Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 6

Chapter 63,805 wordsPublic domain

Je ne puys avoir certitude des présentes choses d'Escoce, et semble que le Sr Randolf mesmes, qui est sur le lieu de la part de ceste Royne, ne peult comprendre quelles elles sont, et qu'il en escript confuzément. Le comte de Lenoz se prépare toutjours pour y aller; mais il creinct quelque malle adventure par dellà, et n'ayant la dicte Royne d'Escoce faulte d'adviz en ses propres affères, elle nous a faict tenir celluy que je vous envoye duquel nous mettrons peyne d'en avoir plus grande vériffication; et d'aultant qu'avec icelluy vous verrez, Sire, l'instance qu'elle me prie de vous fère pour son secours, il ne sera besoing de le vous exprimer davantaige, si n'est pour vous dire, Sire, que peu d'ayde à ce commancement vous pourra espargner les frays d'ung grand secours, que possible cy après vous y vouldriez avoir envoyé; lequel, ou n'y pourra lors passer, ou n'y viendra jamais assés à temps. Je ne sçay si, suyvant mes précédantes lettres, ceste Royne vouldra entendre à quelque bon expédiant avec la dicte Royne d'Escoce, elle m'a faict démonstration d'y estre assez bien disposée; mais la dicte Royne d'Escoce a trop d'ennemys en ceste court.

La dicte Royne d'Angleterre m'a faict dellivrer trois Françoys qui estoient prisonniers à Colchester, et m'accorde ordinairement, et fort libérallement, les provisions de justice que je luy demande pour voz subjectz. Il est vray que ceulx de son conseil m'ont faict escripre par le juge de l'admyraulté que, s'il n'est faict rayson à trois Anglois, qui vont pourchasser la restitution de leurs biens à Granville en Bretaigne, qui leur a esté deux et trois foys desnyée, que les Bretons ne s'esbahyssent plus s'ilz n'ont dellivrance des biens qui leur seront prins ou arrestez par deçà; vous supliant, Sire, mander au Sr de La Roche, cappitaine du dict Granville, qu'il les leur face dellivrer, et que dorsenavant Vostre Majesté commande estre mieulx pourveu à l'administration de la justice aux dicts Anglois en Bretaigne, qu'ilz disent qu'ilz n'y en ont heu jusques icy; et sur ce, etc.

Ce XXVIe jour de febvrier 1570.

Sur la fin de la présente m'est venu advis qu'il y a heu rencontre, sur la frontière du North, entre millord Dacres, qui se retirait en Escoce avec quelque troupe, et milord de Housdon gouverneur de Barvich, qui l'a vollu empescher.

EXTRAICT de la lettre de la Royne d'Escoce à Mr l'évesque de Roz, son ambassadeur.

J'ay receu, par ce pourteur, la lettre que m'avez escripte du VIe du présent, et suys fort marrye de vostre emprysonnement, à ceste heure que mes affères ont grand besoing de vous, sur le poinct qu'on m'a dict que le Roy a accordé d'envoyer deux mil hommes en Escoce; je vous prie, sollicitez Mr l'ambassadeur de fère instance à son Mestre qu'il les veuille haster, et advertissez l'arsevesque de Glasco et Rollet, de faire le mesme par dellà. Je vouldrois bien entendre quel secours nous aurons de Flandres. Je crains qu'il sera assés petit, et qu'il viendra bien tard; car j'entends que desjà la Royne d'Angleterre faict lever une armée de douze mil hommes en ce pays, et en veult envoyer, du premier jour, trois mil en Escoce, et puys après, y fère acheminer le reste par mer et par terre, avec intention, comme on dict, d'avoir, ou par moyen, ou par force, mon filz en ses mains, et puys après disposer de ma vie. Mais, si Dieu m'est favorable, comme je n'en doubte poinct, je ne crains poinct cella; néantmoins, je vous prie très affectueusement de le nottifier aulx ambassadeurs, affin que, s'ilz m'ayment et ayment mes affères, qu'ilz procurent de fère envoyer en dilligence le secours en Escoce. Il est bruict que le Roy d'Espaigne est fort mallade, et que le Roy a aultant à fère dedans son royaulme comme auparavant, et qu'il n'a peu fère la paix avecques ses subjectz, dont vous prie m'en faire entendre la vérité.

EXTRAICT d'aultre lettre escripte par la dicte Royne d'Escoce à Jehan Cobert, secrétaire de Mr de Roz, du XIIIe febvrier 1570.

Jehan Cobert, si vostre mestre est si estroictement gardé qu'il ne puisse vaquer à mes affères, ne faillez de trouver quelque moyen de me donner toutjours adviz des occurrences, le plus souvent que vous pourrez. Faictes mon excuse à Mr l'ambassadeur de France, si je ne luy escriptz par ce pourteur, car je ne m'ose fyer en luy; supliez le de parler à la Royne pour vostre mestre; et luy dictes que c'est Huntington qui, par malice, a procuré son emprisonnement; car luy mesmes m'a dict qu'il se vengeroit de luy. Priez le aussi, en mon nom, de solliciter le Roy, son Mestre, comme je le mande en l'aultre lettre, de haster le secours; car il peult veoir le grand dangier en quoy mon royaulme et mon filz et moy sommes.

XCIIe DÉPESCHE.

--du dernier jour de febvrier 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Callais, par le sire Crespin de Chaumont_.)

Détails circonstanciés de la rencontre qui a eu lieu entre milord Dacre et milord Houston; défaite de milord Dacre qui a été forcé de se réfugier en Écosse.

AU ROY.

Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le XXVIe du présent à Vostre Majesté, j'ay faict mention d'ung rencontre naguières advenu vers la frontière du North, du costé d'Escoce, entre millord Dacres et millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation est despuys arrivée, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne d'Angleterre, pour aulcuns soupeçons du dict millord Dacres, et parce qu'il différoit de venir devers elle, mandé à millord Housdon de l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fère, en une sienne mayson, où il s'estoit retiré douze mil près l'Escoce; icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant qu'elle deust estre exécutée, par l'interception d'aulcunes lettres, où il vit que desjà le dict de Housdon avoit mandé à millord Scrup se trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit à heure déterminée avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la garnyson de Barvich, pour l'aller assiéger, il fit dilligence d'en advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontière d'Escoce; et, de sa part, il déliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes, et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et présenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir de meilleures gens et mieulx équipés que luy, bien que en moindre nombre, se résolut de le combattre, et néantmoins fit semblant de se retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, où avec l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et à peine se fût saulvé le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours, à la faveur desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y ayt, Sire, et que ce récit, qui vient de la court, soit à l'advantaige de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de la retrette du dict Dacres, qui est, après le duc de Norfolc, ung des plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc.

Du dernier jour de febvrier 1570.

XCIIIe DÉPESCHE

--du IIIIe jour de mars 1570.--

(_Envoyée jusques à la court, par le Sr de Sabran_.)

Irritation causée à Londres par la nouvelle de l'expédition préparée en France pour porter des secours en Écosse.--Effet produit par cette nouvelle sur la reine d'Angleterre, dont elle change tout-à-coup les dispositions à l'égard de la France.--Résolution d'Élisabeth de porter ses armes en Écosse, et de secourir ouvertement les protestants de la Rochelle.--_Mémoire_: détails des préparatifs faits sur mer en Angleterre pour empêcher le secours de France d'arriver en Écosse.--Affaires de l'Écosse et des Pays-Bas.--Demande faite par l'Espagne que le commerce avec l'Angleterre soit interdit en France.--_Mémoire secret_: dispositions des seigneurs anglais, qui sont poursuivis en justice, à soutenir les efforts de la France.--Vives instances du duc de Norfolk pour que la reine d'Écosse soit promptement secourue.--Proposition faite par l'ambassadeur à Leicester d'appuyer de tout le crédit de la France son mariage avec Élisabeth; sous la condition de la restitution de Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, je n'avois poinct esté encore plus favorablement ouy de la Royne d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur les choses, que je luy ay ordinairement proposées de vostre part, despuys que suys par deçà, que en ceste dernière audience du XXe du passé, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privéement traicté, ny ne s'estoient monstrez plus favorables à me parler des affères de ce royaulme que ceste dernière foys; de sorte que je m'en retournay assés satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me dire que, pour quelques occasions ès quelles la France n'estoit poinct meslée, j'entendrois bientost parler d'ung armement que, longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gecté ny de plus grand, ny de plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun souspeçon, car tant s'en failloit que ce fût contre Vostre Majesté, qu'il n'y auroit rien qui ne fût à vostre bon commandement: et oultre cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les affères de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy elle estoit, d'entendre à quelque bon expédiant avec elle, s'il playsoit à Vostre Majesté de le mettre en avant.

Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modérez d'auprès de ceste princesse eussent gaigné ung grand poinct envers elle, mesmes que je sceuz, avant que partir de là, que le comte d'Arondel avoit esté mandé en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De quoy les passionnez, qui ont le crédit, monstroient n'estre aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours après, leur est venu en main pour divertir le bon cours de ces affères, et pour altérer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrivées de France et d'Escoce, du XXIIe du passé, ilz ont eu adviz que Vostre Majesté préparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce, qui se doibvent embarquer en Bretaigne le IIIe jour de may prochain; ce qui leur a donné de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de son dict conseil que, toutes aultres choses délayssées, ilz se sont miz après à consulter et dellibérer comme ilz pourront empescher ou prévenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baillé une instruction au Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de leurs préparatifz et aprestz en cella, ensemble du présent estat des aultres choses de deçà, auquel me remectant, je prieray, etc.

Ce IVe jour de mars 1570.

A LA ROYNE.

Madame, ce n'est de mon gré que je donne à Vostre Majesté des adviz, qui quelques foys sont bien contraires et divers à ceulx que auparavant je vous ay mandez; mais le changement et la contrariété, qui sont assés ordinaires en ceulx de ceste court, me contraignent d'en user ainsy; dont Vostre Majesté, s'il luy playt, m'en excusera sur le soing que j'ay de luy mander leurs actions et dellibérations, ainsi clairement et par le menu, comme, jour par jour, je les puys aprendre et descouvrir. Il n'y a que huict jours que ceste princesse se monstroit bien disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et de ne cercher rien tant que de vous contenter et complaire en ce qui luy estoit proposé de vostre part, et de vouloir vivre en grand paix et repos en son royaulme, chose fort sellon sa naturelle inclination; mais, aussitost qu'on luy a raporté qu'il se préparoit en France des gens de guerre pour passer en Escoce, il n'est pas à croyre combien la grande jalousie de sa cousine, laquelle s'est représentée en cella, luy a soubdain faict changer son premier bon propos; et comme, en lieu d'aller par moyens paysibles, ainsy qu'elle disoit, ez choses d'Escoce, elle a proposé meintennant d'y procéder par les armes. La dicte Dame estoit lors après à espargner l'argent, meintennant elle ne parle que d'en despendre; elle cerchoit de payer et à ceste heure d'emprumpter; elle disoit vouloir regaigner par douceur ses subjectz, meintennant elle faict resserrer plus que auparavant ceulx qui sont en prison; et crainctz assés, Madame, que l'affection, qu'elle disoit avoir à la pacification de vostre royaulme, se soit desjà changée à ung contraire désir de vous y nourryr les troubles, si elle peult, comme desjà l'on m'a dict qu'elle est pour se monstrer plus libéralle à promettre secours et assistance à ceulx de la Rochelle, qu'elle n'a faict jusques icy. Je la verray sur la première occasion de quelque dépesche de Voz Majestez, et mettray peyne de notter les particullaritez de ses propos, affin de fère quelque jugement de ses dellibérations. Sur ce, etc.

Ce IVe jour de mars 1570.

INSTRUCTION pour satisfère Leurs Majestez sur le contenu de la dépesche, comme s'ensuyt:

Que, le XXe du passé, la Royne d'Angleterre se monstroit bien disposée envers Leurs Très Chrestiennes Majestez et envers leurs présens affères, avec bonne affection à la paix de leur royaume, et d'estre preste, pour l'amour d'eulx, de condescendre à des expédiens gracieulx avec la Royne d'Escoce, et me dict l'ung des seigneurs de son conseil qu'elle avoit ung grand contantement de veoir que Leurs dictes Majestez, ny nul de leurs ministres, n'estoient meslez en ces choses du North.

Ung autre des seigneurs du dict conseil, me parlant en affection d'aulcuns aprestz, qu'on faisoit contre la dicte Dame, en un endroict qui, sellon qu'il me le désigna, ne pouvoit estre sinon Flandres, me dict qu'ilz estoient après, de leur costé, à préparer en dilligence ung des plus grandz et des plus braves armemens qu'ilz eussent, longtemps y a, miz en mer, et qu'on cognoistroit que, si l'Angleterre n'estoit pour assaillir ung aultre estat, qu'elle estoit suffisante pour deffandre le sien, et que, continuant ainsy la bonne paix, comme elle faisoit, avecques le Roy et la France, ilz n'avoient que bien peu à craindre le reste de leurs voysins.

Le troisiesme jour après, estantz deux pacquetz, l'un de Mr Norrys et l'aultre du Sr Randolf, arrivez de France et d'Escoce, quasi en mesmes heure, et avec conformité d'ung mesmes advis de certain nombre de gens de guerre, qu'ilz ont mandé que le Roy préparoit d'envoyer en Escoce, qui se debvoient embarquer en Bretaigne, le IIIe de may, et estre conduicts par le Sr Estrocy, la dicte Dame fit incontinent assembler là dessus son conseil, où, du bon estat que les choses monstroient estre deux jours auparavant, elles furent, par la contention des mal affectionnez, soubdain converties en une présente aygreur; et voicy ce que j'entendz qui fut là arresté:

Que Mr Bach, pourvoyeur de la marine, seroit promptement mandé pour lui enjoindre de mettre en ordre et en bon équipage toutz les grandz navyres de guerre de la dicte Dame, affin d'estre prestz dans la fin de mars ou au commencement d'avril, avec trois mil bons hommes dessus, avytaillez pour un moys, affin de servir aulx deux effects; l'ung, de résister aux entreprinses de Flandres, et l'aultre, pour empescher le passaige et la descente des Françoys en Escoce;

Que le comte de Sussex et Raf Sadeller s'en yroient au Nort, et lèveroient six mil hommes, qu'ilz envoyeroient le plus tost qu'ilz pourroient en Escoce, et en prépareraient aultres douze mil pour doubler et tripler les premiers, s'il estoit besoing;

Que ceste mesmes levée pourroit servir à réprimer les esmotions qu'on craignoit au dict pays, et servyroit aussi pour tenir la main forte à l'exécution de justice qu'on y prétendoit fère contre ung nombre de gentishommes, qu'on a trouvez coulpables de la première ellévation;

Que, pour subvenir à telles choses, l'on dresseroit trois estapes de vivres et de monitions pour les pouvoir transporter par mer où le besoing le requerroit, l'une à Londres, l'aultre à Rochestre, et la troisiesme, laquelle j'ay la plus suspecte, à Porsemue, car c'est vis à vis du Havre de Grâce;

Que courriers seraient promptement dépeschez par toutes les provinces avec lettres aulx officiers, pour fère advertissement à ung chacun de se tenir pourveuz d'armes et de chevaulx sellon les ordonnances, et d'estre prestz pour marcher, quand ilz seront mandez;

Que Me Grassein feroit dilligence de trouver promptement cinquante mil livres d'esterlin parmy les merchans pour subvénir au présent besoing de la dicte Dame, oultre et par dessus la somme de quarante cinq mil livres d'esterlin desjà ordonnées pour Allemaigne;

Que les affères de la Royne d'Escoce et les propositions qui se mettoient en avant pour sa restitution, et pour la dellivrance de l'évesque de Roz, son ambassadeur, seroient mises en surcéance et elle ung peu plus resserrée;

Et seroit pareillement surcise la dellibération, en quoi l'on estoit, de pourvoir à la liberté du duc de Norfolc, sur la caution qu'il offroit de deux centz mil livres d'esterlin; et à l'eslargissement de millord de Lomelé; et à rappeler en court et au conseil le comte d'Arondel, et que les dicts seigneurs seroient plus observez et resserrez que auparavant.

Et m'a l'on dict, dont je suys après à le vériffier, qu'il fut aussi là arresté que la dicte Dame se monstreroit plus libéralle et prompte, qu'elle n'avoit faict jusques ici, à accorder secours à ceulx de la Rochelle pour meintenir la guerre en France, affin de divertyr celle toute aparante, qui s'alloit susciter dans ceste isle pour les choses d'Escoce.

Despuys, est survenu ce rencontre en la frontière du North, lequel aulcuns disent n'avoir tant succédé au désadvantaige de millord Dacres, comme le filz de millord de Housdon, qui en a porté les premières nouvelles, l'a publié; et qu'il y est mort plus de deux centz soldatz de la garnyson de Barvich, et qu'il a apareu ung si notable secours, qui venoit d'Escoce au dict Dacres, qu'on a heu assés de doubte d'une surprinse sur Varvich, dont ceulx cy font plus grand dilligence que jamais de haster les ordonnances et provisions dessus dicts.

Quant à l'estat des choses d'Escoce, j'entendz que les comtes Morthon, Mar, Mareschal et millord de Lendzey ayantz, avec leurs complices, relevé en ce qu'ilz ont peu la part du feu comte de Mora, ont transféré toute l'authorité au dict de Morthon, lequel se trouve meintenant dans l'Islebourg, assisté de la faveur de la Royne d'Angleterre; et semble qu'il veut establyr le comte de Lenoz régent au dict pays à la dévotion de la dicte dame;

Que les comtes d'Arguil, d'Onteley, d'Atil et aultres bons subjectz de la Royne d'Escoce, ayantz tenu une assemblée près de Dombertran, où le Sr de Flemy s'est trouvé, ont dellibéré de s'achemyner vers l'Islebourg, pour ordonner, en quelque bonne façon, de l'estat des choses, et qu'ilz veullent que le duc de Chatellerault preigne le gouvernement; et que, pour le commencement, il l'ayt au nom du jeune prince, affin qu'il y interviegne tant moins de contradiction: mais le dict duc, qui est encores prisonnier au chasteau de l'Islebourg, demeure fermement résolu de n'accepter aulcune charge, sinon au nom et sous l'auctorité de la Royne. Il s'espère quelque convocation d'Estatz au dict pays, le IIIIe du présent; ce qui s'en entendra, je ne fauldray de le mander à Leurs Majestez. Il semble qu'on n'a trouvé Ledinthon si bon Anglois qu'on cuydoit, et qu'il est tout du dict duc de Chatellerault.

Ceulx qui jugent des dicts affères d'Escoce, et qui désirent la restitution de la Royne au dict pays, et y vouldroient veoir succéder les choses sellon l'intention du Roy, disent que, sans venir à guerre ouverte avecques ceste Royne, il se pourra (avec vingt ou trente mil escuz et deux personnaiges de bonne qualité qui saichent, au nom du Roy, réunyr et accorder les seigneurs du pays, et avec demy douzaine de capitaines pour conduyre leurs gens de guerre, et quelques monitions et armes), fère ung si bon fondement dans ce royaume que les effortz des Anglois n'y pourront en rien prévaloir; mais il fauldroit que cella y passât tout promptement, avant que ceulx cy soyent sur mer.

L'accord des deniers et merchandises d'Espaigne se poursuyt toutjour fort instantment, et pourra bien estre que, quant aulx deniers, il preigne encores quelque tret, pour attandre celle lettre du Roy d'Espaigne, par laquelle il veuille advouher que la somme est à des merchans; mais, quant aulx merchandises, j'estime que cella sera bientost conclud, parce qu'il se dépesche quatre principaulx merchans de ceste ville avec généralle procuration pour en aller, en compaignie du Sr Thomas Fiesque, tretter avec le duc d'Alve à Bruxelles; et doibvent partyr dans ceste sepmayne. Dont le Roy pourra fère incister sur l'ung et sur l'autre de ces deux poincts envers le duc d'Alve, qu'il n'en veuille accommoder les Protestans, ains entretenir et prolonger la matière, au moins jusques après l'esté prochain; dont, de ma part, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, d'y fère toutjour naistre quelque difficulté, et il s'y en trouveroit assés du costé mesmes de ceulx cy, n'estoit la craincte qu'ilz ont du Roy sur les choses d'Escoce.

Je suys bien fort pressé par l'ambassadeur d'Espaigne de suplier Leurs Majestez Très Chrestiennes qu'ilz veuillent exclurre aux Anglois le commerce de la France, parce que, nonobstant la suspencion d'entre l'Angleterre et les Pays Bas du Roy son Mestre, ilz ne layssent d'estre accommodez, par le moyen des Françoys, des choses qu'ilz ont besoing d'Espaigne; lesquelles, pour le gain, ilz leur aportent toutjour en abondance, bien que ceulx cy se monstrent aussi difficilles de n'admettre les merchandises d'Espaigne ny de Flandres par deçà, comme l'on le pourroit estre en Espaigne ou en Flandres d'y recepvoir celles d'Angleterre; tant y a qu'avec des moyens cella se conduict, et y a quelcun qui, au nom des Catholiques de ce royaulme, m'est venu prier pour la dicte exclusion de traffic, comme de chose laquelle admèneroit bientost une telle nécessité en ce pays, qu'on s'y eslèveroit contre ceux qui gouvernent; en quoy Sa Majesté considérera ce qui est le plus expédient et le plus utille pour son service, car je crains que par là l'on s'incommoderoit assés pour accommoder aultruy.

Sur la closture de ceste dépesche, le Sr de Garteley est arrivé, qui m'a dict que le secours pour Escoce est desjà tout prest en Bretaigne, dont semble estre fort requis de le haster de partir, affin de prévenir ceux cy, lesquelz sont tous résoluz de getter dehors, avant la fin de ce moys, quinze grandz navyres des premiers prestz pour nous empescher la mer.

AULTRE INSTRUCTION A PART.