Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 9

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Que, de sa part, il y tiendrait la main, comme très obligé de desirer le bien du Roy et de son royaulme, et que, touchant la dicte paix, il sçavoit que le cardinal de Chatillon y avoit une extrême affection, et que la noblesse de ce royaulme la desiroit, et desiroit tout ensemble l'accommodement des affères de la Royne d'Escoce, comme deux choses d'où dépendoit le repos et la seurté de leur Royne et de son royaulme; et que Cecille, pour estre ennemy conjuré de la Royne d'Escoce, et pour la frustrer de la légitime succession qu'elle prétend à ce royaulme, affin d'y establyr ung roy de sa main, et ellever ceulx de Erfort à la couronne, lesquelz il nourryt en ceste espérance, comme ses pupilles, en sa mayson, empeschoit que la dicte Dame ne peult bien user de sa bonne intention en nulle de ces deux choses, la tenant comme enchantée sur l'éguillon de la jalouzie, qu'il luy propose toutjours de la dicte Royne d'Escoce.

Mais, qu'après que j'en auroys encores une foys parlé à la Royne, sa Mestresse, si elle venoit à luy en toucher ung seul mot, il s'ingèreroit de luy représenter franchement le debvoir à quoy, l'honneur, la foy et la conscience la tiènent obligée envers le Roy et envers la Royne d'Escoce pour l'entretennement des trettez; et comme, en leur satisfaisant en ce qui seroit de rayson, et s'asseurant par ce moyen de la paix de France et d'Escoce, elle demeureroit très asseurée et establye contre les dangiers et entreprinses de toutes les aultres partz du monde; et, au contraire, si, pour ne se porter bien envers le Roy sur ceste paix, ny envers la Royne d'Escoce sur sa restitution, elle venoit à tumber en guerre de ces deux costez, à ceste heure qu'elle ne sçavoit comme elle estoit avec le Roy d'Espaigne, et que ses subjectz estoient divisez, dont possible une partie seroit contre elle, il est sans doute qu'elle seroit en ung très grand dangier.

Et ne craindroit de luy remonstrer que, nonobstant le mal qu'elle pouvoit vouloir au cardinal de Lorrayne, elle avoit à considérer qu'il estoit d'une mayson grande, et de nouveau plus allyée que jamais à celle de France, et qu'en estant yssue la Royne d'Escoce de par sa mère, monsieur et madame de Lorrayne ne permettroient qu'elle fût habandonnée du Roy, oultre les aultres notoires obligations d'entre les couronnes de France et d'Escoce:

Qu'il n'eust tant tardé de remonstrer cecy à sa Mestresse, sans ce que Cecille le guettoit pour le désarçonner, ainsy qu'il avoit désarçonné les aultres principaulx du conseil, par prétexte de la Royne d'Escoce; et qu'il tenoit ceulx qui y estoient de reste encores toutz bandez contre luy, ne se souscyant de hasarder sa Mestresse, son estat et toutes aultres choses, pour establyr la fortune des dicts de Erfort, et qu'ayant luy à suyvre celle de sa Mestresse, il luy vouloit remonstrer le dangier où elle estoit, encore qu'il en deubt estre ruyné.

Despuys, trouvant que l'intention du Roy estoit conforme à celle du dict comte, j'ay parlé à la Royne d'Angleterre en la forme que je le mande à Sa Majesté, et le dict comte monstre à présent d'estre si affectionné à la matière qu'il désire fère luy mesmes le voyage devers le Roy avec grand opinion, voyre asseurance, qu'il ne s'en retournera sans que la paix soit conclue; sans que les affères de la Royne d'Escoce soyent accommodez; et sans que l'amytié d'entre le Roy et sa Mestresse soit bien estroictement confirmée.

Ainsy, par les propos de ces deux, se peult conjecturer la division qui est entre ceulx de ce conseil, et comme, en ce qui concerne la France, encor que toutz monstrent d'y désirer la paix et de vouloir que leur Mestresse s'y employe de si bonne façon que le Roy luy en sache gré, c'est néantmoins diversement; car Cecille et les siens ne veulent qu'il se parle des affères de la Royne d'Escoce, et le dict comte et ceulx de son party desirent qu'ilz soient par mesmes moyen accommodez, dont, pour avoir quelcun qui luy fasse espaule au dict conseil pour fortiffier son opinion, il est fort après à solliciter le retour du comte d'Arondel, qui n'est amy du dict Cecille, et tout contraire à ceulx de Erfort.

=Chiffre=. [Et à propos du dict comte d'Arondel, luy et millord de Lomellé m'ont envoyé remercyer de mes bons offices et démonstrations envers eulx, et que, si les choses ne prennent icy meilleur trein pour eulx, ilz sont pour accepter la faveur du Roy à se retirer soubs sa protection en France, et le dict de Lomellé y mener sa femme;

Que, pour le présent, il faut qu'ilz attendent veoir que deviendront les promesses de leurs amys, et leurs moyens et espérances de court; car l'on leur a mandé qu'ilz sont sur le poinct d'estre rappelez en leur auctorité accoustumé, laquelle s'ilz ont une foys reprinse, ilz jurent de ne s'en laysser plus dépossèder et de la retenir, ou par leur droict, ou par la force, contre quiconque leur y vouldra fère tort;

Et, si ce paysible moyen d'y retourner ne leur succède dans peu de jours, qu'ilz en essayeront quelque aultre plus viollent, car desirent, comment que soit, pourvoir aulx désordres de ce royaulme, et au faict de la Royne d'Escoce, et aulx affères du duc de Norfolc, et encores plus expressément s'ilz peuvent, quant ilz en auront le moyen, au restablissement de la religion catholique; pour lesquelles quatre choses ilz veulent tout hazarder.

Et disent que l'importance de cecy gyt principalement en deux poinctz; l'ung est que le dict duc veuille bien employer les moyens, qu'il a dans ce royaulme, pour se mettre en liberté, pour fère prendre les armes à ceulx de son party, et pour empescher au conseil les dellibérations de ses adversayres:

L'aultre poinct, que ceulx du North, qui se sont retirés en Escoce, soyent secouruz; car est sans doubte, s'ilz se peuvent remettre en campaigne, et marcher en çà, que ceulx de leur intelligence se déclaireront et les repcevront avecques faveur aux meilleurs endroictz d'Angleterre, et se joindront à eulx en grand nombre;

Et que le bon succez de toutes choses deppend de ce dernier, sans lequel il semble que le premier ne sera essayé, non que miz à exécution; car le dict duc de Norfolc ne veult rien mouvoir de luy mesmes de peur d'empyrer sa cause.]

XCVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de mars 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par le nepveu du Sr Acerbo._)

Modération des mesures adoptées par la reine d'Angleterre.--Mise en liberté du comte d'Arundel, qui est reçu en grâce par Élisabeth.--Promesse faite à l'évêque de Ross que sa détention va cesser.--Préparatifs d'une expédition qui doit être dirigée vers le Nord.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Sire, les dernières lettres que je vous ay escriptes et l'instruction que j'ay baillée au Sr de Vassal, qui les vous a aportées, vous auront donné assés ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en ce royaulme, jusques à la datte d'icelles, laquelle est du lendemain de Pasques. Meintennant j'ay à dire à Vostre Majesté que les festes se sont passées bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit survenu aulcune chose de nouveau, par où ceste Royne et les siens ayent monstré d'en estre esmeuz davantaige; et toute expédition d'affères a cessé, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil absentez en leurs maysons pour y fère la solempnité; et a l'on espéré que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion, seroient bientost réduictes à quelque modération, ayant la dicte Dame faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre à luy venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce qu'on l'avoit asseurée que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de quoy il s'est excusé, et qu'il n'avoit esté que en la compaignie de ceulx qui en avoient parlé comme de chose qu'ilz estimoient convenable au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procéder, sinon avec son bon congé et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais trouvé aultre que son très fidelle subject et très loyal à sa couronne. Et ainsy luy ayant dès lors randue sa pleyne liberté, il s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour résider près d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et à l'évesque de Roz fut donnée parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys luy fut mandé que par ung mesmes moyen, après les festes, la dicte Dame le feroit mettre en liberté, et luy permettroit de venir tretter avec elle des affères de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a esté usé d'aulcune rigueur ny recerche à ces Pasques; mais aulcuns pensent que toute ceste gracieuse démonstration se faict pour gaigner le temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre cest esté.

Aultres ont opinion que, à bon escient, l'on veult accommoder les affères, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre, dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est après à lever encores (à ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays de Linconscher pour s'aller joindre à luy; et a l'on tiré, ces jours passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et créé des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne à penser, avec d'aultres adviz précédans, qu'on a intention de dresser camp, et d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour commencer encores ceste guerre, jusques à la fin d'aoust, car jusques alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la frontière d'Escoce.

L'on continue de dire que les seigneurs Escouçoys font aller toutes choses dans leur pays à l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et qu'ilz ont faict proclamer son auctorité, et qu'il ne reste des grands du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs Estatz. Sur ce, etc.

Ce XXXIe jour de mars 1570.

XCIXe DÉPESCHE

--du IIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Cambernon_.)

Retour du comte d'Arundel à la cour.--Prolongation de la captivité de l'évêque de Ross.--Affaires d'Écosse.--Bon accueil fait par le duc d'Albe aux députés d'Angleterre.--Nouvelles d'Allemagne.

AU ROY.

Sire, retournans après ces festes les seigneurs de ce conseil en ceste court, le comte d'Arondel y est arrivé des premiers, auquel la Royne sa Mestresse a faict beaulcoup de faveur, monstrant prendre toute confiance de luy; dont semble qu'il ne reffuzera de se laysser introduyre de rechef aulx affères, mais ce sera possible plus pour servyr à la liberté du duc de Norfolc, son beau filz, et aulx affères de la Royne d'Escoce, ausquelz il a toutjour porté bonne affection, que pour ambicion qu'il ayt; car le présent manyement de l'estat ne semble aller aucunement sellon qu'il le vouldroit.

Je suys bien marry qu'en leurs premières dellibérations, iceulx seigneurs du conseil, après leur dict retour, ayent changé ce qu'ilz avoient auparavant ordonné pour l'évesque de Roz, de luy donner sa liberté incontinent après Pasques, et qu'il seroit admiz à parler à la Royne leur Mestresse; là où meintennant on luy faict dire qu'il ayt encores pacience, et qu'elle n'est bien résolue quant, ny commant, elle la luy pourra donner. Il semble que le sir Randolf ayt donné adviz à la dicte Dame que ceulx, qui ont relevé le party du comte de Mora en Escoce, ont desjà dépesché l'abbé de Domfermelin et Nicollas Elphiston pour venir tretter, avecques elle et avec les seigneurs de son conseil, de toutes choses de dellà; et que possible elle y veult avoir pourveu, premier que d'eslargyr le dict sieur évesque, de peur qu'il ne luy traverse ses desseings. Et de ce, Sire, que je vous avois cy devant mandé, que le voyage du comte de Lenoz estoit interrompu, les dicts du conseil ont changé d'opinion à cause d'une lettre que les comtes de Mar et de Glencarve, et les lordz Lendzay, Semple, Ruthunen et Drunquhassil ont escripte au dict de Lenoz, qu'il veuille venir en dilligence prendre la régence du pays, affin de conserver l'authorité au jeune prince son petit filz, et haster le secours que la Royne d'Angleterre leur a promiz; de tant mesmement que les fuytifz de son royaulme non seulement se sont joinctz aulx Amelthons en faveur de la Royne d'Escoce, mais publient aussi qu'ilz n'attendent, d'heure en heure, que l'arrivée du renfort qui leur doibt venir de France et de Flandres. Sur quoi, de tant que iceulx du conseil ont senty que le comte de Morthon, duquel ilz espéroient beaucoup, n'estoit bien vollu ny de la noblesse ny du peuple d'Escoce, et que mesmes il n'estoit soubsigné en la dicte lettre avec les aultres, ce qui monstroit de n'estre bien d'accord avec eulx, par ainsy qu'ilz ne pouvoient fère aulcun bon fondement sur luy, ilz ont advisé de laysser aller, plus par nécessité que par ellection, le dict de Lenoz par dellà; réservant néantmoins la charge principalle du tout au comte de Sussex, et ne fornyssant à icelluy de Lenoz que, comme pour fère le voyage, envyron trois mil cinq centz escuz. Vray est que la comtesse, sa femme, a engaigé ses bagues et sa vaysselle d'argent pour luy fère plus grand somme; et cependant l'on a dépesché, coup sur coup, force courriers devers le comte de Sussex, ne sçay encores à quelles fins; car le bruyt est que les frontières ne sont plus tant pressées comme elles estoient par les fuytifz; mais je pense que c'est pour le haster vers l'Escoce, me confirmant toutjour en l'opinion qu'ilz le feront entrer dans le pays avecques forces, et mesmes que, pour pourvoir à la faulte des vivres qu'on pourroit avoir par dellà, j'entendz qu'on faict grand provision de farines, partout icy autour, pour les y envoyer par mer: ce que je mettray peyne de vériffier, et de vous donner de cella, et d'aultres choses, ung plus exprès et un plus certain adviz par mes premières. Je ne cesse cependant de fère, au nom de Voz Majestez Très Chrestiennes, toutz les meilleurs et plus exprès offices que je puys pour les affères de la dicte Royne d'Escoce, mais je ne sçay que espérer d'iceulx en un si grand changement et variation, comme l'on m'y use ordinairement, sinon que je croy qu'ilz se rangeront enfin d'eulx mesmes, ou qu'ilz ruyneront ceulx qui les vouldront ruyner.

Icy court ung bruyt que le duc d'Alve a vingt six grands navyres prestz à mettre sur mer, avec nombre d'hommes de guerre, et de monitions, mais ne se dict à quel effect; néantmoins, cella met ceulx cy en assés de souspeçon, lesquelz ne layssent pourtant de solliciter par leurs depputez l'accord des différans des Pays Bas; et leur a fort pleu que le duc d'Alve les ayt ainsi bien receuz comme il a faict avec grand faveur; et que, à Bruges et en Envers où ilz ont passé, l'on les ayt caressez et trettez en amys; et que les officiers les ayent visitez et leur ayent envoyé présens; et que desjà le dict duc ayt depputé personnaige de sa part pour tretter avec eulx; dont s'espère qu'ilz s'accommoderont, comme, à la vérité, pour avoir les ungs et les aultres où entendre assés en d'aultres choses, il semble que tant plus vollontiers ilz vouldront sortyr de celles cy.

Il se parle d'ung grand emprunct que ceste princesse propose de fère tout de nouveau; dont suys après à descouvrir si c'est pour recepvoir les deniers icy ou en Hembourg, et semble bien que les propos et pratiques de la dicte Dame et des siens en Allemaigne demeurent en mesmes suspens que faict la paix de France; et n'ay point sceu qu'il soit venu, de tout le moys passé, aultres nouvelles de dellà, si n'est de la diette du XXIIe de may à Espyre, et de l'aprest des deux Roynes, filles de l'Empereur, pour aller en France et en Espaigne; et du faict du prince d'Orange, duquel l'on parle diversement, car les ungs disent qu'il sçayt où prendre gens et argent pour fère une grande entreprinse et que la faveur des princes protestans ne luy manquera: aultres asseurent, et mesmement l'ambassadeur d'Espaigne, qu'il n'a ny gens, ny argent, ny moyen de rien entreprendre, et qu'il a perdu toute sa réputation envers les dicts princes protestans. Sur ce, etc.

Ce IVe jour d'apvril 1570.

Ce DÉPESCHE

--du IXe jour d'apvril 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Rossel et Christofle_.)

État des forces levées pour le Nord, et sans doute destinées à entrer en Écosse.--Nouvelles de Marie Stuart.--Sommes importantes réunies par Élisabeth.

AU ROY.

Sire, l'occasion pour laquelle la Royne d'Angleterre a dépesché, despuys huict jours, plusieurs courriers vers son pays du North, ainsy que je le vous ay mandé par mes précédantes du IIIIe du présent, est, sellon que j'entendz, pour mander aux trouppes et compagnies de gens de guerre, qu'on a levées en ces quartiers là, de se randre toutes ensemble à Yorc le XIIe de ce moys; et au comte de Sussex qu'il leur face fère incontinent la monstre, et qu'il les face acheminer à si bonnes journées qu'il puysse avoir son armée toute preste à Barvyc, le premier jour de may; laquelle les ungs disent debvoir estre de dix mil hommes de pied et cinq mil chevaulx, les aultres de la moytié moins des ungs et des aultres, ce que, pour encores, je croy estre le plus certain, mais qu'il a bien commission de lever l'aultre plus grand nombre, s'il est besoing. Il ne se dict encores ouvertement qu'il doibve entrer en Escoce, mais il se tient pour résolu qu'il le fera, si les seigneurs du pays, entre cy et là, ne se trouvent d'accord, ce que la dicte dame crainct assés; auquel cas, elle regardera ung peu de plus près comme elle devra poursuyvre l'entreprinse, et possible adviendra cependant que de l'avoir seulement entamée, elle leur aura donné plus prompte occasion de se réunyr. Il est bien certain que ses fuytifz ayant ainsy couru, de jour et de nuict, comme ilz ont faict, la frontière de deçà, et pillé et brullé les villaiges, et enmené force prisonniers, luy donnent occasion d'y envoyer des forces pour leur résister; mais elle dict que non seulement elle les veult chastier, mais qu'elle veult chastier ceulx qui les ont retirez; ce qui s'adresse principallement aulx Escouçoys: car l'on m'a asseuré, quant aux dictes frontières, que, despuys quelques jours, elles se trouvent assés paysibles, par l'ordre que les Escouçoys mesmes y ont miz; et que les principaulx chefz des fuytifz sont après à trouver moyen de passer en France ou en Flandres, ce qui debvroit fère abstenir la dicte Dame de son entreprinse; mais je crains que ce sera cella qui l'y convyera davantaige pour luy sembler moins difficile, et pour vouloir en toutes sortes establir les choses d'Escoce, si elle peult, à sa dévotion.

Et fault estimer, Sire, que son desseing au dict pays ne peult estre petit, veu le nombre de canons de batterye, de couleuvrines, de monitions, d'armes et de vivres qu'elle y envoye. La Royne d'Escoce luy a naguières escript là dessus, mais l'évesque de Roz, qui est encores en arrest, ny moi, n'avons peu entendre du contenu en sa lettre que ce qui concerne seulement sa santé: qu'elle se porte bien, qu'elle se loue du bon trettement du comte de Cherosbery, et qu'elle trouve bon qu'il la conduyse en une aultre sienne mayson pour changer d'air et pour avoir plus grande commodité des vivres. L'on attend l'arrivée de l'abbé de Domfermelin, et le comte de Lenoz est desjà party, duquel l'on ne se peult si bien asseurer qu'on ne voye encores plusieurs difficultez en son voyage, et se parle de quelque marché sur le comte de Northomberland, que ceste Royne donnera quatre mil {lt} d'esterlin pour lui estre livré entre ses mains, par où semble qu'il soit encores dans le chasteau de Lochlevyn; et, à la vérité, Sire, je n'ay peu encores avoir assés de certitude des choses de dellà, car les passaiges sont trop serrez, et ce qui en vient en ceste court est tenu bien fort secrect, ou bien l'on le baille tant au contraire de ce qui est que je n'y donne poinct de foy. J'espère que par d'aultres moyens, que nous avons essayez, il nous en viendra bientost quelque notice.

Quant à l'emprunct, dont en mes précédantes je vous ay faict mention, j'entendz que la dicte Dame a fait expédier mil Ve lettres de son privé scel, la moindre de cinquante {lt} d'esterlin, et la pluspart de cent, aulx particulliers bien aysez de son royaulme pour luy estre forny par chacun sa cothe part en ceste ville de Londres, dans le prochain moys de may; dont faict estat qu'il montera à la somme de cent cinquante mil {lt} d'esterlin, qui est cinq centz mil escuz. L'on commance de préparer une flotte de draps pour Hembourg et deux navyres de guerre pour la conduyre aulx despens des merchans; mais plusieurs estiment que ce sera pour aller en Envers, et que les depputez conclurront quelque chose sur ces différans, affin de pouvoir continuer leur mutuel traffic comme auparavant. Ceulx cy demeurent en grand suspens sur la longueur du tretté de paix de Vostre Majesté, et semble, Sire, qu'ilz en désirent et qu'ilz en craignent tout ensemble la conclusion pour des considérations et respectz, qui sont assés divers, dont je suys après d'en vériffier ce que desjà l'on m'en a dict, affin de vous rendre plus claire leur intention. Sur ce, etc.

Ce IXe jour d'apvril 1570.

CIe DÉPESCHE

--du XIIIe jour d'apvril 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne_.)

Continuation des préparatifs militaires contre l'Écosse.--Inquiétude des Anglais sur la négociation des affaires de Flandre.--Détail des nouvelles arrivées en Angleterre sur l'état de la guerre civile en France, et les entreprises faites par les protestans.

AU ROY.