remonstrance, le Sr de Sueneguem a heu de quoy en adjouxter une aultre à la dicte Dame sur une lettre qu'il luy a présentée, de la part du duc d'Alve, en laquelle le dict duc la prie de croyre que le Roy, son Mestre, est merveilleusement marry qu'elle se soyt layssée conduyre par faulx rapport à de maulvayses persuasions de leur commune amytié, là où il met peyne de la conserver, de son costé, toutjour pure et parfaicte vers elle, avec très grand desir que tous ces nouveaulx différendz se puissent accorder par une mutuelle et amyable restitution; et que le commerce soit continué entre leurz pays et subjectz comme auparavant; ensemble, que leur ancienne allience et leurz trettés soyent renouvellés pour estre plus estroictement observés entre eulx qu'ilz ne l'ont jamais esté du temps de leurs prédécesseurs, la priant de vouloir correspondre à ceste bonne intention du dict Roy Catholique. Et icelluy de Sueneguen a adjouxté qu'il espéroit qu'elle n'auroit mal agréable que luy, qui estoit icy pour procurer le dict accord, la suppliast très humblement de vouloir bien peser ceste bonne volonté d'ung si grand Roy, son bon frère et ancien allié, et de ne l'avoir à mespris; et qu'il confessoit bien que, par parolle et par plusieurs démonstrations d'ordonnances et d'édictz, elle luy avoit toutjour très bien gardé la paix, mais en effet l'on ne pouvoit interpretter que la retrecte, que les rebelles de Flandres avoient par deçà, et ce, qu'ilz sortoient de ses portz pour aller piller sur mer les subjectz de son dict Mestre, et mesmes faire des descentes en armes en ses pays, puis transporter le pillage par deçà, ne fût une guerre tout déclarée et ouverte contre luy.
A quoy la dicte Dame, à ce que j'entendz, a respondu qu'elle n'avoit jamais, sur simples parolles ny sur rapportz, receu aulcune male impression du Roy, son Mestre, jusques à ce qu'elle en avoit senty les effectz par le favorable recueilh qu'il avoit faict avoir en Flandres à ses rebelles, et le crédict qu'il avoit donné à Estuqueley; et que, nonobstant cella, elle avoit toujour persévéré en sa bonne intention vers luy, et avoit faict, et feroit encores, son debvoir contre les pirates, de les chasser de ses portz; et mesmes, l'ayant le prince d'Orange faicte requérir de déclarer que les prinses, que les siens feroient en mer sur les subjectz du Roy d'Espaigne, fussent tenues pour bonnes en ce royaulme, comme de prince aussy souverain ez terres qu'il a en Allemaigne, comme le Roy d'Espaigne l'est ez Pays Bas, elle ne l'avoit voulu faire, dont ne se trouveroit qu'elle heût de rien manqué, ny qu'elle fût pour manquer du debvoir d'amityé vers le dict Roy, son Mestre, s'il ne tenoit à luy; et, quand aux particullarités de la lettre du duc d'Alve, et certains aultres articles qu'il luy présentoit de nouveau, qu'elle feroit voyr le tout à ceulx de son conseil pour luy en faire avoir, du premier jour, la responce.
Là dessus, Sire, la dicte Dame a faict mettre en liberté le mestre d'ostel de l'ambassadeur, lequel s'attend de porter la dicte responce au dict duc d'Alve; et a envoyé à Douvre intimer nouvelles deffences aux gens du prince d'Orange. Néantmoins l'on commancera, dans deux ou troys jours, à vendre les marchandises, et desjà sont arrivés aulcuns Hespagnols et Flammans pour les retenir pour le pris, nonobstant la deffence, que le duc d'Alve a faicte en général à tous les subjectz du Roy, son Mestre, de n'y employer nulz deniers; mais l'on estime que ceulx cy ne sont venus sans secrette permission du dict duc.
Avec le dict affaire des prinses ceste princesse en a heu à proposer ung aultre, à ceulx de son conseil, du rapport que sir Raf Sadeller luy a faict de la Royne d'Escoce, à son retour de la garder; qui, à ce que j'entendz, a parlé assez honnorablement de sa constance, de sa pacience et de ses aultres vertus; de sorte que la dicte Dame a dict que cella estoit de divin, en la parolle et en la présance de la dicte Royne d'Escoce, que l'ung et l'aultre contreignoit ses propres ennemys de dire bien d'elle. Mais il a parlé aussy de la grandeur de cueur qu'il a cognu en elle, et de la ferme espérance, en quoy elle persévère toutjour, de la succession de ceste couronne, au cas que la Royne sa cousine n'ayt point d'enfans, nonobstant les troubles qu'on luy faict: de quoy ceulx qui luy sont adversayres ont esté bien fort esmeus, et cella a cuydé advancer les jours au duc de Norfolc affin d'afoyblir d'aultant son party, ayant la dicte Dame expédié ung nouveau mandement, mardy dernier, pour le faire exécuter le mècredy matin; mais meue, encore ceste foys, de repentance, elle a contremandé, sur les deux heures devant jour, qu'on supercédât. Et sur ce, etc.
Ce XXIXe jour de febvrier 1572.
CCXXXIXe DÉPESCHE
--du VIIIe jour de mars 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Beauvergier._)
Arrivée de Mr Du Croc à Londres.--Audience.--Refus d'Élisabeth de permettre à la reine d'Écosse de se réfugier en France, et à Mr Du Croc de se rendre auprès d'elle.--Communication d'une lettre écrite par Marie Stuart au duc d'Albe, et qui a été interceptée.--Irritation de la reine d'Angleterre contre Marie Stuart.--Espoir de l'ambassadeur qu'il sera permis à Mr Du Croc de passer en Écosse.--_Lettre secrète à la reine-mère_. Négociation du mariage du duc d'Alençon.--Éloignement d'Élisabeth pour ce mariage.
AU ROY.
Sire, le premier jour de mars, Mr Du Croc est arrivé en ce lieu, et le lendemain, nous avons envoyé demander audience, laquelle nous a esté octroyée pour le quatriesme ensuyyant, et despuis a esté prolongée au Ve; auquel il a, avec les lettres de Voz Majestez et de Monseigneur, présenté les recommandations de tous troys, et encores celles de la Royne Très Chrestienne et de Monseigneur le Duc, à la Royne d'Angleterre, et luy a, par ung bon ordre, et en très bonne façon, faict sagement entendre l'occasion de sa dépesche, avec toutes les particullarités que luy avez commandé de luy dire, sellon qu'il les a par son instruction.
Sur quoy, ayant la dicte Dame, ainsy que de coustume, fort bien receu, et avec son grand contantement, la salutation des cinq, et s'estant soigneusement enquise du bon portement d'ung chacun d'eux, elle a, quand au contenu des lettres et de la créance d'icelles, respondu qu'encor qu'elle n'eût heu aultre indice de ce voyage, que seulement sçavoir que Mr Du Croc estoit dépesché, elle heût toutjour jugé que c'estoit pour les affères de la Royne d'Escoce, desquelz elle oyoit fort mal volontier parler, et néantmoins avoit plésir que luy, plustost qu'ung aultre, fust employé en cest endroict, pour les bons déportemens dont, estant d'aultresfoys vostre ambassadeur en Escoce[23], bien qu'il fust assez de la mayson de Guyse, il avoit toutjour uzé près de la dicte Dame, à luy faire plusieurs sages et bien vertueuses admonitions, qu'elle se trouveroit maintenant bien heureuse de les avoyr ensuyvies, et qu'elle ne pouvoit espérer que les semblables bons et bien louables offices de luy, quand il seroit maintenant devers les Escouçoys; ausquelz elle avoit desjà envoyé le maréchal de Barvick, sellon que eulx mesmes l'en avoient requise, et attandoit, dans deux jours, nouvelles de luy, sans lesquelles elle ne nous pouvoit rien signiffier de son intention; par ainsy nous prioit d'avoir, pour ce regard, ung peu de pacience; et quand à permettre au dict Sr Du Croc de passer devers la dicte Dame, ou octroyer à Vostre Majesté qu'elle se peût retirer en France, qu'il luy estoit encores tombé entre les meins ung nouveau advertissement, lequel elle nous communicqueroit, par où elle se trouvoit admonestée de ne le debvoir aulcunement consentyr.
[23] Mr du Croc avait résidé, comme ambassadeur en Écosse, auprès de Marie Stuart en 1567, et avait fait tous les efforts pour empêcher son mariage avec Bothwel.
Et sur ce, ayant tiré un papier de sa pochète, nous a monstré que c'estoit un chiffre, lequel nous avons recognu estre véritablement signé de la main de la Royne d'Escoce, et après, elle nous a leu une partie du déchifrement, qui s'adressoit au duc d'Alve, par lequel elle l'exortoit se haster de conduyre des navires en Escoce pour se saysir du Prince son filz, comme chose qui luy seroit aysée; et avec lequel elle se commettoit au Roy d'Espaigne; puis luy faysoit quelque discours de la bonne part qu'elle avoit en ce royaulme et des seigneurs qui y favorisoient son party; desquelz, encor que aulcuns fussent prisonniers, la Royne d'Angleterre toutesfois n'ozoit toucher à leur vye; et donnoit espérance à icelluy duc que, par ce moyen, toute ceste isle viendroit estre quelquefoys réduyte à la religion catholique.
Sur lequel déchifrement la dicte Dame s'est prinse à nous faire de bien aygres discours, non du tout semblables à ceulx que Me Smith a cy devant tenus à Voz Majestez touchant la dicte Royne d'Escoce, mais non aussy trop dissemblables d'iceulx, avec une commémoration des entreprinses qu'elle a voulu faire pour priver la dicte Royne d'Angleterre et de vye et d'estat; et qu'elle s'assuroit que, quand vous auriez, Sire, aultant d'expérience des dangers du monde, comme les ans, qu'elle avoit plus que vous, luy en avoient apprins, que vous ne la vouldriés requérir de mettre en aultruy mein le seul remède, que Dieu luy avoit envoyé aux siennes, de sa propre seurté; et qu'elle croyoit ou que vous n'aviez pas leu la lettre que luy aviez escripte, quand vous l'aviez signée, ou qu'il ne vous souvenoit plus de ce que, cy devant, Vostre Majesté mesmes luy avoit escript.
Le dict Sr Du Croc et moy avons réplicqué toutes les choses qu'avons estimé pouvoir estre bonnes à obtenir l'effect de vostre intention, y meslant le respect que Vostre Majesté veult toutjour garder à l'amityé de la dicte Royne d'Angleterre; et enfin, nous sommes fort gracieusement licenciés d'elle, avec peu d'espérance, à la vérité, qu'il puisse voyr, pour ceste foys, la dicte Royne d'Escoce, ny qu'elle soyt renvoyée en France, mais bien qu'il puisse continuer son voyage vers les Escouçoys, aussitost que les lettres du maréchal Drury seront arrivées; et que l'accord des dicts Escouçoys est pour succéder, avec confirmation de l'allience qu'ilz ont avec Vostre Majesté. Et sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de mars 1572.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, ayant, mècredy dernier, prins la commodité, en la chambre de la Royne d'Angleterre, de tirer à part milord de Burgley pour luy parler du propos de Monseigneur le Duc, il m'a dict que, sur ce que la dicte Royne, sa Mestresse, avoit naguyères voulu lyre elle mesmes les dernières lettres qui sont venues de Me Smith, lesquelles en faisoient mencion, il avoit heu assez ample argument d'en tretter en termes bien exprès avec elle. Laquelle luy avoit respondu en diverses sortes bien différentes, qui néantmoins estoient toutes fort honnorables pour le propos, et encores plus pleynes d'honneur pour celluy de qui on le tenoit, mais elles renouvelloient les mesmes difficultés de l'eage; qui avoient esté très grandes en l'endroict mesmes de Monseigneur; lesquelles avoient esté surmontées par la haulteur de la taille de luy, et par l'espreuve qu'il avoit monstrée de son bon sens, mais elles se présentoient encores trop apparantes en Monseigneur le Duc, et avec tant de disproporcion des ans, entre elle et luy, qu'il me vouloit bien dire tout franchement que, sur ce que jusques icy il en avoit de luy mesmes mis en avant à la dicte Dame, et sur ce qu'il luy en avoit faict voyr par les lettres de Me Smith, il ne l'avoit jamais trouvée en disposition aulcune qu'il m'en voulût faire rien espérer, mais aussy ne m'en vouloit il oster l'espérance; car Mr de Quillegrey pourroit aporter telle chose qui seroit pour faire bien acheminer le tout. Je n'ay rien obmis, Madame, de ce qui a peu rendre très desirable pour la Royne, sa Mestresse, pour ce royaulme, et pour le mesmes milord de Burgley, le party de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que de prince du monde, et y ay adjouxté, comme de moy mesmes, les grandes et advantageuses offres que le cardinal Alexandrin vous a faictes pour Monseigneur et pour luy, et les inconvénientz qui pourroient advenir, si ce propos n'estoit bien tost et bien receu; mais il m'a respondu qu'il n'y voyoit, pour ceste heure, aultre remède que d'attandre ce que Mr de Quillegrey porteroit, si, d'avanture, je voulois avoir pacience de ne vous rien escripre de ce faict jusques à ce qu'il fût arrivé. Mais, Madame, j'ay estimé qu'il ne pouvoit nuyre que vous fussiés promptement advertye du tout, car nul n'en sçaura uzer plus discrettement, ny avec moyens plus prudentz, que fera Vostre Majesté. Sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de mars 1572.
CCXLe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de mars 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Refroidissement de la reine d'Angleterre à l'égard de la France.--Sa colère contre Marie Stuart.--Promesse faite par Burleigh à Mr Du Croc qu'il lui sera permis de passer en Écosse.--Défaite des révoltés en Irlande.--Négociation des Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, le chiffre, que la Royne d'Angleterre a monstré à Mr Du Croc et à moy, semble véritablement estre signé de la mein de la Royne d'Escoce, et ne veulx trop doubter qu'elle ne l'ayt escript au duc d'Alve; mais que le déchiffrement soit tel qu'elle le nous a leu, ou bien qu'il soyt suposé, de tant que c'est chose que je ne puis bonnement vériffier, il m'en fault passer par là où ceulx, qui manyent icy les affères, le veulent. Et cependant je fay le mieulx que je puis pour remédyer à deux inconvéniantz qui sont provenus de là: le premier est que, pour la ferme impression qu'on en a donné à la dicte Royne d'Angleterre, laquelle est facille de prendre toutjour au pis tout ce qui vient de sa cousine, elle m'a renouvellé en son cueur une si grande hayne et une si grande indignation contre ceste pouvre princesse, qu'il est aysé à voyr que ses pensées et ses dellibérations sont devenues plus extrêmes en son endroict, qu'elles n'ont encores jamais esté; le segond, lequel n'est pas moindre, est que, pour ceste occasion, elle a interprété en très mauvaise part l'instance que luy avez faicte, par voz lettres, de remettre la dicte Royne d'Escoce ez meins de Vostre Majesté, de sorte que, joinct ce qu'on luy a dict que, contre la promesse que luy aviez faicte de ne permettre que milord de Flemy passât des gens de guerre en Escoce, il en embarquoit, ce néantmoins, bon nombre à St Malo, elle a commancé se deffier beaucoup de la conclusion du tretté, et doubter grandement de vostre bonne intention vers elle; dont a proposé à ceulx de son conseil que, de tant qu'elle vous avoit faict donner compte, par ses ambassadeurs, du grand nombre d'offances qu'elle a à se douloyr de la Royne d'Escoce, par où elle espéroit que vous vous déporteriés d'intercéder plus pour elle, et que néantmoins vous luy en aviez ceste foys escript, et faict parler par Mr Du Croc, en termes plus exprès que, six moys a, vous ne l'aviez faict, chose qui ne pouvoit compatyr avec la sincérité des propos qui se trectoyent entre vous, qu'ilz voulussent adviser comme pourvoir si seurement à ses affères qu'elle n'en peût tomber en danger.
Sur quoy je ne sçay encores, Sire, ce qu'ilz luy auront conseillé de faire, mais j'ay mis peyne, et envers elle, et envers eulx, de modérer ceste sienne tant soubdeine apréhension, affin qu'elle ne passe trop avant contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle demeure du tout estaincte en l'endroict des aultres choses qui se trettent entre Voz Majestez et voz deux royaulmes. En quoy je n'ay rien obmis de ce que, pour la seureté de vostre parolle, et vérité de voz promesses, je leur ay peu offrir, jusques à leur engager ma vye, qu'ilz n'y trouveront jamais que toute sincérité et parfaicte confience, et que ce que Vostre Majesté leur avoit proposé maintenant, de la Royne d'Escoce, estoit par la contreincte d'ung honneste debvoir que eulx mesmes sçavoient bien que vous aviez vers elle, et duquel vous estiez infinyement pressé par ses parans et par ses bons subjectz, et encores par d'aultres princes et estatz; dont c'estoit à la Royne d'Angleterre de monstrer, à ceste heure, si elle vouloit avoyr aultant d'esgard à ce qui est de vostre réputation en cest endroict, comme vous proposiez de maintenir doresenavant ce qui seroit à jamais de l'honneur et dignité d'elle en toutes les partz de la Chrestienté. Et Mr Du Croc a envoyé faire semblables bons offices, de sa part, vers milord de Burgley, lequel nous a mandé beaucoup de diverses choses du malcontantement de sa Mestresse, mais enfin il nous a asseuré qu'aussytost que les nouvelles que, d'heure à aultre, ilz attandoient d'Escoce, seroient arrivées, et que les seigneurs de ce conseil auroient advisé avec le dict Sr Du Croc de la manyère qu'il fault procéder par dellà, que la dicte Dame luy bailleroit son passeport pour s'acheminer.
J'entendz, Sire, que, en Irlande, les saulvages ont heu du pire, et que les Angloys les ont batus en ung rencontre, où la principalle deffaicte est tumbée sur les Escouçoys qui les estoient venus secourir. Au regard des différendz des Pays Bas, les Srs de Sueneguen et de Fiesque estantz, dimenche dernier, venus ouyr la messe et prendre leur diner, en mon logis, m'ont dict que l'on estoit maintenant à regarder sur le faict des deniers, mais qu'ilz n'avoient poinct d'espérance qu'on en peût sortir que _à l'angloyse_; et n'ont pas passé plus avant. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de mars 1572.
CCXLIe DÉPESCHE
--du XVIIIe jour de mars 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par mon secrettaire Joz._)
Rupture du traité préparé en Écosse par Élisabeth.--Plaintes contre les secours arrivés de France en Écosse.--Saisie des papiers de lord Seton.--Mission de Mr Du Croc.--Discussion entre les seigneurs du conseil Mr Du Croc et l'ambassadeur.--Déclaration du conseil que le passeport pour l'Écosse ne peut pas être accordé à Mr Du Croc, et que la reine préfère avoir la guerre avec la France et l'Espagne que de rendre la liberté à Marie Stuart.--Retour de Quillegrey.--Changement que produit son rapport dans les délibérations du conseil.--_Lettre secrète à la reine-mère_. Négociation du mariage du duc d'Alençon entre l'ambassadeur, Quillegrey, Burleigh et Leicester.--_Mémoire général_, Affaires d'Écosse.--Nécessité de procéder sur-le-champ en France à un traité avec l'Angleterre pour la pacification de l'Écosse.--Conditions sur lesquelles ce traité doit être établi.--Négociation des Pays-Bas.
AU ROY.