Part 15
Mais cependant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que, despuys cella, est arrivé ung corrier d'Escoce par lequel les susdicts de Lenoz et Morthon, estantz encouraigez de leurs bons succez, et des prinses des deux navyres que je vous ay mandez l'ung de France et l'aultre de Flandres, et encores comme j'entendz de la personne du Sr de Vérac, ont mandé à la dicte Dame qu'à ceste heure estoit il temps qu'elle envoyât des forces pour assiéger la ville et chasteau de Lillebourg, et, si elle ne vouloit envoyer gens, qu'elle leur envoyât tant d'argent qu'ilz peussent faire l'entreprinse de eulx mêmes, ce qui n'est encores résolu; mais je crains fort qu'enfin elle leur envoyera de l'argent. Et affin, Sire, que Vostre Majesté compreigne mieulx le desir et intention de la Royne d'Escoce là dessus et les adviz qu'elle a sur ses affaires, je vous envoye l'extraict des deux derniers chiffres qu'elle m'a envoyés, desquels cognoistrez que je luy ay aultant communiqué du contenu en voz précédantes dépesches, comme j'ai estimé qu'il estoit besoing de le faire pour la consoler, et pour la tenyr advertye des choses que mettez peyne de faire pour elle. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juillet 1571.
A LA ROYNE.
Madame, en discourant avec la Royne d'Angleterre des choses que je mande en la lettre du Roy, nous sommes, de propos en propos, venuz à parler du pourtraict de Monseigneur vostre filz, et elle m'a dict qu'encor que ce ne soit que le créon, et que son teint n'y soit que quasi tout chafouré de charbon, si ne layssoit ce visaige de monstrer beaucoup de beaulté et beaucoup de merques de dignité et de prudence; et qu'elle avoit esté bien ayse de le veoyr ainsy meur comme d'ung homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal vollontiers, estant de l'eage qu'elle est, eust elle vollu estre conduicte à l'esglise pour estre maryée avec ung qui se fût monstré aussi jeune comme le comte d'Oxfort, et que cella n'eust peu estre sans en avoir quelque honte, et encores du regrect; mais ung chacun, qui verroit la présence et les modestes façons de Monsieur, ne pourroit dire sinon qu'il y alloit d'ung sage et fort bon jugement, car il monstroit bien avoir sept ans plus qu'il n'a, ce qu'elle desireroit en bon esciant qu'il eust, ou qu'elle les eust moins, et plustost desireroit ce plus à luy qu'à elle, non pour le préférer à la couronne de son frère, car vouoyt à Dieu qu'elle ne le desiroit nullement, et que je sçavois bien qu'elle avoit esté davantaige en peyne de la blesseure du Roy, de peur que Monsieur ne devînt si grand qu'il n'eust plus à faire de la grandeur qu'elle luy pouvoit donner, mais c'estoit affin qu'il ne se trouvât de grande inéqualité entre eulx, car confessoit avoir trente cinq ans, encor que son visaige ny sa disposition ne monstrassent qu'elle en eust tant.
Je luy ai respondu que Dieu avoit si bien pourveu à ce que son eage à elle ne luy emportât rien de ses beaultez et perfections, et que les ans de Monsieur luy anticipassent à luy les siennes, qu'il a monstré estre son infalible vouloir qu'ilz soyent maryez ensemble; et par ainsy qu'elle ne doubte de ne trouver aussi en Mon dict Seigneur la correspondance de toutes les aultres choses que, pour son honneur, sa grandeur, sa seureté et le repoz de son estat, et pour tout ce qui concerne son entier et parfaict contantement, elle pourroit desirer. Ce que la dicte Dame a monstré de recepvoir avec affection. Et le comte de Lestre m'a continué déclairer une semblable vollonté là dessus comme toutjour, et mylord de Burgley, encor qu'il n'ait esté lors présent, m'a faict néantmoins signifier qu'il y persévéroit toutjours.
Par ainsy, Madame, je n'ay rien, à présent, qui ne soit pour la confirmation du propos et pour vous asseurer que je ne voys point qu'on n'y procède icy de fort bon pied, sellon que Vostre Majesté me mande, par la sienne du VIIIe de ce moys, que le Sr de Valsingam luy en est aussi venu faire une fort expresse déclaration; et je suys bien ayse, Madame, qu'il vous ayt pleu me la faire sçavoir, car je m'en serviray icy bien à propos, mais, quant à vous mander une plus grande résolution des condicions et demandes, qui ont esté desjà proposées en cella, vous sçavez, Madame, que par l'instruction du Sr de Larchant vous m'avez commandé de n'en entrer en nulle dispute ny contestation affin de réserver cella à la venue de voz depputez, ce que j'estime aussi estre le meilleur. Par ainsy, tout ce que je vous en diray pour ceste heure de plus est que j'auray, à leur venue, aultant préparé les choses comme cependant j'en pourray esclarcyr les difficultez. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juillet 1571.
CXCIVe DÉPESCHE
--du XXIIe jour de juillet 1571.--
(_Envoyée jusques à la court par Joz, mon secréthaire._)
Affaires d'Écosse.--Nécessité d'envoyer sans retard le secours d'argent qui a été promis.--Négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, ce qui me faict vous dépescher, à ceste heure, mon secrétaire est principallement pour l'ocasion que trouverez en la lettre que j'escriptz à la Royne, et j'en adjouxteray icy une seconde qui est, Sire, pour vous dire que les adviz que nous avons d'Escoce se raportent à ce que les choses y commançoyent desjà d'aller si relevées à vostre dévotion et au proffict de la Royne d'Escoce que, si le malheur ne fût arrivé au capitaine Melvin de se bruller ainsy qu'il a faict, en voulant distribuer sur l'heure du combat de la poudre aulx soldatz, la guerre estoit finye ce jour là, et le comte de Morthon demeuroit prins, et le comte de Lenoz chassé du pays; et encores despuys, si Chesoin eust peu conduyre jusques à ceulx de Lillebourg ce que Vostre Majesté leur envoyoit, les aultres habandonnoient leur entreprinse pour ne trouver que la Royne d'Angleterre fût fort preste de leur bailler hommes, ny de leur fournyr argent; et encores aujourduy, ilz sont réduictz à ce, qu'ilz pressent infinyement la dicte Dame de les secourir, ou bien qu'ilz ne pourront en façon du monde, après ce moys, entretenir leurs gens de guerre. A quoy elle ne veult entendre, car je l'ay fort adjurée, au nom de Voz Majestez, de ne se laysser tant aller à la malice et opiniastreté des Escouçoys qu'elle en viegne altérer la bonne amytié qui est entre vous; ains qu'elle advise de se prévaloir plustost des commoditez et advantaiges qu'on luy offre; en façon, Sire, qu'il semble qu'elle se résoult d'y vouloir prendre ung aultre expédiant que celluy que les dicts de Morthon et Lenoz desirent. Dont les amys de la Royne d'Escoce vous suplient très humblement, Sire, d'assister à ceste heure plus que jamais sa cause, et qu'il vous playse faire mettre en mes mains le secours par moys qu'avez ordonné pour la dicte Dame, et que, d'icy en hors, avec l'acquit d'elle, l'on trouvera moyen de faire seurement conduyre les deniers à ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer est interdicte, mais que ce soit si secrectement, par les moyens que ce mien secrétaire vous dira, qu'on n'en puysse avoir nul sentyment icy; et que le premier moys soit fourny le plus promptement que la commodité de voz affaires le pourra permettre, car le besoing le requiert. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juillet 1571.
A LA ROYNE.
Madame, il n'y a nul soubz le ciel qui desire plus de grandeur à Monseigneur vostre filz, ny qui plus ayt d'affection de luy veoir advenir celle, dont se trette meintenant, que moy, qui cognois de plus en plus qu'elle est très honnorable pour luy et de grand moment pour Voz Majestez et pour vostre couronne; mais ce n'est sans que je desire aussi d'y voyr conjoincte la provision qui est requise pour sa conscience, pour sa réputation et pour la seurté de sa personne; qui sont trois choses que, dez le commancement, j'ay toutjour incisté qu'il y fût très soigneusement pourveu, et y ay encores plus escrupuleusement regardé despuys que Vostre Majesté m'a signiffié la peyne où elle en estoit, de façon que, auparavant et despuys, je n'ay cessé de pénétrer, le plus qu'il m'a esté possible, ez choses que j'ay estimé vous pouvoir mettre hors de ce doubte, et qui estoient pour vous y aporter du repoz. Dont, oultre ce qu'en avez veu par mes précédantes dépesches, voycy, Madame, ce que, despuys le partement de Mr de Larchant et du Sr Cavalcanty, j'y ay peu advancer:
C'est qu'après avoir, en la meilleure sorte et le plus modestement qu'il m'a esté possible, par bonnes promesses, par parolles, par adjuremens et par diverses offres et plusieurs bien estroictes négociations, sollicité les principalles personnes d'auprès de ceste princesse sur ce propos, mesmement le comte de Lestre et milord de Burgley, icelluy de Burgley qui, mieulx que tout le reste, sçayt et veoyt où l'affaire en doibt tumber, et à l'opinion duquel toutz les aultres se raportent, après tout et pour finalle résolution, m'a envoyé déclarer par milord Boucart qui me l'est venu dire en mon logis, que la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz procèdent très droictement en cest affaire et ne desirent rien tant que de le veoyr bientost et bien heureusement accomply; par ainsy qu'il ne tiendra plus à elle ny à eulx, et ne voyant qu'il y puysse intervenir nulle difficulté d'où ne se donne mutuelle satisfaction les ungs aulx aultres, et que Monsieur n'en demeure bien contant, et mesmes, quant au poinct tant dificile, et qui a esté tant débattu de la religion, sinon que Mon dict Seigneur y veuille estre trop disraysonnable, et qu'il y veuille cercher, au grand dangier de cest estat, quelque aultre chose que ce qui peult satisfaire à son honneur, à sa conscience et à sa seureté; car, quant à son honneur, là où ce seroit à eulx de capituler qu'il ne se fît pour sa venue aulcune innovation en la religion, et que luy mesmes n'en eust à user d'aultre que de la leur, il n'en sera nullement parlé, d'un costé ny d'aultre, sinon pour le déclarer luy, ainsy qu'on a desjà faict, non subject à celle d'Angleterre: par ainsy, toute la Chrestienté verra qu'il aura gaigné l'advantaige de ce poinct. Quant à sa conscience, s'il est ainsy qu'il ne se veuille passer de messe, qu'il la face dire de luy mesmes privéement, et sans recercher de l'avoir par capitulation de la dicte Dame ny des siens, car ilz ne la luy pourroient faire, sinon à l'advantaige de leur religion, et nullement au préjudice d'icelle, sans assembler le parlement, ce qui mettroit en combustion tout le royaulme, premier qu'on s'en peult accorder. Et quant à la seurté, que icelluy de Burgley, et aultant que je vouldray de seigneurs et gentishommes de ce royaulme, sommettront leurs vyes que si Monsieur vient en Angleterre, il ne luy sera dict ni contradict en rien, que honnestement il veuille desirer, ains qu'il y sera obéy et révéré comme roy très puissant et absolu. Ce qu'il me faisoit entendre, non par ordonnance de la Royne, ny du conseil, mais comme particullier, qui cognoissoit bien l'estat du pays, et qui desiroit que Vostre Majesté en demeurast ainsy persuadée, et que, si vous vouliez que la perfection du mariage s'ensuyvît, que vous ne retardissiez plus la conclusion d'icelluy; car, à ceste heure, se justiffieroit qui avoit procédé plus sincèrement, ou eulx ou nous.
Je ne voys pas, Madame, quant j'auray bien faict plusieurs aultres dilligentes et bien curieuses recerches, que je vous puysse mander rien de plus clair ny de plus exprès que cecy, si, d'avanture, ilz ne changent; par ainsy, encor que je vous aye escript, de vendredy dernier, par l'ordinaire, je ne vous ay vollu dyférer d'une seule heure cest advertisement, affin que le temps ne réfroydisse et n'emporte l'ocasion qui se présente; sur laquelle ce sera à vostre prudence meintenant d'y faire une résolue et honnorable détermination. Je vous envoye le pourtraict de la dicte Dame, lequel elle mesmes m'a accordé fort vollontiers; et Mr le comte de Lestre me l'a faict recouvrer, qui demande fort celluy de Monsieur, en grand volume avec les colleurs, et pareillement celluy de la dame que sçavez; de quoy je vous suplie le faire contanter. Et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juillet 1571.
CXCVe DÉPESCHE
--du XXVIe jour de juillet 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._)
Affaires d'Écosse.--Déclaration faite par l'ambassadeur à Burleigh qu'il exige satisfaction du comte de Lennox, à raison de l'arrestation récemment faite de Mr de Vérac.--Négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, ayant escript aulx seigneurs de ce conseil ce qui s'estoit passé entre la Royne, leur Mestresse, et moy touchant les choses d'Escoce, affin qu'ilz me vollussent davantaige confirmer comme résoluement j'auroys à vous en escripre, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient communiqué ma lettre à la dicte Dame, laquelle y avoit recogneu ses responces mot à mot, et quasi aulx mesmes termes et par le mesmes ordre qu'elle me les avoit dictes; et par ainsy que je ne sçaurois mieulx faire que d'en escripre aultant, sans plus ny moins, à Vostre Majesté: dont je m'en raporte, Sire, à ce qu'en avez desjà veu en ma dépesche du XXe du présent. Et, despuys cella, iceulx du conseil m'ont envoyé dire que les deux partys en Escoce se monstroient fort difficiles de prandre aulcune abstinence de guerre, qui estoit cause que la dicte Dame avoit renvoyé en dilligence devers eulx pour les y persuader et les y exorter de sa part, et qu'elle avoit dellibéré, s'ilz s'y randent opiniastres, de dépescher aulcuns de son conseil sur les lieux, ou jusques à Barvyc, pour essayer de les accommoder ensemble; et que le comte de Lenoz s'étoit fort escandalizé du retour de Vérac, qui estoit tumbé de rechef en ses mains, lequel ilz ne sçavoient encores s'il le renvoyeroit par terre, ou s'il le feroit réembarquer pour le renvoyer par mer.
Sur quoy je leur ay respondu, Sire, que la Royne, leur Mestresse, et eulx doibvent admonester le comte de Lenoz de se déporter plus modéréement qu'il ne faict vers Vostre Majesté, et de vous avoir tant de respect qu'il ne veuille prandre ny arrester voz messagiers, que vous envoyez en Escoce; et qu'il laysse au Sr de Vérac accomplyr la charge que luy avez commise par dellà, laquelle je leur ose bien asseurer n'estre aultre que de procurer, conjoinctement avec l'agent de la Royne, leur Mestresse, la paciffication du pays, si, d'avanture, il y veult entendre; et que, s'il y va quelques ungs du conseil d'Angleterre, qu'il luy veuille permettre de s'entremettre avec eulx de l'accommodement des affaires pour le bien de la Royne d'Escoce, vostre belle sœur, pour la seureté du Prince, son filz, vostre parant, et pour la tranquilité des subjectz du royaulme, qui sont, elle et luy, et eulx toutz, de l'alliance de vostre couronne; et que, si le dict de Lenoz, après avoir faict murtryr plusieurs bons subjectz du dict royaulme, et avoir expolié la pluspart de la noblesse d'icelluy de leur biens, et estably une authorité viollante au pays, et relevé contre les trettez le fort du Petit Lith, se veult encores attaquer de plus prez à Vostre Majesté de vous prandre voz propres messagiers et violler voz pacquetz, qu'on ne s'esbahysse si la jalouzie de vostre honneur et debvoir en cella, et la juste dolleur du sang et opression de voz alliez vous pressent enfin de vous en rescentyr et d'en cercher le chastiement; et de tant que l'occasion leur en pourroit estre suspecte, que je les prie d'ayder au très affectueulx desir qu'ilz voient que vous avez de l'éviter, sellon qu'ilz sçavent que vous demeurez très justiffié envers Dieu et la Royne, leur Mestresse, et envers eulx mesmes et toute la Chrestienté, que vous avez faict tout ce qu'il vous a esté possible pour réduyre les choses à de bien équitables condicions, voyre les faire advantaigeuses pour la Royne, leur Mestresse, et pour leur royaulme, et que pourtant rien de mal, qui en pourra cy après survenir, ne vous en debvra estre imputé. Dont vous feray incontinent après, Sire, entendre tout ce qu'ilz m'y auront respondu.
Il semble qu'ilz ne se fyent guières au comte de Morthon, lequel, hormiz le seul nom de régent, qu'il laysse au dict de Lenoz, il s'atribue, quant au reste, toute l'authorité, tout le proffict et toute la conduicte de l'entreprinse, et presse infinyement ceulx cy de luy envoyer gens et argent dans la fin de ce mois, ou qu'il s'accordera avec l'aultre partie; et c'est l'ocasion pourquoy ilz veulent envoyer quelques ungs de ce conseil par dellà pour le contenir, et pour gaigner, s'ilz peuvent, Granges et Ledingthon, car ilz n'y vont jamais que pour faire dommaige à la Royne d'Escoce et pour entretenir la division dans son pays, et croy qu'ilz ne vouldroient que le dict de Morthon vînt absoluement à boult de ses affaires. Vostre Majesté me commandera toutjour ce que j'y auray à faire, et me donra s'il luy playt de quoy pouvoir fortiffier et ayder, d'icy en hors, ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer leur est empeschée.
Je n'ay rien que changer, quant au propos de mariage, de ce que vous en ay mandé, le XXIIe de ce moys, par mon secrétaire, et les adviz ne me signiffient aultre chose de nouveau en cella que ce que verrez en la lettre de la Royne. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1571.
A LA ROYNE.
Madame, despuys ce que je vous ay escript, du XXIIe de ce moys, par mon secrétaire, touchant le propos du mariage, j'ay esté adverty que le Sr Vualsingam a faict une dépesche par deçà sur les propos, qu'auparavant le retour du Sr de Larchant il avoit heu avec Voz Majestez, de la sincérité dont la Royne, sa Mestresse, et les siens procédoient en cest affaire, ce qu'il mande vous avoir si bien persuadé que, nonobstant les lettres que Mr le cardinal de Lorrayne, à ce qu'il dict, vous a escriptes au contraire, vous demeuriez néantmoins résolue d'ambrasser avec toute affection la conclusion du dict mariage, et le Roy a déclaré qu'il tiendra pour ennemys ceulx qui le vouldront traverser. Et mande davantaige qu'ayant quelque vertueuse dame admonesté Monsieur, s'il passe en Angleterre, de n'y user comme les princes françoys, qui vont toutjour faisant l'amour aulx autres dames, ains qu'il se contante d'aymer bien fort et uniquement la Royne, affin d'éviter les maulx et dangiers qui ont accoustumé de venir aulx mauvais marys; qu'il a bénignement receu ce conseil, et avoit fort remercyé celle qui le luy avoit donné, et promiz qu'il le suyvroit: qui sont deux trêtz qui ont aporté beaucoup de contantement à ceste princesse, car elle a jugé qu'elle estoit aymée et desirée. L'on attend en dévotion l'aultre dépesche du dict de Valsingam, d'après le rapport du dict Sr de Larchant et du Sr Cavalcanty, dont je mettray peyne d'entendre ce qu'il en mandera, affin d'incontinent vous en advertyr. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1571.
CXCVIe DÉPESCHE
--du dernier jour de juillet 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Réponse de Burleigh sur la satisfaction demandée pour Mr de Vérac.--Affaires d'Écosse.--Danger de Marie Stuart tant qu'elle sera en Angleterre.--Nouveau complot dont elle est accusée.--Arrestation de sir Thomas Stanley, l'un des fils du comte Derby.--Nécessité de traiter avec le comte de Morton, en reconnaissant Jacques Ier roi d'Écosse conjointement avec Marie Stuart.--Nouvelles d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas; conclusion de l'accord sur la restitution des prises.--Négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, sur la responce que par mes précédantes, du vingt sixiesme du présent, je vous ay mandé avoir faicte aulx seigneurs de ce conseil touchant les choses d'Escoce, qui a esté par une lettre que j'ay escripte à milord de Burgley, il m'a respondu que les comtes de Lestre, de Sussex et luy, ont, par ensemble, leu ma dicte lettre, et que l'ayantz despuys monstrée à la Royne, leur Mestresse, elle n'y a trouvé rien qui ne luy ayt semblé raysonnable; et pourtant qu'elle a ordonné d'estre incontinent faicte une dépesche au comte de Lenoz pour l'admonester de se desporter modéréement, et avec respect, vers les subjectz et messagiers de Vostre Majesté, et de ne contraindre en rien le Sr de Vérac qu'il ne puysse user la charge que luy avez commise par dellà; et que la dicte Dame et eulx toutz sont attandans quelque responce des deux partys, qui sont en Escoce, pour sçavoir s'ilz veulent condescendre à une abstinance de guerre, et, s'ilz le font, qu'on procèdera incontinent au tretté, ou sinon qu'elle envoyera aulcuns de son conseil sur les lieux pour essayer de les accorder; avec lesquelz le dict Sr de Vérac pourra intervenir, pour y faire, au nom de Vostre Majesté, les bons offices qu'il verra convenir au bien et repos de ce pouvre royaulme; et quant à une plus grande dellibération que celle là sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur la liberté de son ambassadeur, que la dicte Dame n'avoit pensé, pour ceste heure, d'y rien toucher jusques aux dictes nouvelles d'Escoce: ce néantmoins, puysque je desiroys que ce fût plus tost, ilz luy en parleroient, affin qu'elle y prînt expédiant, et ne m'a rien plus mandé.
Or, Sire, j'entendz que le dict de Lenoz a mandé icy le contenu des lettres et de l'instruction et mémoires que le dict Sr de Vérac pourtoit, et que, quant il en a esté faict le récit à ceste princesse, elle n'y a rien trouvé qui luy ayt semblé estre directement contre elle, ce qui l'a assés satisfaicte; et les amys de la Royne d'Escoce ne cognoissent qu'il y ayt heu plus grand dangier que si elle n'y a veu une aussi ferme résolution de Vostre Majesté au restablissement de la dicte Royne d'Escoce, comme ilz le desireroient. Tant y a qu'encores hyer, sur la négociation que j'ay envoyé faire à iceulx de ce dict conseil, j'entendz que quelques ungs d'eulx ont fermement soubstenu que la Royne d'Angleterre ny son royaulme ne peuvent estre aulcunement bien asseurez, si la Royne d'Escoce ou si l'évesque de Roz sont remiz, l'ung ny l'aultre, ny deçà ny delà la mer, en pleyne liberté, fortiffians ceste leur opinion par nouveaulx argumens de la pratique, qui a esté nouvellement descouverte du Sr Thomas Stanley, second filz du comte Dherby, lequel ilz ont miz despuys huict jours avec plusieurs aultres dans la Tour, et de ce qu'ilz ont entendu que le Sr Roberto Ridolphy est passé de Rome en Espaigne, lesquelz deux ilz estiment estre de l'intelligence de la dicte Dame et de son dict ambassadeur, ce qui me faict juger que malayséement pourrons nous de longtemps, par parolles ny par négociations, tirer de ceulx cy rien de bien en cest endroict; et pourtant qu'il sera bon, Sire, sans laysser les instances accoustumées, si d'advanture il s'y peult toutjour gaigner quelque chose, que Vostre Majesté se résolve d'elle mesmes d'y faire ce que l'honneur de sa couronne et le bien de son service monstreront de le requérir, sans nulle manifeste offance de ceste princesse. Et croy, Sire, que vous obtiendriez ès dictes choses d'Escoce le meilleur effect de vostre intention, si le pays pouvoit estre remiz en paix, et il le pourroit estre si le comte de Morthon le vouloit, et le dict de Morthon ne seroit trop difficile à gaigner, si la Royne d'Escoce pouvoit estre persuadée de se contanter que le petit Prince, son filz, demeurast conjoinctement Roy avec elle; car, parce que le dict de Morthon est celluy qui principallement l'a proclamé et érigé pour roy, il n'estime qu'il y puysse avoir nulle sorte de bonne seurté pour luy, s'il est déposé; mais je ne sçay si ce préjudice seroit aultant dommageable à ceste pouvre princesse, comme celluy où elle se trouve meintenant. Vostre Majesté le considèrera, et je prendray garde si cependant ceulx cy préparent nulle entreprinse de ce costé.