Part 12
La dicte Dame a leu la lettre, et puys m'a respondu assés soubdain qu'elle ne pouvoit prandre de bonne part que Vostre Majesté luy en escripvît en ceste façon; car, veu ce que le dict évesque avoit entreprins contre elle, elle ne le trettoit que trop gracieusement, l'ayant faict mettre en ung lieu honneste et sain, bien qu'avec quelque garde, et que nul n'avoit à s'esbahyr si elle vouloit aprofondir le faict de ceste grande entreprinse, qu'il avoit dressée, de faire descendre des estrangiers en certains portz de ce royaulme, et faire ellever aulcuns des naturels de ce pays pour s'y joindre, et faire édiffier ung fort non guières loing de Londres pour y faire la première masse, et commancer d'y relever l'authorité de sa Mestresse comme légitime Royne, contre elle qu'il disoit estre illégitime; et qu'elle vouloit sçavoir à qui il avoit baillé les deux lettres merquées de 40 et de 30, puysque la Royne d'Escoce et l'ambassadeur d'Espaigne affermoient que ce n'avoit pas esté à eulx; et qu'au reste le dict évesque n'estoit plus lors réputé ambassadeur, quant il fut resserré, car avoit excédé son office, et sa Mestresse l'a despuys désadvouhé, ainsy que desjà elle le luy avoit escript de sa main, et désadvouhe pareillement toutes les pratiques que luy et Ridolphy ont eu ensemble. Lesquelles la dicte Royne d'Angleterre asseuroit ne luy estre plus incogneues, ny celles que icelluy Ridolphy avoit menées en Flandres avec le duc d'Alve, ny celles qu'il avoit despuys faictes à Rome et par les chemins; et qu'elle s'esbahyssoit par trop comme, parmy le propos qui se trettoit d'une plus estroicte alliance, Vostre Majesté y mesloit ceste matière qui luy estoit tant à contre cueur; et qu'il sembloit que, de vostre costé, Sire, vous vollussiez faire vray le dire du Machiavel, «que l'amytié des princes ne va qu'avec leur commodité», et que si le susdict propos ne venoit à bonne fin, qu'il ne fauldroit pas qu'elle fît grand estat de la vostre.
Je luy ay coupé assés court ce propos, la pryant seulement de prendre argument tout contraire de ce qu'elle vous voyoit tant constamment persévérer vers la Royne d'Escoce et ses affaires, car cella vous randoit tesmoignage que vous sçaviez estandre vostre amytié oultre vostre commodité, et que vous n'estiez pour deffaillyr en nul temps à ceulx de vostre alliance, ce qui luy debvoit à elle mesmes faire venir plus d'envye de la desirer; et suys passé à luy dire qu'aprez l'estat de vostre personne, vous me commandiez de luy faire entendre de celluy de voz affaires, comme les gouverneurs de voz places, qu'avez en Piedmond et Salusses, avoient prins souspeçon d'aulcunes forces que le Roy d'Espaigne y avoit faictes aprocher pour se saysir du marquisat de Final, mais qu'après avoir exécuté leur entreprinse, ils s'en estoient retournez sans toucher à rien où vous eussiez intérest, et que le Roy d'Espaigne vous en avoit donné si bonne satisfaction que vous demeuriez en plus ferme et estroicte intelligence ensemble que jamais.
Elle m'a respondu qu'elle estoit bien fort ayse de veoir persévérer deux telz grandz princes, ses allyez, en mutuelle amytié, car de là dépendoit le repoz de la Chrestienté, et qu'elle ne s'esbahyssoit pas si les gouverneurs de voz places avoient heu deffiance des Espaignolz, car elle avoit adviz de Rome qu'au sortyr de conclurre la ligue, ung cardinal avoit dict qu'à ceste heure ne failloit plus que nul s'advouhât François en toute l'Ytallie, et qu'on les renvoyeroit bientost trestoutz par deçà les montz, ce qu'elle avoit desiré me dire il y avoit plus de huict jours.
Je luy ay respondu, qu'ayant la ligue esté dressée dans Rome, il estoit à croyre qu'on y avoit parlé des choses que ceulx du concistoire avoient à cueur, comme de la forme de la religion d'Angleterre et de la paciffication de France, et que Vostre Majesté et la dicte Dame feriez bien de prandre garde à ce qui se pourroit dresser, quelle part que ce fût, contre le repoz de voz estatz, pour mutuellement vous en advertyr.
A quoy elle m'a soubdain respondu, et avec affection, que s'il playsoit à Vostre Majesté d'en user ainsy, qu'elle y satisferoit fort fidellement de son costé.
Je laysse plusieurs aultres propos d'entre la dicte Dame et moy, qui seroient, possible, trop longs icy, pour, au reste, vous dire, Sire, que, par ordonnance de ceulx de ce conseil, le comte de Lenoz a envoyé en Dannemarc pour consentyr à la restitution du comte de Boudouel, comme très oportune pour luy et pour ses affaires, et promettre au roy de Dannemarc que cella ne tournera jamais à rien de son dommaige, et que la mesmes courtoysie de sa royalle protection, dont il a usé envers le dict Boudouel, ne luy sera dényée à luy mesmes et aulx siens par la Royne d'Angleterre et par le jeune Roy d'Escoce, en leurs royaulmes, quant l'ocasion s'y offrira: ce que le dict de Lenoz mande que le dict roy de Dannemarc a accordé, en luy baillant la susdicte promesse par escript, signée et scellée en bonne forme, et donne entendre que le Sr d'Anze, vostre ambassadeur par dellà, le consent ainsy, et que les parties de toutz costez ont promiz de l'accomplyr dans le jour de Sr Berthèlemy, qui est le XXIIIIe d'aoust prochain. Dont les amys de la Royne d'Escoce supplient très humblement Vostre Majesté de ne vouloir permettre telle chose, ains de la remédier, le plus promptement que faire se pourra, de tant que le retour du dict Boudouel viendroit traverser tout le bon ordre qu'avez commancé de donner aulx choses du dict royaulme, et luy mesmes seroit conduict icy pour achever de ruyner les affaires et la réputation de ceste pouvre princesse. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juing 1571.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, ce que j'escriptz au Roy, par le pacquet ordinaire, vous fera veoir qu'il n'est possible que je use de nul si grand respect vers la Royne d'Angleterre ez choses d'Escoce, qu'elle n'y trouve toutjour de l'offance, mais je la vays rabillant le mieulx que je puys, et cognois que la réputation du Roy et celle de ses affaires vont chacun jour gaignant quelque chose de plus en ceste isle par le maintien de ceste cause, ce qui faict que je ne vous puys conseiller de l'abandonner; et le propos du mariage ne laysse pour cella de se bien porter, ayant trouvé, par le parler et par toutes les contennances et démonstrations de la Royne d'Angleterre, qu'elle persévère en sa bonne vollonté et qu'elle a de tant plus dévottement prié Dieu pour la convalescence du Roy qu'elle a crainct, s'il mésadvenoit de luy, qu'elle ne peult avoir Monsieur, son frère, et ne me l'a point dissimulé. Le comte de Lestre m'a adverty qu'aussitost que le Sr Thomas Fiesque a esté par deçà, il luy est venu dire que plusieurs considérations avoient meu le duc d'Alve de ne se pouvoir persuader que le mariage de la Royne, sa Mestresse, avec Monsieur deubt jamais sortyr effect, tant pour l'ancienne inimitié des nations, et pour les injures et dommaiges receuz des Françoys, et pour les désadvantaiges qu'elle et son royaulme y auroient, que pour le peu de seure amytié qu'elle pourroit jamais establyr avecques le Roy, ny recouvrer de luy Calais; mais, si elle, à bon esciant, se vouloit maryer, il luy sçavoit ung party qui estoit le plus honnorable et advantaigeux de toute la Chrestienté. A quoy le comte avoit respondu que indubitablement la dicte Dame se vouloit maryer avec ung prince de sa qualité; et que lors icelluy Fiesque avoit suyvy à luy dire qu'il avoit donques charge de luy nommer le party que le duc d'Alve vouloit dire, lequel estoit du filz ayné de l'Empereur, prince de grand honneur et de grand vertu, fort beau, de belle taille et disposition, d'eaige aprochant de celluy de Monsieur, et qui plus que luy pouvoit faire toutes conditions grandes, advantaigeuses et honnorables à la dicte Dame, et l'alliance s'en continueroit plus agréable à tout ce royaulme que ne pouvoit estre celle de France; et que, tout sur l'heure, il dépescheroit ung poste pour en advertyr le duc, lequel ne fauldroit, avant quinze jours, d'en mander une si bonne et si certaine promesse de l'Empereur que la dicte Dame en demeureroit très contante, et icelluy sieur comte fort grandement gratiffié des bons offices qu'il y feroit; et qu'à bout de quinze jours n'estant encore la dicte responce venue, mais seulement une petite lettre du dict duc, icelluy Fiesque estoit retourné supplier fort instantment le dict sieur comte qu'il vollût faire supercéder, encores pour six jours, la conclusion du propos de Monsieur, et que, dans le septiesme, la responce de l'Empereur, telle que la Royne la pourroit desirer, seroit sans aulcun doubte arrivée. A quoy le dict comte luy avoit respondu qu'il estoit venu tard, et qu'il ne le vouloit entretenir en espérance, l'advertissant que les choses estoient desjà conclues avecques Monsieur; de quoy le dict Fiesque estoit demeuré triste et estonné à merveilles, lequel n'avoit, despuys son arrivée, cessé de solliciter par promesses et par présens plusieurs de ceste court à l'affection du dict party.
J'ay remercyé le dict sieur comte de son bon office et de l'advertissement qu'il m'en donnoit, et l'ay asseuré que j'avois escript à bon esciant en fort bonne sorte à Vostre Majesté pour faire venir bientost le propos à bonne conclusion, et que je n'avois obmiz rien de ce qui le concernoit à luy en son particullier, ayant envoyé son pourtraict et procuré de luy faire avoir celluy d'une très belle et vertueuse princesse, en quoy, Madame, je vous suplie très humblement qu'il luy soit donné le plus de satisfaction que faire se pourra; car l'on s'esforce fort de le destorner du bon chemin qu'il a tenu jusques icy au propos de Mon dict Seigneur. Et m'a l'on révellé, de bon lieu et grand, que, quant je demanday naguières le reste des condicions, et qu'il fut miz en dellibération si la restitution de Callais y seroit apposée, que le dict sieur comte avoit, ne sçay à quelle occasion, oppiné qu'on l'y debvoit mettre, mais que la dicte Dame, en demeurant en quelque doubte à cause de ce que je luy en avois auparavant dict, fut par le comte de Sussex et millord de Burlay résolue de ne le debvoir faire. Et ung de ceulx, que je réputte des plus certains et plus importantz amys qui sont par deçà de ceste cause, craignant le changement des vollontez, m'a mandé, de sa main, ces propres motz:--«Nous desirons que Monsieur ne soit difficile aulx conditions, car, s'il vient, il aura ce qu'il vouldra, et, par sa venue, il se fera icy une grande mutation pour les bons, et ne manqueront amys qui pour ceste heure ne se monstrent; par ainsi, faictes bonne euvre en cest endroict comme faictes ez aultres.» Lequel conseil, Madame, je vous ay bien vollu mander avec les aultres choses de cy dessus; et qu'on m'a asseuré, encores d'ailleurs, qu'on tient icy toutes dellibérations et affaires en suspens, attandant la responce que Voz Majestez feront sur la conclusion du dict mariage. Sur ce, etc.
Ce XXe jour de juing 1571.
CLXXXVIIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de juing 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne le postillon._)
Meilleur traitement fait à l'évêque de Ross.--Nouvelles d'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur, au nom de Marie Stuart, pour que le roi s'oppose à la mise en liberté de Bothwel.--Accord d'Élisabeth avec les princes protestans pour faire des levées d'hommes en Allemagne.--Mise en liberté du comte de Hertford.--Négociation des Pays-Bas.--Prise de Leith par le comte de Morton.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du mariage.--Discussion des articles.
AU ROY.
Sire, il vous aura esté aysé de cognoistre, par mes précédantes lettres du XXe du présent, comme, à la contradiction que la Royne d'Angleterre m'a faicte sur l'instance de la liberté de Mr de Roz et des aultres choses d'Escoce, je n'ay vollu contentieusement emporter le dernier mot sur elle, ains, pour ne l'aigrir davantaige, je me suys contanté d'aulcunes gracieuses répliques; lesquelles enfin, après qu'elle les a heues bien considérées, ont produict meilleur effect que je n'espérois, car, le jour d'après, elle a faict procéder à l'examen du dict évesque sur les mesmes choses, ou peu dissemblables, que la première foys, et en beaucoup plus gracieuse façon, de sorte qu'il rend les très humbles grâces à Vostre Majesté du sollaigement qu'il a desjà commancé de sentyr par la protection en quoy il vous a pleu le prendre; qui pourtant vous demeure très obligé et dévot serviteur, et plus encoragé que jamais à souffrir toutes extrémitez pour la Royne, sa Mestresse. Et la Royne d'Angleterre, aussi de son costé, a commancé de penser plus modéréement ès dictes choses d'Escoce, délayssant celle tant précipitée dellibération qu'elle avoit faicte d'y envoyer des gens, pour retourner à la poursuitte du tretté; et entendz, Sire, qu'elle procure de faire venir, entre aultres depputez de dellà, le Sr de Ledinthon, de quoy je serois bien ayse pour la confiance que la Royne d'Escoce a meintenant en luy, et qu'il est homme pour bien se démesler des difficultez qu'on luy pourroit faire; mais cella m'est suspect que sa venue est pourchassée de ceulx cy, dont la fauldra de tant plus observer: je ne sçay s'il se vouldra hazarder de faire le voyage.
J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de Queneguet, où le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz ont retiré grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je suys de rechef fort instantment sollicité de suplier Vostre Majesté d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on estime que nul plus grand escandalle à la réputation de ceste pauvre princesse, ny nul plus grand destorbier à ses affaires et à ceulx de vostre service par deçà, ne sçauroit venir de nulle aultre chose qu'on peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majesté voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce dellibère d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du XIIe de ce mois[10], sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vériffier en façon du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y est encores entré pas ung en armes, dont je travailleray de le sçavoir encores plus au vray, affin de vous en advertyr.
[10] Cette lettre n'a pas été transcrite sur les registres, mais elle fait partie de la _Collection complète des lettres de Marie Stuart_ publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof, où sont également insérées toutes celles que nous avons pu retrouver dans les papiers de l'ambassadeur.
Et quant aulx choses que le docteur Dumont a négociées icy, elles ont esté pour la pluspart en confirmation de celles que, l'année précédente, le Sr de Quillegray avoit trettées pour la Royne d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a proposé qu'il se fît fondz de cinq centz mil escuz à Estrabourg pour un soubdain besoing à la deffance de leur religion, et que la dicte dame en fornyst cent mil, et les trèze princes et dix huit villes de la confédération les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures levées d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des intérestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera touché que pour la dicte cause, ny sinon après que l'on en aura toutjour heu son congé et commandement; et desiroit le dict Dumont en emporter présentement la lettre de crédit pour avoir le payement en Hembourg à la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en promesse; mais je sçay bien qu'il a esté fort gracieusement expédié, et qu'il s'en est retourné joyeux et contant.
Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps esté en arrest et demeuré interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a esté, le XVe de ce moys, restitué à son entière liberté et à la court; et espéroit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les offances qui procèdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desjà morte; par ainsy ne se peuvent si tost résoulder.
[11] Catherine, sœur puînée de Jeanne Gray. Voir _note_, t. III, p. 359.
Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et froydement, ilz se poursuyvent néantmoins toutjour avec fort grande espérance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre à bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort à playsir le bon ordre, que je l'ay asseuré que Vostre Majesté avoit donné de faire bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict à la pluspart du contenu en la dépesche de Vostre Majesté du XIe du présent, laquelle je viens, tout à ceste heure, de recepvoir, je n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de juing 1571.
Tout à ceste heure, le capitaine Briquonel est arrivé en poste, qui asseuré que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et qu'estant milord de Humes le XVIe du présent sorty de Lillebourg, pour l'empescher, il luy est allé au devant avec toutes ses forces, et y a heu ung aspre rencontre, où le dict de Humes et son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez prisonniers, Quelouin tué, et envyron douze soldatz et deux pièces de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre adresse à ceulx que Vostre Majesté envoyera dorsenavant en Escoce que non pas du Petit Lith.
A LA ROYNE.
(_Lettre à part._)
Madame, à ces deux poinctz que Vostre Majesté a briefvement adjouxté de sa main en la lettre du XIe du présent, dont l'ung est que je m'esclarcysse s'il y a de la tromperie, et l'aultre que les condicions ne vous semblent assés correspondre au contenu de ma lettre, je vous diray, Madame, quant au premier, que je n'ay cessé auparavant et despuys que le propos a esté descouvert, d'y cercher, par toutz moyens et de toutz endroictz, le plus de clarté et de vériffication qu'il m'a esté possible; et en ay parlé moy mesmes le plus dextrement et en la meilleure sorte que j'ay peu, bien souvent à la Royne d'Angleterre et à ses deux conseillers, et leur en ay faict parler par d'aultres; et encores ay fort curieusement faict enquérir les amys, et pareillement les ennemys, qu'est ce qu'ilz en entendroient. Mais le tout, à présent, se raporte à ce que ceste princesse procède sans feyntize à desirer le party de Monsieur, et qu'elle y est plus encline et bien affectionnée que jamais; et ceulx qui plus souspeçonnoient la tromperie, du commancement, m'en parlent, à ceste heure, de ceste façon, et que l'artiffice d'elle et des siens va seulement à gaigner les advantaiges et respectz qu'ilz pourront. Encores despuys une heure, le comte de Lestre me vient de mander que la dicte Dame se rend, de jour en jour, mieulx disposée en cest endroict, et que, au soir, estant allée en son parc de Vuesmestre veoir une salve et une reveue d'aulcuns harquebuziers que le comte de Oxfort et les capitaines Orsey et Leyton y avoient menez, elle luy dict qu'il failloit pourveoir de bonne heure à donner des semblables playsirs à Monsieur, mais qu'elle s'esbahyssoit comme son ambassadeur tardoit tant à luy mander quelque responce. Et les dames m'ont faict entendre d'aultres petites particularitez conformes à cella, et surtout le sieur comte m'asseure que milord de Burlay est, à ceste heure, très affectionné à la matière: qui est ce que, à présent, j'ay pour vous dire sur l'esclarcissement de la tromperie.
Et quant aulx condicions, Vostre Majesté me pardonra si je luy diz librement que celles qu'on m'a dernièrement baillées pour vous envoyer, si elles sont bien prinses, ne sont sinon raysonnables, en ayant aultant esté accordé par le Roy Phelipe à la feu Royne Marie, et puys c'est la demande qu'ils font de leur costé, dont c'est à nous de faire, à ceste heure, la nostre, et que l'une soit modérée par l'aultre; et encores que j'eusse proposé de n'en rien débattre jusques après avoir entendu de voz nouvelles, si, en ay je touché ung mot au comte de Lestre, et ay tiré de luy qu'ung honneste entretennement durant la vie, et une fort honnorable provision, en cas de survivance, seront sans doubte assignez à Mon dict Seigneur, et que le pénultiesme article, qui semble limiter par trop l'authorité de Mon dict Seigneur, n'est que pour ne restraindre celle de la Royne, et non qu'il ne l'ayt conjoincte avecques elle, ny qu'elle ne le puysse advantaiger, et que les durtez et ambiguytez, qu'en tout évènement se trouveront ès dicts articles, pourront estre amandées; ayant en oultre considéré la dicte Dame qu'il ne seroit pas raysonnable qu'après elle Mon dict Seigneur demeure sans tiltre de Roy, et pourtant, si elle n'estoit si heureuse de le luy faire porter de Roy Père, qu'il l'auroit au moins de Roy Douarier d'Angleterre.
J'ay vollu passer oultre au poinct de la religion, et luy dire ce que j'avoys dict aussi à elle, que je ne voulois tant mal présumer du parfaict jugement de la dicte Dame qu'elle vollust randre privé et interdict Monsieur, en demeurant sien, de ce que nul aultre prince souverain de toute la terre habitable ny entre les chrestiens, ny entre les infidelles, n'estoit qu'il ne l'eust, qui est l'exercisse de sa religion; ce qu'elle a confessé estre vray, et m'a dict qu'elle espéroit que Dieu y pourvoirroit; et le dict comte, en riant, m'en a dict aultant. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont passé oultre, et veulent attandre la responce de leur ambassadeur, avec lequel je vous supplie, Madame, de faire dresser une forme de contract, où les unes et les aultres condicions soyent mises avec réservation que les articles qu'il n'osera, ou ne pourra accorder, soyent renvoyez, pour estre changez, augmentez ou diminuez par deçà, affin qu'il ne pense qu'on le veuille surprendre, et puys me les envoyer; et je mettray peyne de vous en faire avoir tout incontinent la résolution, et arresteray, au cas que les choses doibvent aller en avant, du temps, du lieu et des personnes qui se debvront assembler pour les estipuler et conclurre, et qu'il vous playse, Madame, m'envoyer vostre bonne instruction sur l'affaire, auquel je apporteray du mien aultant et plus de soing, de dilligence et de fidelle affection, que si c'estoit pour saulver ma vie. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de juing 1571.
CLXXXIXe DÉPESCHE
--du XXVIIIe jour de juing 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Bouloigne par ung homme du Sr Acerbo._)
Détails du combat livré en Écosse près de Lislebourg.--Charge donnée à l'ambassadeur par Marie Stuart d'être son représentant pendant la détention de l'évêque de Ross.--Communication faite par lord Burleigh de tous les détails qui établissent la conspiration de l'évêque de Ross et de Ridolfi.--Assurance qu'Élisabeth veut procéder au traité avec Marie Stuart.--Nouveaux mouvemens en Irlande.--Concessions faites par le duc d'Albe aux Anglais sur la restitution des prises.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du mariage.
AU ROY.