Part 22
Ceste nuict passée, par commandement de la Royne d'Angleterre, a esté faict ung grand nombre de feux par les rues, et sonné les clocles, et est l'on allé aux esglizes rendre grâces à Dieu, et se resjouyr par toute la ville de la victoire contre le Turcq. L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en a faict les feux et festins de joye, où j'ay esté des premiers convyé.
CCXVIIIe DÉPESCHE
--du XVe jour de novembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh.--Déclaration faite par Leicester qu'Élisabeth a pris la résolution de ne jamais rendre la liberté à Marie Stuart.--Lord Buchard désigné pour passer en France.--Affaires d'Écosse.--Confirmation de la victoire de Lépante.--Négociation touchant l'alliance de la France et de l'Angleterre.--Espoir qu'Élisabeth ne persistera pas dans sa résolution à l'égard de Marie Stuart.
AU ROY.
Sire, le unziesme de ce moys, feste de St Matin, le comte de Lestre, et l'admyral d'Angleterre, et milord de Burgley, maistre Smith, milord de Boucaust, et aulcuns aultres seigneurs de ce conseil et de ceste court, ont vollu venir prendre leur diner en mon logis, lesquelz, pour l'heure, se sont monstrez bien disposez vers la France, et avoir toutz une bonne affection à la grandeur et prospérité de Vostre Majesté.
Et le comte, à part, m'a dict qu'il voyoit la Royne, sa Mestresse, si fermement résolue de persévérer en vostre amytié qu'elle estoit pour ne s'en despartyr de toute sa vie, si le deffault ne venoit de vostre costé; à quoy il la vouloit confirmer davantaige par toutz les moyens et plus instantes persuasions qu'il luy seroit possible, comme à chose où sa vie et son honneur estoient conjoinctz, et que je ne fisse aulcun doubte qu'elle ne passât oultre à contracter ou l'alliance encommancée, ou bien une fort estroicte confédération avec Vostre Majesté, et qu'elle n'accommodât, pour vostre respect, les choses d'Escoce, pourveu que ne la fissiez presser de se despartyr de la déterminée résolution, et nullement muable, qu'elle avoit naguières faicte, de ne se désemparer jamais de la personne de la Royne d'Escoce.--«Car avoit opinion, dict il, que, à cause des pratiques que la dicte Royne d'Escoce continueroit avec le Pape, ou avec le Roy d'Espaigne, et avec ses parantz et aultres estrangiers, ou bien avec les propres subjectz de ce royaulme, la dicte Royne, sa Mestresse, ne sçauroit vivre, une seule heure, bien asseurée en son estat, aussitost que celle d'Escoce seroit remise au sien.» Et pourtant me prioyt que dorsenavant je vollusse dresser les affaires, dont j'avois à tretter de cecy avec Vostre Majesté, et pareillement avec la dicte Dame, à ung tel cours qu'ilz peussent prendre le chemyn qu'il me disoit; et qu'il me vouloit asseurer que ceulx d'Esterling n'avoient entreprins d'assiéger Lillebourg que par l'espérance d'avoir secours de la Royne, sa Mestresse, mais qu'elle s'estoit excusée de le leur bailler pour n'offancer Vostre Majesté, dont ilz s'estoient incontinent levez; par ainsy, qu'il failloit que Vostre Majesté, et elle conjoinctement, missiez ce pays là en quelque meilleur ordre qu'il n'est, et establissiez une bonne unyon entre les trois royaulmes, et qu'il ne fût pour un temps parlé en nulle façon de la personne de la Royne d'Escoce.
Je luy ay infinyement gratiffié ces premiers bons propos d'amytié, et n'ay rien obmis de ce qui luy pouvoit confirmer et luy accroistre l'occasion de confirmer la Royne sa Mestresse; et quant à ceulx cy de la Royne d'Escosse, que je suplioys la Royne, sa Mestresse, de se laysser persuader qu'il estoit très nécessaire que Vous, Sire, demeurissiez vostre propre arbitre de ce qui pouvoit concerner vostre honneur et vostre intérest en cest endroict; mais qu'elle creust fermement que vous observeriez toutes les considérations et respectz, deubz à l'honneur, et à la seurté, et aulx advantaiges de la dicte Dame, pour les luy randre bien entiers, tout ainsy comme si c'estoit pour vostre propre grandeur.
Milord de Burgley, de soy mesmes, est retourné aulx premiers propos de l'alliance, et qu'il estoit besoing de la parachever ou bien de faire une si estroicte confédération qu'on ne l'estimât moings que ung mariage, et a monstré que la Royne, sa Mestresse, y estoit bien disposée et luy très affectionné, et qu'en jour de sa vie il n'avoit heu nul plus grand regrect que de ne pouvoir meintenant accomplyr ce voyage devers Vostre Majesté; néantmoins qu'aussitost que l'examen de l'évesque de Roz seroit paraschevé, la dicte Dame vous dépescheroit sans doubte ung personnaige d'honneur, et il pensoit que ce seroit milord de Boucaust.
Despuys, icelluy de Boucaust m'en est venu parler en une façon si bonne et si pleyne d'honneste desir, que je ne m'en puys que infinyement bien louer, et m'a dict que la Royne, sa Mestresse, luy en avoit fort privéement tenu propos; mais qu'il luy avoit respondu que, de tant qu'il avoit une foys engaigé son honneur, et encores plus expéciallement l'honneur de la parolle d'elle, à Voz Majestez, qu'il aymoit mieulx qu'elle le fist, à ceste heure, mettre dans la Tour que de le renvoyer en vostre présence, sans vous aporter l'expresse et bien asseurée conclusion des choses qui s'attendoient entre vous. Sur quoy elle luy avoit asseuré qu'il emporteroit un bien ample pouvoir avec luy, qui seroit expédié soubz son grand sceau, et encores plus expressément scellé du desir de son affection.
Je continueray, Sire, de réduyre ces propos, le plus qu'il me sera possible, au poinct que m'avez faict comprendre de vostre intention, et descouvriray cependant ce que je pourray de la leur; qui supplie Vostre Majesté de considérer combien ceste résolution qu'ilz ont faicte, de vouloir détenir toutjours la Royne d'Escoce en leurs mains, et oprimer son authorité, les fera précipiter d'envoyer vollontiers leur secours contre ceulx qui sont pour elle en Escoce, et cella me mect en peyne que j'ay desjà adviz, mais non encores assés certain, que la commission est expédiée à Milord de Housdon de capituler avec ceulx d'Esterlin, et de leur accorder jusques à quatre mil hommes, s'ilz les demandent, et aultant qu'il leur sera besoing d'artillerye, de munitions, d'armes et d'argent, pour parachever l'entreprinse de Lillebourg. Néantmoins, Sire, je me conduyray toutjours, entre ces deux divers propos d'amytié et de querelle, sellon l'instruction de voz précédantes dépesches, et sellon celles que je recepvray, d'heure à aultre, de Vostre Majesté.
L'ambassadeur d'Espaigne et le bailly de Flandres, qui sont icy, sont venuz, despuys deux jours, continuer la conjoyssance de la victoyre contre le Turcq, à disner en mon logis, lesquelz m'ont asseuré de la confirmation d'icelle, bien qu'en ceste court l'on feist grande difficulté de la croyre, au moins de la croyre si grande; et puis m'ont dict qu'ils estoient bien marrys du retardement du Sr Fiesque, parce que les Anglois pressoient de faire la vante des merchandises, et ne vouloient croyre que icelluy Fiesque demeurast à cause que le duc d'Alve ne peult signer sa dépesche, ny sa commission et articles; néantmoins qu'il estoit vray qu'il n'y avoit nul aultre empeschement que celluy là, et qu'il ne pouvoit guières plus tarder. Et le dict sieur ambassadeur a monstré d'estre en quelque espérance qu'après la conclusion de cest affaire, le Roy, son Maistre, l'envoyera résider prez de Vostre Majesté, ce qu'il desire grandement; et j'ay si bonne opinion de sa vertu et modération, et de sa bonne conscience, qu'il ne fera sinon bons offices de paix et d'entretennement d'amytié, si ceste légation luy est commise. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de novembre 1571.
A LA ROYNE.
Madame, en ces propoz que les seigneurs de ce conseil m'ont tenuz, desquelz je fais mencion en la lettre du Roy, je considère que, comme ilz n'ont esté vuydes d'affection, aussi ne me semble il qu'ilz les ayent dictz sans quelque artiffice, pour les accommoder au temps et au besoing de leurs affaires: j'estime, Madame, qu'il sera bon que Voz Majestez se servent aussi et du temps, et des accidantz qui les pressent, pour les aproprier à l'utillité des vostres. Je n'ay rien changé, quant au propos de l'alliance, de ma première responce: c'est que Voz Majestez n'avoient vollu assoir nul certain jugement sur les articles que Mr de Foix vous avoit apportez; ains aviez réservé cella à la venue de celluy d'entre eulx que la Royne, leur Mestresse, vous dépescheroit: et, quant à faire une bien estroicte alliance avec elle, je leur ay bien donné non seulement espérance mais asseurance qu'ilz l'obtiendroient; et, quant aulx affaires d'Escoce, qui sont ceulx dont ilz débattent le plus, que indubitablement ilz les accommoderoient à leur advantaige avecques Voz Majestez, pourveu qu'ilz y gardassent le respect de vostre réputation et de l'honneur de vostre couronne.
Or, ay je, Madame, procuré l'ellection du milord de Boucaust comme le plus à propos, à deffault du comte de Lestre et de milord de Burgley, que de nul aultre seigneur de ceste court; mais je crois bien, qu'avant qu'il parte d'icy, qu'on vouldra sonder s'il pourra raporter nulz bons effectz de son voyage; dont ne fays doubte que par le Sr de Valsingam, ou par le Sr de Quillegrey à son arrivée, il n'en soit touché quelque mot à Voz Majestez, et encores à moy, icy. Dont vous suplie très humblement, Madame, me prescripre, par voz premières, si j'auray à continuer en cella le mesmes langaige que j'ay tenu jusques icy, ou bien y changer quelque chose; affin que je ne négocie rien qui soit pour aparoyr, peu ny prou, dissemblable, non d'une parolle seulement, de voz responces et moins d'une seule minute de voz intentions.
Je ne sçay si ceste princesse et son conseil se vouldront opiniastrer en la dure résolution, qu'ilz ont faicte, de la détention de la Royne d'Escoce, car ce seroit quasi vous couper broche, par ce préjudice, de ne tretter rien plus avecques eulx de tout le faict des Escouçoys, mais ilz muent si souvant d'adviz qu'il ne fault moins espérer de leur changement que de leur résolution; et je croy qu'il sera bon, Madame, que ceste icy soit seulement cogneue de Voz Majestez et de Monseigneur, sans encores monstrer que vous la sachiez, affin qu'on ne trouve estrange que vous veuillez, nonobstant icelle, entrer en intelligence et confédération avec la Royne d'Angleterre; et j'espère qu'il s'y trouvera des moyens honnorables et non trop mal aysez pour toutes Voz Majestez et pour le repos des trois royaulmes. Et sur ce, etc.
Ce XVe jour de novembre 1571.
CCXIXe DÉPESCHE
--du XXe jour de novembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Laurent de Mar._)
Procédure contre les seigneurs détenus à la Tour.--Nouvelles d'Écosse et d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Plaintes des Anglais contre les mesures prises à leur égard à Rouen.
AU ROY.
Sire, je vous ay escript, le Xe de ce moys, les propos que, deux jours auparavant, la Royne d'Angleterre et moy avons heu ensemble, et, le XVe, je vous ay mandé ce que, sur iceulx, les seigneurs de ce conseil ont heu despuys à me remonstrer, avec quelques aultres particullaritez de ceste court; et meintenant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que la dellibération de vous envoyer un seigneur de ceste court continue toutjour, ayant seulement esté changée de milord de Boucaust à maistre Smith et au docteur Vuilson; et que néantmoins ceste dernière dellibération se prolonge encores jusques après avoir sceu quel jugement pourra réuscyr contre ceulx qui sont dans la Tour; ce qui est aussi ung peu retardé par la malladie de milord de Burgley, lequel, à cause de la goutte, n'a peu, il y a plus de huict jours, bouger en façon du monde de son lict. Et cependant les amys de ces seigneurs détenus ne s'endorment sur les moyens de les justiffier, et de renverser, s'ilz peuvent, les conseilz de ceulx qui les veulent oprimer; en quoy se voyent beaucoup de simultez en ceste court, lesquelles ne sont du tout incogneues à ceste princesse, qui pourtant s'en donne beaucoup de peyne, et souvant en entre en grand collère, avec grosses parolles, contre ceulx d'auprès d'elle qui sont souspeçonnez de les favoriser ou de leur donner des adviz. L'on dict qu'après demain, au plus tard, leur cause sera mise devant les juges, dont se saura, incontinent après, ce qui en debvra résulter.
L'évesque de Roz est toujours renfermé avec eulx, et m'a la dicte Dame reffuzé que je puysse envoyer sçavoir comme il se porte au capitaine de la Tour, ny luy faire demander s'il a besoing de quelque chose de moy, m'ayant prié de vouloir surçoyer cest office, encores pour quelques jours, et que cependant rien ne luy manquera. Et m'a la dicte Dame mandé que la Royne d'Escoce se porte fort bien de sa santé.
Au surplus, Sire, millord de Housdon a escript à Barvyc qu'il a heu adviz comme ung vaysseau de Flandres est arrivé en Argil, en Escoce, au commancement de ce moys, avec des munitions et de l'argent pour ceulx de Lillebourg, mais qu'il ne peult encores bien mander toutes les aultres particullaritez; possible, Sire, que ce sera milord de Flemy qui sera arrivé par dellà. Il mande aussi que, le quinziesme du présent, il seroit prest avec le mareschal Drury et le capitaine Caje et le capitaine Bricquonel, et aulcuns aultres, pour aller accomplyr la commission que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandée en Escoce, qui est, Sire, comme j'entendz, pour presser infinyement ceulx de Lillebourg de délaysser le party de leur Royne; et, s'ilz y font reffuz, qu'il leur face de rigoureuses menasses et beaucoup d'offres aulx aultres tant de forces que d'aultres grandz moyens pour les y contraindre. Dont je vouldrois, de bon cueur, que Mr Du Croc fût desjà porté sur le lieu pour les confirmer, et pour faire incliner une partie des affaires à vostre dévotion; et me semble, Sire, que l'ellection, qu'avez faicte de luy, est fort bonne, car il a l'intelligence du pays, et croy qu'il sera esgallement accepté et aura authorité envers les deux partys.
Les choses d'Yrlande semblent donner encores ung peu de travailh en ceste court; car, oultre que Fitz Maurice poursuyt toutjour son entreprinse, et qu'il ne reffuze plus de venir aulx mains avec ceulx de la garnyson de la Royne, les ayant desjà battuz par deux foys en la campaigne, là où auparavant il ne les y osoit aulcunement attandre, l'on a, d'abondant, prins quelque deffiance du comte d'Ormont, parce que ses frères demeurent toujour de l'aultre costé, et que luy s'est de nouveau réconsilié avec le comte de Quilhdar, qui alloient eulx deux contre-poysant le crédit l'ung de l'aultre dans le pays, de quoy les Angloys se servoient, là où, à présent, leur amytié leur vient estre fort suspecte. Néantmoins icelluy d'Ormont monstre de vouloir venir icy remonstrer à la dicte Dame le dangier du pays, affin qu'elle advise d'y pourvoir.
Et, quant aulx différans des Pays Bas, il semble, Sire, que la victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans doubte qu'ilz eussent desjà vandu les merchandises qui sont icy en arrest, mais ilz temporiseront encores jusques à lundy prochain, sur l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le trésiesme de ce moys, le Sr Fiesque a esté dépesché pour apporter la ratiffication des articles.
Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites, impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exigées sur eulx à Roan, et de ce qu'on va icelles exécutant, à ce qu'ilz disent, avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance, contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce royaulme commance fort à se dégouster du traffic de la France, et avoir ung fort grand regrect à celluy d'Envers; et la pluspart des merchans, ayans délayssé la dicte ville de Roan, essayent pour ung temps de s'accommoder à Dieppe, et y envoyent descharger leurs navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui sera de tant plus vollontiers accepté. Ceulx de Roan aussi se pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par deçà, dont, s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modération entre les deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui est tout ce que, pour ceste heure, j'ay à adjouster à la présente, laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce à celle qu'il vous a pleu m'escripre du IIe du présent. Et sur ce, etc.
Ce XXe jour de novembre 1571.
CCXXe DÉPESCHE
--du XXVIe jour de novembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le maréchal de Vitré._)
Procédure contre le duc de Norfolk.--Gravité que prend l'accusation.--Lettre écrite par le duc à Élisabeth pour accuser Leicester.--Irritation de Leicester.--Plaintes de la reine d'Écosse.
AU ROY.
Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desiré d'estre advertye de l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de résouldre le partement de celluy qu'elle dellibère d'envoyer devers Vostre Majesté, il est advenu que, d'un costé, milord de Housdon luy a escript que les seigneurs escouçoys des deux partys sont en très bons termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guières à présent chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne mande les particullaritez; et, de l'aultre costé, elle a sceu que le Sr Fiesque est desjà deçà la mer avec tout pouvoir et ample ratiffication des articles. Je ne sçay si, sur le poinct que la restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de nouveau.
Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les choses en suspens, néantmoins il se poursuyt avec grand dilligence, despuys que milord de Burgley est relevé de sa goutte; et dict on que, de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'évesque de Roz, résulte desjà assés qui suffit pour faire voir à Vostre Majesté, et à toute la Chrestienté, que ceste princesse a heu grande occasion de procéder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je m'en raporte bien à ce qui en est. J'espère que, dans bien peu de jours, le voyage de mestre Smith se résouldra, et que je sçauray le jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr.
J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict à la Royne d'Angleterre, en laquelle il allègue le comte de Lestre, qui en reste si offancé que, là où auparavant il monstroit de luy estre amy, il semble, à ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire.
La Royne d'Escoce m'a faict, à grand difficulté, entendre de ses nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup à faire à se meintenir en santé, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice, et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles rudesses contre elle; ce qui lui faict, après Dieu, invoquer à toute heure la faveur et protection de Vostre Majesté, et vous adresser toutes ses larmes comme à son seul reffuge, affin qu'il vous playse avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons subjectz; et qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoyé une lettre à ceste Royne, et qu'on a dépesché, sur l'audition de l'évesque de Roz, un secrétaire devers elle, pour avoir la vériffication de quelque faict.
L'on dict que le comte de Montgomery est arrivé à Plemue, ou qu'il y doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de novembre 1571.
CCXXIe DÉPESCHE
--du dernier jour de novembre 1571.--
(_Envoyée jusques à Calais par Richard Jary de Beaumont._)
Déclaration qu'il y a lieu de poursuivre le duc de Norfolk comme criminel de lèze-majesté.--Appareil dressé pour son exécution, avant même qu'il ait pu être jugé.--Crainte que l'évêque de Ross ne coure également péril de la vie.--Nouvelles d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Arrivée à Londres du comte de Montgommery.--Nécessité de faire quelque démonstration en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.
AU ROY.
Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil estoient merveilleusement occupez à faire parachever, sur la fin de ce terme, le procès contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers déporté d'aller rien négocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guières grand argument pour le faire, et qu'il m'a semblé qu'ilz vouloient voyr le fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que j'ay bien vollu, Sire, vous réserver l'advantaige de ne les aller requérir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre Majesté, qui est de vostre amytié et de vostre intelligence. Et cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent à la succession de ceste couronne, se sont ressucitées plus vifves que jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime pouvoir servyr à fortiffier et advancer sa prétention; en quoy ilz meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste princesse si irrésolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner à cognoistre, qu'elle ne sçayt auquel se debvoir bonnement résouldre, d'où vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans indignité, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre à l'acomplir.
Mècredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a esté miz, suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et quatre bourgeois, lesquelz, à ce que j'entendz, ont arbitré qu'en celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez comme cas de lèze majesté à ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert encores assés clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy ensuyvant, l'on a commancé, avant jour, avec les flambeaux, de travailler à dresser ung eschaffault et une potance à la place devant la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y exécuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera aultant de l'évesque de Roz, comme estant le principal autheur de la rébellion. J'ay desjà, au nom de Vostre Majesté, incisté à la dellivrance de ce segond, et sçay que sur cella il a esté une foys arresté en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procéder criminellement contre luy, que néantmoins l'on s'en déporteroit; mais ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et évesque catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy.