Part 16
Fitz Maurice prospère en Hirlande, et dict on qu'il a nouvellement prins ung fort sur les Anglois, ce qui les ennuye beaucoup. L'on essaye icy de gaigner sire Jehan, frère du comte d'Esmont, pour l'envoyer par dellà au lieu du dict comte, de qui ilz ne se fyent guières, tant pour contenir le pays que pour y diminuer l'affection qu'on a mise vers le dict Fitz Maurice, qui n'est si prochain seigneur de la comté d'Esmont comme cestuy cy; et desjà milord debitis d'Yrlande le se rand familier et domestique pour le passer de dellà avecques luy.
Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz ayent monstré d'aller lentement, ilz se sont néantmoins poursuyviz sans intermission par les depputez des deux costez, de sorte qu'ilz sont desjà tout accordez quant aulx merchandises; reste à accorder le poinct de l'argent et de l'entrecours, et me vient on de dire que le duc d'Alve a dépesché secrectement ung gentilhomme qui doibt arriver bientost icy; par lequel il mande à ceste princesse que le Roy, son Maistre, sera prest, pourveu que ses subjectz se treuvent aulcunement satisfaictz des prinses, de renouveller l'entrecours et l'alliance avec elle en la meilleure forme qu'elle ayt jamais esté entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne.
Le propos du mariage demeure en ung merveilleux silence en ceste cour, attandant des nouvelles de Voz Majestez et quelque dépesche de leur ambassadeur; bien m'asseure l'on toutjour que les choses y sont fort bien disposées. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Despuys la présente escripte, j'ay receu ung chiffre de la Royne d'Escoce, du XVIIIe de ce mois, duquel je vous envoye l'extraict, affin que Vostre Majesté compreigne mieulx l'urgente nécessité de ses affaires pour y remédier: et cependant nous y donrons d'icy tout le sollagement qu'il nous sera possible.
A LA ROYNE.
Madame, mardy dernier, le Sr Barnabé, que bien vous cognoissez, m'est venu présenter les recommendations de Mr le comte de Lestre, de qui il est secrétaire, et me dire que le dict sieur comte avoit aussi charge de me mander les recommendations de la Royne, sa Mestresse, et ung des paniers de son cabinet, où elle tient les petites besoignes de ses ouvrages, qu'il m'a incontinent baillé, lequel elle m'envoyoit plein de fort beaulx abricotz, pour me faire veoir que l'Angleterre est ung assés bon pays pour produyre de bons fruictz; et qu'au reste, si j'avois nulles nouvelles de France, que je luy en fisse part affin d'en satisfaire la dicte Dame, laquelle il m'asseuroit que jamais ne s'estoit trouvée plus sayne ny en meilleure disposition que meintenant, et qu'elle n'alloit plus en coche, ains sur ung beau grand cheval, à la chasse.
Je luy ay respondu que je remercyoys infinyment Mr le comte de la continuation de sa bonne vollonté vers moy, et que je le supplyois de bayser en mon nom très humblement les mains de Sa Majesté, et m'ayder d'ainsy dignement la remercyer de son salut et de son beau présent, comme une si excellante faveur le méritoit; laquelle je recepvoys avec l'honneur et respect qui estoient deuz à sa grandeur, et que ses beaux abricotz monstroient bien qu'il y avoit de belles et bonnes plantes en son royaulme, où je souhaytois des greffes de France pour encores y produyre le fruict plus parfaict; et, quant à sa bonne disposition, que c'estoit la plus agréable nouvelle dont je pouvois resjouyr ny contanter Voz Majestez Très Chrestiennes, et que je supplyois Nostre Seigneur l'y meintenir; au reste que je n'avois, pour ceste heure, que luy mander de France sinon la déclaration que le Sr de Valsingam estoit allé faire à Voz Majestez Très Chrestiennes comme l'on procédoit très sincèrement de ce costé au propos du mariage, de quoy vous aviez receu une fort grande satisfaction, et l'aviez asseuré qu'il y estoit de mesmes parfaictement bien correspondu de vostre part; et que j'attandoys, d'heure en heure, quelque dépesche sur la responce que Mr de Larchant vous auroit apportée, dont ne fauldrois, incontinent après, d'aller trouver la dicte Dame.
Et, le jour ensuyvant, j'ay envoyé ung gentilhomme exprès devers le dict sieur comte affin de le remercyer davantaige, et aussi pour entendre du bon portement de la dicte Dame et de la disposition du propos; lequel m'a confirmé que l'ung et l'aultre se portent fort bien et que ainsy j'en asseure Voz Majestez. Je sentz bien qu'ilz sont en peyne du retardement des nouvelles de France; et cependant ilz ont passé oultre à l'accord d'un des trois différans des Pays Bas, tant à leur advantaige qu'ilz ne l'ont peu reffuzer, et avec opinion d'acommoder bientost les aultres deux, si le duc d'Alve continue de plyer ainsy à tout ce qu'ilz veulent. Sur ce, etc.
Ce XXXIe jour de juillet 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Tout présentement me vient d'arriver celle qu'il vous a pleu m'escripre du XXVe du présent, laquelle me servyra de bonne instruction en moy mesmes, et je la feray encores servyr envers d'aultres qui, possible, seroient mal informez, oultre que je suys admonesté, à toute heure, de croyre qu'on va de dissimulation sur cest affaire et sur celluy d'Escoce.
CXCVIIe DÉPESCHE
--du Ve jour d'aoust 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Giles le Thor._)
Inquiétude causée en Angleterre par le silence gardé en France sur les articles communiqués.--Crainte d'une rupture avec le roi.--Démarche de l'ambassadeur pour rassurer la reine sur le retard apporté aux réponses que l'on attend de France.--Vives instances en faveur de la reine d'Écosse.--Nouvelle irritation d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, ceulx cy sont entrez en une non légière souspeçon du retardement des nouvelles de France, estimans que Vostre Majesté, pour n'avoir receu la satisfaction que, possible, elle espéroit par le retour du Sr de Larchant, pourroit avoir miz en son cueur de s'en rescentyr et de prandre pour cest effect le prétexte des choses d'Escoce; dont se sont ymaginez, Sire, que desjà vous aviez faict serrer les passaiges parce qu'ilz ne voyoient venir nul pacquet ny messagier du Sr de Valsingam. Et à cella s'est adjouxté que aulcuns de leurs merchans, revenants de Bretaigne, leur ont asseuré que voz gallères estoient arrivées à Brest, comme pour passer des soldatz en Escoce. Sur quoy ayant miz la matière en dellibération, les opinions ont esté diverses, mais j'entendz que celle là a esté la plus suyvye qui a tandu à remonstrer que la Royne d'Angleterre n'avoit à se fyer ny de la France ny de l'Espaigne, et pourtant qu'elle se debvoit fortiffier en elle mesmes dedans ceste grande isle, et pourvoir à trois poinctz qui l'y pourroient randre très asseurée contre tout le monde:--Le premier, qu'elle fît une ferme résolution de ne laysser jamais aller la Royne d'Escoce, laquelle Dieu luy avoit mise en sa puyssance, et chacun jour se descouvroyt davantaige combien il y auroit de très grand dangier pour elle et pour ce royaulme, si elle s'en dessaysissoit;--Le segond, qu'elle ne dissimulât de s'emparer de son royaulme qui estoit prest à tumber en ses mains, et desjà toutes choses commançoient à n'y dépendre plus que de son authorité;--Et le troisiesme, qu'elle taillât par dellà la mer à Vostre Majesté et au Roy d'Espaigne le plus de besoigne qu'elle pourroit, et vous fît attaquer l'un à l'aultre, s'il luy estoit possible;--Et cependant, si Vostre Majesté, ne s'attandant plus au mariage, monstroit néantmoins, pour dissimuler les choses, qu'il en vollût encores entretenir par bonnes parolles le propos, qu'elle vous en debvoit donner encores de meilleures pour passer cest esté, dedans lequel ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui ne pouvoient plus estre aydez des deniers de France, sellon la preuve qu'ilz en avoient par la perte de Chesoin, seroient indubitablement ruynez, et lors l'entreprinse du pays luy seroit très facille; et pourroit disposer de la personne de la Royne d'Escoce, et pareillement de celle de son filz et de tout leur estat à son playsir. Sur laquelle opinion, encor qu'on ayt différé d'y rien résouldre jusques à ce qu'on ayt plus grande notice à quoy tend l'intention de Vostre Majesté, l'on l'a toutesfoys plus aprouvée que rejectée.
Et cependant la Royne d'Angleterre, en m'envoyant visiter avec ung présent d'un grand cerf, qu'elle mesmes a tué à l'arbaleste, m'a faict enquérir si j'avois nulles nouvelles de Vostre Majesté, et pareillement le comte de Lestre et milord de Burgley ont envoyé sçavoir le mesmes, et si je viendrois bientost à la court. J'ay remercyé, en la meilleure façon que j'ay peu, la dicte Dame de son présent, et que j'attandoys, d'heure en heure, de voz nouvelles par le retour d'ung de mes secrétaires, qui ne pouvoit guières plus tarder; dont ne fauldroys de luy aller incontinent randre bon compte de toutes celles qu'il m'auroit apportées. Et, le lendemain, encor que j'aye estimé que la dicte Dame et ceulx de son conseil se trouveroient occupez avec les depputez de Flandres et avec les principaulx merchans de Londres, qui estoient appellez pour le faict de leur accord, je n'ay layssé d'y envoyer et d'y escripre, affin de remercyer davantaige la dicte Dame de ses présans, et donner à elle et à ceulx de son conseil toute bonne espérance de nostre costé, et négocier au reste les choses pour la Royne d'Escoce.
A quoy les dicts de Lestre et Burgley m'ont respondu qu'ilz avoient jugé ma lettre fort digne d'estre monstrée à la Royne, leur Mestresse, laquelle l'avoit heu très agréable et vouloit de bon cueur, quant au premier poinct, croyre le mesmes que moy, que Voz Majestez Très Chrestiennes ne retardoient leur responce, sinon pour la faire meilleure; et, quant au segond, que mon mercyement surpassoit de beaucoup son bienfaict; au regard du troisiesme, qu'ilz me vouloient dire tout librement qu'elle reffuzoit toutes les demandes de la Royne d'Escoce, sinon la liberté de l'évesque de Roz, à laquelle elle estoit delliberée d'y procéder, et ont dict cella en façon qu'ilz ont monstré qu'ilz le veulent chasser d'icy; adjouxtant le dict de Lestre que ceste menée, qui s'estoit descouverte du segond filz du comte Dherby, apportoit une très grande traverse aulx affaires de la Royne d'Escoce, car l'entreprinse ne tendoit seulement à la vouloir mettre en liberté, mais à l'ériger pour Royne d'Angleterre en tout le quartier du North par une rébellion, formée soubz le prétexte de la bulle, et qu'il estoit bien marry que milord Dudeley, son parant, se trouvoit meslé en cella, et craignoit assés que la dicte Dame en fût dorsenavant plus observée et tenue plus estroict: dont fauldroit que je le tinse pour excusé, s'il n'entreprenoit plus de solliciter la Royne, sa Mestresse, d'escripre au comte de Cherosbery pour la plus ample liberté et bon trettement d'elle, car, lorsqu'il l'avoit faict, il se vériffioit que la susdicte menée en avoit esté plus librement conduicte, et il en estoit tumbé en quelque souspeçon à cause de l'ancienne et privée amytié qu'il avoit toutjour heue avec le duc de Norfolc; toutesfoys qu'il ne seroit jamais que amy et bienveuillant de la cause de la dicte Dame.
Je n'ay encores rien répliqué à cella, mais Vostre Majesté peut conjecturer de ce dessus combien l'inimitié et jalouzie s'ayguysent de plus en plus entre ces deux princesses, et combien sont à présent vifves et aspres les dellibérations de ceulx cy sur celle d'Escoce et sur son royaulme. Ilz sont attandans des nouvelles des seigneurs du dict pays, desquelles je vous manderay incontinent ce que j'en auray aprins; et ne vous répèteray rien, Sire, de la provision que la dicte Dame vous requiert pour ceulx de son party, sinon pour sçavoir s'il vous playrra que je inciste, en vostre nom, à ce que les comtes de Lenoz et de Morthon ayent à randre les monitions et argent, que Vostre Majesté envoyoit par Chesoin au chasteau de Lillebourg. Sur ce, etc. Ce Ve jour d'aoust 1571.
A LA ROYNE.
Madame, par le gentilhomme qui m'est venu présenter le cerf, dont je fais mencion en la lettre du Roy, le comte de Lestre m'a mandé que la Royne, sa Mestresse, estant à la chasse à Othelant, ayant veu ce grand cerf, souhaita aussitost de le pouvoir tuer pour me l'envoyer, affin qu'avec les fruictz de ses jardrins j'eusse aussi de la venayson de ses forestz, pour mieulx juger de la bonté de la terre; dont avoit incontinent demandé l'arbaleste, et, d'ung coup de trêt, elle mesmes luy avoit si bien rompu la jambe qu'il n'y avoit falleu que le vieulx milord Chamberland pour l'achever de tuer; et qu'il m'asseuroit que la dicte Dame persévéroit de plus en plus en son bon propos vers Monsieur, et parloit souvant des honnestes playsirs et exercisses qu'ilz prandroient ensemble à la chasse et à visiter les beaulx endroictz de ce royaulme; bien souspeçonnoit elle que le retardement de la responce de Voz Majestez, et ce qu'elle n'avoit encores peu avoir le pourtraict de Monsieur en grand, avec les couleurs, procédoit de quelque mauvais office qu'on eust faict par dellà, et que, si je sçavois rien du monde qui concernât cest affaire, fût bien ou mal, que je luy en vollusse faire part; ce qui a esté cause, Madame, que je luy ay escript une lettre, laquelle il m'a mandé qu'estoit venue le plus à propos du monde, et que cella, avec ung adviz qui estoit, quasi en mesmes temps, arrivé comme les gallères ne s'arrestoient en Bretaigne, ains venoient en Normandie, comme pour passer les depputez de deçà, leur faisoit prandre toute bonne espérance, et qu'à quelle heure qu'il surviendroit nulle aultre nouvelle de ce propos, que je la luy mandasse; car vouloit estre le premier qui la porteroit à la dicte Dame.
Et despuys, le dict sieur comte a parlé assés ouvertement de son particullier à ung nostre commung amy touchant madame de Nevers, monstrant y avoir grand affection, mais doubtoit assés de n'estre accepté, et a desiré bien fort son pourtrêt; et icelluy amy, sellon que je l'avois instruict, l'a interrogé, comme de soy mesmes, de l'estat de l'affaire principal, et si despuys il avoit rien gaigné envers la Royne sur le poinct de la religion. A quoy il a respondu que l'affaire procédoit toutjour de bien en mieulx de leur costé, bien qu'il ne vouloit dire qu'il eust rien gaigné quant au dict poinct de la religion. Tant y a que la dicte Dame faisoit préparer un logis pour les depputez; et le dict comte prioit icelluy nostre amy de faire venir les draps et toilles d'or et d'argent, parce qu'il en a le moyen; et que si, d'avanture, l'on se tenoit en quelque suspens doubteux en France, qu'il le prioyt luy mesmes d'y faire ung voyage pour sçavoir où la matière seroit acrochée, affin de la pouvoir remédier. Plusieurs choses se disent et escripvent de plusieurs endroictz là dessus, qui seroient longues à mettre icy, mais ceulx cy suffiront s'il vous playt, Madame, pour toutjour vous représanter commant les choses en vont.
Je vous supplie très humblement d'agréer, par quelque bonne parolle de mercyement, au Sr de Valsingam les honnestes présens, que sa Mestresse a faictz à vostre ambassadeur, et commander qu'il soit quelquefoys gratiffié de mesmes. Sur ce, etc. Ce Ve jour d'aoust 1571.
CXCVIIIe DÉPESCHE
--du VIe jour d'aoust 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Crespin Chaulmot._)
Négociation du mariage.--Avis divers donnés à l'ambassadeur sur la réponse faite aux articles par le roi, et sur les divisions qui auraient éclaté à la cour de France.
A LA ROYNE.
Madame, ainsy que je fermoys ma lettre du jour de yer à Vostre Majesté, l'on vint me dire que l'ung des gens de Mr de Vualsingam passoit par ceste ville qui s'en alloit trouver la Royne d'Angleterre à Amptoncourt, et, avant qu'il fût nuict, il me fut mandé du dict lieu que la dépesche estoit tenue si secrecte qu'on n'en publioit ung seul mot, et seulement le comte de Lestre avoit dict à ung sien amy privé qu'il restoit fort peu de différant aulx articles, et qu'ilz s'accommoderoient, et qu'on avoit commancé ung honnorable propos pour luy avec une dame de France, lequel il espéroit qu'auroit bon effect. Peu d'heures après, me vint ung aultre adviz comme la dicte dépesche asseuroit que toutz les articles de la Royne d'Angleterre avoient esté acceptez par Voz Majestez Très Chrestiennes et mesmes celluy de la religion, et que plusieurs en ceste court s'en trouvoient estonnez; et la dicte Dame estoit après à consulter comme elle auroit meintenant à y procéder pour satisfaire à l'humeur d'ung chacun, chose que celluy, qui m'escripvoit, l'estimoit estre fort difficille, et qu'on souspeçonnoit que le messagier et pacquet, qui m'avoient esté dépeschez là dessus, estoient artifficieusement retardez en chemin, affin que la dicte Dame se peult préparer de la responce qu'elle m'auroit à faire, quand je viendrois à luy en parler; et que pourtant j'eusse bon pied et bon œil.
A ce matin, m'est venu ung tiers adviz trop pire que les deux premiers, c'est que par la mesme dépesche avoit esté mandé que Monsieur, vostre filz, avoit accepté une secrecte commission du Pape pour oster la religion nouvelle, et restituer la catholique par toute la France, sans que le Roy son frère en sceût rien, et qu'il en avoit donné la principalle conduicte à deux seigneurs de la court; de quoy estant enfin le Roy adverty, il en avoit esté fort offancé, et avoit chassé ces deux de la court, au regrect de Mon dict Seigneur, dont restoit beaucoup de malcontantement et beaucoup de mauvaise intelligence entre les deux frères, qui estoit ung accident qu'on me vouloit bien dire qui seroit pour aporter beaucoup de traverse à ce propos. Je suys demeuré merveilleusement estonné de ceste tant mauvaise, et comme je m'asseure, très faulce nouvelle, et en fusse en plus grand peyne sans qu'il m'est souvenu qu'il vous avoit pleu m'escripre, du XXVe du passé, de n'adjouxter foy à rien qui me peult estre dict ou mandé, si je ne le voyois signé de la main de Voz Majestez. Et ainsy, Madame, je demeure en ceste résolution de ne le croyre, et de faire encores, aultant que je pourray, que les aultres ne le croyent; et néantmoins je ne veulx différer de le vous escripre, affin que Vostre Majesté pourvoye aulx inconvéniantz qui pourroient advenir d'une si meschante et mallicieuse invention, laquelle, de tant qu'on la tient fort secrecte icy, je vous supplie, Madame, que le susdict de Valsingam ne puysse sentyr que je vous en aye donné adviz. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1571.
Voycy encores, Madame, tout à ceste heure ung quatrième adviz qui contient ces motz:--«Plusieurs lettres, de diverses dates, sont venues par ceste mesmes dépesche, et meintenant s'entend que pour la religion l'affaire est retardé, s'esmerveillantz Leurs Très Chrestiennes Majestez que de deçà ne consentent à une si raysonnable requeste, qui ne fut jamais dényée à nul prince, et sur ce différand viendra Mr de Foix, ou ung aultre gentilhomme de crédict, bientost.»--Et n'y a rien plus.
CXCIXe DÉPESCHE
--du IXe jour d'aoust 1571.--
(_Envoyée jusques à Calais par l'homme du Sr Bon St Jehan._)
Négociation du mariage.--Résolution prise en France d'envoyer Mr de Foix en Angleterre.--État des partis d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Communication faite par Leicester.
AU ROY.
Sire, estantz quasi en une mesmes heure arrivez deux corriers de France et d'Escoce en ceste court, le IIIe de ce moys, j'ay à dire meintenant à Vostre Majesté, quant à celluy de France, qu'on a trouvé que sa dépesche estoit composée de plusieurs pacquetz de diverses dattes, qui ont parlé diversement du propos d'entre Monseigneur et la Royne d'Angleterre, de sorte que, sellon le contenu des unes lettres, les choses sembloient n'aller guières bien, mais par celles du XXXe du passé, qui sont les plus fresches, Mr de Valsingam a si bien escript et si bien rabillé le tout que le comte de Lestre s'en est envoyé conjouyr avecques moy, et me remercyer des bons offices qu'il cognoist que, par Mr de Larchant et par les lettres que j'ay escriptes par luy à Voz Majestez, j'ay procuré d'estre faictz en cest endroict, et qu'il les répute offices vrayement honnestes, et qui se monstrent de tant plus louables et vertueulx qu'il n'a manqué qui se soyent esforcez au contraire d'en faire de très mauvais pour rompre le tout; de quoy il me vouloit bien asseurer que la Royne, sa Mestresse, et les siens en raportoient une très grande et bien fort espécialle obligation à Vostre Majesté, et une aultre très grande à la prudence de la Royne, vostre mère, et encores une aultre non moindre à la vertu et constance de Monsieur; et qu'encor que Mr de Montmorency ne vînt pour ceste foys, à quoy il avoit bien grand regrect, que Mr de Foix ne lairroit pourtant d'estre aultant bien veu et bien receu que nul gentilhomme qui peult, de quelle part qui soit au monde, arriver en ceste court, espérant que toutes choses yroient bien.