Part 28
Il y a ung moys qu'on n'a heu icy aulcunes nouvelles de Bruxelles, mais l'on n'a layssé, pour cella, de faire embarquer l'ambassadeur d'Espaigne et le repasser de dellà, lequel j'entendz qu'il a abordé à Callays, et l'on a retenu icy son maistre d'ostel prisonnier. Les depputés de Flandres poursuyvent toutjour l'accord, et mettent plusieurs nouveaulx expédientz en avant, tant sur le faict des marchandises que sur les deniers; en quoy ilz ne sont si bien respondus qu'ilz desireroient, ny comme aulcuns de ce conseil le leur avoient faict espérer, bien qu'ilz ayent voulu faire ung grand fondement sur ce que le duc d'Alve, par sa dernière lettre qu'il a escripte à ceste princesse, luy a mandé que l'occasion, pour laquelle le Roy, son Mestre, avoit différé de luy respondre sur la révocation du dict ambassadeur, estoit pansant qu'il se fût si bien purgé des choses qu'elle se pleignoit de luy, qu'il en fût demeuré bien rabillé vers elle, ou bien qu'ayant cessé de n'en plus uzer vers elle, elle eust modéré son courroux en son endroict, mais puysqu'elle vouloit en toutes sortes qu'il partît de son royaulme, qu'il luy mandoit de s'en venir, la priant de permettre au Sr de Sueneguen qu'il peût cepandant tenir son lieu jusques à ce que le Roy, son Mestre, y heût pourveu d'un aultre ambassadeur; car l'assuroit qu'il la vouloit honnorer et aymer, et luy complayre entièrement, sans se départir jamais de l'ancienne confédération et bons trettés d'entre les maysons d'Angleterre et de Bourgoigne. Sur quoy, à la vérité, la dicte Dame et ceulx de son conseil ont faict de si béningnes responces, que les dicts depputés ont esté quelques jours en fort bonne opinyon de leurs affères, et ont cuydé qu'on dépescheroit incontinant ung milord devers le Roy d'Espaigne, mais il ne s'en parle plus. Et, depuis huict jours, mestre Huinter est revenu de la mer, qui a admené troys navyres d'Espaigne bien riches, tous chargés de leynes, qu'il dict avoyr recous des pirates, lesquelz, en lieu de les rendre, l'admiral d'Angleterre a obtenu qu'il les puisse, avec quelque argent, retyrer du dict Huynter, et qu'il en accordera, puis après, avec les dicts subjectz du Roy d'Espaigne, qui est ung acte qui offence griefvement les dicts depputés.
Cepandant le cavailier Geraldy poursuit d'accommoder le faict de Portugal, et desjà la pluspart des articles en sont accordés, qui n'est sans avoyr bien estréné aulcuns de ceulx qui gouvernent; et par là ceulx cy estiment qu'ilz se pourront passer du commerce d'Espagne. Sur ce, etc.
Ce XXXIe jour de janvier 1572.
CCXXXIIIe DÉPESCHE
--du Ve jour de febvrier 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._)
Affaires d'Écosse.--Marie Stuart conservée sous la garde du comte de Shrewsbery.--Déclaration du conseil que l'évêque de Ross sera remis en liberté.--Incertitude sur le sort réservé au duc de Norfolk.--Négociation des Pays Bas.
AU ROY.
Sire, après que ceulx cy ont heu pensé et pourveu à la dépesche qu'ilz avoient à faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu conseil sur les choses d'Escoce, ès quelles ilz ont advisé d'y pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont renvoyé le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader à l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du tretté qui est encommancé avec Vostre Majesté, leur promettant que, par la conclusion d'icelluy, l'authorité du jeune Roy demeurera confirmée, ou bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de forces pour la luy establyr par les armes. Après, ilz préparent de faire partyr, dès demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg pour les exorter de se ranger à l'obéyssance du dict jeune Prince; et que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres, avec promesses qu'ils seront restitués en leurs biens, maysons, charges et honneurs, et qu'ilz seront associés à l'administration et gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs et qualités, comme auparavant: et puis le maréchal Drury le doibt suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront des deux costés, et pour confirmer aussy celles qui se feront à l'ung party ou à l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou l'abstinence ne succèdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au dommaige de l'évesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de Vérac puisse avoir receu vostre dépesche en ce qu'avec icelle je luy ay escript, du XXVIe de l'aultre moys, premier que toutz ces dèmenés se facent. Mais ce, en quoy la contrariété s'est monstré plus grande en ce conseil, a esté de la personne de la Royne d'Escoce, à qui en demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit estre menée plus en çà vers Londres, et estre commise à sir Raf Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement contredire, a seulement monstré que ce seroit un argument ou de n'y avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect à luy que, jeudy dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience, luy a confirmé la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a préparé son congé, et, de peur qu'on changeât l'ordonnance, il est party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson, avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par deçà; qui n'est peu de bien ny petite consolation à ceste pouvre princesse en ung temps de si grand dangier.
J'ay entendu que l'évesque de Ross a esté escript au rolle de ceulx qu'on appelle icy _indictes_, qui doibvent estre menés en jugement, avec les deux secrettères du duc de Norfolc, en grand danger de condempnation de mort; mais j'ay envoyé, au nom de Vostre Majesté, faire ung office bien exprès pour luy envers ceulx de ce conseil, qui enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que tout honnorable trettement.
Mècredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de ceste ville, accouru à la Tour comme pour voyr l'exécution du dict duc de Norfolc, ce qu'on a estimé avoir esté faict à poste, pour essayer le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se soyt ung peu modérée en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procèdent tout à descouvert et bien redde contre luy. Dieu le vueille préserver.
Les depputés de Flandres sont attandantz les trente jours portés par la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc d'Alve là dessus, après qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui doibt estre desjà arrivé devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il n'est venu aulcune dépesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait détenir à Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes qu'il a trouvés, et encores a faict arrester quelques angloys, à cause de son mestre d'ostel, qui a esté retenu prisonnier par deçà. J'ay sceu, à la vérité, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle don Francès d'Alava s'estoit embarqué, a esté contreincte par temps contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francès n'a jamès voulu que le vaysseau, où il estoit, ayt abordé en nulle part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande tourmente qui a continué despuis, qu'il est allé périr ez costes de Bretaigne. Sur ce, etc. Ce Ve jour de febvrier 1572.
CCXXXIVe DÉPESCHE
--du Xe jour de febvrier 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de St Auban._)
Audience.--Communication de l'état de la négociation de Me Smith en France.--Discussion des affaires d'Écosse.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du mariage du duc d'Alençon.--Nécessité de conclure le traité d'alliance avant de faire une proposition plus formelle.
AU ROY.
Sire, ma dépesche, du Ve du présent, n'estoit guyères que dellivrée au courrier, quand celle de Vostre Majesté, du XIXe du passé, m'est arrivée avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a passé entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse, et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont trouvés ensemble. Sur quoy je suys allé me conjouyr avec la dicte Dame que le tretté me sembloit desjà fort advancé, de tant que le premier, et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient requis, estoit tout accordé, qui estoit le bon vouloyr des contractans: car Vostre Majesté trouvoit, par la procédure de Me Smith, que la volonté de la dicte Dame correspondoit si parfaictement à la vostre, et toutes les deux estoient si conformes à desirer ung ferme establissement d'amityé et une bonne confédération entre Voz Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous déffiyés, à ceste heure, non plus de la sienne que vous vous assuriés et la priez d'estre très asseurée de la vostre; que desjà la forme du dict tretté estoit commancée par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun différend quand à la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu convenir des parolles; en quoy vous luy déclariez, Sire, que vostre vouloir et intention estoit qu'on s'abstînt de toute chose au dict tretté qui, en parolle ou en substance, peût tant soyt peu offancer la dignité de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui peût mal sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes vouloir vers vous; que, pour procéder plus honnorablement au dict tretté, vous aviez commandé à Mr de Montmorency d'y assister, par où elle pouvoit juger combien vous dellibériez d'aller franc et droict à la conclusion de cest affère; que, à la vérité, vous estiez assez esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien que voz depputez luy en eussent parlé, et ne feissent difficulté de luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majesté, et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez penser qu'elle eust dépesché si loing un tel personnage pour commancer ung tel affaire, sans luy avoir donné commission et pouvoir par escript; que, des poinctz qui avoient esté debbatus ez premières conférences, je m'en remettois à ce que Me Smith luy en escripvoit, seulement je la supplyois d'avoir le réciproque respect que je luy disois ez choses de vostre réputation au dict treité, comme vous le vouliés avoir à la sienne, et de n'y faire apparoir les difficultés, impossibilité, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir, et que ce n'auroit esté que mocquerie, derrision et fraude qu'elle auroit voulu uzer à l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majesté avoit mandé, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'évesque de Glasco et les aultres seigneurs escoçoys infiniement pleinctz, vous leur aviez promis que, par l'yssue du trecté, leurz affères seroient accommodés et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez dépescher ung gentilhomme de bonne qualité par dellà pour aller moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant que le dict gentilhomme ne tarderoit guyères à estre icy, je la supplioys de faire préparer celluy des siens qu'elle luy vouloit bailler adjoinct, car desiriez y procéder par une bonne et commune intelligence avec elle.
La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles d'honesteté, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict: c'est qu'elle tenoit, à la vérité, celluy premier poinct, de la bonne volonté, pour tant accordé que vous ne vous debviés rien moins promètre meintenant de la siène que de la vostre propre, comme elle ne se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle veît Voz Majestez Très Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux choses de sa réputation, elle vouloit avoir tout esgard à la vostre, et ne se porter si inconsidéréement vers vous, qu'on la peût souspeçonner d'estre inconsidérée vers elle mesmes, qui sçavoit bien qu'elle ne pourroit éviter la tache de laquelle elle auroit recherché de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de Montmorency fût en la commission du trecté, et s'en promettoit davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espéré, car le sçavoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionné à la paix de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parlé sans commission, car avoit porté lettre d'elle à Vostre Majesté, et estoit fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais, en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard des difficultés qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les feroit grandes de son costé, et vouloit, de bon cueur, touchant celles qui avoient apparu desjà que, si la généralité des parolles pouvoit suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzât ainsy qu'il vous plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considérer que l'expression de ce mot de _religion_, ainsy que ses ambassadeurs le requéroient, luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit bien, à la vérité, se joindre et unir à Vostre Majesté, mais se séparer de tous ses aultres confédérez; néantmoins que, de cella et des aultrez poinctz de la dépesche du dict Sr Smith, elle avoit donné charge à quelques ungs de son conseil d'en conférer avecques moy, et qu'elle me prioit que ce fût au plus tost, affin de satisfaire au dernier point de la longueur que je luy avois remonstré; car l'exemple du passé et ce qu'elle prévoioit bien encores de l'advenir, l'admonestoient de ne guères temporiser; finallement qu'elle vous remercyoit d'avoir arresté l'expédition de milord de Flemy, et qu'elle avoit envoyé, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les exorter à ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desjà, des deux costés, donné promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y vouliés dépescher, y peût de beaucoup servir, néantmoins, puisqu'ainsy vous plaisoit, elle en estoit contante.
Il seroit long, Sire, à vous racompter le surplus qui a esté entre la dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant après, parlé à milord de Burgley, je l'ay trouvé en assés bonne disposition vers les choses du tretté, et mesmes d'envoyer ung segond pouvoir à Me Smith, puysque, pour quelques considérations, il n'avoit ozé monstrer le premier; mais, quant aux difficultés où l'on s'estoit arresté jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande considération qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long en nostre conférence. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de febvrier 1572.
J'ay remonstré à ceulx de ce conseil que Vostre Majesté avoit prié et faict prier Me Smith d'escripre par deçà que les deux mil escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseuré qu'il n'en avoit encores rien escript, et a appellé à tesmoings en cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire à vostre intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie très humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, le propos de Monseigneur le Duc, votre filz, n'a esté seulement communiqué à milord de Burgley, ains milord de Bocaust, m'estant venu visiter, m'a compté que MMrs Smith et Quillegrey en avoient fort affectueusement escript, et le Sr de Vualsingam avoit mandé que la chose estoit bien fort faysable; mais le dict Boucaust, de sa part, me vouloit dire, ainsy qu'il m'avoit toutjour franchement parlé, qu'il le desiroit beaucoup plus qu'il ne voyoit aucun moyen de le pouvoir espérer, et m'a allégué des difficultés, de l'aage et de la taille, si grandes qu'avec l'infiny regret, qu'il m'a juré qu'il y avoit de son costé, il m'a quasy tout descouragé de n'en ozer plus parler du mien. Néantmoins en ayant refreschy le propos à milord de Burgley, avec l'assurance des mesmes advantaiges qu'il se pouvoit estre promis de Monseigneur, lequel, avec Voz Majestez, concorriés aultant grandement tous troys au bien de sa Mestresse et de ce royaulme, et encores au sien particullier, comme si le mariage se fust effectué en Mon dict Seigneur mesmes; il m'a respondu qu'il s'estoit advanturé d'en parler à la dicte Dame et qu'elle luy avoit dict soubdain--«Qu'encor que toutes aultres choses fussent bien convenables, que néantmoins la proportion des ans et de la taille estoit par trop inégale entre eux:» luy demandant combien il pouvoit estre grand: à quoy il avoit respondu qu'il pouvoit estre de sa haulteur;--«Mais de celle de vostre petit filz, dict elle, ainsy qu'on me l'a assuré.» A quoy il n'avoit ozé rien réplicquer, et attandoit le dict de Burgley que je luy fisse recouvrer l'eage et la mesure de Mon dict Seigneur le Duc, pour en pouvoir parler plus à certes, car il considéroit deux qualitez qui estoient plus propres en luy pour l'Angleterre que en Monseigneur: l'une, qu'il estoit plus esloigné que luy d'un degré de la couronne de France; et l'autre, qu'on disoit qu'il s'accommoderoit à la religion du pays. A quoy je luy ay respondu que la dathe de l'eage et la mesure de sa hauteur viendroient bientost, et que ce degré plus esloigné de la couronne estoit bien convenable à ce qu'ilz desiroient; mais, quant à la religion, je n'avois point entendu qu'il voulust changer la sienne, et croyois que la Royne, sa Mestresse, ne l'en vouldroit presser, bien que, possible, il se trouveroit ung peu moins scrupuleulx que Mon dict Seigneur, son frère.
Vostre Majesté pourra tirer des propos de Me Smith quelques aultres plus grandes conjectures de ce qu'on luy en aura respondu, car voyla, Madame, tout ce que je vous en puys mander pour le présent. Et me semble que le plus expédient est de faire que ceste princesse se sépare encores tant du Roy d'Espaigne qu'elle conclue la ligue avecques le Roy, car s'estant jectée ainsy ez bras de Voz Majestez, elle condescendra, puis après, beaucoup plus facillement à tout ce que vous desirerez, de peur et que ne l'abandonniés, et qu'il ne luy soit lors trop malaysé et trop dangereulx de retourner à la foy du Roy d'Espaigne; par ainsy, sera bon de supercéder ce propos, et presser celluy de la dicte ligue, laquelle s'en conclurra beaucoup plus advantageuse pour vostre costé. Le comte de Lestre m'a pryé de mettre en avant à sa Mestresse qu'il ayt commission d'aller conclure la dicte ligue, et la voyr jurer au Roy, sellon qu'il est plus françoys que nul aultre de ce royaulme; en quoy ne faut doubter, Madame, s'il y va, que vous n'effectués par luy le propos, si jamais il doibt recepvoir effect; et je sçay qu'il ne cerche rien tant au monde que la faveur et protection de Voz Majestez, et se pouvoir assurer d'icelle pour les accidentz qu'il creint luy advenir. Sur ce, etc.
Ce Xe jour de febvrier 1572.
CCXXXVe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de febvrier 1572.--
(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Me Smith._)
Discussion du traité pour une ligue défensive.--Articles concernant les guerres pour cause de religion, les frais de secours, le commerce et l'Écosse.--Desir de Leicester de passer en France pour conclure le traité.
AU ROY.
Sire, m'ayant la Royne d'Angleterre faict appeller, par deux foys, en sa mayson de Ouestmenster, pour conférer avec sept seigneurs de son conseil, (sçavoir: le chancellier d'Angleterre, le comte de Bedford, le comte de Lestre, l'admiral Clinton, milord Chamberland, milord de Burgley et mestre Mildmay), sur les difficultés qui se sont offertes au trecté encommencé près de Vostre Majesté, après qu'ilz ont heu, avec grand atencion, ouy cella mesmes que j'avois desjà dict à leur Mestresse, ilz m'ont remonstré comme Me Smith leur avoit assés au long desduict, par sa dernière dépesche, les dictes difficultés, et leur avoit mandé que Vostre Majesté m'envoyoit les actes de toutes les conférences afin d'en tretter avec la Royne, leur Mestresse, laquelle ilz m'assuroient qu'estoit demeurée grandement satisfaicte de ce que je luy en avois dict en ma dernière audience, et leur avoit ordonné d'en trecter davantage avecques moy, affin de mieulx acheminer les affères; qui pourtant avoient à me dire que la ligue, ainsy deffencive, avec Vostre Majesté estoit très agréable à leur dicte Mestresse, à eulx et à tout ce royaulme, et que, de vostre bonne intention en cella, ilz avoient beaucoup plus à vous en remercyer qu'à y rien desirer;
Mais qu'ilz trouvoient qu'il y auroit peu de seureté pour ceste couronne, si la cause de la religion n'y estoit nomméement désignée, car, advenant qu'il se dressât une entreprinse par les aultres princes, ou par les propres subjectz, pour réduyre ce pays à la religion catholique, vous vous pourriez, Sire, excuser avec rayson de n'avoir jamais entendu vous oposer à cella; et alléguer que ce n'estoit faire injure à la personne ny à l'estat de la dicte Dame, que de vouloir réduyre les deux à une forme que Vous mesmes, Sire, qui estes catholicque, réputiés estre la meilleure, et que, si elle vouloit venir à la dicte réduction, elle n'auroit plus de guerre; qui seroit fruster la dicte Dame de tout l'effect, pour lequel ilz me disoient librement qu'elle et eux aspiroient principallement à la dicte ligue;
Que, de la forme du secours, ilz ne pouvoient conseiller la dicte Dame qu'il se fist austrement que aux despens de celluy qui le demanderoit, parce qu'en toutes leurz précédentes ligues deffencives ilz n'avoient nul exemple du contraire, ny guères aulx offancives que ung seul, du temps de Henry VIII, Roy d'Angleterre, avec l'Empereur Charles Ve contre le grand Roy Françoys Premier[22], ayeul de Vostre Majesté, qui encores avoit esté rétractée, l'année ensuyvante; et qu'ilz estimoient ne pouvoir guères advenir d'occasion à eulx de requérir vostre secours, pour le peu de querelles qu'il y avoit contre ce royaulme, si n'estoit pour la cause de la religion, en laquelle ilz faysoient encores estat d'y aller fort retenus, et ne le vous demander, ny pour légière souspeçon, ny fort grand, là où ilz sçavoient que les querelles de vostre couronne, tant en demandant que en deffandant, estoient fort grandes du costé de Flandres, de Bourgoigne, de Navarre, de Savoye et de l'Empire, et aultres, qui pourroient mettre leur Royne souvant en peyne de vous envoyer du secours; ce qu'elle seroit toutjour fort preste de faire, pourveu que ce ne fust à ses despens.
[22] Traité du 11 février 1543. Du Mont. _Corps Diplomatique_, t. IV, 2e partie, p. 252.
Au regard du traffic, après le deu remercyement, que leur Mestresse et eulx rendoient à Vostre Majesté pour les favorables offres que leur fesiés en cella, il leur sembloit estre expédient d'en communicquer à leurz marchandz, mais ne laysser cependant d'en capituler le commerce, en général, bon et libre entre les deux royaulmes, avec promesse du bon trettement aulx mutuels subjectz d'un costé et d'aultre;