Part 17
Et le corrier d'Escoce a raporté qu'on avoit opposé tant de difficultez à l'abstinance de guerre qu'il n'avoit esté possible de la conclurre, et que ceulx de Lillebourg, nonobstant les six mil escuz que Chesoin leur avoit perduz, publioient qu'ilz en avoient receu douze mille par des moyens que, maugré leurs adversayres, ilz en recepvroient chacun moys aultant qu'on leur en vouldroit adresser de France, et qu'ilz avoient souldoyé deux centz chevaulx davantaige, et tenoient mille hommes en garnyson dedans la ville; que ceulx de l'aultre party requéroient instamment la Royne d'Angleterre de leur envoyer ung entier secours, sans lequel ilz luy déclairoient qu'ilz ne pouvoient plus temporiser; que le comte de Lenoz se trouvoit las de la peyne et de la despence qu'il luy convenoit soubstenir au Petit Lith; que les comtes de Morthon, de Mar et aultres de leur faction, se plaignoient de luy, et ne vouloient plus recognoistre sa régence, ains prioyent la dicte Dame de leur vouloir assister à eulx, ainsy qu'elle avoit promiz de le faire, et ilz suyvroient son intelligence, aultrement qu'ilz sçavoient commant faire leur paix; que les comtes de Casselz et d'Eglinthon avoient esté miz en liberté soubz obligation de ne porter les armes contre le tiltre du jeune Prince; que aulcuns de la partie neutre monstroient de se vouloir joindre avec le dict de Morthon et avoient assigné jour et lieu pour en conférer ensemble. Toutes lesquelles choses, Sire, ceulx cy ont mises en dellibération, mais je ne sçay encores quelle résolution ilz y ont prinse, sinon qu'il semble qu'ilz proposent d'envoyer aulcuns de ce conseil sur les lieux pour monstrer d'accommoder les choses; mais ce n'est, à mon adviz, pour aulcun bien de la Royne d'Escosse, ni pour la paix de son royaume, et y a grand danger, s'ilz font tumber toute l'authorité du pays ez mains du dict de Morthon, qu'il ne s'en ensuyve ung grand préjudice à la personne de la dicte Royne d'Escoce, et une trop estroicte intelligence de luy avec la Royne d'Angleterre. Par ainsy sera bon, Sire, de fortiffier toutjour de plus en plus l'honneste party qui deppend de vous; j'estime, Sire, que le plus pressé est de faire mettre ez mains de Mr de Glasco les deniers que Vostre Majesté a ordonné d'estre employez par moys en cest affaire, et que cependant le Sr de Glasco, en vous faisant condoléance de la détention et mauvais trettement du dict Sr de Vérac et de la vollerie de voz pacquetz, il vous inciste aussi fort fermement qu'il ne soit dorsenavant rien tretté des affaires de la Royne, sa Mestresse, par les Anglois sans que l'exprès mandement d'elle, ou la présence de ses expéciaulx ambassadeurs et encores de vos propres depputez y interviennent, et qu'il le vous baille hardyement par escript affin que Vostre Majesté ayt tant plus d'argument d'en parler à l'ambassadeur d'Angleterre, et de me commander d'en parler vifvement par deçà. Les depputez de Flandres ont remiz entièrement le différand des merchandises à ce que le comte de Lestre et milord de Burgley en ordonneront; qui pouvez voyr, Sire, combien la chose va passer à l'advantaige des Angloys, et néantmoins il y reste encores quelque accrochement. Ce IXe jour d'aoust 1571.
A LA ROYNE.
Madame, à peyne a esté party le corrier avec ma dépesche, du VIe de ce moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoyé dire ce que je mande en la lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige qu'il donnoit une grande louange à Voz Majestez Très Chrestiennes et à Monseigneur de la tant vertueuse et royalle façon, dont toutz trois procédiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos encommancé, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressément celluy de la Princesse de Portugal, à Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser celluy de la Royne, sa Mestresse, le clergé de France luy donroit quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:--«Qu'il estoit bien ayse de cognoistre que son clergé fût assés riche pour pouvoir faire de telles offres, par où il espéroit qu'il en pourroit tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne trouvoit bon qu'il se meslât de telz affaires; car tout ce qu'il avoit estoit bien à son frère.» Néantmoins que le dict sieur comte s'esbahyssoit comme il me tardoit tant à arriver quelque dépesche de cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de changé. Je l'ay remercyé infinyement de la privée communication, dont il continuoit user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien correspondre, mais qu'à présent je ne luy sçauroys dire sinon que j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu après, est arrivé mon secrétaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en venir; dont j'ay incontinent dépesché homme exprès pour en aller advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce IXe jour d'aoust 1571.
CCe DÉPESCHE
--du XIIe jour d'aoust 1571.--
(_Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._)
Mission de Mr Foix pour conclure la négociation du mariage, ou former un traité d'alliance.--Nouvelles d'Écosse.--Succès des révoltés en Irlande.--Confirmation de l'accord fait avec l'Espagne sur les prises.
AU ROY.
Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement, néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du XXIIe du passé, j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce, mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et l'aultre pour rompuz.
L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez.
L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz, affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le XXVIIIe du présent, doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx depputez ne sont présens.
Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix, nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.
Ce XIIe jour d'aoust 1571.
CCIe DÉPESCHE
--du XIXe jour d'aoust 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Arrivée de Mr de Foix à Londres.--Audience.--Insistance de Mr de Foix pour que l'on s'accorde avant tout sur l'article de la religion.--Intrigues de l'Espagne afin d'empêcher le mariage.--Détails particuliers sur la négociation.
AU ROY.
Sire, la favorable réception que le jeune Coban a heu charge de faire à Mr de Foix à Douvre, et puys milord de Boucaust et sire Charles Havard à Londres, et celle que finalement la Royne d'Angleterre et les principaulx de sa court luy ont faicte, quant il est arrivé vers elle à Hatfeild, ont montré que sa venue estoit bien fort agréable par deçà, et que l'occasion, pour laquelle l'on a estimé qu'il y passoit, estoit très desirée de l'universel de ce royaulme; ce que luy mesmes a encore mieulx cogneu par les honnestes propos de ceste princesse, et le luy a esté davantaige confirmé par l'expression des parolles et de l'indubitable démonstration de ceulx de son conseil, de sorte qu'il a trouvé que l'affaire estoit en très bons termes.
Dont pour le conduyre au poinct que Voz Majestez et Monseigneur desiroient, et affin de l'y acheminer par la voye que luy avez baillé en son instruction, après qu'avec beaucoup de dignité et d'une fort bonne façon, il a heu satisfaict aulx premiers offices de salutation et présentation de voz lettres, lesquelles ont esté fort gracieusement receues de la dicte Dame, il luy a vifvement incisté qu'elle debvoit ottroyer à Monseigneur, venant par deçà, l'exercice de sa religion, et que, sans l'offance de sa conscience et grand intérest de son honneur, ny mesmes sans quelque note d'infamye, il ne s'en pouvoit aulcunement départyr, ny Voz Majestez; et les saiges seigneurs de vostre conseil, après avoir dilligemment examiné ce qu'elle avoit naguières respondu, (qu'elle craignoit de ne pouvoir meintenir à Mon dict Seigneur son exercice, s'il le s'attribuoyt), ne vous voyent y avoir rien de plus expédiant que de faire que la tollérance d'icelluy, pour plus de seurté, luy fût ottroyée par chapitre exprès, comme les aultres articles du contract: ce qu'il luy a comprouvé avec plusieurs graves et fort prudentes considérations, et avec toute la vive action qui a esté nécessaire pour luy faire clairement cognoistre qu'il n'estoit ny honneste, ny utille, ny aulcunement possible, qu'il se fît aultrement.
A quoy la dicte Dame, après avoir beaucoup aprouvé la saincte intention de Mon dict Seigneur, et avoir, par ung bel ordre de beaucoup de bonnes parolles, infinyement loué ce qu'il vouloit avoir considération de Dieu, de sa conscience et de la conservation de son honneur sur toutes choses, elle a allégué les raysons qui, de son costé, luy sembloient estre pareillement considérables pour sa conscience, pour son estimation et pour la paix de son royaulme; et qu'elle estoit très contante que nous deux, avec trois ou quatre des principaulx de son conseil, advisissions de quelques honnestes moyens pour mutuellement satisfaire et à elle et à Mon dict Seigneur, et s'est arrestée principallement sur deux poinctz: l'ung, à rejecter le doubte du dangier de Mon dict Seigneur, comme chose qu'on ne pouvoit avoir nullement comprinse, ny d'aulcuns propos qu'elle eust jamais tenuz (ains avoit esté tout au contraire), ny pareillement de l'estat présent de ce royaulme, car ne falloit doubter que Monsieur n'y fût crainct, aymé et aultant révéré de ses subjectz que nul souverain prince et absolu le pourroit estre en nul aultre estat de toute la terre habitable. Et l'aultre poinct a esté de craindre que, d'icy à six ou sept ans, elle fût mesprisée de Monsieur, qui ne sera lors qu'en fleur de jeunesse et elle ung peu plus advancée en l'eage, ce qui luy seroit ung trop certain racourcissement de ses jours, ou qu'au moins elle passeroit, de là en avant, ceulx qui luy resteroient comme dans un sépulchre de larmes.
A quoy luy ayantz toutz deux fort satisfaict par l'asseurance qu'elle debvoit prandre des excellantes vertuz et perfections qui sont en Mon dict Seigneur, et encores plus par l'estime de celles qu'il trouvera, de jour en jour, plus grandes et plus aymables en elle, le propos s'est adonné à la recordation d'aulcunes choses qui avoient passé, durant le temps de Mr de Foix par deçà[12]; et ainsy l'audience s'est gracieusement achevée.
[12] Paul de Foix, archevêque de Toulouse, avait été lui-même ambassadeur en Angleterre de 1561 à 1565, époque à laquelle il avait été remplacé par Mr Bochetel de La Forest.
Et, le lendemain, nous ayantz la dicte Dame envoyé quatre principaulx seigneurs de son conseil, il leur a esté par Mr de Foix encores plus vifvement et plus copieusement déduict, qu'il n'avoit faict à elle, ce qui mouvoit Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monsieur, et tout vostre conseil, à ceste ferme résolution de la religion, et comme il estoit impossible, s'il n'estoit pourveu à Mon dict Seigneur de l'exercice de la sienne, vennant par deçà, qu'on passât plus oultre, et que pourtant ilz advisassent de quelques si bons et si seurs expédiantz en cest endroict que les deux parties en peussent avoir contantement. Ilz ont faict des responces sur le champ qui ont, à la vérité, tesmoigné le singulier desir de tout ce royaulme envers Mon dict Seigneur, mais une très grand difficulté à l'accommodement de ce poinct pour le préjudice de leur religion et pour la trop grande confiance que les Catholiques en prandroient; et néantmoins qu'ilz en confèreroient avec leur Mestresse pour plus résoluement nous y respondre. Dont nous estantz, le jour d'après, rassemblez au logis de la dicte Dame, ilz nous ont respondu, qu'elle ne pouvoit, sa conscience, son estimation et son estat sauvés, nous accorder nostre demande en la façon et aulx termes qu'elle estoit, et qu'elle ne pouvoit ny vouloit penser qu'en eschange d'une si grande sincérité et candeur, qu'elle et toutz les siens avoient usé en cest endroict, trop plus que à nul aultre party qui se fût encores présenté, Voz Majestez et Mon dict Seigneur luy vollussiez proposer des condicions qui luy fussent ou dommageables, ou impossibles, et que pourtant elle avoit mandé le reste de son conseil, affin d'adviser de quelques honnestes moyens qui fussent pour satisfaire à elle et contanter Mon dict Seigneur.
Cependant n'est pas à croyre, Sire, combien les ministres du Roy d'Espaigne, qui sont icy, s'esforcent par inventions, en partie artifficieuses et en partie vrayes, de donner empeschement à ce propos; car, encores que la Royne d'Angleterre tienne au Roy, leur Maistre, et à ses subjectz, quatre centz mil escuz de clair dans sa Tour de Londres, et plusieurs navyres, et très grand nombre de merchandises par deçà, et qu'ils soyent les oultraigez et intéressez, néantmoins ilz accordent, pour se racointer à elle, de rembourcer encores de nouveau les Anglois d'aultres quatre centz mil escuz, et laysser à la dicte Dame de convenir de ceulx que desjà elle tient avec les Gènevoys, comme elle pourra, et que les subjectz du Roy d'Espaigne se contanteront de reprendre les merchandises en tel estat qu'elles sont; et que pour retacher davantaige son amytié et son alliance avec la mayson d'Austriche, si elle se résoult fermement de prendre party, que le Prince Rodolphe s'y offre, dez à présent, et, si elle veult demeurer en sa première liberté, comme elle a faict les trèze ans de son règne, qu'ilz s'esforceront de luy mettre le Prince d'Escoce en ses mains pour le pouvoir désigner à ses subjectz, quand elle vouldra, et non plus tost, son successeur après elle; et luy feront cependant fiancer une des filles d'Espaigne, et feront en oultre qu'elle ne sentyra de sa vie aulcun moleste du costé de la Royne d'Escoce, ce qu'ilz sont après à le persuader à la comtesse de Lenoz. Et vont aussi par dons, par promesses et par grandes offres, pratiquans ceulx de ce conseil et encores quelques dames, pour traverser le propos de Monsieur; et estiment que la conclusion en est plus prochaine qu'elle n'est; laquelle ilz ont de tant plus suspecte qu'ilz entendent que la noblesse de ce royaulme et les Flamans, qui sont icy, ne parlent de rien plus ouvertement que de se vouloir toutz employer à la conqueste des Pays Bas pour luy. Sur ce, etc.
Ce XIXe jour d'aoust 1571.
A LA ROYNE.
Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand offance qu'on ayt vollu inférer de son dire, qu'il y avoit du péril et du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la religion catholique par deçà, chose qu'elle asseure n'avoir touchée ny prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les occasions de trouble, qui avoient aparu à la venue du Roy d'Espaigne, cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit esté allors, ny sur ung nouveau règne comme celluy de sa sœur, qui estoit assés contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout heur et playsir, un règne très paysible et bien estably, qui avoit desjà duré trèze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellité et d'obéyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sçauront aussi bien et vaillamment mouryr à ses pieds que nation qui soit soubz le ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prédécesseurs convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui osât contradire ou s'opposer en rien à son prince.
A quoy Mr de Foix et moy, pour modérer ceste impression, avons premièrement respondu à la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict Seigneur auroient très agréable ceste sienne déclaration, et avons signifié à quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez assés satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection soit procédé artifficieusement d'aulcuns de deçà, qui sont souspeçonnez, à cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement de ce propos, lesquelz on menace assés ouvertement, et avec démonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prisées et louées par deçà. Sur ce, etc.
Ce XIXe jour d'aoust 1571.
CCIIe DÉPESCHE
--du IIIe jour de septembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Monsieur de Foix._)
Retour de Mr de Foix en France.--Négociation sur les articles touchant l'exercice de la religion, l'administration du royaume, et le couronnement.
AU ROY.
Sire, la ferme résolution que Mr de Foix a déclairé à la Royne d'Angleterre et aulx siens: que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monseigneur, et les saiges seigneurs de vostre conseil, avoient prinse de ne se pouvoir faire, en façon du monde, que Mon dict Seigneur, venant par deçà, n'eust l'exercice de sa religion pour luy et ses domestiques; et ce que, d'abondant, il a proposé que l'administration du royaulme luy fût ottroyée conjoinctement avec la dicte Dame, ensemble le couronnement, ont esté trois poinctz, qu'encor qu'ilz ayent semblé dangereux et suspectz, il les leur a néantmoins si bien justiffiez, et monstré, par beaucoup de graves et bien fort aparantes raysons, qu'ilz estoient très justes et esloignez de toute simulté et d'offance, qu'enfin l'affaire a esté dextrement conduict aulx termes que luy mesmes vous dira[13]; qui m'asseure, Sire, que les trouverez très honnorables pour Vostre Majesté. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de septembre 1571.
[13] Le récit de cette négociation, qui n'a pas été transcrit sur les registres, ne s'est pas retrouvé dans les papiers de l'ambassadeur, où l'on voit seulement le compte qui a été rendu de la négociation dont Mr de Foix a été chargé l'année suivante (juin 1572) avec MMrs de Montmorenci et de La Mothe Fénélon au sujet du mariage du duc d'Alençon.
CCIIIe DÉPESCHE
--du VIIe jour de septembre 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Explication sur l'avis donné au roi que l'on songeait à renouer la proposition du mariage entre Élisabeth et le prince de Navarre.--Efforts tentés en Angleterre pour rompre le mariage du duc d'Anjou.--Saisie de l'argent envoyé en Écosse par l'ambassadeur.--Accusation portée contre le duc de Norfolk à ce sujet.--Demande de l'ambassadeur, afin que l'argent lui soit rendu.--Arrivée de don Juan en Italie pour conclurre la guerre contre les Turcs.--Nouvelles des Pays-Bas.--Le duc de Norfolk conduit à la Tour; prière de l'ambassadeur afin que le roi intercède en sa faveur.--Accord du comte d'Arguil avec le comte de Morton.
AU ROY.