Part 14
Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est freschement arrivé d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan, il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a apporté aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en soubstien du comte de Lenoz, a mandé au capitaine Granges, et la responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx, desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi estroictement, et son ambassadeur aussi resserré que jamais. Dont Vostre Majesté me commandera, par les premières, ce qui luy plairra que je y face, et ce que j'auray à remonstrer touchant la fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les trettez. Sur ce, etc.
Ce XIe jour de juillet 1571.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, estant le propos des petites lettres parvenu au poinct que Vostre Majesté verra par celle, que j'escriptz présentement au Roy, non sans avoir miz tout le plus loyal et dilligent service, qu'il m'a esté possible, pour faire qu'il allât mieulx sellon vostre intention, j'ose bien à ceste heure, Madame, vous descouvrir librement aulcunes choses que je puys desirer en cella, et vous suplier très humblement d'avoir agréable que j'obtienne celles que je laysse bien à Vostre Majesté de les juger si elles seront raysonnables:
C'est que Voz Majestez et Monseigneur veuillez ainsy estimer de cest affaire comme de celluy qui a esté bien fort et est encores assés plein de grandes difficultez, lesquelles on s'esforce de les tenir toutjour en vigueur, et qu'il y a plusieurs ennemys, les ungs aparantz et les aultres couvertz, personnaiges principaulx de ce royaulme, qui l'ont contradict, et plusieurs de dehors qui l'ont traversé et le traversent encores par pratiques, par promesses et par deniers contantz; que pourtant il vous playse excuser si je n'ay peu et si ne puys faire quadrer justement le tout au poinct que desireriez, mesmes que je n'ay osé, ny ose encores; y faire courir de l'argent, affin que ceste princesse n'en entre en souspeçon, et ay gaigné les intelligences des dames et seigneurs sans aultre coust que de quelques escuz à d'aultres moindres, que je leur ay donné comme de moy mesmes; que vous jugiez néantmoins, Madame, qu'encores n'a esté peu de conduyre les choses à ce que les condicions ne sont extraordinaires, que Monsieur n'est recerché d'estre aultre que catholique, que Calais n'est demandé, que la conférance est accordée avec voz depputez, non sans parolle donnée qu'ilz ne s'en retourneront, pourveu qu'on ne touche à la dicte religion, sinon avec une honneste conclusion de tout le reste; que j'estime avoir pratiqué tant d'amys et serviteurs à Monseigneur vostre filz, qu'il pourra venir en toute seurté par decà; que desjà la valleur, la vertu, les grâces et les belles qualitez, qui sont véritablement en luy, y sont si bien représantées qu'il y est avec amour et affection desiré de l'univers du royaulme; que pourtant il se veuille résouldre, avec le bon playsir de Voz Majestez, et avec dispence, si besoing est du Pape, mais si secrecte qu'il ne s'en puysse rien entendre de deçà, s'il dellibère donner meintenant perfection à ce propos, lequel se monstre de tant plus honnorable et grand pour luy et profitable pour la France, que ses ennemys et envyeulx s'esforcent de l'empescher;
Que si, d'avanture, il s'y résoult, il playse à Vos Majestez envoyer promptement voz depputez, pendant que le fer est chauld, et quelque présent, si ainsy vous semble bon, par monsieur de Montmorency à ceste princesse, et pareillement l'aultre pourtrect, car l'on commençoyt de prandre à mal que, en ayant esté envoyé deux d'icy, l'on n'en avoit peu encores recouvrer nul de dellà, (et celluy du créon a esté merveilleusement bien veu et trouvé fort beau); qu'il vous playse faire tout ce qu'il vous sera possible pour contanter le comte de Lestre du mariage qu'il desire, ou de quelque aultre qui soit honnorable, et avec huict ou dix mille escuz de rante pour le moins; qu'il luy soit envoyé et à milord de Burlay une lettre à chacun d'eulx, de la main de Mon dict Seigneur, et une aultre de sa mesme main, s'il luy playt, à ung aultre seigneur, dont le nom soit layssé en blanc, affin de les bien confirmer, et une aultre lettre à moy pour en confirmer d'aultres, sans expéciffication de pas ung, sinon, en général, de ceulx dont il présupposera que je luy auray escript; qu'il vous playse pareillement m'envoyer des bagues ou monstres exquises, pour faire présent à aulcunes dames et seigneurs de ceste court; que donniez charge à monsieur de Montmorency de gratiffier de parolle, et avec promesses, ceulx qu'il entendra par deçà estre bien affectionnez à ce propos; qu'il ayt charge de recommander en bonne sorte la Royne d'Escoce et ses affaires, et la liberté de son ambassadeur; et, pour la fin, en ce qui me peult concerner, si d'avanture je m'ose ramentevoir, que, suyvant ce que Vostre Majesté m'a mandé que je seroys nommé en la procuration avec voz depputez, qu'il vous playse, Madame, si d'avanture ilz viennent, m'y faire comprandre, ainsy qu'il convient à ung ambassadeur de Voz Majestez, et que, sur ceste très honnorable occasion, laquelle sera aussi pleyne de despence, Vostre Majesté n'ayt mal agréable de me faire sentyr la faveur, l'honneur et bienfaict que j'ay toutjour espéré de sa grâce; et je suplieray le Créateur, etc.
Ce XIe jour de juillet 1571.
PAR POSTILLE.
Ce que j'ay dict cy dessus, d'avoir le consens du Pape, seroit pour dispenser Monsieur sur le mariage de ceste princesse et sur la forme des nopces, et pour la pouvoir accompaigner quelquefoys à son oratoyre, et pouvoir aussi estre quelques jours sans ouyr la messe, si la nécessité ainsy le requéroit, entrant en son royaulme, se chargeant Mon dict Seigneur, le jour qu'il l'ouyroit, d'un plus grand service de prières catholiques; car, au reste, nul ne faict difficulté qu'estant icy il n'obtienne assés en cella, sellon que la Royne d'Angleterre mesmes et toutz ceulx de son conseil sçavent et permettent que plusieurs seigneurs de ce royaulme puyssent avoir la messe en leurs maisons, et elle mesmes les en dispence, et, au pis aller, l'ambassadeur du Roy, qui sera icy, accommodera toutjours Mon dict Seigneur et les siens du dict exercice de sa religion, et ne sera inconvéniant, s'il le trouve bon, qu'aulx grandes festes, il passe à Bolloigne pour y faire la solempnité; qui n'est pas plus loing que là où le Roy d'Espaigne se retire souvant en telz jours pour sa dévotion, car, pourveu qu'il se conserve et se monstre catholique, et qu'en quelque sorte il ayt l'exercice de sa religion, et qu'il ne soit obligé à la protestante, il ne luy peult, quant au reste, estre rien imputé en cest endroict ny envers Dieu, ny envers les hommes: et pourtant, Madame, il ne fauldra toucher ung seul mot au sieur de Valsingan du dict faict de la religion, ny l'admettre luy qu'il vous en parle.
CXCIIe DÉPESCHE
--du XIIIIe jour de juillet 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Deslandes._)
Affaires d'Écosse: nouvelle suspension d'armes.--Retour de sir Henri Coban; réponse qu'il rapporte du roi d'Espagne.--Négociation des Pays-Bas.--Destruction de la flotte des protestans par la flotte du duc d'Albe.--_Avis secret_ sur la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par la vostre du IIe du présent, et verray en quoy elle persévère sur la négociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire, que le Xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre bien informée de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et quelle opinion il en a, et à quoy il juge que pourront devenir les choses, et pourtant qu'il pénètre bien ez affaires de dellà affin qu'elle ne s'y trouve trompée; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez, lesquelz ont l'œil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes à la main; ce qui ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralité, mais, s'ilz demeurent résoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires les deniers qu'ilz ont tiré en grande somme des confisquations et forfaictures du pays, ausquelz n'a esté encores rien touché, premier que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus dicts de Lenoz et Morthon, et qu'après il se retire à Barvyc. Despuys laquelle dépesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des nouvelles du dict mareschal, du IIIIe du présent, qui luy mande que, oultre le navyre, chargé d'armes et de monitions qui venoit de Flandres, où y avoit douze mil escuz en réalles et jocondales, lequel Morthon a naguières arresté, il estoit tout freschement arrivé ung aultre petit vaysseau de France, chargé d'armes et pouldres, envoyé à ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit allé aborder tout droict; et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouçoys qui les conduysoit en estroicte pryson, et qu'après beaucoup de grandes difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu, Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vériffier encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray d'en toucher ung mot à ceste princesse, ensemble de la continuation du tretté, et de la liberté de l'évesque de Roz, pour, puys après, vous en mander plus grand certitude.
Le jeune Coban a remercyé l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil qu'on luy a faict, et de la seurté qu'il a trouvé en Espaigne, soubz la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touché de la négociation qu'il a faicte par dellà, mais j'ay sceu d'ailleurs que la lettre qu'il a apportée du Roy d'Espaigne à la Royne, sa Mestresse, laquelle est en latin, contient en substance:--«Qu'il ne desire rien tant que de demeurer en bonne amytié et intelligence avecques elle, et que les différans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre leurs pays, soyent accommodez avec une bonne réconcilliation entre leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuadé qu'elle n'ayt toutjour desiré d'entretenir la bonne amytié et alliance, qui a duré plusieurs siècles entre la mayson d'Autriche et la couronne d'Angleterre si inséparablement, qu'à toutes occasions et à toutz momentz elles ont esté toutjour prestes de prendre les armes pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de persévérer en cella bien fort fermement de son costé, il espère qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez du leur, pour estre chose utille et très nécessaire à toutz deux.»
Je ne sçay encores ce qu'il a raporté davantaige en secrect; tant y a que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrivée, de prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depputé des Pays Bas; et néantmoins le Sr Quillegrey a esté encores freschement envoyé pour ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mandé en chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir esté fort bien tretté et caressé par dellà, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et bénignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donné plusieurs bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourné sans qu'on luy ayt faict de présent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste estroicte mer, ont esté escartez par l'admyral de Flandres qui en a prins ou miz à fondz quatorze, et jetté en la mer ou bien exécuté six centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retiré à la Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tué cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient. Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre Majesté; sur quoy l'on faict de bien diverses interprétations. Sur ce, etc. Ce XIVe jour de juillet 1571.
J'adjouxteray à ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout à ceste heure, lequel j'ay extraict, mot à mot, de son original, et vous supplie très humblement me le renvoyer, ou commander qu'il soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en façon du monde rien.
ADVIZ DONNÉ AU Sr DE LA MOTHE.
«Toutes choses aujourd'huy se mènent avec art et finesse et la vostre mesmement; car, pendant que vous et l'aultre gentilhomme la trettiez icy, eulx ont dépesché, à cachettes, ung messagier avec instruction privée à Valsingam de faire tout ce qu'il luy sera possible pour pénétrer secrectement et dextrement ez intentions d'icelle court, et que, soubdain à l'arrivée du dict gentilhomme, et sans attandre ce qu'on pourroit colliger de son rapport, il signiffiât par le mesmes messagier la disposition en quoi il auroit cogneu qu'on y continuoit vers cest affaire, voulans, puys après, requérir plus ou moins sellon qu'il leur semblera de besoing. Les amis de la cause desirent qu'on leur admette, _pro formâ tantùm_, ce qu'ilz ymaginent estre expédiant de faire au poinct de la religion, affin de les veincre, car les ennemys n'ont aultre excuse quelconque que celle de la dicte religion, et commancent fort à doubter, et les amys à mieulx espérer. La responce d'Espaigne après avoir esté bien considérée n'est sinon neutre et incertaine. Dieu vous conserve.»--15.--
CXCIIIe DÉPESCHE
--du XXe jour de juillet 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Audience.--Nouvelles instances en faveur de Marie Stuart.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle veut procéder au traité, et que la liberté sera bientôt rendue à l'évêque de Ross.--Secours sollicité en Angleterre par le comte de Lennox, qui a remporté quelques avantages en Écosse.--État de la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, j'ay vollu monstrer à la Royne d'Angleterre que la meilleure occasion, qui me menoit ceste foys devers elle, estoit pour luy bayser les mains, et pour veoir et entendre de sa bonne disposition, affin de vous en pouvoir escripre plus souvant, sellon que je l'ay asseurée que Vostre Majesté me commandoit de le faire, et pour la remercyer aussi de la faveur, qu'elle avoit usé au Sr de Larchant, de l'avoir humainement receu et bénignement ouy, et de luy avoir signiffié en plusieurs sortes la bonne amytié qu'elle porte à Voz Majestez Très Chrestiennes, et encores une honneste et vertueuse affection à Monsieur; et de l'avoir faict honnorablement entretenir et accompaigner par ses gentishommes à la chasse, et partout où il avoit vollu aller, et encores de ce que luy et moy avions esté très somptueusement bien trettez en la mayson de Mr le comte de Lestre, et qu'au partyr elle l'avoit envoyé honnorer d'ung honneste présent: qui estoient choses que je la pouvois asseurer de les avoir toutes mandées en France, affin qu'elles y fussent recogneues, et que le semblable fût usé aux siens, quant elle les y envoyeroit; que luy s'en estoit party avec une si parfaictement bonne estime de tout ce qu'il avoit veu et ouy d'elle et de sa court, qu'il s'asseuroit d'en pouvoir donner une très grande satisfaction à ceulx qui l'avoient envoyé; seulement la responce, qu'elle nous avoit faicte, luy avoit semblé ung peu dure, et toutz deux l'avions encores prinse plus durement, de sorte que je desiroys qu'elle me vollust, à ceste heure, dire quelque mot, par où je vous y peusse mander une plus gracieuse interprétation.
La dicte Dame a heu très agréable le propos, et a remercyé infinyement Voz Majestez Très Chrestiennes du soing qu'aviez de sa santé, me priant que, en vous escripvant comme elle en estoit à ceste heure, grâces à Dieu, fort bien, je vous supplyasse de luy faire toutjour part des bonnes nouvelles de la vostre, et que je debvois, au reste, bien excuser si Mr de Larchant n'avoit esté ainsy bien caressé comme, pour l'honneur de ceulx qui l'envoyent, elle l'eust bien desiré, et comme luy mesmes le méritoit, mais il estoit icy pour une matière où il failloit qu'elle monstrât d'y faire plus par acquit que par affection; et quant à sa responce que, tant plus elle la considéroit, plus elle la trouvoit raysonnable et mesmes bien fort doulce, de sorte qu'elle avoit miz l'affaire ez mains de Voz Majestez Très Chrestiennes, auxquelles estoit meintenant d'y donner la bonne conclusion qu'il vous playrroit. Et s'est continué le propos en plusieurs bien fort gracieuses et honnestes particullaritez, qui ont monstré qu'elle persévéroit toutjour en son bon propos vers Mon dict Seigneur.
Et puys j'ay adjouxté, Sire, que le reste, que j'avois à luy dire, estoit du contenu en une lettre que Vostre Majesté m'avoit escripte, du IIe du présent, de laquelle je m'asseuroys que une partie luy playrroit bien, et encores me sembloit que le tout luy debvoit playre; car vous n'y cerchiez sinon son parfaict contantement, et que je luy en avois apporté le propre extrait, affin qu'elle y comprînt mieulx vostre bonne intention. Dont la luy ay leue, en la forme que je l'envoye à Vostre Majesté, qui a esté tout exprès, Sire, pour luy faire couler, parmy les gracieulx propos qui y sont, les aultres choses que j'avois à luy toucher du faict de la Royne d'Escoce.
Et est advenu que la dicte Dame m'a asseuré, avec beaucoup d'expression, qu'elle n'avoit jamais veu une plus cordialle, ny plus courtoyse, ny plus fraternelle lettre que celle là, et me l'a faicte relyre par une segonde foys, non sans me remercyer bien fort de ce que je vous avois représanté son regrect ainsy grand, touchant vostre blesseure, comme j'avois bien cogneu qu'elle l'avoit; et quant au mercys qu'il vous playsoit luy en randre, elle vous en debvoit de retour ung beaucoup plus grand pour icelluy, que n'estoit celluy qu'elle en avoit mérité, me priant de luy ayder à excuser la faulte, qui estoit advenue, de ne vous avoir sur ceste occasion envoyé le jeune Housdon, comme elle m'avoit dict qu'elle feroit, car il estoit devenu mallade, et, oultre cella, il s'estoit tant adonné à servyr une jeune veufve, laquelle il vouloit espouser, qu'on n'avoit peu finer de luy, bien qu'il se fût faict attandre, d'heure en heure, jusques à ce qu'on avoit heu nouvelles bien certaynes que vous estiez parfaictement guéry, de façon qu'il eust plus paru, à ceste heure là, une simulation que non pas ung vray office, de l'envoyer; et quant aulx aultres poinctz de la lettre qu'elle vouloit, premier que d'y respondre, me commémorer ce que, une aultre foys, elle m'avoit dict de la rébellion qu'on avoit naguières pratiquée en ce royaulme, et encores une entreprinse d'auparavant qui s'estoit freschement descouverte, où le filz du comte Dherby se trouvoit meslé, et confessoit qu'on, avoit projetté de la commancer en la ville de Conventry par donner entendre que leur Royne estoit morte, affin de proclamer incontinent Royne la Royne d'Escoce, laquelle, à ce prétexte, devoit estre tirée des mains du comte de Cherosbery par force, ce qui estoit punissable de mort contre les autheurs et complices; et qu'au reste elle ne sçavoit comment prendre ce que Vostre Majesté avoit, despuys vingt jours, envoyé de l'argent, qui estoit les nerfz de la guerre, et des monitions en Escoce pour ceulx de Lillebourg, et qu'il luy debvoit estre aussi bien loysible à elle d'y envoyer des forces contre eulx, car c'estoient ses ennemys.
A quoy ayant respondu quant à ce dernier, que je n'en sçavois rien, mais que je sçavois bien, Sire, que vous estiez tenu et aviez droict et estiez en très longue possession d'y en pouvoir envoyer comme à voz alliez et confédérez, là où elle n'avoit confédération ny alliance aulx aultres, et n'y en pouvoit raysonnablement avoir, sinon avec vostre bonne intelligence, parce que eulx mesmes estoient ou debvoient estre de celle de vostre couronne; et qu'elle ne debvoit compter pour ses ennemys ceulx de Lillebourg, parce qu'ilz s'estoient monstrez plus prestz de satisfaire à ses honnorables intentions que non pas les aultres; et encores, quant elle les avoit envoyé chastier à cause de ses fuytifz, que vous ne vous en estiez aulcunement esmeu jusques à ce qu'on vous avoit raporté qu'elle passoit oultre en pays, et se saysissoit des places, comme elle en tenoit encores quelques unes, et encores allors avoit elle bien veu comme vous vous y estiez gracieusement comporté.
Enfin la dicte Dame m'a faict une bien honneste et bien fort royalle responce; c'est qu'elle vouloit trop plus de bien à son propre honneur, qu'elle ne pourtoit d'ayne à la Royne d'Escoce, et qu'elle ne se vouloit préjudicier à soy mesmes pour se vanger d'elle, ainsy qu'elle en avoit desjà monstré de vrays signes; qui, au lieu de luy nuyre, luy avoit saulvé l'honneur et la vie, et pourtant que je vous advertisse, Sire, qu'elle procèderoit très honnorablement aulx affaires de ceste princesse, et n'attandoit plus, pour y mettre bien la main, que la responce du comte de Lenoz; car desjà ceulx de Lillebourg luy avoient mandé qu'ilz luy envoyeroient ses depputez, dont Ledingthon en seroit l'ung, et que tout par un moyen il seroit lors pourveu à elle et à ses subjectz, et à la démolition du Petit Lith; et quant à l'évesque de Roz que, dans ung jour ou deux, elle le feroit ouyr et examiner une aultre foys, et puys le renvoyeroit à sa Mestresse, et de là hors du royaulme, car ne vouloit qu'il habitât plus en Angleterre.
Je ne luy ay rien répliqué là dessus, ains suys retourné au premier propos; mais, le jour d'après, j'ay envoyé sa responce par escript aulx seigneurs de son conseil, affin de la conférer encores avec la dicte Dame et me confirmer ce que j'aurois à vous en escripre, les priant que ce fût avec bon effect, correspondant aulx bonnes parolles de leur Mestresse, et que je n'y advanceroys, ny diminueroys ung seul mot: dont suys attandant ce qu'ilz me manderont.