Part 25
Je n'ay, à la vérité, touché, en tout le jour du festin, ung seul mot d'affaires à la dicte Dame, mais, le jour de l'audience, je ne luy ay obmiz ung seul poinct du contenu ez deux lettres de Voz Majestez, du dernier du passé, et premier d'estuy cy, et mesmement du faict de la Royne d'Escoce et des Escouçoys; en quoy je l'ay trouvée bien peu modérée de l'affection et animosité qu'elle y a toutjour procédé, ce qui me rend assés suspecte toute la négociation qu'elle a envoyé faire en France; et me vient on encores de dire que, sur les nouvelles qu'elle a heu de quelque combat qui est advenu entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, duquel je ne sçay encores les particularitez, elle dépeschera demain le mareschal Drury en Escoce, avec une commission fort rigoureuse contre ceulx du bon party. Au regard de vériffier icy, avecques moy, les choses qu'on impose à la Royne d'Escoce, je crains, Madame, que la Royne d'Angleterre penseroit avoir si grandement justiffié par là tout ce qu'elle propose de faire contre ceste pouvre princesse et contre son estat, qu'elle passeroit oultre à ce qui peut en cella mesmes toucher la réputation et grandeur de vostre couronne; et si le Roy y vouloit, puys après, contradire de parolle, ou s'y opposer d'effect, qu'elle estimeroit avoir grande occasion de se pleindre de luy; et quant aulx moyens, qui se pourroient trouver pour vous accommoder avec elle sur les présens troubles et différands des Escouçoys, j'en ay mandé quelque adviz par le Sr de Sabran; et, après que j'auray conféré avec les seigneurs de ce conseil, je vous pourray de ces deux faitz ensemble escripre plus au long. Et adjouxteray icy, Madame, qu'il a esté résolu de mettre en jugement le duc de Norfolc, le segond jour du prochain terme de janvier, et que le comte de Cherosbery sera mandé pour présider en la cause, avec les douze pairs, et que, pendant qu'il sera icy, sir Raf Sadeller yra en la mayson du dict comte estre gardien de la Royne d'Escoce; de quoy elle se donra beaucoup de peur, et je fays tout ce que je puys pour l'empescher. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de décembre 1571.
CCXXVIe DÉPESCHE
--du XXVIIe jour de décembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pigon._)
Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh sur les affaires d'Écosse.--Desir des Anglois de conclure avec la France le traité de l'alliance.--Leur froideur à l'égard de l'Espagne.--Opinion de l'ambassadeur sur la conclusion que doivent avoir les affaires d'Écosse.--Utilité d'un traité de commerce avec l'Angleterre.--Nouvelle donnée par Walsingham d'une sédition survenue à Paris.--Vives instances pour que le roi écrive à la reine d'Angleterre en faveur du duc de Norfolk.
AU ROY.
Sire, j'ay esté, de rechef, convyé, le dimenche devant Noël, au festin que le comte de Hontingthon a faict des nopces de sa sœur avec le filz du comte d'Ochestre, où la Royne d'Angleterre, et les seigneurs, et dames de sa court qui s'y sont trouvées en grand nombre, m'ont continué les mesmes démonstrations de bonne affection qu'ilz disent porter à Vostre Majesté et à toute la France. Et m'estant, l'après dinée, retiré avec le comte de Lestre et milord de Burgley en une chambre à part, pour leur compter les mesmes choses, que j'avois naguières dictes à la Royne, leur Mestresse; et, après que je leur ay heu particullarisé les responces que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur aviez faictes, pleynes de toute bienveillance envers leur Mestresse, sur les honnestes propos d'amytié qu'elle vous avoit faict tenir par le Sr de Quillegrey; je leur ay dict que, pour monstrer comme vous cheminiez desjà vers elle sellon ceste bonne intelligence, vous aviez trouvé bon, Sire, de luy faire communiquer par moy ce qui estoit advenu de don Francès d'Alava, ce que le Sr de Mondoucet vous avoit mandé de Flandres, et ce que vous jugiez des entreprinses du Roy d'Espaigne en la mer de deçà; qui ont esté propos qu'ilz ont merveilleusement gousté, et les ont fort bien receuz. Et, à la suyte d'iceulx, je leur ay touché ceulx d'Escoce, sans toutefoys les leur guières presser ny les laysser aussi trop lasches, mais que, (de tant que ces affaires là avoient tant de malheur que, quant vous en faisiez parler à leur Mestresse, elle estimoit que vous offanciez son amytié, et Vous, d'aultre costé, Sire, jugiez qu'elle mesprisoit la vostre, quant elle s'en entremettoit trop avant sans vous en parler), je les adjurois bien fort qu'ilz ne les vollussent plus laysser en ce suspens; et leur ay desduict, par chefs, toutz les dicts affaires comme pour entendre d'eulx en quelle façon j'aurois à vous en escripre, tendant principallement à les divertyr d'envoyer gens contre ceulx de Lillebourg, et leur faire comprendre que vous ne pourriez avec honneur intervenir en nul tretté, où l'on capitulât de priver la Royne d'Escoce de sa couronne pour y establyr son filz, ny de ruyner l'ung des partys; qui entendiez les conserver toutz deux.
Sur lesquelz chefz, quant au premier, qui estoit des choses qu'on imputoit à la Royne d'Escoce, ilz m'ont faict ung long discours de la deffiance qu'elle s'estoit donnée de Voz Majestez Très Chrestiennes, de la jalouzie qu'elle avoit prinse du propos de Monsieur, des pratiques qu'elle avoit menées avec le Roy d'Espaigne et avec le duc d'Alve par le moyen de Ridolphi, des rébellions qu'elle avoit suscitées en ce royaulme, et comme elles eussent esté indubitablement exécutées en aoust dernier, si le dict Roy d'Espaigne n'eust esté empesché du costé du Levant; et m'ont offert de me monstrer le tout par lettres; et que Me Smith avoit charge de le vériffier bien amplement à Vostre Majesté.
Quant au segond, des moyens qui se pourroient trouver pour paciffier l'Escoce, encores que la difficulté y parust grande, parce que vous vouliez soubstenir l'authorité de la Royne d'Escoce, et eulx la vouloient du tout opugner, que vous favorisiez ceulx de son party, et eulx le party contraire;--Et aussi quant au troisiesme chef, qui estoit de la négociation que vous aviez entendu, Sire, que milord d'Housdon avoit menée avec les Escouçoys, où il n'avoit vollu qu'il fût faicte aulcune mention de vous ny de la France, ny que rien en vînt à la cognoissance de vostre agent par dellà, et qu'il avoit menassé de mener une armée devant Lillebourg pour forcer la ville et le chasteau, si ceulx de dedans ne se soubzmettoient au comte de Mar, qu'il avoit dict qu'il vouloit avoir les chasteaulx de Lillebourg et de Dombertrand entre ses mains, qu'il avoit tretté de livrer l'évesque de Roz au dict de Mar en eschange du duc de Northumberland, qui estoient trêtz, que vous trouviez bien esloignez de l'intelligence que leur Mestresse monstroit de vouloir faire avecques vous, et qui vous faisoient desirer de sçavoir résolument si elle entendoit de procéder ainsy, sans vous et par la force, en cest endroict;--Ilz m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, avoit donné charge à Mr Smith de proposer à Vostre Majesté l'accommodement des choses d'Escoce en une si bonne façon, que vous cognoistriez qu'elle n'y cerchoit rien qui fût contre vostre réputation ny contre l'honneur et l'alliance de vostre couronne, car les trettez ne vous obligeoient à nulle certaine personne du pays, ains à l'estat, et à l'ordre et authorité, qui pour le temps s'y trouveroit; et que leur Mestresse estoit après à tretter avec les deux partys, et trouvoit, pour ceste heure, que ceulx de Lillebourg estoient plus raysonnables que les aultres, mais nulz desirans la restitution de leur Royne, ce qui estoit aussi universellement contradict par toutz les Estatz d'Angleterre, par ainsy qu'elle espéroit, s'ilz se réunissoient toutz à l'obéyssance du jeune Roy, comme ilz en estoient bien prêts, que vous ne reffuseriez, Sire, de les continuer en vostre alliance, ainsy qu'elle vouloit de bon cueur qu'ilz y persévérassent aussi de leur costé, et qu'il se fît une bonne confédération entre les trois royaulmes;--Que milord d'Housdon avoit bien menacé de forcer ceulx de Lillebourg, s'ilz empeschoient la paix du pays, mais que, de vouloir avoir les deux chasteaux en ses mains, ce n'estoit le desir de leur Mestresse, ains de les laysser aux Escouçoys, bien que, possible, à d'aultres que ceulx qui les tiennent, et mesmes de leur randre Humes aussitost qu'ilz seront d'accord; qu'elle n'avoit encores faict rien entreprendre par la force à milord d'Housdon, et que la grande asseurance, que j'avois donnée à la dicte Dame de vostre amytié, avoit esté et seroit cause dont elle ne précipiteroit rien par les armes en cest endroict:
Quant au chef des deux mil escuz, qu'ilz me vouloient asseurer que le duc de Norfolc et l'évesque de Roz, et le secrétaire, à qui je les avois baillez, avoient confessé qu'ilz estoient de la Royne d'Escoce, et qu'à cest effect ilz m'en feroient veoir leur déposition, dont si, puys après, Vostre Majesté persistoit qu'ilz me fussent randuz, qu'on adviseroit de vous en contanter. Et seroit trop long, Sire, à vous desduyre icy les répliques qui ont esté, de leur part et de la mienne, usées sur les susdicts propos, lesquelz, pour aulcuns respectz, je les leur ay bien volluz terminer par une très grande espérance, que je leur ay donné, qu'ilz pourront conclurre une bien ferme confédération avec Vostre Majesté.
De quoy est advenu, Sire, que, le jour ensuyvant, ilz se sont tenuz bien fermes et voyre si estroictz sur les accordz des Pays Bas que les Srs de Suevenguem et Fiesque ne sçavent où ilz en sont, et sont prestz de laysser les choses bien descousues, et qu'on m'a desjà parlé de transporter le traffic de ce royaulme, qui estoit en Envers, en quelque ville de vostre obéyssance, et qu'on escripra à Mr Smith de le proposer; et pareillement qu'on a pressé l'ambassadeur d'Espaigne de partyr de Londres, la veille de Noël, et de vuyder le royaulme dedans dix jours.
Sur toutes lesquelles choses j'ay à dire à Vostre Majesté qu'il semble, en premier lieu, que la Royne d'Angleterre condescendra que les Escouçoys viennent en accord, et qu'ilz puyssent dresser une forme de gouvernement entre eulx, d'aulcuns de la noblesse des deux partys, qui ne soyent establis ny soubz l'authorité de la Royne d'Escoce ny soubz celle du Prince son filz, mais qui, attandant le retour d'elle ou la majorité de luy, ayent la puyssance d'administrer le royaulme, et qu'avec ceulx là se conclue la ligue, et vostre alliance soit renouvellée, et permettra qu'à cest effect voz depputez puyssent aller avec les siens par dellà; qu'elle, à mon adviz, ne reffuzera le compromiz avec la Royne d'Escoce pour voyr si elles se pourront accorder, ny de luy amplier sa liberté et de la faire tretter moins rigoreusement, pourveu qu'elle baille ostaiges de ne rien mouvoir dans le royaulme ny de s'en partyr sans licence; qu'elle vous satisfera sur les deux mil escuz de les faire remettre en mes mains, bien qu'elle monstre n'avoir rien, qui tant luy serve contre le duc de Norfolc que cella, pourveu, Sire, que vous en faciez continuer l'instance à ses ambassadeurs, sellon que l'avez desjà commancé au Sr de Quillegrey, laquelle j'ay fermement comprouvée et soubztenue contre tout leur dire; qu'il sera bon, Sire, que vous ottroyez libérallement à Mr Smith une ou deux villes en vostre royaulme pour le commerce des Anglois, avec aultant de privillèges qu'ilz en avoient en Envers, et de faire modérer ces nouvelles coustumes de Roan; et finablement que pressiez la conclusion de quelque bonne confédération avec ceste princesse, pendant qu'elle et les siens monstrent d'y estre, à présent, merveilleusement bien disposés. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour de décembre 1571.
PAR POSTILLE.
J'obmettois de dire à Vostre Majesté que l'aparance de ceste sédition que le Sr de Valsingam a mandé estre advenue, le VIIIe de ce moys, à Paris[21], a cuydé mettre ceulx cy en quelque suspens de vouloir attandre qu'est ce qui s'en ensuyvroit, premier que de passer à nulle négociation plus avant; et de vous mander, Sire, que le duc de Norfolc sera miz en jugement le IXe de janvier, et que le faict des deux mil escuz luy pourra grandement nuyre, si Vostre Majesté ne le remédie en faisant continuer la mesmes instance d'iceulx aulx ambassadeurs de la dicte Dame, aulx propres termes que Vostre Majesté la leur a desjà faicte, sans y rien changer, encor qu'ilz vous allèguent que la Royne d'Escoce m'avoit envoyé les aultres mil escuz par Douglas: car ilz furent employez en aultres siens affaires; et qu'il vous playse, Sire, escripre une lettre à ceste princesse que, si le dict duc ne se trouve chargé que de l'accommodement, que son secrétaire a vollu donner aulx deniers que vous envoyez à vostre agent, encor qu'il l'ait bien sceu, que vous la priez de ne luy imputer à faulte, attendu qu'elle n'avoit la guerre en Escoce, et que l'argent n'estoit envoyé à nul de ses ennemys, et qu'il est de vostre ordre. En quoy sera besoing que vostre lettre, Sire, soit icy le Xe ou XIIe de janvier, laquelle j'estime que sera dignement employée pour cause juste et honneste, et qui peult revenir grandement au service de Vostre Majesté.
[21] Cette émeute fut causée par le transport de la croix de Gastines au cimetière St-Innocent. Ce monument avait été érigé, en 1569, durant la guerre civile, en exécution d'un arrêt rendu par le parlement de Paris contre trois marchands huguenots, Nicolas Croquet, Philippe et Richard de Gastines, qui avaient été tous trois condamnés au gibet. Après la pacification, Coligni avait demandé que cette croix fût détruite. On profita de la nuit pour la déplacer; mais le lendemain les catholiques irrités se jetèrent sur les maisons des protestans, qu'ils livrèrent au pillage. Le maréchal de Montmorenci et Claude Marcel, prévôt des marchands, parvinrent à apaiser la sédition, mais non sans effusion de sang.
CCXXVIIe DÉPESCHE
--du IIIe jour de janvier 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Audience.--Plaintes d'Élisabeth au sujet de l'expédition préparée en France pour l'Écosse par lord Flaming.--Conférence entre l'ambassadeur et Leicester sur les affaires d'Écosse.--Déclaration que Me Smith sera chargé de traiter avec le roi sur ce point.--Nécessité de hâter le départ de l'expédition.--Nouvelles d'Écosse.--Marie Stuart commise à la garde de sir Raf Sadler.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne.
AU ROY.
Sire, sans aultre occasion que pour donner les bonnes festes à la Royne d'Angleterre, je la suys allé trouver le lendemain des Innocens, laquelle a heu très agréable ce mien office, pour luy estre une signiffication de vostre bonne volonté vers elle, et ung tesmoignage à ung chacun comme vous vivez en une fort bonne intelligence l'ung avecques l'aultre; de quoy elle m'a remercyé beaucoup de foys: et m'a dict plusieurs bonnes parolles de la ferme dellibération, en laquelle elle se confirmoit, de plus en plus, de se vouloir perpétuer en vostre amytié. Et bientost après, Sire, j'ay receu vostre dépesche du XIXe du passé, que m'avez envoyée par Nicollas le chevaucheur; sur laquelle je suis retourné, le premier de ce moys, donner le bon an à ceste princesse, et luy ay racoumpté tout ce que me mandiez de la paix de vostre royaulme, qui a grandement servy à luy oster deux escrupulles, qu'on luy avoit desjà imprimés du contrayre, l'ung pour l'émotion de Paris, et l'aultre de ce qu'on luy avoit faict acroyre que monsieur de Guyse et monsieur l'Admyral avoient commencé de s'accompagner; de quoy je l'ay bien fort aultrement persuadée, sellon que j'en ay trouvé les propos très bien et très sagement desduictz ez lettres de Vostre Majesté; et que vostre royaulme estoit, grâces à Dieu, si paysible que vous luy pouviez fort franchement offrir les moyens, les forces et les commodités qui y estoient, comme chose que Dieu avoit tout entièrement remise en vostre mein et en vostre puyssance.
De quoy la dicte Dame, s'estant adressée à Dieu, a monstré de le louer et remercyer, de bon cueur, de ceste tant bonne nouvelle, et m'a prié de ne vous en représenter moins grande la conjouyssance qu'elle vous en faisoit, que si ce fût pour la propre tranquillité de son estat; et que c'estoit ung des fruictz qui vous seroit desjà de la grande réputation, qui court au monde, de la fermeté de vostre parolle et vérité de voz promesses, et que de meilleurs et de plus grandz vous en proviendroient encores; dont vous vouloit prédire, Sire, que le dernier jour de l'année passée auroit miz fin à tous les troubles de vostre royaulme et à toutes les souspeçons d'iceulx, et que vous ne verriés, du premier de ce nouvel an en là, sinon toute obéyssance et confience de voz subjectz; et m'a allégué aucuns signes pour quoy Vostre Majesté debvoit croyre qu'elle vous seroit heureuse prophète en cest endroict; que elle acceptoit, au reste, l'offre, que luy faysiez, des commodictés de vostre royaulme, tout ainsy qu'elle vous offroit de bon cueur toutes celles du sien, et croyoit que de la bonne correspondence, que Mr Smith trouveroit maintenant en Voz Majestez, l'on verroit réuscyr bientost la conclusion des choses qui s'espéroient, et se desiroient entre vous. Et, avant finyr ce propos, estans à regarder le bal, elle en a introduict ung aultre, bien gracieux et modeste, des playsirs et honnestes passe temps qu'on se mettroit en debvoir par tout ce royaulme de donner à Monsieur, s'il venoit par deçà; ez quelz elle ne fauldroit de l'acompagner toutjour, affin que les ans, qu'elle avoit plus que luy, luy semblassent moins ennuyeulx: et n'a obmiz d'adjouxter à cella aulcuns motz bien exprès et aulcunes démonstrations propres pour signiffier qu'elle le disoit avec une bonne et bien honneste affection vers luy; et néantmoins n'a layssé de me toucher, en passant, comme ung Escouçoy la venoit d'advertyr que milord de Flemy embarquoit des Françoys pour passer en Escoce, ce qu'elle ne sçavoit comment le debvoir prendre, et que, s'il en advenoit rien contre ce que je luy avois toutjour faict espérer de vostre amytié, qu'elle s'en prendroit bien asprement à moy.
A cella, Sire, parce que j'estois adverty qu'aussitost qu'elle avoit heu ceste nouvelle de Mr Flemy, elle avoit commandé qu'on rénovât, si faire se pouvoit, l'accord avec les depputés du Roy d'Espaigne pour d'aultant se réfroydir de vostre costé, je luy ay respondu qu'elle ne debvoit demeurer en aulcun doubte qu'elle n'obtînt par maistre Smith tout ce qu'elle vouldroit honnorablement desirer de vostre amytié et de toute la France; et, quand à l'embarquement de milord de Flemy, que je n'en avois rien entendu; bien me souvenoit il que Vous, Sire, l'aviez fort souvent faicte prier de se vouloyr esclarcyr avecques vous comme vous porriés, tout ensemble, satisfaire à vostre honneur et debvoir vers la Royne d'Escoce et vers les Escouçois, et luy complayre à elle en cest endroict; et que je luy respondois de ma vye que Vostre Majesté estoit encores en ceste mesmes volonté, et qu'il ne tiendroit sinon à elle que le tout ne se rabillât fort bien et bientost.
Et pour la confirmation de cella, je luy ay monstré l'offre, que Vostre Majesté luy faysoit, d'accomoder le traffic de ses subjectz en vostre royaulme: ce qu'elle n'a peu dissimuler que n'en ayt receu ung très grand plésir, et m'a prié d'en bailler l'article de vostre lettre au comte de Lestre affin de le communicquer à ses merchandz.
Et là dessus, avec démonstration de grand contentement, elle s'est retirée pour aller à ses prières, et m'a aussitost envoyé le dict comte de Lestre; lequel, après m'avoir faict ung long discours comme ilz avoient nouvelles que milord de Flemy avoit recouvert quinze mil escus du douaire de sa Maistresse, et dix mil escus de Vostre Majesté, avec des armes et monitions, et congé d'embarquer troys cens arquebouziers, il m'a infiniement conjuré de vous supplyer très humblement, Sire, que vueillés faire différer l'embarquement, sellon que j'avois bien peu comprendre, par la dernière conférance d'entre luy, milord de Burgley et moy, que sa Mestresse n'avoit intention de procéder par armes en Escoce, et qu'il luy eust esté bien aysé d'y envoyer deux et troys mil hommes si elle l'eut voulu faire, mais s'en estoit engardée pour l'amour de vous; et que, si ceulx de Lislebourg, qui depuis naguyères avoient gaigné l'advantage sur les aultres en quelques rencontres, venoient à estre renforcés de ce secours, il est indubitable qu'ilz essayeroient d'entreprendre plus avant, et sa Mestresse s'y vouldroit oposer, dont pourroit naistre quelque accident qui romproit le bon propoz d'entre Voz Majestez et voz deux royaulmes; à quoy il auroit ung infiny regret pour estre celluy qui avoit promeu et advancé la part de Vostre Majesté en ce royaulme, et avoit reculé d'aultant celle d'Espagne, non sans qu'on guétât une occasion sur luy, comme pourroit bien estre ceste cy, pour luy en faire ung très grand reproche.
Je luy ay commémoré, Sire, les grandz et honnestes debvoirs, ès quelz Vostre Majesté s'estoit toutjour mise et avoit faict mettre la Royne d'Escoce et les Escoçoys vers la Royne, sa Mestresse, sur l'accord de ces affaires, si bien que vous en demeuriez très justiffié envers Dieu et les hommes, et luy mesmes cognoissoit très bien qu'en toutes sortes c'estoit à vous de vous pleindre, et à moy de me douloyr infiniement de l'honte et confusion, en quoy ilz m'avoient miz vers Vostre Majesté, sur la négociation de ce faict; néantmoins que la chose estoit encores si entière, et Vous, Sire, si parfaictement bien disposé vers la Royne, sa Mestresse, et vers ce royaulme, et encores tant bien incliné vers le dict sieur comte que, si luy et milord de Burgley vouloient regarder à quelque bon expédient là dessus entre Voz Majestez, que j'espérois que vous le suyvriés et le feriés suyvre à milord de Flemy, encore que j'osois bien asseurer que ces trois cens arquebouziers n'estoient ung secours qui procédât de vous, car le luy heussiés baillé aultrement grand et mieulx forny; bien les priois d'avoir esgard à vostre réputation, car non seulement vers eux, vers lesquelz vous la voudriés mesurer, aultant qu'il vous seroit possible, sellon leur contantement, mais vous aviez besoing de la conserver entière vers tous les aultres plus grandz et plus éminentz estatz de la terre, et desiriés surtout qu'elle y parvînt clère et non entachée d'avoir jamais fally à voz alliés. Et ay dict cella, et d'aultres choses appartenant à ce propos, si franchement au dict comte que luy mesmes enfin m'a confessé leur propre tort, et qu'il me promettoit d'en aller incontinent communiquer à milord de Burgley en son lict, où il estoit malade, et que bientost il m'en manderoit une response qui me contanteroit. Laquelle a esté, Sire, que Mr Smith aura commission de tretter avec Vostre Majesté de ce particullier, et de tout le faict de l'Escoce, en telle sorte que vous cognoistrez que, de ce costé, l'on n'y veult procéder qu'avec vostre bonne intelligence, et que cependant il ne sera envoyé nulles forces d'icy à ceulx du Petit Lith.
Le jour d'après, les depputez de Flandres sont retournés en cour au mandement qu'on leur en avoit faict, avec espérence de meilleure responce, mais il leur a esté percisté en celle mesmes de devant, et leur a esté davantage offert des passeports, sans qu'ilz les ayent demandés, affin de se retirer; mais ilz ne les ont acceptés, et attendent ung exprès commandement là dessus de ceste princesse, ou ung congé du duc d'Alve. Sur ce, etc.
Ce IIIe jour de janvier 1572.
A LA ROYNE.