Part 20
Affaires d'Écosse.--Nouvelles instances en faveur de Marie Stuart.--Déclaration de l'ambassadeur que Lislebourg est placée sous la protection du roi.--Résolution prise par Élisabeth d'envoyer un message en France.--Justification de l'ambassadeur au sujet des plaintes faites contre lui par Walsingham.--Négociation du mariage du duc d'Anjou.--Danger qu'il y aurait à faire la proposition du mariage pour le duc d'Alençon.
AU ROY.
Sire, je n'ay jamais porté moins de respect à la Royne d'Angleterre ez propos que j'ay heu à luy tenir, despuys que je suys en ceste charge, que si ce eust esté à Vostre mesmes Majesté, laquelle, après celle de Dieu, je suys tenu et la veulx honnorer et révérer plus que nulle de ce monde; et pourtant ne craignez, Sire, que la façon et les termes, dont je luy useray sur le faict de la Royne d'Escoce et des Escouçoys, la puyssent offancer, mais c'est qu'elle veult bien fort que vous ayés ceste matière, laquelle luy est infinyement à cueur, pour tousjour délayssée, et faict semblant de trouver mauvais que vous luy en faciez parler, bien que, en effect, elle et les siens m'advouhent souvant que voz instances là dessus ne sont que très raysonnables, et qu'il n'est possible d'y aller plus modestement, ny avec plus d'observance de l'amytié de la Royne d'Angleterre, que vous faictes; et est à craindre, Sire, veu l'estat où est la Royne d'Escoce et celluy de son royaulme, qu'on y souspeçonne plustost du deffault que de l'excez. Vray est que je sçay bien que ceste vostre persévérance, qu'avez monstrée par moy vers vostre alliée et vers voz alliez, faict que la Royne d'Angleterre desire plus ardentment vostre alliance, et de contracter une bonne intelligence avec Vostre Majesté. Je vous ay desjà, Sire, assés au long exprimé par mes précédantes lettres comme, sur les trois poinctz que j'ay requiz à ceulx de ce conseil, (de n'estre rien innové au trettement de la Royne d'Escoce, de me donner satisfaction des deux mil escuz, et de vouloir entendre à quelque bon expédiant pour la paciffication des Escouçoys), ilz m'avoient respondu, tout à ung mot, que, pour ceste heure, la Royne, leur Mestresse, ne vouloit entendre à rien de tout cella, et qu'elle en feroit satisfaire Vostre Majesté par son ambassadeur.
Despuys, j'ay esté adverty qu'elle a despesché en dilligence le capitaine Caje au mareschal de Barvyc pour le faire aller devers ceulx de Lillebourg, affin de les exorter à se réunyr à l'obéissance de leur jeune Roy avec ceulx d'Esterlin, ou elle leur déclairoit que, sans respect de qui que ce fût au monde, elle envoyeroit ses forces par dellà pour les y renger; et, sur ce, avoit esté desjà faict icy une création de capitaines et ung despartement de charges sur les forces de terre, et préparé vivres pour avitailler deux grandz navyres, et douze centz hommes pour trois moys par mer, et, d'abondant, qu'on faisoit préparer le chasteau de Herfort pour y remuer la Royne d'Escoce et bailler la garde d'elle à ser Raf Sadeler, qui n'est du nombre des comtes, ny des barons du royaulme, avec très grand souspeçon de mauvais trettement à la personne, et, possible, à la vie de ceste princesse. Dont j'ay estimé, Sire, qu'il convenoit à vostre réputation et au bien de vostre service que je disse aulx seigneurs de ce conseil que la bonne foy ne comportoit que la Royne, leur Mestresse, d'un costé, monstrât de desirer vostre amytié, et que, de l'aultre, elle vous fît injure, car elle sçavoit que la Royne d'Escoce estoit vostre belle sœur; et que je leur déclaroys tout ouvertement que vous aviez receu Lillebourg et ceulx qui sont dedans à vostre protection, par ainsy, je les prioys que, en l'endroict d'elle et pareillement d'eulx, il fût uzé de quelque respect pour l'amour de vous.
A quoy, pour le regard de la dicte Royne d'Escoce, ilz ne m'ont donné meilleure satisfaction que de m'alléguer plusieurs occasions d'offance que la Royne d'Angleterre prétend contre elle, et qu'on vous fera une telle déclaration de ce qu'elle avoit projetté de faire, pour se soustraire de vostre alliance, que vous n'aurez plus ocasion d'avoir soing, ny souvenance d'elle; et, au regard des Escouçoys, ilz m'ont respondu qu'ilz feront en sorte que la Royne, leur Mestresse, y procèdera, le plus qu'il sera possible, sellon vostre desir et intention; et sur le reste de la négociation que j'ay continué avec eulx, despuys ma dernière audience, ilz m'ont résoluement asseuré que la dicte Dame envoyera bientost ung principal seigneur de ce conseil devers Vostre Majesté. Et je pense avoir desjà tant faict, Sire, que ce sera milord de Burgley, mais quant j'en seray encores plus certain, et que je sçauray le temps de son partement, j'en advertiray en dilligence Vostre Majesté, ayant opinion que de son voyage et de ceste sienne commission a de résulter tout l'effect de ce que pouvez espérer de ceste princesse et de ce royaulme. Sur ce, etc.
Ce XVe jour d'octobre 1571.
A la lettre, que Vostre Majesté a escripte à la Royne d'Angleterre pour le passeport de Mr de Glasco, il m'a esté respondu qu'en façon du monde elle ne veult qu'il viegne en Angleterre.
A LA ROYNE.
Madame, j'ay fort curieusement considéré les propos qui ont esté tenuz, entre Vostre Majesté et l'ambassadeur d'Angleterre, sellon qu'ilz sont fort bien et fort dilligentement recueilliz, en la lettre qu'il vous a pleu m'escripre du XXVIIIe du passé. Et, pour le regard de ce qu'il a commancé de vous faire quelque pleinte de moy, je sçay, Madame, que je vous ay ordinairement randu ung si véritable et si particullier compte, de tout ce que j'ay dict et négocié par deçà, qu'il ne vous a peu dire rien de nouveau, aussi ne veulx je faillyr de remercyer très humblement Vostre Majesté pour la favorable responce que luy avez faicte de la bonne opinion, en quoy il playt au Roy et à vous me tenir, laquelle me suffit pour l'entière justiffication de mes actions, qui ne sont vouez qu'au seul service de Voz Majestez; et j'espère, Madame, que, dans peu de jours, vous l'ouyrez parler en aultre façon de moy, sellon que la Royne, sa Mestresse, et ses deux principaulx conseillers m'ont dict, touchant l'inquisition qu'ilz avoient faicte de moy à cause de ces deux mil escuz, qu'il n'a esté trouvé que j'aye jamais faict ny dict chose, en ceste charge, qui ne soit bonne et honneste. Il est vray, Madame, que j'eusse bien vollu qu'il vous fût souvenu de luy parler du dict argent en la façon que auparavant j'en avois escript, mais cella se pourra rabiller la première foys que luy donrez audience, et suys très ayse que luy ayez ainsy sagement et vertueusement respondu, comme avez faict, touchant la Royne d'Escoce, affin qu'en la manière de procéder, dont l'on use icy contre elle et contre les Escouçoys, l'on y aille plus réservé. Et quant au propos du mariage, si j'eusse heu vostre lettre avant aller à l'audience, j'eusse suyvy exactement les termes d'icelle, tant y a que je n'ay point outrepassé ceulx de la précédante dépesche du XXVIIe: et est à considérer, Madame, qu'en telles matières, il se trouve toutjour d'honnestes excuses et interruptions jusques à la porte de l'esglize. Je crains seulement que ceste expression: «_de vouloir avoir l'exercice public et libre de la religion_,» si le Sr de Valsingam en escript par deçà, ne réfroydisse ou ceste Royne d'envoyer devers Voz Majestez, ou milord de Burgley de faire le voyage; tant y a que j'en mèneray la pratique ainsy soubdain et chauldement comme je l'ay commancée. Et, au regard d'introduyre le segond propos de mariage, il semble, Madame, qu'il sera beaucoup meilleur d'atandre à le toucher sur quelque occasion des choses que milord de Burgley pourra dire ou proposer par dellà, car je voys bien qu'il n'est encores temps d'en parler icy; tant y a que, en ceste et aultres particullaritez de vostre lettre, je métray peyne d'y observer le temps et l'ocasion pour m'y conduyre tout ainsy qu'il vous playt me le commander. Sur ce, etc. Ce XVe jour d'octobre 1571.
CCXIIe DÉPESCHE
--du XXe jour d'octobre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)_
Affaires d'Écosse.--Assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth a renoncé à user de rigueur contre Marie Stuart, et que tout envoi de secours en Écosse est suspendu.--Procédure contre le duc de Norfolk.--Arrestation de lord Coban.--Fuite du comte Derby.
AU ROY.
Sire, d'avoir ainsy remonstré aulx seigneurs de ce conseil ce que je vous ay mandé par mes précédantes, qu'il ne pourroit convenir à la bonne foy de la Royne d'Angleterre qu'elle monstrât, d'ung costé, de chercher vostre amytié, et que, de l'aultre, elle vous fît injure à maltretter la Royne d'Escoce, qui est vostre belle seur, ou à faire quelque entreprinse contre ceulx de Lillebourg, qui sont en vostre protection, il est advenu qu'on ne parle plus de remuer la dicte Royne d'Escoce au chasteau de Herfort, en la garde de ser Raf Sadeller, ny de haster les préparatifz de guerre, bien qu'on les tient en suspendz, contre ceulx de Lillebourg; lesquelz cependant, sellon les dernières lettres de Barvyc, se meintiennent et dans leur place, et en la campaigne, assés vigoreusement contre ceulx d'Esterlin, et font courir le bruict que leurs gens de guerre sont payez pour huict moys. Et parce que Vostre Majesté est très bien informée de l'estat de leurs affaires par plusieurs de mes précédantes, et par la coppie de celles que la Royne d'Escoce, et eulx mesmes et le Sr de Vérac m'ont escriptes, je ne vous en ennuyeray icy de plus long propos; et viendray à vous dire, Sire, sur la vostre du VIIe du présent, que je ne puys que grandement louer la bonne résolution qu'avez prinse ez choses que Mrs de Glasco et de Flemy vous ont remonstrées, lesquelles j'ay aussi miz peyne, ces trois ans passez, lorsque je les ay veues bien prez de leur ruyne, de les tenir toutjour les plus relevées que j'ay peu, par la seule réputation de Vostre Majesté, et honneur de vostre couronne, sans permettre qu'elles vous ayent mené à la nécessité d'envoyer des forces par deçà la mer.
Et à ceste heure, Sire, il semble que, quant aulx deux milordz de Flemy et de Leviston, et George de Douglas, que Vostre Majesté fera fort bien de les renvoyer toutz trois gracieusement expédiez par dellà, et encores quelque nombre de ces Escouçoys qui sont en France avecques eulx, qui soient cogneuz affectionnez à vostre service, avec des lettres aulx aultres seigneurs escouçoys, tant de l'ung que de l'aultre party, pour les exorter à ung bon accord entre eulx, et leur prescripre quelque forme sellon vostre intention, à la conservation non seulement de eulx toutz, mais nomméement du petit Prince et du repos public, et tuition de tout le pays soubz vostre protection, avec quelques deniers cependant, et quelques armes et monitions aus dicts de Lillebourg, lesquelz font ouverte profession de suyvre vostre party; et asseurer iceulx de Flemy et Leviston que la Royne d'Angleterre n'envoyera aulcunes forces en Escoce, sellon que vous y avez desjà pourveu, et que, au cas qu'elle entrepreigne de le faire, que vous vous y opposerez, et ne leur deffauldrez de vostre opportun et suffizant secours pour bien luy résister; vous suppliant très humblement, Sire, ne leur déclairer, ny à nulz aultres, rien plus avant de vostre intention en cest endroict, affin que, ne perdans espérance, ilz ne layssent aller les choses à la dévotion des Anglois, ou n'appellent une garnyson d'Espaignolz à Lillebourg; qui tourneroit, et l'ung et l'aultre, à la diminution de vostre réputation en toute ceste isle, et, possible, à ung grand regrect, quelque matin, à Vostre Majesté, veu l'estat des choses de deçà, de n'y avoir aultrement pourveu; joinct que ceulx cy m'ont desjà donné parolle, qu'en toutz ces affaires des Escouçoys, il y sera procédé sellon vostre desir et intention.
Aulcuns estiment, Sire, que si vous faictes meintenant passer ung personnaige de qualité en vostre nom par dellà, qu'il y pourra réduyre grandement les choses à vostre dévotion, et ne voyent pas que pour cella, la Royne d'Angleterre vous doibve moins recercher d'amytié, ains possible beaucoup davantaige; et, en tout évènement, vous avez tant d'obligation et de droict d'en user ainsy qu'elle ne pourra, sinon à tort, se pleindre de vous, si vous le faictes, et luy en respondrez toutjour avec satisfaction.
Le Sr de Quillegrey est, d'heure en heure, prest à prendre la poste; et la résolution aussi d'envoyer un seigneur de ce conseil, mais non encores lequel, continue: dont le retardement des deux dépesches vient de l'ordinaire ocupation où ceulx du dict conseil sont, despuys le matin jusques au soir, à vaquer contre le duc de Norfolc et contre ceulx qu'ils prétendent avoir esté de la conjuration d'introduyre le duc d'Alve et les Espaignolz en ce royaulme; et pourrez, Sire, juger par l'escript que j'ay adjouxté icy, (lequel a esté curieusement escript et dilligentment inprimé, et non seulement exposé en vante, mais ont esté ordonnez personnaiges de qualité pour l'aller lyre et notiffier ez lieux publiques de ceste ville, et par tout le pays), en quelle perplexité est cest estat; car encores qu'il ne s'y parle que du dict duc, affin de le jetter hors de la faveur du peuple qui l'ayme et regrette infinyement, les souspeçons ne layssent pourtant d'estre fort véhémentes au cueur de ceste princesse et de ceulx de son conseil contre plusieurs aultres grandz de ce royaulme; et desjà millord Coban est miz en arrest, comme ayant esté de l'intelligence, et ayant offert, à ce qu'on dict, quelcun des cinq portz dont il est gardien, pour servyr à la descente des dicts Espaignolz; et sa femme est hors de court, et ung de ses frères miz à la Tour. L'on dict que le comte Dherby a respondu que la Royne se debvoit contanter d'avoir deux de ses filz en ses prisons, sans y vouloir encores mettre le père, vieulx et caduc, et que pourtant elle l'excuse, si, en lieu de la venir trouver, il se retire en son isle de Man. Le comte de Cherosbery, ayant senty qu'on vouloit tirer la Royne d'Escoce hors de ses meins, est en son cueur fort malcontant. Les seigneurs catholiques sont observez en leurs maysons, et est l'on après à changer les officiers et gardes des portz. L'on renforce les guetz, de jour et de nuict, par ceste ville, et par les aultres principaulx lieux du royaulme, et sur les chemins, de sorte qu'il ne se voyt que frayeur et espouvantement de toutz costez, et ceulx qui font les procédures ne monstrent avoir moins de peur que ceulx contre lesquelz on les faict.
Il y a dangier que, soubz colleur des choses d'Escoce, ceste princesse ne face dresser une armée vers le North pour mieulx contenir son pays par les forces qu'elle aura ensemble, et affin aussi de pouvoir mieulx exécuter ses dellibérations contre ces seigneurs prisonniers, car l'on dict qu'encor qu'il n'y ayt aulcune vériffication contre le dict duc, et sinon quelques chiffres qui ne font probation, et qu'on luy ayt vollu persuader de se soubmettre à la mercy de la Royne, et qu'il ayt respondu qu'hormiz de trayson et d'avoir jamais rien attempté contre sa princesse, ny contre cest estat, ny contre les loix du royaulme, ausquelz cas il ne reffuze aulcun rigoureux jugement, qu'il est, quant au reste, très contant de se soumettre vollontiers à la mercy et bonne grâce de la dicte Dame, que, néantmoins, aulcuns de ses conseillers sont si anymez contre luy qu'il est en ung très manifeste dangier de sa personne, de sa vie et de ses biens. Sur ce, etc.
Ce XXe jour d'octobre 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Tout présentement, je viens d'estre adverty qu'on a faict prisonnier et mené à la Tour le frère du comte de Rothes, lequel j'avois faict demeurer en ceste ville pour meintenir ung peu la négociation de la Royne d'Escoce; et, de tant qu'il allègue qu'il est à vostre service, gentilhomme de vostre chambre, et qu'il attandoit icy responce de Vostre Majesté touchant une sienne pention pour son entretennement, il vous playrra me commander si j'auray à faire instance pour sa liberté. Encores plus freschement, l'on me vient d'advertyr qu'on a ramené l'évesque de Roz en ceste ville pour le mettre dans la Tour, et luy a l'on desjà osté ses serviteurs.
CCXIIIe DÉPESCHE
--du XXIIIIe jour d'octobre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Départ de Quillegrey pour suppléer Walsingham en France.--Objet particulier de sa mission.
AU ROY.
Sire, enfin le Sr de Quillegrey a esté dépesché ce matin pour aller résider quelque temps prez de Vostre Majesté pour les affaires de la Royne d'Angleterre, pendant que le Sr de Valsingam, son ambassadeur, se fera guéryr de son indisposition d'uryne à Paris; et parce que de la première négociation, que le dict Sr de Quillegrey fera avec Voz Majestez, a de résulter le meilleur et le principal effect des choses qu'aviez à espérer de ce costé, tant de la dépesche du seigneur de ce conseil qui le doibt bientost suyvre, et des conjectures, que estuy cy pourra prendre de voz propos, si le voyage de l'aultre sera de quelque effect, que pour descouvrir vostre intention sur les choses d'Escoce, et veoir s'il vous en pourra tant dégouster qu'il les vous face avoir pour délayssées, et aussi pour mesurer s'il y aura plus de seureté et de proffict, pour sa dicte Mestresse, de s'appuyer sur vostre amytié et intelligence que de retourner à celle d'Espaigne, ou à commancer une nouvelle ligue avec les princes protestans, j'ay estimé, Sire, estre nécessaire de vous dépescher en dilligence ung des miens affin de vous faire entendre là dessus aulcunes choses qui semblent importer beaucoup que vous les sachiez, premier que de parler au dict Sr de Quillegrey. Duquel, au reste, Sire, pour l'asseurance qu'il me donne de ses bons offices en ceste sienne commission, j'ay à vous randre ce tesmoignage de luy, lequel Mr de Foix vous confirmera, qu'il faict ouverte profession, après son naturel debvoir envers sa princesse et son pays, de n'avoir nulle plus grande affection que de unyr elle et icelluy à l'intelligence de Vostre Majesté et de vostre royaulme: qui pourtant vous supplie très humblement, Sire, de le vouloir bien recevoir. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour d'octobre 1571.
CCXIVe DÉPESCHE
--du XXVIe jour d'octobre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Lesley._)
L'évêque de Ross mis à la Tour.--Ordre donné à tous les Écossais de quitter l'Angleterre.--Recommandation de l'ambassadeur en faveur du sieur de Lesley, écossais, qui a été mis en liberté, et retourne en France.
AU ROY.
Sire, il n'a esté trouvé cause contre le Sr de Lesley, frère du comte de Rothes, pour quoy l'on le deubt détenir en pryson, et pourtant, après l'avoir interrogé d'aulcuns faictz de la Royne, sa Mestresse, et du duc de Norfolc, il a esté miz en liberté; mais, deux jours après, Mr l'évesque de Roz a esté examiné par les seigneurs de ce conseil, qui l'ont fort pressé de confesser aulcunes choses qu'ilz luy ont asseuré avoir esté desjà advouhées par le dict duc, lesquelles il leur a fermement dényées: dont, sans avoir esgard à son privillège d'ambassadeur, ny à son saufconduict, qui sont deux immunitez qu'il leur a expressément alléguées, ilz l'ont envoyé à la Tour, avec menaces de procéder contre luy comme contre ung particullier, et d'estre miz à la torture; et que desjà la Royne, leur Mestresse, avoit faict donner satisfaction à moy, vostre ambassadeur, sur les remonstrances que je luy avois faictes pour sa liberté, et qu'elle en envoyeroit satisfaire davantaige Vostre Majesté. Puys ont faict commandement que toutz Escouçoys, sur peyne de pryson, heussent à vuyder le royaulme dans quatre foys vingt quatre heures. A cause de quoy, Sire, le dict Sr de Lesley va présentement trouver Vostre Majesté pour vous remonstrer ces extrêmes rigueurs qu'on use à sa Mestresse, à son ambassadeur et aulx Escouçoys, et en quel dangier sont les affaires de son pays. Dont, de tant qu'il a esté toutjour très loyal et fidelle subject à sa princesse, et qu'en particullier il a l'affection fort bonne et droicte à vostre service, j'ay bien vollu, Sire, par ce peu de motz très humblement le vous recommander, et vous tesmoigner qu'il a, en plusieurs sortes, miz toute la peyne qu'il a peu, tant qu'il a esté icy, de bien mériter de vostre service, et que le bien et faveur que luy ferez y seront fort dignement employez. Il vous veult supplier, Sire, que d'une pencion de douze centz {lt} que Vostre Majesté luy a ordonné, il vous playse, tant pour les années du passé et pour toutes celles à l'avenir, luy en faire délivrer mil escuz, et il promect d'employer encores ceulx là à vous en faire quelque notable service en son pays. Je luy ay advancé, pour le pouvoir tirer hors d'icy, cinquante cinq escuz, comme encores je n'ay peu, pour la réputation de Vostre Majesté, veoir passer aulcuns aultres serviteurs de la dicte Dame, sans leur donner quelque moyen de se conduyre. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour d'octobre 1571.
Le dict Sr de Lesley a meintenu la négociation de la Royne d'Escoce, tant qu'il a esté par deçà, et, s'il luy estoit permiz, à ceste heure qu'il n'y a point d'aultre ambassadeur, d'y pouvoir résider, j'estime qu'il y seroit utille; et je pourroys, par son moyen, éviter la jalouzie, que la Royne d'Angleterre prend, de me veoir parler pour la dicte Dame: dont, s'il vous playt, Sire, qu'il y retourne, il l'entreprendra vollontiers soubz le commandement de Vostre Majesté.
CCXVe DÉPESCHE
--du dernier jour d'octobre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de Lunes._)
Procédure contre le duc de Norfolk, l'évêque de Ross, et les autres seigneurs détenus.--Siège de Lislebourg entrepris par les comtes de Morton et de Mar.--Affaires d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Avis donné par l'ambassadeur d'Espagne qu'Élisabeth cherche à former une ligue avec les protestans d'Allemagne et de France.
AU ROY.
Sire, despuys que le Sr de Quillegrey est party d'icy, les seigneurs de ce conseil ont esté ordinairement à vacquer, plusieurs heures, toutz les jours, à la Tour, contre le duc de Norfolc, et contre l'évesque de Roz, et contre beaucoup d'aultres de la noblesse qui y sont prisonniers, de sorte qu'ilz n'ont entendu en nul aultre négoce, toutz ces jours passez, et n'est l'ellection de celluy d'entre eulx, qui doit estre envoyé devers Vostre Majesté, encores faicte; ains semble, Sire, qu'ilz la vont prolongeant pour attandre que succèdera du siège de Lillebourg, car, si une foys l'Escoce vient à estre rangée au poinct qu'ilz desirent, ilz espèrent pouvoir beaucoup plus à leur advantaige par après négocier toutes choses avec Vostre Majesté, ou bien s'en passer du tout, et se porter lors plus froydement à recercher vostre amytié. J'avoys desjà bien senty, mais je l'ay, à ceste heure, plus clèrement descouvert, que ce a esté en grand partie par le pourchaz et instance de la Royne d'Angleterre que les comtes de Morthon et de Mar ont mené leurs forces au Petit Lith pour assiéger Lillebourg, ainsy que cet aultre escript, que je vous envoye, Sire, avec la présente vous en fera foy. Sur lequel je veux seulement dire que ne layssant la Royne d'Angleterre de faire, commant que soit, toutjours ses affaires, avec quelque apparance d'observer et respecter vostre amytié, qu'ainsy pouvez vous justement advancer les vostres, en n'offanceant point la sienne.