Part 21
Ceulx qui tiennent Lillebourg assiégé sont, à ce que j'entendz, en nombre de quatre mil hommes, dont les neuf centz sont harquebouziers, et ont sept pièces d'artillerie; sçavoir: deux collouvrines, deux moyennes et deux pièces de fer de fonte, et ung faulconneau, mal pourveuz, au reste, de oustilz et de gabions pour faire aproches. Les assiégez font courir le bruict qu'ilz ont assez de vivres pour ung an pour les hommes, et encores pour six mois pour leurs chevaulx, et que leurs gens de guerre sont bien payez. Ilz ont quatre centz chevaulx, qui font assés souvant des saillies, et les deux filz du duc de Chastellerault sont en campaigne, qui assemblent gens; et le lair de Fernyrsth en lève aussi quelques ungs en la frontière pour donner le plus d'ennuy qu'ilz pourront à ceulx de dehors. Mercredy dernier, milord de Housdon a esté envoyé en dilligence à Barvyc, et publie l'on qu'il y va pour pourvoir que nul dangier n'advienne à ceste place par la querelle de ceulx de la garnyson et des habitans, qui s'est naguières suscitée entre eulx; mais, en effect, j'entendz que sa plus expresse commission est d'avoir l'œil sur le siège de Lillebourg, et de pourvoir aulx choses que les assaillantz pourront avoir faulte, et mesmes leur faire couler secrectement quelques soldatz de Barvyc, s'ilz en ont besoing. Ce que je vous suplie très humblement, Sire, vouloir bien considérer.
Il se parle en ceste court de faire une brave entreprinse pour achever l'entière conqueste d'Yrlande, et plusieurs jeunes gentilzhommes et particulliers de ce royaulme s'y aprestent, leur ayant esté promiz que ce qu'ilz subjugueront de pays sera à eulx, réservé seulement la souveraineté et ung denier pour acre de terre à la Royne, leur Mestresse; et semble que milord Sideney qui auparavant se monstroit fort dégousté de la charge d'Yrlande, soit, à ceste heure, pour ceste occasion, assés desireux d'y retourner.
Le Sr de Lumey faict toute la dilligence qu'il peult de recouvrer icy équipaige pour se mettre en mer, et inciste fort que les vaysseaulx du prince d'Orange puyssent avoir leur retrette, et recouvrer vivres, et descharger leurs prinses par deçà, et qu'il sera baillé caution d'indempnité en Allemaigne de tout le dommaige qui en pourra advenir à ce royaulme. Le Sr Thomas Fiesque s'attend, d'heure en heure, en ceste court, avec le pouvoir du duc d'Alve pour ratiffier l'accord de la restitution des merchandises, et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel m'a convyé, despuys quatre jours en çà, en son logis, m'a dict qu'il n'y restoit plus aulcune difficulté du costé du Roy, son Maistre; et m'a dict davantaige estre bien adverty que la Royne d'Angleterre persévère de vouloir conclurre sa ligue avec les princes protestantz, tant d'Allemaigne que de France, et que ceulx cy asseurent tout ouvertement que Vostre Majesté en sera bien contant. A quoy je luy ay respondu que la dicte Dame la pourra bien conclurre avec les Allemans, mais que Vostre Majesté gardera bien comme voz subjectz n'en conclurront point avec elle, ny avec nul prince estrangier, et que vous n'avez garde de laysser rien aller en cest endroict, pourveu que vous le puyssiez empescher, qui puysse estre au préjudice de la religion catholique, ny au dommaige de voz alliez et confédérez; et que seulement vous desirez de bien conserver la paix de vostre royaulme, et de soigneusement pourvoir qu'on ne la vous puysse altérer. Sur ce, etc.
Ce XXXIe jour d'octobre 1571.
CCXVIe DÉPESCHE
--du Ve jour de novembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
État de la négociation des Pays-Bas.--Conférence de l'ambassadeur et de Leicester.--Levée du siége de Lislebourg.--Explication que l'on doit donner en France sur l'argent destiné pour l'Écosse qui a été saisi.
AU ROY.
Sire, j'ay esté convyé, comme de coustume, le XXIXe du moys passé, au festin du maire de Londres de ceste année, et l'ambassadeur d'Espaigne n'y a poinct esté, mais ouy bien le Sr de Suavenguem, depputé des Pays Bas, auquel les seigneurs de ce conseil, qui s'y sont trouvez en bon nombre, luy ont donné lieu fort honnorable devant eulx, incontinent après moy, et luy ont faict fort grande caresse. J'ay aprins, tant de luy que d'eulx, qu'ilz espèrent bientost l'entier accord de leurs différans par l'arrivée du Sr Fiesque, lequel ilz attendent, d'heure en heure, et ne sçavent que penser à quoy il tient, despuys qu'ilz ont heu adviz que le duc d'Alve luy avoit délivré la ratiffication des articles, qu'il ne soit desjà icy; et pensent quelques ungs que le retardement vient de ce que le dict duc se sent offancé de la publication des placartz, qu'on a naguières imprimez en ceste ville, qui font expresse mention qu'il a aspiré à la rébellion de ce royaulme; mais je ne pense pas que pour cella le dict accord s'interrompe.
Le comte de Lestre m'a dict, en ryant, que la Royne, sa Mestresse, délibéroit de me faire trois querelles, aussitost qu'elle me verroit: la première, sur les deux mil escuz que je redemandois comme envoyez par vostre commandement au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, là où Voz Majestez Très Chrestiennes avoient respondu au Sr de Valsingam qu'ilz estoient provenuz de l'arsevesque de Glasco, et ne s'adressoient nullement à vostre agent; la segonde, que j'avoys retiré le secrétaire de l'évesque de Roz en mon logis; et la troisiesme, qui seroit la plus aspre, que j'avois trop plus instantment poursuyvy les affaires de la Royne d'Escoce que je n'avois heu commandement de le faire, et avoys toutjours trop plus parlé la part d'elle, que non paz la sienne envers Voz Majestez.
A quoy j'ay respondu que la Royne, sa Mestresse, quant elle auroit bien entendu comme le tout a passé, non seulement cesseroit me quereller, mais me jugeroit avoir toutjour bien mérité de sa bonne grâce, et que Voz Majestez la pouvoient encores satisfaire de la première et de la dernière de ses dictes querelles, sachant certainement que la responce, que vous aviez faicte à son ambassadeur, ne contravenoit en rien, pour le regard de l'argent, à ce que, du commancement, je leur en avois, à la vérité, racompté, et, s'il playsoit à la dicte Dame vous en faire encores parler et faire recercher de messieurs voz secrétaires des commandemens l'ordonnance que j'en avois heue par voz précédantes dépesches, elle trouveroit n'y avoir ny plus ny moins en cella que je luy en avois desjà dict; et, quant au soing des affaires de la Royne d'Escoce, je craignois que le Sr de Valsingam eust plus cogneu de courroux, en Voz Très Chrestiennes Majestez, de ce que j'y avois esté froid et remiz, que non pour y avoir excédé voz commandemens; que j'avoys toutjour procuré à la Royne, sa Mestresse, plus qu'à nul prince, ny princesse de la terre, l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez; bien estoit vray que j'avois toutjours desiré que ce fût sans intéresser vostre grandeur, ny diminuer rien de vostre réputation; et que, touchant le secrétaire de Mr de Roz, que, à la vérité, il avoit esté en mon logis, comme les aultres serviteurs de la Royne d'Escoce, mais toutz s'en estoient despuys allez; et je ne sçavois, à présent, ou il estoit, dont s'ilz le m'eussent demandé, quant il estoit icy, je n'eusse failly de le leur exiber, pourveu qu'ilz m'eussent promiz de ne luy faire point de mal; que je prenoys tant de confiance ez propres déportemens, dont j'avois usé en ce royaulme, que j'oserois toute ma vie me présanter fort franchement à la Royne sa Mestresse, et espérer toutjour sa faveur et bon visaige; ce que si je ne pouvois obtenir, au moins ne laysseroys je de l'avoyr par bons offices aultant bien mérité que gentilhomme qui ayt jamais esté ambassadeur auprès d'elle.
Il m'a prié là dessus d'aller trouver la dicte Dame aussitost que j'aurois nouvelles de Vostre Majesté, et que, ce pendant, elle auroit faict l'ellection de celluy qu'elle vous veult dépescher, dont desireroit que ce peult estre luy mesmes ou milord de Burlay, mais les présens affaires de ce royaulme les empeschoient toutz deux; néantmoins que, quel que se fût, j'en serois adverty incontinent, et qu'il viendroit, puys après, et aulcuns du conseil faire ung jour de bonne chère en mon logis.
Cependant, Sire, milord de Housdon a continué son voyage à Barvyc, et j'entendz qu'il a esté mandé aulx recepveurs des quatre comtez plus prochaines du dict lieu, d'y aporter les deniers du quartier d'octobre, où nous sommes, ce qui me faict souspeçonner quelque levée de gens et quelque entreprinse contre les Escouçoys; et desjà se parle icy de l'arrivée de milord Dacres avec milord de Sethon en Escoce, ce que je n'ay encores sceu de lieu assés bon pour le vous ozer asseurer. Tant y a que, s'il est ainsy, ce sera une grande colleur aulx Anglois d'envoyer forces de dellà contre ceulx qu'ilz tiennent pour rebelles; et se parle aussi, Sire, que ceulx d'Esterlin ont levé le siège de devant Lillebourg, et qu'ilz ont retiré leur artillerie de nuict, et ont faict leur retrette au Petit Lith, non sans y estre poursuyviz jusques dans leur rempartz; ce que je mettray peyne de vériffier davantaige. Et sur ce, etc.
Ce Ve jour de novembre 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Comme je fermoys la présente, m'est arrivé, d'ung costé, la dépesche de Vostre Majesté, du XXe du passé, et, de l'aultre, la confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir ozé donner l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay receu l'advis que maistre Pierre Caro est desjà désigné pour aller devers Vostre Majesté, et qu'il sera faict vischamberlan et du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien estimé par deçà, assés bien affectionné à la France et fort intime de milord de Burgley.
A LA ROYNE.
Madame, sellon les propos que le comte de Lestre m'a naguières tenuz, lesquelz je récite en la lettre du Roy, le Sr de Valsingam semble n'avoir bien comprins la responce que Vostre Majesté luy a faicte, touchant les deux mil escuz qui alloient en Escoce, bien qu'il l'a au moins escripte en façon que la Royne d'Angleterre ne doubte plus que je ne les aye baillez, mais dict que Vostre Majesté n'advouhe pas qu'ilz soient provenuz du Roy ny qu'ilz fussent envoyez au Sr de Vérac, son agent en Escoce. A quoy, Madame, je vous suplie très humblement que, la première foys que le dict Sr de Valsingam viendra à l'audience, il vous playse luy dire qu'après vous estre mieulx informée du faict des dicts deniers, vous avez trouvé que la moictié d'iceulx provenoit du Roy, et l'aultre moictié d'une partie que Mr de Glasco m'avoit adressée; mais que le tout estoit envoyé par vostre commandement au Sr de Vérac, et que pourtant vostre vouloir est qu'ilz soient remiz en mes mains: car, Madame, cella emporte grandement à la réputation de voz affaires, et au bien de vostre service par deçà. Et encores semble que le dict Sr de Valsingam n'ayt bien remonstré à la Royne, sa Mestresse, que Voz Majestez ayent à cueur le faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme. Néantmoins j'espère aller trouver bientost la dicte Royne, sa Mestresse, pour continuer toutjours la gracieuse négociation d'amytié et de bonne intelligence, qui est commancée entre Voz Majestez et elle, et réduyre le tout aulx meilleurs termes qu'il me sera possible. Et sur ce, etc.
Ce Ve jour de novembre 1571.
CCXVIIe DÉPESCHE
--du Xe jour de novembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Affaires d'Écosse.--Audience.--Assurances réciproques d'amitié.--Mise en jugement des seigneurs qui sont détenus à la Tour.--Déclaration de l'ambassadeur que le roi est sommé de secourir les Écossais.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à charger le nouvel ambassadeur envoyé en France d'entrer en négociation à ce sujet.--Victoire de Lépante.--Inquiétude que cette nouvelle cause en Angleterre.
AU ROY.
Sire, le segond jour que Lillebourg a esté assiégé, ceulx de la ville ont miz ung soldat, serviteur de la Royne d'Escoce, dehors, qui a prins le hasard de me venir trouver, lequel m'a apporté, en douze petites pièces de papier, cachées sur luy, douze petitz chiffres du Sr de Vérac, desquelz je vous envoye l'extrêt: par où vous verrez, Sire, en premier lieu, la nécessité de ceulx qui suyvent le party de Vostre Majesté par dellà; secondement, ce que le Sr de Vérac juge estre besoing de faire, non seulement pour les fortiffier, mais pour les emparer de vostre protection par lettres expresses de Vostre Majesté; et tiercement, les dilligences que la Royne d'Angleterre faict pour supprimer du tout l'authorité de la Royne d'Escoce et relever celle du petit Prince son filz, espérant que, par la protection qu'elle se veult attribuer du dict Prince, et de l'establissement qu'elle veult donner à ceux qui deppendent d'elle, par dessus ceulx qui dépendent de Vostre Majesté, de tirer enfin toute l'Escoce à sa dévotion. Sur quoy, Sire, j'ay renvoyé en dilligence le mesmes soldat avec pareil nombre de petitz chiffres, au dict Sr de Vérac, affin de confirmer et conforter les seigneurs du bon party.
Et incontinent après, je suys allé trouver la Royne d'Angleterre pour continuer la gracieuse négociation d'amytié, qui est commancée entre Voz Majestez, et l'ay asseurée fermement de vostre bonne et droicte intention vers elle, et qu'elle ne doibt faire aulcun doubte que celluy des seigneurs de son conseil, qu'elle vous envoyera, ne luy raporte tout ce qu'elle vouldra honnorablement desirer de vostre amytié, et que tant plus vous entendrez qu'il sera inthime et confident d'elle, plus Voz Majestez Très Chrestiennes s'eslargiront à parler ouvertement et franchement avecques luy; que vous estes bien marry de l'ennuy et fâcherie qu'elle a de ces entreprinses, qu'elle a descouvert qu'on vouloit faire contre elle et contre son estat; et qu'il n'est rien en quoy elle vous veuille employer, pour les remédier et pour meintenir sa grandeur et le repoz de ses subjectz, que vous n'y soyez aussi disposé comme pour vostre propre bien; que Monseigneur vostre frère s'y offre, avec tout le moyen qu'il a, et d'y employer aultant vollontiers sa propre personne, qu'en entreprinse où Dieu l'ayt jamais conduict; que tout ainsy que vous desirez la prospérité de ses affaires, ainsy luy voulez vous faire part du bon progrez des vostres; et comme, par une conférance des seigneurs de vostre conseil avec monsieur l'Admyral et ceulx de la nouvelle religion, vous avez miz une résolution à toutes les difficultez qui pourroient survenir sur l'entretennement de vostre éedict de pacciffication, de sorte qu'il ne reste rien qui puysse jamais plus ralumer le feu en vostre royaulme; de quoy vous avez bien vollu vous conjouyr avec elle comme très asseuré qu'elle en est véritablement bien ayse.
Lesquelz propoz, Sire, je vous puys asseurer qu'elle a monstré de les recevoir toutz à ung très singulier playsir, et, après avoir usé de plusieurs sortes de très honnestes mercyemens, sur la continuation de la bonne vollonté et bienveuillance, dont Voz Majestez et Monseigneur voulez persévérer vers elle, et de voz honnorables offres au meintien de son estat, qui est chose qu'elle met en très grand compte, et ayant commémoré plusieurs choses à vostre grande louange, et de la Royne vostre mère, et de Monseigneur, et nomméement de l'intégrité, droicture, vérité et plusieurs sortes de grande valleur qu'elle sçayt qui resplendissent en Vostre Majesté, elle m'a dict qu'elle se veult perfectement confirmer en vostre amytié et bonne intelligence; et qu'à cest effect elle vous dépeschera sans doubte ung personnaige d'honneur, aussitost que ces affaires criminelz, qui tant la tourmentent, luy en auront layssé prendre le loysir, et que cependant elle vous fera par son ambassadeur entendre la juste occasion du retardement. Puys, en lieu de la querelle, que le comte de Lestre m'avoit adverty qu'elle me feroit, qui n'a esté que du secrétaire de Mr de Roz, lequel elle m'a dict que j'avois retiré en mon logis, à quoy je luy ay fort bien satisfaict, elle m'a remercyé au reste des bons déportemens qu'elle s'aperçoyt et descouvre, de jour en jour, que je use et que j'ay toutjour usé en ceste mienne charge par deçà; ce qui luy faict prendre plus grande confiance de Vostre Majesté, qui estes mon Mestre; et s'est prinse là dessus à me compter fort privéement d'aulcuns poinctz, qu'elle dict qui se vériffient contre ceulx qui sont dans la Tour, et que leur cause s'en va desjà toute instruicte pour la mettre du premier jour en jugement; et a faict son discours là dessus assés long.
Puys, j'ay reprins le propos pour luy dire qu'en la dernière partie de la lettre, que j'avois receue de Vostre Majesté, du XXe du passé, estoit contenu que Mr de Glasco, milord de Flemy et milord de Levinston vous estoient venuz remonstrer le misérable estat de la Royne, leur Mestresse, jusques à vous parler du dangier qu'ilz craignoient de sa vie, et qu'elle n'estoit plus tenue comme libre, ny comme princesse souveraine, et qu'on n'avoit esgard à sa qualité royalle, ny à celle de son ambassadeur, non plus qu'à personnes privées; et davantaige vous avoient remonstré la désolation de leur pays, dont vous avoient instantment requiz de leur déclairer trois choses: la première, si, après avoir longuement espéré en Vostre Majesté et avoir attandu, avec grand pacience et avec la grand ruyne de leur estat, que vous eussiez miz fin aulx guerres et troubles du vostre, vous vouliez poinct, à ceste heure, faire une ouverte démonstration, pleyne d'effect, d'entretenir l'alliance qu'ilz ont de tout temps avec vostre couronne, sellon que les trettez vous y obligeoient, et mettre quelque prompt remède en leurs affaires; la segonde, si vous vouliez pas meintenir en vostre protection la Royne d'Escoce et le Prince son filz, et son royaulme, et les bons subjectz du pays, ainsy que vos prédécesseurs l'avoient toutjours faict, ou s'il leur conviendroit d'avoir meintenant leurs recours ailleurs; et la tierce, si vous vouliez pas incister aulx promesses que la dicte Royne d'Angleterre vous avoit faictes pour le bon trettement, et la liberté, et restitution de la Royne d'Escoce. A quoy Vostre Majesté, meu d'une magnanimité et générosité naturelle de ne vouloir deffaillir à voz amys et alliez, leur aviez respondu qu'ilz eussent à bien espérer de vous en tout ce que les trettez de l'alliance vous pouvoient obliger vers eulx, et que vous vouliez prendre temps d'en dellibérer avec vostre conseil pour mieulx leur satisfaire, qui estoit ung dilay que vous aviez prins pour en conférer avec le Sr de Valsingam, lequel vous aviez prié de remonstrer à la dicte Dame qu'encor qu'à vous eust touché, plus qu'à nul prince du monde, de vous entremettre des affaires de la Royne d'Escoce et des Escouçoys, néantmoins, pour le respect que vous aviez heu à son amytié, vous n'y aviez, ces quatre ans passez, vollu faire aulcune démonstration qui excédât la forme d'une bien honneste prière, que vous luy aviez toutjour continuée, d'y vouloir procéder par voye de tretté et de quelque bon accord, non tant à condicions égalles que advantaigeuses pour elle, et que vous vous y estiez plus porté en amy commun, et encores partial pour la dicte Royne d'Angleterre, que non comme allié et confédéré des Escouçoys; et que meintenant, que vous estiez contrainct ou de faire une ouverte démonstration en leur secours, ou une honteuse déclaration de les habandonner, au perpétuel préjudice de vostre réputation, et intérestz de vostre grandeur, que vous desirez infinyement vous esclarcyr avec elle comme vous pourriez, tout ensemble, satisfaire à vostre debvoir vers eulx, et à l'amytié que vous voulez conserver inviolable avec elle.
Sur quoy elle m'a paysiblement respondu, qu'elle n'avoit garde de cercher condicions, en l'amytié qu'elle vouloit faire avec Vostre Majesté, qui peussent rien diminuer de vostre honneur ny de vostre grandeur, car elle l'estimeroit de nulle durée; tant y a que c'estoit sellon son droict qu'elle se mesloit des choses d'Escoce, car, oultre les occasions qu'elle en avoit de présent, qui estoient notoires, toutes les foys que, par le passé, estoit survenu différand de l'estat entre les Escouçoys, les Roys d'Angleterre en avoient décidé et en avoient esté les arbitres, et qu'à ceste heure il ne restoit plus que le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, et les Srs de Granges et de Ledinthon, que toutz ne fussent rengez à l'obéyssance du jeune Prince; et que ceulx là mesmes, pourveu qu'ilz peussent capituler de leurs biens et de la seurté de leurs personnes, estoient prestz de s'y soubzmettre, ainsy qu'ilz le luy avoient desjà escript, et mandé qu'à cest effect ilz envoyeroient Robert Melvyn devers elle; duquel, et de ce que milord de Housdon pourroit avoir commancé de négocier par dellà, elle en attandoit, d'heure en heure, des nouvelles, et croyoit que vous trouveriez ses déportemens en cella justes et raysonnables; mesmement qu'elle ne cerchoit de se faire plus grande du costé d'Escoce, ny empescher que les Escouçoys ne pussent suyvre leurs anciennes confédérations et alliances avec Vostre Majesté, et qu'ainsy le pourtoit l'instruction qu'elle en avoit envoyé par dellà.
Sur quoy, Sire, luy ayant seulement répliqué qu'il failloit que vous demeurissiez arbitre de ce qui pourroit toucher à vostre honneur et à vostre intérest en cella, elle m'a dict qu'elle estoit très contante de s'en esclarcyr avecques vous, et que celluy qu'elle vous envoyeroit en auroit bien ample commission. Puys sommes passez à parler de ceste tant grande victoire[16] que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a publiée de l'armée de mer du Roy, son Maistre, sur celle du Turcq, de quoy la dicte Dame a mandé en ceste ville d'en rendre grâces à Dieu; auquel je prie, etc.
Ce Xe jour de novembre 1571.
[16] La victoire de Lépante, ou des Cursolaires, remportée, le 7 octobre 1571, par la flotte combinée des chrétiens sous les ordres de don Juan.
A LA ROYNE.
Madame, j'escriptz en la lettre du Roy ung peu au long ce que les seigneurs d'Escoce, qui suyvent vostre party, m'ont mandé et ce que je leur ay respondu, affin que Voz Majestez puyssent plus clairement juger des choses de dellà, et me commander comme j'auray à me conduyre icy sur icelles. Je mande aussi ce qui s'est passé en ceste dernière audience avec la Royne d'Angleterre, et comme elle persévère de desirer l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez Très Chrestiennes, et néantmoins ne laysse de persévérer toutjours en ses dellibérations sur l'Escoce. Or ay je cogneu, Madame, qu'elle s'est donnée quelque souspeçon de ceste tant absolue victoire, que l'ambassadeur d'Espaigne luy a mandée par escript que le Roy, son Maistre, avoit gaignée sur le Turc, comme s'il heust desjà tant achevée ceste guerre, qu'il ne restât plus aulcun vaysseau au Turc pour s'oser plus monstrer en mer; et que le dict Roy Catholique fût pour torner, à ceste heure, ses entreprinses de mer, du costé de deçà, sur l'Yrlande, ou à venger ces injures des prinses. Et luy en est creu le doubte, parce que le Sr Thomas Fiesque met beaulcoup à apporter la conclusion de l'accord des dictes prinses; néantmoins il a escript qu'il espère partir dedans huict jours, et que le retardement n'est que la difficulté qu'aulcuns merchans ont faicte de soubsigner les articles, lesquelz ilz estiment estre trop à leur perte, néantmoins qu'il les a enfin persuadez de s'en contanter, et les leur a faict signer; mais la goutte cependant a prins si fort à la main du duc d'Alve, qu'il n'a peu ny signer iceulx articles, ny la dépesche du dict Fiesque; qui pourtant est encores arresté pour bien peu de jours, mais que le tout estoit en fort bons termes, et qu'il partyroit sans doubte aussitost que le dict duc se trouveroit ung peu mieulx. Et sur ce, etc.
Ce Xe jour de novembre 1571.