Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 29

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Et quand aux choses d'Escoce, qu'ilz sçavoient que leur Mestresse estoit avec raison si irritée contre la Royne du dict pays, qu'elle ne pourroit comporter qu'elle fût en ung mesme trecté avec elle; mais, quand à l'estat et couronne du pays, elle desiroit qu'ilz fussent comprins en la ligue, en quelque forme que le gouvernement se trovât, fût soubz l'aucthorité de la mère ou du filz, car ne prétandoit aultre chose par dellà que la paix des Escouçoys, et qu'icelle n'admenât point de trouble aux Anglois, et que la ligue de France y soit conservée, dont estoient bien ayses que Mr Du Croc vînt pour y aller procurer la dicte payx, et qu'ilz avoient desjà pourveu d'ung personnaige de qualité pour l'y accompaigner; affermans tous sept, d'une voix, que Vostre Majesté trouveroit plus de correspondance en leur Mestresse, en eulx et en tout ce royaulme, qu'en nul aultre endroict où vous sceussiés establir amityé, en tout le circuit de la terre.

Je n'ay manqué de semblables honnestetés vers eulx, aultant qu'il m'a semblé convenir à vostre grandeur, et, oultre les prudentes considérations de Vostre Majesté, lesquelles je leur ay alléguées aux propres termes qu'elles sont en vostre lettre, je leur ay remonstré qu'il répugnoit tant à vostre réputation d'expéciffier le mot de _religion_ en ce premier chapitre du trecté, que vous estiés pour jamais ne le passer, non plus que la Royne, leur Mestresse, s'il se déclaroit une guerre pour la tollérance de la religion nouvelle en France, ne vouldroit nomméement capituler de s'y oposer, bien que je réputois voz desirs si mutuels à vous entresecourir en tout cas, que je croyois fermement que ne feriés difficulté, de vostre costé, Sire, mais qu'elle en fît aultant du sien, de vous obliger au dict mutuel secours sur quelque occasion qu'on peût mouvoir la guerre, pourveu que l'assailly signiffiât que c'estoit _contre son gré_, qui seroit la seule condicion apposée au trecté, sur laquelle ne seroit loysible, à l'ung ny à l'aultre, d'aucunement s'en excuser. Et les ayantz veuz si fermes et entiers sur ce qu'ilz m'avoient dict des frays du secours, qu'ilz estoient pour en prendre des souspeçons, si je leur heusse trop contredict, je m'en suis déporté, estant bien adverty que leur résolution estoit de ne capituler rien qui peût mettre leur Mestresse en despence; mais je leur ay dict, quant à la Royne d'Escoce, qu'ilz jugeassent s'il pouvoit convenir à vostre honneur que vous oblyssiez celle qui avoit esté femme du feu Roy, vostre frère ayné, sacrée et couronnée Royne de France; qui pourtant estoit vostre belle seur et belle fille de la Royne, vostre mère, vostre parante et la première et principalle allyée de vostre couronne, et qu'il n'y avoit rien qui peût apporter tant d'honneste couleur au trecté, ny le justiffier de tant de droicture envers les aultres princes, et envers toute la Chrestienté, que de le monstrer estre principallement faict pour l'accommodement des affaires de ceste pouvre princesse, et pour remédier aux désordres de son pays, les priant d'admonester Me Smith de ne se monstrer ny trop difficille, ny trop opposant, aux honnestes expédientz qui luy en seront proposez; et qu'au reste ilz luy vollussent envoyer ung ample pouvoir pour conclure bientost les affayres, sellon qu'il estoit à creindre que la longueur, si elle y intervenoit, admèneroit le tout à ropture.

Les dicts seigneurs, ayantz là dessus conféré assez longtemps à part, m'ont enfin respondu que, sans aucun doubte, il seroit envoyé ung ample pouvoir à Me Smith, et à luy adjoinctz MMrs de Walsingam et Quillegrey, par lesquelz ilz espéroient obtenir plus de Vostre Majesté par dellà que je ne leur en accordois icy, bien qu'ilz avoient beaucoup gousté ce mot, _contre son gré_; et qu'ilz espéroient que, si ce mot de _religion_ vous estoit grief à estre expéciffié au publicque contract de la ligue, que, possible, offririés vous, Sire, de l'accorder par vostre secrette promesse, dans une lettre, à part, à leur Mestresse; et qu'au reste il seroit faict une si bonne dépesche au dict Sr Smith qu'il auroit de quoy beaucoup vous contanter. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour de febvrier 1572.

Le comte de Lestre desire que faciez dire à Me Smith que Voz Majestez vouldroient bien que ung personnage, fort confidant de ceste princesse, fût envoyé vers vous, pour conclure la ligue et la voyr jurer au Roy, et nommer ardiment le dict comte, affin qu'icelluy Sr Smith l'escripve par deçà; et qu'il vous promect de vous apporter toute la satisfaction que pourriez desirer de ceste princesse et de son royaulme.

CCXXXVIe DÉPESCHE

--du XIXe jour de febvrier 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Négociation du traité d'alliance.--Promesse de donner satisfaction sur les plaintes des habitans de Rouen.--Affaires d'Écosse.--Ordre donné par Élisabeth d'exécuter le duc de Norfolk.--Révocation de cet ordre.--Justification de l'ambassadeur sur les reproches qui lui ont été faits d'avoir participé aux projets du duc de Norfolk.

AU ROY.

Sire, beaucoup de choses m'ont esté dittes et alléguées par la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, et je leur en ay représenté plusieurs aultres ez troys conférences, que j'ay heu avec elle et avec eulx, sur la négociation de Me Smith, que je ne les vous ay pas voulu, Sire, toutes desduyre, par le menu, en mes deux dépesches, du Xe et XIIIe de ce moys, affin de ne vous estre ny ennuyeulx, ny long; mais je vous ay représanté celles, desquelles la substance et les parolles m'ont semblé importer beaucoup, et faire grandement besoing à la continuation et à la conclusion du tretté. Et, pour ceste heure, j'ay à très humblement supplyer Vostre Majesté qu'affin que j'aye moïen de mieulx advérer les advis qu'on m'a donné sur ce qu'on a escript, du dict XIIIe, au dict Sr Smith, et pour recognoistre la vérité ou la simulation des propos que la dicte Dame et les siens m'en ont tenus, conforme à ce que je vous en ay desjà mandé par mes deux dernières dépesches, il vous playse, Sire, me faire advertyr si messieurs voz depputés ont trouvé que le dict Sr Smith y ayt despuis correspondu; car, sellon qu'il en aura uzé, je travailleray de cognoistre clèrement de ceulx cy quelle ilz prétendent debvoir estre leur dernière et déterminée résolution au dict tretté. Leurs démonstrations, à la vérité, continuent jusques à maintenant d'estre fort bonnes, et leurz marchandz, lesquelz sont venus conférer avecques moy sur l'ancien commerce de Roan, m'ont dict qu'il sera pourveu aux désordres, dont ceulx du dict Roan se pleignent qu'on leur uze en ceste ville de Londres, touchant le poix et la mesure, et touchant l'escavage, le pilotage, le charriage, l'embalage, les banques routes, et aultres semblables griefz et impostz, desquelz l'on ostera les abus, si ceulx de Roan veulent aussy modérer les leurs, affin que le traffic soit dorsenavant mieulx et plus librement continué.

Et, quand aux choses d'Escoce, j'entendz, Sire, que la commission du maréchal Drury et de mestre Randol, qui sont desjà partys, est de moyenner à bon escient, par delà, un accord entre les deux partys, et faire qu'ilz conviennent d'une forme de gouvernement de certains de la noblesse, tant d'ung costé que d'aultre, jusques au nombre de seize, pour régir l'estat, soubz l'authorité du jeune Roy, remettant ung chacun en ses biens, honneurs et offices, et que mesmes le tiltre de régent demeure au duc de Chastellerault, layssant néantmoins l'administration de la personne du Prince toutjour au comte de Mar; qui est ung moyen aparant par lequel ceulx cy tendent de substrère le dict duc et les siens de l'obéyssance de la Royne d'Escoce, affin de la ruyner, et de oprimer du tout, s'ilz peuvent, le nom et l'authorité d'elle. Qui me faict desirer, Sire, qu'il vous playse haster davantaige le voyage de Mr Du Croc, car il pourra obvier à cestuy et aultres préjudices qui, possible, y adviendront encores plus grandz, si quelcun, de la part de Vostre Majesté, ne s'y présente bientost; bien que milord de Burgley m'a dict qu'il a esté donné en mandement, par article exprès, au dict Drury, de déclarer aux Escoçoys que la Royne d'Angleterre n'entend qu'ilz se départent de l'alliance de nul des aultres princes, leurs confédérés, nomméement de Vostre Majesté, pourveu qu'aulcuns estrangers ne soient introduictz dans leur pays, qui puissent troubler leur repoz, ny mouvoir guerre, ou donner souspeçon d'icelle à l'Angleterre. Et m'ont davantaige le comte de Lestre, et le dict milord de Burgley assuré que, sur l'instance que j'avoys faicte pour le bon trectement de la Royne d'Escoce, au nom de Vostre Majesté, la Royne, leur Mestresse, a donné charge au comte de Cherosbery de luy amplier sa liberté et la mener aux champs et à la chasse, affin de mieux entretenir sa santé. Et m'a l'on aussi permis d'envoier m'enquérir des nouvelles de l'évesque de Roz, et luy offrir ce qu'il pourra avoir besoing de moy, avec promesse de sa procheyne liberté. Qui sont signes de modération, Sire, assez sufisans pour me confirmer que ceulx cy, jusques à maintenant, procèdent assez cler et droict ez chosez qu'ilz font négocier avec Vostre Majesté.

Il est vray qu'ilz viennent de recepvoir, tout présentement, une dépesche de Me Smith, qui est d'assez vieille dathe, car a séjourné, à cause du passage, huict ou dix jours à Callays, laquelle je ne sçay s'il leur fera rien changer. Elle est, à mon advis, du mesme jour que le mesmes messager m'en a rendu une aultre de Vostre Majesté, du dernier de janvier, sur laquelle j'espère que vous trouverés, Sire, que je vous y ay desjà respondu, et en grand partye satisfaict, par les miennes deux précédentes, du Xe et XIIIe du présent; de sorte que, avant y adjouxter rien davantaige, j'estime estre bon que je voye ceste princesse et les siens, affin que, par ung mesme moyen, je puisse cognoistre comme ilz demeurent édiffiés des dictes dernières lettres, et si celles, qui leur sont venues en mesmes temps de Flandres, ont admené nulle mutation, et qu'est ce que, sur les unes et les aultres, je vous pourray escripre de leur intention.

Ceste princesse avoit dépesché, vendredy heut huict jours, un mandement aux maire et chérifz de Londres pour faire exécuter le lendemein matin le duc de Norfolc; mais, meue de repentance, sur les unze heures de nuict elle leur contremanda qu'ilz supercédassent la dicte exécution jusques à ce qu'ilz heussent aultre mandement d'elle. Quelques ungs arguent ceste sienne clémence vers le dict duc, et y aura bien affaire qu'elle n'en soit destournée, sinon que, possible, quelque peu de faveur, que les docteurs, qu'on luy a envoyés, luy ont acquise, le saulvent; qui ont assuré qu'on l'avoit à tort souspeçonné d'estre feinct en sa religion, et qu'il est très ferme protestant. Sur ce, etc.

Ce XIXe jour de febvrier 1572.

A LA ROYNE.

Madame, premier que d'adjouxter rien à ce que je vous ay desjà escript des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la confédération, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous supplieray très humblement, Madame, estre contante de ce peu que je mande présentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement, icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la Royne, leur Mestresse, sçavoit bien que j'avoys esté meslé ez brigues et menées du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy, car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas esté toutjour endormy à descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner à quelque conséquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouvé que je ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprétée contre l'amityé et les trectés qu'elle a avec Vostre Majesté. Et, encor que l'évesque de Roz et les secrettères du dict duc puissent avoyr dict que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en liberté, il n'a peu toutesfoys, quand il eut esté ainsy, estre décent ny convenable à mon debvoir de le réveller, car ce eust esté procéder maladroictement, d'incister, d'un costé, à la restitution et liberté de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et ses conseillers justiffient en telle sorte mes déportemens, qu'elle et eulx m'ont remercyé de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les praticques de la rébellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tînt secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a esté cause de faire prendre à ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a aujourd'huy de Voz Majestez. Et est très certein, Madame, que je n'ay jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mandé, ny ne y ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent commandé, ny rien atempté qui ayt peu gaster vostre service ou réfroidir ceste princesse de vostre amityé, ainsy que les choses du passé, et celles du présent en font assez de foy; vous remercyant très humblement, Madame, de l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excédé les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy, à la vérité, je y ay esté si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aymé demeurer dans les termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par voz lettres du IIIe du passé, il semble, Madame, qu'on vous en ayt voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus. Et sur ce, etc.

Ce XIXe jour de febvrier 1572.

CCXXXVIIe DÉPESCHE

--du XXIIIIe jour de febvrier 1572.--

(_Envoyée jusques à Calais par Marc Brouard._)

Audience.--Négociation du traité d'alliance.--Affaires d'Irlande.--Demande adressée par l'ambassadeur à la reine d'une explication sur les reproches qui lui sont faits au sujet du duc de Norfolk.--Négociation des Pays-Bas.

AU ROY.

Sire, à ces premiers jours de caresme, j'ay esté visiter la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, pour voyr en quoy, après la dépesche que Me Smith leur avoit faicte, du XXXe de janvier, ilz continuent d'estre vers les choses du trecté; et ay trouvé, Sire, que ce que le dict Sr Smith leur a ceste foys escript, qui est, ainsy que je l'ay peu comprendre de eulx mesmes, fort conforme aux mémoires que Vostre Majesté m'a envoyés, ne leur fera rien changer en leurs précédentes responces.

Et m'a la dicte Dame assez donné entendre que tout ce que, attandant icelles, le dict Sr Smith avoit mis en avant à messieurs voz depputés n'avoit esté que pour remplir le temps, affin que Vostre Majesté ne pensât qu'il y eût réfroydissement du costé d'elle, et qu'elle n'aprouvoit pas beaucoup qu'il heût tant débatu, comme il a, le faict des marchandz, car luy sembloit matière non assez digne pour estre insérée dans le trecté, sinon en article général, pour accorder le commerce bon et libre entre les deux royaulmes avec promesse de favorable trettement aux mutuelz subjectz, et que les aultres condicions fussent réservées pour ung aultre escript, à part; me confirmant, comme aussy les seigneurs de son conseil me l'ont confirmé, qu'elle a envoié ung expécial pouvoir au dict Sr Smith pour contracter, et une bien ample instruction pour accorder premièrement à la ligue deffencive, avec expéciffication du mot de _religion_, si faire se peut, ou sinon d'avoyr au moins promesse de vostre mein, Sire, que vous n'entendés que la cause ny le prétexte d'icelle en soyent exclus; segondement, que le secours soit aux frays de celluy qui le demandera, et en la forme qui, d'autres foys, a esté convenu entre les feux Roys, vostre ayeul et le père d'elle, ou le plus sellon cella qui se pourra faire; que l'Escoce et les Escoçoys soient comprins au dict tretté avec la confirmation de l'ancienne alliance de vostre couronne; en quoy sera bon, Sire, se souvenir que ceste princesse soit tenue de retirer la garnison qu'elle a ès deux chasteaux de Humes et de Fascastel, qui sont dans la frontière du dict pays; et que Vostre Majesté s'esforce de gaigner le plus de soulagement qu'il luy sera possible ez affères de la Royne d'Escoce; finalement que le commerce, comme est dict cy dessus, soit mutuellement promis. Qui sont quatre articles, sur lesquelz, sans rien plus attandre du costé de deçà, le dict trecté se pourra fort bien et fort honnorablement conclurre.

La dicte Dame a monstré qu'elle craignoit beaucoup que le cardinal Alexandrin, à son arrivée, troublât tout cest affaire, et non seulement cestuy cy, mais la paix de vostre royaulme, et, possible, toute celle de la Chrestienté; car sçait, à ce qu'elle dict, qu'il s'est vanté d'avoir en France où pouvoir bien fonder l'effect de ses intentions, et qu'elle prioit Dieu que ce fust sur ung fondement de sable.

Je luy ay respondu que malayséement vouldra le dict sieur cardinal troubler, à ceste heure, ce qui se trouve de paix en la Chrestienté, pour ne faire trop beau jeu au Turc, ains plustost exorter tous les princes de l'Europe de s'unyr contre le commun ennemy du nom chrestien; et qu'au regard d'elle, vous estiez si déterminé d'embrasser, pour tout le temps de vostre règne, l'amytié qu'elle vous offroit, et luy rendre la vostre très assurée, et la plus utile, et pleyne de proufit qu'il vous seroit possible, qu'il n'y avoit rien qui vous en peust destourner que le seul manquement de correspondance, si, d'avanture, vous en trouviés en elle.

A quoy elle m'a soubdein respondu qu'elle persévèrera indubitablement en vostre amytié, aultant qu'elle sera en vye, si le deffault ne vient de vostre costé: bien avoit à vous faire maintenant entendre l'audition d'ung gentilhomme irlandais, que les comtes d'Ormont et de Guildas avoient naguières prins, et l'avoient fort dilligemment examiné; lequel parloit fort bon françoys, et avoit servy longtemps le capitaine La Roche de Bretaigne, qui l'avoit quelquesfoys dépesché devers Mr le cardinal de Lorrayne, et encores envoyé jusques à Rome; qui avoit conduict la pluspart des entreprinses de Fitz Maurice; et déposoit plusieurs choses qu'elle mandoit au dict Sr Smith pour les vous déclarer.

Je luy ay respondu, tout à ung mot, que c'estoit ung affaire, sur lequel Vostre Majesté luy avoit desjà une foys satisfaict, et que je m'assurois que luy satisferiez encores plus amplement.

Elle a suivy à dire que le dict capitaine La Roche avoit néantmoins encores, de présent, de ses soldatz françoys dedans ung fort d'Yrlande; mais ne s'est guières arrestée à cella, ains a passé à me toucher des entreprinses qu'il sembloit que le Roy d'Espaigne heût sur le dict pays: en quoy, avec une expression non feinte, ains pleyne d'ung apparant regret, elle m'a dict que l'ambassadeur d'Espaigne, qui estoit icy, avoit ung malheureux tort de l'avoir mal meslée avec le Roy, son Mestre, car vouhoit à Dieu qu'elle n'avoit jamais prétendu de luy retenir son argent, ains de le luy conserver entièrement, comme elle n'y avoit encores nullement touché. Et m'a semblé, Sire, que je luy ay cogneu un grand desir de s'accomoder avec le dict Roy d'Espaigne, m'ayant la dicte Dame rendu ung fort expécial grand mercys de ce que j'avois toutjour bien entretenu l'amityé d'entre Vostre Majesté et elle, et qu'elle me prioit de continuer.

Je luy ay respondu que mon office n'avoit pas beaucoup esté requis en cella, parce que la disposition y avoit toutjour esté très bonne, de vostre propre volonté, néantmoins que je la remercyois très humblement du bon jugement qu'elle en faisoit, qui sembloit que ses ambassadeurs en France ne le fissent semblable, car disoient qu'elle sçavoit, mais monstroit d'ignorer, que j'avois esté meslé ez brigues du duc de Norfolc; à quoy je m'estois desjà, par plusieurs foys, offert et me offrois, de rechef, à elle pour luy en donner toute satisfaction, et luy faire voyr que je n'avois jamais uzé d'aulcung déportement en son royaulme, qui ne fût honneste et juste, ny Vostre Majesté n'avoit procédé de si maulvaise foy vers elle que m'eussiez commandé de luy annoncer paix et amityé de parolle, et luy procurer mal et la rébellion de ses subjectz par effect.

Elle, s'estant prinse à rire, m'a dict que les lettres de la Royne d'Escoce et celles de Ridolfy me justiffioient assez touchant la rébellion; bien estoit vray que ceulx, qui estoient en prison, m'alléguoient en quelques aultres choses par leurs dépositions, qui n'estoient tant importantes, dont m'en parleroit une aultre foys. Et, après avoir continué plusieurs aultres propos de diverses matières, et bien agréables, je me suis gracieusement licencié d'elle.

Je viens d'entendre que les depputez de Flandres, sur une nouvelle dépesche du duc d'Alve, ont présenté, dès lundy dernier, nouveaulx articles à la dicte Dame, et que, sur iceulx, le conseil s'est desjà assemblé par trois foys; et, nonobstant que les trente jours de la publication de la vente des marchandises soient expirés, l'on supercède encores de les vendre. Sur ce, etc.

Ce XXIVe jour de febvrier 1572.

CCXXXVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de febvrier 1572.--

(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._)

Détails circonstanciés sur la négociation des Pays-Bas.--Vives remontrances adressées par Fiesque à la reine d'Angleterre au nom du roi d'Espagne.--Réponse d'Élisabeth aux remontrances.--Rapport fait à son retour par sir Raf Sadler, commis à la garde de Marie Stuart pendant le procès.--Nouvel ordre donné pour l'exécution du duc de Norfolk, et nouvelle révocation de cet ordre.

AU ROY.

Sire, il n'a guyères tardé, après que messieurs les ambassadeurs d'Angleterre ont heu accusé de négligence le Sr de Sabran, qu'ilz n'ayent heu occasion de se louer de sa dilligence, car, sur l'heure qu'ilz estoient à se plaindre à Vostre Majesté du retardement de leurs pacquectz, ilz ont trouvé que c'estoit lors proprement qu'on leur avoit desjà dépesché d'icy la responce, laquelle a esté si prompte et si entière qu'il ne se fault prendre que à eulx et, possible, au temporisement qu'on leur peut secrettement avoir mandé de ceste court, si maintenant ilz n'ont du tout conclud le trecté; assurant, icelluy de Sabran, qu'il n'a, à son retour, séjourné qu'ung seul jour, et quelques peu d'heures d'ung aultre, à Paris, pour attandre une partie de mille escuz qu'on a envoyé à la Royne d'Escoce, qui faysoit tant de besoing à ceste pouvre princesse, que vous l'ayant, le dict Sr de Sabran, dict à son partement, Voz Majestez luy ont commandé de s'en charger. Et, quand il a esté à Callays, je sçay que nul, devant luy, n'a passé deçà, de sorte qu'il n'y a point de faulte de son costé; qui vous promectz bien, Sire, que je ne l'en vouldrois nullement excuser. Mays les dicts ambassadeurs sont aussi excusables, si, sur l'arrivée de monsieur le légat, ilz vous ont vollu monstrer qu'il y avoit une si bonne disposition, de leur costé, vers la conclusion du dict tretté, qu'il n'y manquoit que la dilligence des courriers.

Or, pendant que la Royne, leur Mestresse, est à attandre ce qu'ilz auront négocié sur les deux dépesches qu'elle leur a, là dessus, dernièrement faictes, et de sçavoir aussy qu'est ce que, d'aultre costé, auront advancé ses agentz qu'elle a envoyé devers les Escoçoys, elle a occupé le temps à tretter des différendz des Pays Bas.