Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 18

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Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores conclue la paix en vostre royaulme, fut envoyé devers l'Empereur pour renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure extraction que le dict Prince en toute la Chrestienté; et que, oultre les estatz de la Royne de Navarre, sa mère, qui estoient grandz, et, oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu non guières moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit obtenu de nouveau ung jugement en la chambre impérialle contre le Roy d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter à plus de deux millions d'or. Néantmoins le propos, à cause de l'eage et de la taille, n'avoit esté auculnement suyvy, et n'ay point sceu, Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, il ayt esté faict aucune mencion du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de ses parantes. Et quand Mr de Foix a parlé icy que Vostre Majesté vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys j'ay asseuré que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe ny en parolle, qu'on ayt faict aultre démonstration que de l'aprouver bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouvé par là d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme.

Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais, pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges, et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce, pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà, d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne sœur, non plus qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer, ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire, d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.

L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé, despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il négociera par deçà; et sur ce, etc.

Ce VIIe jour de septembre 1571.

PAR POSTILLE.

Despuys la présente escripte, l'on a mené le duc de Norfolc à la Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on le veult recercher de sa vie, à cause que son secrétaire m'a vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien consent ny sçavant, je supplie très humblement Vostre Majesté d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne d'Angleterre, à ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil, lequel il a tiré de sa part, au préjudice toutjour de la cause de la Royne d'Escoce.

CCIVe DÉPESCHE

--du XIIe jour de septembre 1571.--

(_Envoyée jusques à Calais par Clearc, archier de la garde escoçoyse._)

Procédure contre le duc de Norfolk.--Danger de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse; avantages remportés par les partisans de la reine.--Conclusion de l'accord sur les prises entre les Anglais et les Espagnols.--Entreprise des partisans de la reine d'Écosse sur Stirling.

AU ROY.

Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a monstré qu'elle estoit en dellibération d'envoyer devers Vostre Majesté ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit possible, à quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins confirmer par là l'amytié qu'elle cerche de faire avec vostre couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despêche jusques à ce que le Sr de Valsingam luy ayt mandé comme aura esté prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil font une extrême dilligence d'enquérir contre le duc de Norfolc s'il a point continué ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il luy a esté deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct mené nulle pratique avec le duc d'Alve, et néantmoins ung chacun estime que tant plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa Mestresse; et s'est on esforcé de prouver que les deux mil escuz, qui alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vérité se manifeste de plus en plus qu'ilz sont procédez de moy, comme je n'ay différé de les advouher, et d'asseurer que Vostre Majesté m'avoit commandé de les faire tenir au Sr de Vérac pour son entretennement par dellà; ce qui justiffie, quant à ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on l'a bien prinse d'aultres bien légières choses, pour retarder ses affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mandé que la Royne, sa Mestresse, estoit dellibérée de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui ozât parler pour elle. Dont, sur la première occasion, que Vostre Majesté me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de m'en résouldre en une ou aultre façon.

J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du passé, il y a heu une grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, où la deffaicte a esté grande de chacun costé, mais l'advantaige est demeuré à ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retiré à Esterling, ayant layssé chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de Humes avoit aussi esté prins de rechef, et blessé en la dicte escarmouche, mais qu'il est eschappé. J'entendz que ceulx du dict Lillebourg sont allez courre jusques à St André, où le Sr de Vérac estoit dettenu et qu'ilz l'ont admené avec eulx. Les comtes d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays; mais je voys bien, Sire, qu'à ceste heure, plus que jamais, vostre assistance et vostre authorité sont requises au dict pays.

Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend espérance des propos que Vostre Majesté luy tiendra, il y a grand apparance qu'après ses premières lettres à ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de ce royaulme, Vostre Majesté pourra conclurre les choses qu'elle a à démesler avec ceste princesse. Le différand des Pays Bas, en ce qui concerne les merchandises, est accordé tout ainsy que je l'ay dict à Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de cérémonie, à qui sera couché par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu, et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien privée communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour de septembre 1571.

Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans la ville d'Esterlin, qui leur a réuscy si bien qu'ilz ont faict une grande exécution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont donné ung coup de pistollé au comte de Lenoz dans son lict, lequel à peyne en eschappera.

CCVe DÉPESCHE

--du XVIe jour de septembre 1571.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Gosselin._)

Confirmation de l'entreprise sur Stirling.--Communication faite par Burleigh.--Mort du comte de Lennox.--Le comte de Mar nommé régent.--Rigueurs exercées contre Marie Stuart.--Assurances d'amitié données par Burleigh au nom d'Élisabeth.--Explications de l'ambassadeur.--Effet produit à Londres par l'arrestation du duc de Norfolk.--Hésitation des Anglais à l'égard de l'Écosse.--Nécessité pour le roi d'envoyer dans ce pays d'importans secours.

AU ROY.

Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14].

[14] Cette entreprinse sur Stirling, qui avait eu un si heureux commencement (v. _note_ p. 69), fut sans aucun résultat pour la cause de Marie Stuart; le comte de Mar étant bientôt arrivé, délivra les seigneurs prisonniers; il fut proclamé régent, et fit périr, par les supplices, plusieurs des auteurs de l'entreprise. Les deux avis dont il est ici mention n'ont pas été transcrits sur les registres.

Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et, quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix, après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée.

J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur; et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté combien toutz eulx les estiment raysonnables.

Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté, et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre, du VIIIe du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce; avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes XXXe, le Sr de Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest endroict. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de septembre 1571.

[15] Voir la _Collection complète des lettres de Marie Stuart_, publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof.

A LA ROYNE.

Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens, la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient, et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face, conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le prendra. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de septembre 1571.

CCVIe DÉPESCHE

--du XXIe jour de septembre 1571.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Mauvais état des affaires de Marie Stuart en Écosse.--Nécessité pour Élisabeth de se maintenir en paix avec la France.--Demandes faites par l'ambassadeur.--Efforts de l'amiral Coligni pour rompre le mariage du duc d'Anjou et marier le prince de Navarre en Angleterre.--Conférence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne.

AU ROY.

Sire, en l'absence de Mr de Foix, qui est desjà devers Vostre Majesté, j'ay receu seul la dépesche qu'il vous a pleu adresser à nous deux, du Xe du présent, à laquelle, quant au poinct des choses d'Escoce, j'estime, Sire, que, par les miennes dernières, lesquelles sont du séziesme de ce dict mois, et par l'extraict de plusieurs aultres lettres et adviz, que avec icelles je vous ay envoyé, Vostre Majesté aura veu comme le Sr de Vérac a parlé au comte de Morthon, et que, quelques jours après, il a esté conduict sauvéement à Lislebourg; comme le duc de Chastellerault, le comte de Humteley, milord de Humes et les sieurs de Granges et Ledinthon, qui sont ceulx qui ouvertement maintiennent la cause de leur Royne, et ouvertement s'advouhent à vostre protection, se trouvent en plusieurs grandes nécessitez et difficultez de pouvoir plus soubstenir ceste guerre; comme les comtes d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid se sont disjoinctz d'avec eulx pour s'accorder avec le comte de Morthon; comme milord de Lindsey est demeuré avec forces dans le Petit Lith; comme, nonobstant tout cella, ceulx de Lillebourg ont faict l'entreprinse de Esterling, en laquelle le comte de Lenoz et celluy qui avoit mandé des cartelz de combat au Sr de Granges, avec plusieurs aultres, ont esté tuez; et finalement comme, incontinent après le décez du dict de Lenoz, la régence a esté offerte au comte de Mar. Vous avez veu aussi, Sire, comme l'on a donné icy ordre de resserrer la Royne d'Escoce, et de luy oster la pluspart de ses serviteurs, avec le prétexte de l'occasion qu'on a heu de ce faire, et de ne vouloir qu'on parle plus icy aulcunement pour elle. Sur toutz lesquelz accidentz, Sire, j'attandray, encores quelques jours, ce qu'il vous playrra me commander; car, parce qu'ilz sont nouveaulx, Vostre Majesté advisera, possible, d'y faire une nouvelle dellibération et de changer quelque chose en celle que, naguières, elle m'a mandé.

Quelques ungs estiment, Sire, qu'encores que vous vous acquictiez droictement vers l'obligation que vous avez à la paciffication des Escossoys, voz confédérez, et que vous y alliez avec moyens convenables à vostre grandeur, pourveu qu'aultrement ilz ne soient à l'injure de la Royne d'Angleterre, ni contre les trettez, qu'elle ne s'en pourra avec rayson altérer, ains se confirmera possible davantaige en vostre amytié, et se hastera de tant plus tost conclurre l'intelligence qu'elle cerche de faire avec Vostre Majesté. Laquelle je vous oze bien prédire, Sire, que, si elle est remise à quelque longueur de négociation, et que ceulx, qui nous y sont contraires, voyent qu'on se puysse aultrement prévaloir des choses d'Escoce, et que vous demeuriez en tant soit peu de suspens de la reddition de la Rochelle, qu'il leur sera facille de l'interrompre du tout; joinct que ceulx cy cerchent desjà bien fort de se racoincter avec le Roy d'Espaigne. Il est vray que, de tant que les offances qu'ilz luy ont faictes sont grandes et notoires, et que les fugitifz de ce royaume sont retirez devers luy, et qu'il a ouy Estuqueley sur les choses d'Yrlande, aussi qu'on sçayt bien que le Pape ne permétra jamais qu'il entende à rien contre la Royne d'Escoce, et qu'en nul de ses pays la forme de la religion de ceulx cy n'a tollérance, joinct que les propres subjectz de ce royaulme ne sont en bonne unyon, et les principaulx d'entre eulx sont assés mal contantz, ung chacun juge que, par nécessité, ceste princesse aura de persévérer aulx traictez de paix avec la France, et se unyr davantaige à l'intelligence de Vostre Majesté.