Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 39
Négociation de Walsingham, ambassadeur en France.--Affaires d'Irlande; crainte des Anglais qu'une entreprise ne soit tentée sur ce pays.--Affaires d'Écosse; retards apportés à la conclusion du traité.--Ligue contre les Turcs.--Nouvelles d'Allemagne.
AU ROY.
Sire, par la première dépesche, que le Sr de Vualsinguan a faict par deçà[26], il s'est si grandement loué à la Royne, sa Mestresse, de l'honorable réception et des vertueuses responces qu'il a eues de Vostre Majesté, et des bons propos et démonstrations que la Royne, vostre Mère, et Monseigneur, luy ont usé, que le comte de Lestre m'a mandé qu'elle m'en rendra ung bien fort grand mercys, la première fois que je l'yray trouver, affin que je le vous face puys après entendre de sa part; et que je vous représante le grand contantement qu'elle en a reçeu, qui ne la pourriez, à ce qu'il dict, en nulle chose du monde plus grandement gratiffier que de favoriser ses ambassadeurs. Et n'ay point sçeu, à la vérité, Sire, que, pour ce commancement, il ayt donné que une bien fort bonne satisfaction de Voz Majestez à sa dicte Mestresse. Il est vray qu'il a asseuré la dicte Dame, ainsy qu'on m'a dict, que la pratique, que le capitaine La Roche mène en Yrlande, n'est incogneue en vostre court; de quoy aulcuns de son conseil luy ont vollu persuader qu'elle devoit donc révoquer milord de Boucard qui, pour ceste occasion, a esté arresté ung jour à Canturbery; mais elle a vollu qu'il ayt passé oultre, espérant que, sur ce qu'elle m'a naguières proposé d'icelluy faict, Vostre Majesté l'en satisfera bientost.
[26] Voir les _Mémoires et Instructions pour les ambassadeurs ou Lettres et Négociations de Walsingham, ministre et secrétaire d'état sous Élisabeth, reine d'Angleterre_, 1 vol. in-4º, Amsterdam, 1700.
La dicte Dame commance de tourner ses pensées aulx choses du dict pays d'Yrlande, car, oultre le faict du dict capitaine La Roche, elle a toutjours crainct que le Roy d'Espaigne se vouldroit revancher des prinses de mer par quelque entreprinse sur icelluy pays; et, encores, par le dernier courrier de Flandres, entendant que le duc d'Alve se monstroit si réfroydy en la composition des dictes prinses, que l'agent de la dicte Dame estoit sur le poinct de s'en revenir, sans avoir rien faict, elle en entroit en plus grande deffiance, mais ung aultre courrier extraordinaire en vient d'arriver, qui dict que icelluy agent a heu, despuys huict jours, une meilleure responce du dict duc. Néantmoins, estantz desjà aulcuns indices venuz à la dicte Dame de la dellibération du dict Roy d'Espaigne en cella, et luy en ayant Mr le cardinal de Chatillon, à ce qu'on m'a dict, mandé, despuys six jours, d'aultres certains adviz, elle monstre, à présent, de le croyre; dont a mandé à millord Sydney debitis d'Yrlande, qui estoit prest à s'en venir par deçà, de ne bouger de sa charge, et de pourvoir soigneusement à la garde du pays, et qu'elle donna promptement ordre qu'il luy soit envoyé tout ce qui luy sera besoing.
Les choses d'Escosse se brouillent de nouveau, car ceulx du party de la Royne commancent de se revancher par dellà sur ceulx qui suyvent le party du comte de Lenoz, et le comte de Morthon, faisant le long à venir, prolonge icy beaucoup le tretté, ce qui donne cependant loysir à la comtesse de Lenoz et aulx siens de remettre en l'opinion de la Royne d'Angleterre plusieurs malles impressions contre la Royne d'Escosse, luy persuadant qu'elle aspire à sa vie et à la déboutter de son estat, si bien qu'elle en est entrée en de grandes souspeçons, mesmes contre ses plus intimes conseillers; qui faict que toute ceste court s'en trouve divisée et en grand perplexité. Dont les depputez de la dicte Royne d'Escosse, craignans qu'enfin cella n'admène une ropture du dict traicté, suplient, de rechef, très humblement Vostre Majesté, de les vouloir, de bonne heure, et par secrectz moyens, secourir de ceste provision de quatre mil escuz par moys, qu'ilz vous demandent, durant quelque temps, affin d'exécuter promptement ce qu'ilz ont projecté pour le restablissement de l'auctorité de leur Mestresse, et pour la conservation de leur pays, et pour l'honneur et la gloire de Vostre Majesté et de l'alliance qu'ilz ont avec vostre couronne; s'asseurans que la guerre ne durera jamais ung ou deux tiers d'an. Et m'ont proposé, au cas que voz présens affaires ne permissent, Sire, que les puyssiez si tost ayder de ceste somme, qu'il soit vostre bon playsir de la leur faire recouvrer sur l'afferme du douaire de leur Mestresse, en la faisant délivrer à quelques merchans pour deux ou trois ans à venir, moyennant qu'ilz advanceront les deniers, desquelz, s'il en debvoit survenir cy après nul intérest à Vostre Majesté, ou quelque diminution à leur dicte Mestresse, ilz se offrent de le faire rembourser par les Estatz de leur pays; et ne vous auront, à ce qu'ilz disent, moindre obligation que si le secours estoit tout entièrement sorty de voz propres finances. A quoy vous playrra, Sire, me faire respondre par voz premières, car, sellon que j'en entendray vostre vollonté, je les laysseray, ou bien les divertiray d'en envoyer poursuyvre le moyen par dellà, comme ilz ont dellibéré de faire.
Il est nouvelles icy que l'Empereur a offert d'entrer en la ligue contre le Turq, et que, en propre personne, il luy commancera la guerre, pourveu que les confédérez luy veuillent souldoyer vingt mil hommes de pied, et luy donner douze mil escuz par moys, pour les aultres provisions de l'armée; et qu'il a esté de nouveau provoqué à cella, à l'ocasion de ce que le Turq luy a mandé qu'il ayt à luy remettre entièrement le tiltre du royaulme de Transilvanye, sans jamais plus le s'aproprier.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a adviz que le comte de Sualsemberg, après avoir composé avec ceulx d'Embourg, pour quarante mil tallardz contants, et avec ceulx de Brème pour vingt cinq mil, a séparé ses gens; par ainsy, toute la peur de ceste guerre est estaincte. Sur ce, etc. Ce XIIe jour de febvrier 1571.
CLXe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de febvrier 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bon Jehan._)
Affaires d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher que le prince d'Écosse ne soit livré à la reine d'Angleterre.--Sollicitation faite par le duc d'Albe, au nom du roi d'Espagne, en faveur de Marie Stuart.--Négociation des Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, par la dépesche de Vostre Majesté, du premier de ce mois, que le Sr de Sabran m'a apportée, il m'a esté si sagement et avec tant de bonnes considérations satisfaict sur tout ce que, par mes précédantes, jusques au vingt quatriesme du passé, je vous avois escript de l'estat des choses de deçà, qu'il ne me reste rien à présent que de bien ensuyvre ce que clairement et fort exprès il vous playt m'en commander, qui mettray peine, Sire, que vous y soyez le plus exactement bien servy qu'il me sera possible; seulement je me trouve empesché du faict du petit Prince d'Escosse, lequel je vous suplie très humblement, Sire, de croyre que j'ay travaillé aultant que j'ay peu, et sans trop me descouvrir, à disposer icy les depputez de la Royne, sa mère, et ay pareillement envoyé disposer ceulx de l'aultre party jusques en Escosse, pour s'opposer à ce qu'il ne soit admené par deçà, et n'ay obmiz nul des inconvéniens qui en pourroient advenir, que je ne les leur aye toutz représentez; et ay sondé si avant iceulx depputez de la dicte Dame qu'ilz m'ont confessé que les seigneurs qui les ont envoyez, déclairent, en ung article de leur instruction, qu'ilz ne le peuvent consentyr; néantmoins qu'ilz leur ont baillé pouvoir, à part, d'en user comme la Royne, leur Mestresse, leur ordonnera; et m'ont remonstré que, demeurant les choses en l'estat qu'elles sont, la Royne d'Angleterre tient en ses mains la mère, le filz et le royaulme, et a desjà estably un sien subject pour régent au pays, et qu'ilz ne peuvent, sans ung notable secours de Vostre Majesté, plus différer de se soubmettre eulx mesmes à ce que la dicte Royne d'Angleterre vouldra: sçavoir est, d'obéyr au dict régent, et recognoistre le jeune Prince pour leur Roy, si, d'avanture, leur Mestresse n'est bientost restituée; et que, si le tretté n'eust esté miz en avant, par lequel l'armée d'Angleterre a esté retirée, il est sans doubte qu'ilz se fussent desjà toutz rangez à ce party, de sorte, Sire, qu'il ne se fault guières attandre que, du costé de la Royne d'Escosse, laquelle a desjà baillé son consentz, ny de ceulx qui tiennent pour elle, il se face grande résistance à cest article; qui est néantmoins le principal, auquel la Royne d'Angleterre et les siens incistent, et sans lequel elle monstre de vouloir poursuyvre ses entreprinses, ainsy qu'elle les a commancées au dict pays.
Je verray ce que je pourray faire secrectement avec les depputez de l'aultre party, qui ne sont encores arrivez, mais l'on les attand dans quatre jours; car il est nouvelles qu'ilz ont desjà passé Barwich, et ne voys point, Sire, qu'il reste plus de ce costé nul moyen en cecy, que je ne l'aye desjà tanté; dont adviserez s'il s'en pourra trouver quelcun aultre d'ailleurs qui y puysse mieulx remédier.
Au regard de l'article de la ligue, j'en useray tout ainsy, sans plus ny moins, qu'il vous playst me le prescrire, et semble bien que desjà, sur les fermes et résoluz propos, que j'en ay tenuz à la Royne d'Angleterre et aulx siens, ilz soyent en quelques termes de n'en parler point.
L'évesque de Roz est allé presser les seigneurs de ce conseil de vouloir commancer le dict tretté, plus pour cognoistre si leur Mestresse avoit changé de vollonté que pour espérance de rien faire, jusques à ce que les aultres soyent icy; et a trouvé qu'à leur arrivée elle dellibère de passer oultre, meue beaucoup plus des difficultez, qui surviennent chacun jour plus grandes, et en Escosse, et en son pays, que de bonne affection qu'elle y ayt; et luy ont iceulx du dict conseil dict deux choses: l'une, qu'il ne fault que la Royne, sa Mestresse, escoutte les conseilz qu'on luy mandra de dellà la mer, de ne consentyr que son filz viegne en Angleterre, car, sans ce poinct, qui estoit desjà accordé par elle, il ne fault plus parler de tretté; la segonde, qu'elle veuille délaysser du tout la pratique de se maryer avec dom Joan d'Austria, et n'ouyr plus sur cella Mr le cardinal de Lorrayne, qui en renouvelle, à ce qu'ilz disent, encores à présent le propos. A quoy il a respondu en général, que, si la Royne d'Angleterre veult bien user envers sa Mestresse, elle se peult asseurer qu'elle la trouvera toute disposée à son amytié, et à faire toutes choses à son contantement.
Or, a le duc d'Alve escript, par le dernier ordinaire, une lettre à la Royne d'Angleterre, en laquelle, entre aultres choses, il luy faict entendre la charge, qu'il a du Roy d'Espaigne son Maistre, de la prier bien fort affectueusement qu'elle veuille condescendre à quelque bon accord avec la Royne d'Escosse, et luy moyéner sa restitution; et qu'une des choses qu'il désire aultant à ceste heure est de les voir elles deux et leur deux royaulmes en bonne paix et unyon, en quoy, s'il se peult rien ayder et servyr, il offre de bon cueur s'y employer. Je n'ay encores aprins les aultres particullaritez de la dicte lettre, sinon qu'on m'a asseuré que la dicte Dame l'a heue fort agréable, et que le secrétaire Cecille a dict que le duc d'Alve se monstre à ceste heure fort rabillé vers elle, et la recherche beaucoup d'amytié; et que sur ce que Me Prestal l'avoit, puys peu de jours, vollu estreindre à quelques pratiques avec les rebelles d'Angleterre et d'Yrlande, et avec les Escouçoys du party de la Royne, il n'y avoit vollu entendre. Ce qui faict meintenant, Sire, que ceulx cy se rasseurent des choses d'Yrlande; et à la vérité, la comtesse de Northomberland, et aulcuns fuytifz, qui sont en Flandres, ont naguières escript que le Roy d'Espaigne a bien bonne affection de les secourir et d'entreprendre en Yrlande, mais que le duc d'Alve en estoit tout réfroydy, et qu'il leur est besoing d'envoyer ung personnaige de bonne qualité en Espaigne pour négocier, par eulx mesmes, leur affaire avec le Roy d'Espaigne. Je ne sçay s'ilz auront esleu à cella millord de Sethon; tant y a que je vous puys asseurer, Sire, qu'il estoit, le XXIIIe du passé, au logis de l'ambassadeur d'Escosse à Paris, possible qu'il aura passé oultre.
L'accord des prinses estoit venu à une manifeste ropture avec le depputé de ceste Royne, qui s'estoit desjà acheminé pour s'en retourner, sans avoir rien faict, quant le duc d'Alve l'a contremandé pour luy dire qu'il avoit receu nouvelles lettres d'Espaigne, par lesquelles il luy vouloit bien signiffier la bonne intention du Roy, son Maistre, envers la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, et comme il avoit desir d'accorder à toutes les choses raysonnables qu'elle vouloit; par ainsy que les difficultez seroient bientost vuydées, et qu'il envoyeroit un notable conseiller par deçà pour l'accommodement de toutes choses; dont s'attand, à ceste heure icy, l'arrivée du Sr Suenegheme de Bruges, qui vient avec le dict depputé d'Angleterre. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de febvrier 1571.
CLXIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de febvrier 1571.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys._)
Audience.--Assurances d'amitié.--Maladie de la reine de France.--Désaveu du roi au sujet de la descente des Bretons en Irlande.--Satisfaction d'Élisabeth à raison du refus qu'aurait fait le duc d'Anjou de se mettre à la tête d'une entreprise sur l'Irlande.
AU ROY.
Sire, à la dellibération, que j'avois, d'aller trouver la Royne d'Angleterre sur ce que le Sr de Sabran m'avoit apporté, il m'y est encores venue nouvelle occasion, par la dépesche suyvante, que j'ay cependant receue de Vostre Majesté, du VIIIe de ce moys, de laquelle j'ay faict de tout ung avec la première; et n'ay séparé les poinctz de l'une ny de l'aultre, sinon par l'ordre que je les ay trouvez en icelles, qui y sont si bien et si distinctement comprins, qu'il n'a esté besoing d'y adjouxter du mien que seulement ce que j'ay estimé à propos pour les faire bien prandre à la dicte Dame.
Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle avoit ung singulier playsir que ses ambassadeurs vous eussent bien signiffié la droicte intention, qu'elle a, à la commune paix d'entre Voz Majestez, et à celle particulière de vostre royaulme; et qu'elle vous prie, Sire, de croyre que, quant au debvoir de persévérer en vostre amytié, et à desirer le bien et establissement de voz affaires, qu'elle y est si parfaictement disposée que nul du monde ne le sçauroit estre davantaige; et que vous cognoistrez qu'elle l'a desjà ainsy monstré par effectz, quant plusieurs choses, de celles qui ont passé despuys trois ans, vous seront mieulx cogneues qu'elles ne le sont à présent; et qu'elle vous promect, pour l'advenir, qu'il ne sortyra, de son costé, occasion aulcune, par où vostre dicte amytié puysse estre offancée, pourveu que vous ne veuillez poinct offancer la sienne; qu'elle avoit grande occasion de vous remercyer de ce qu'il vous avoit pleu fort favorablement licencier l'ung de ses ambassadeurs, et recepvoir avec mesme faveur l'aultre, et de ce, encores, qu'avez commancé de faire honorer grandement milord Boucart à Callais, à Bolloigne et à Montrueil; dont il luy avoit escript le bon trettement qu'on luy avoit faict en ces trois villes, et que Vostre Majesté aussi ne trouveroit en eulx, s'ilz ne veulent estre traystres à elle et désobéyssans à ses commandemens, que toute disposition de vous honorer et servyr, et vous complayre en tout ce qu'il leur sera possible; que la nouvelle que je luy apportois de la malladye de la Royne, à ceste heure qu'elle guérissoit et alloit en amandant, n'estoit si facheuse à ouyr, comme si je la luy eusse dicte, quant elle estoit en dangier, dont elle prioyt Dieu pour sa convalescence, comme pour la sienne propre; et que Dieu vous avoit vollu tempérer à toutz deux, par ce petit ennuy, le grand ayse de vostre mariage, affin de le vous randre meilleur et de plus de durée cy après; qu'encor que le sacre et couronnement d'elle, et son entrée fussent remiz à une aultre foys, et que ceulx, qu'elle a envoyez par dellà, ne puyssent voir toutz les triomphes qu'ilz s'attandoient, elle toutesfois ne vouldroit avoir différé davantaige la conjoyssance de voz nopces, ny de la venue de la Royne, pour ne deffaillir à ce que, non moins de son affection que de son debvoir, elle estimoit estre tenue en cella; au demeurant, qu'elle demeuroit très contante et bien satisfaicte de la responce, que vous luy faisiez sur les choses d'Yrlande, et encores plus de ce qu'elle s'asseuroit que Vostre Majesté l'accomplyroit ainsy par oeuvre, comme elle avoit desjà entendu que, sur ce que Mr le cardinal de Lorrayne et Mr le Nunce et l'arsevesque de Glasco avoient naguières proposé à Monsieur, frère de Vostre Majesté, de faire une entreprinse au dict pays, il avoit esté si vertueulx et si sage, qu'il n'y avoit vollu entendre, ny Voz Majestez Très Chrestiennes y prester l'oreille, dont ne vouloit obmettre de vous en remercyer toutz trois de tout son cueur; mais pourtant elle n'avoit vollu ottroyer de saufconduict au dict arsevesque de Glasco, bien que la Royne d'Escosse le luy eust fort instantment faict demander par l'évesque de Ross; car avoit opinion que c'estoit plus pour venir interrompre le tretté que pour l'advancer; et que, estant le comte de Morthon prest à arriver dans peu d'heures, l'on procèderoit incontinent au dict tretté avec le plus d'expédition que faire se pourroit.
Je luy ay seulement répliqué, Sire, quant à l'entreprinse, qu'elle disoit avoir esté proposée à Monsieur, si elle sçavoit à la vérité que cella fût vray, et m'ayant soubdainement respondu que _ouy_, tant certainement que mesmes elle avoit par escript le mesmes propos, qui luy en avoit esté tenu, j'ay suyvy à luy dire qu'elle prînt bien garde que cella ne procédast de quelque mauvaise boutique pour cuyder luy en mettre la jalouzie dans le cueur, car Mr le cardinal estoit ung si prudent et si advisé seigneur en ses conseilz, qu'à peyne en avoit il miz ung tel en avant à Monsieur, en temps de si bonne paix; néantmoins, commant que la chose allât, elle voyoit que Vostre Majesté faisoit ung grand fondement de la parolle, que luy aviez donnée, de désister de toute entreprinse d'armes, jusques à ce que le traicté fût achevé, et que vous faisiez aussi pareil estat de celle que vous aviez d'elle, pour la liberté et restitution de la Royne d'Escosse; dont je la suplyois qu'elle y vollust meintenant mettre le desiré effect, que Vostre Majesté attandoit de sa bonté et de sa promesse.
Elle m'a respondu qu'elle voyoit bien que Vostre Majesté ne pourroit jamais oublyer cest affaire, parce qu'il y en avoit assés qui le vous recordoient, et qu'elle espéroit qu'il s'acommoderoit bientost, non sans qu'on se mouquast assés par tout le monde d'elle, d'estre si indulgente et facille envers celle qui l'a infinyement offancée; qu'au reste elle recepvoit ung singulier playsir d'entendre que Vostre Majesté eust une si vertueuse et si droicte intention à la réunyon de l'esglize, comme je le luy asseuroys, qui ne pourroit estre que cella n'admenast ung grand bien à la Chrestienté, et qu'elle vous y correspondroit de sa part, avec telle affection et promptitude, comme vous le pourriez desirer; qui pourtant vous prioyt de persévérer en ce sainct propos, et ne vous laysser persuader à ceulx qui vous y vouldroient proposer les armes.
Et ainsy me suys gracieusement licencié de la dicte Dame, mais j'ay comprins despuys, par aulcuns propos du secrétaire Cecille, qu'elle avoit heu ung singulier playsir que Vostre Majesté n'a advoué les choses d'Yrlande, parce qu'elle a envoyé pour surprendre ce qui s'y trouvera de Bretons et estrangiers pour les chastier. La dicte Dame a faict dépescher lettres à toutes ses provinces pour convoquer ung parlement, au deuxiesme jour d'avril prochain, en ceste ville de Londres, avec secret mandement de n'eslire aulcun depputé, qui ne soit déclairé protestant. Elle estime que la tenue d'icelluy ne sera que de dix jours, dedans lesquelz elle espère avoir obtenu ce qu'elle prétend, de quelque subvention de deniers; d'un decrect sur les biens et personnes des fugitifz; et sur quelque reiglement plus estroict en leur religion; qui sont les trois poinctz pour lesquelz l'assemblée se faict. Les commissaires de Flandres ne sont encores venuz, mais l'on me vient d'advertyr que le comte de Morthon est tout meintenant arrivé. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de febvrier 1571.
FIN DU TROISIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME.
ANNÉE 1570.
Pages 81e _Dépêche._--4 janvier.--
AU ROI. 1 Audience. _Ib._
A LA REINE. 6 Nouvelles de la Rochelle. _Ib._ Déroute des révoltés du nord. 7
82e _Dépêche._--10 janvier.--
AU ROI. 10 Nouvelles du nord. 10
A LA REINE. 12 Craintes des Anglais. 13
83e _Dépêche._--15 janvier.--
AU ROI. 14 Le comte de Northumberland prisonnier. 15 Affaires d'Allemagne et des Pays-Bas. 16
A LA REINE. 18 Affaires de la Rochelle. _Ib._
84e _Dépêche._--21 janvier.--
AU ROI. 20 Exécutions dans le nord. 21
A LA REINE. 24 Propositions faites à Marie Stuart. _Ib._ _Lettre en chiffre._ 26 _Mémoire secret._ 27 Projets du duc d'Albe. 29 Proposition d'une ligue avec l'Espagne contre l'Angleterre. _Ib._
85e _Dépêche._--28 janvier.--
AU ROI. 33 Mission de Mr de Montlouet. _Ib._ Nouvelles d'Allemagne. 35
86e _Dépêche._--2 février.--
AU ROI. 37 Audience. _Ib._ Mort du comte de Murray. 39
A LA REINE. 40 Affaires d'Écosse. _Ib._
87e Dépêche.--10 février.--
AU ROI. 41 Audience. _Ib._ Arrestation de l'évêque de Ross. 43
A LA REINE. _Ib._ Préparatifs contre l'Écosse. 44 _Note._ État général des affaires. 45
88e _Dépêche._--13 février.--
AU ROI. 47 Négociation avec les Pays-Bas. _Ib._ Affaires d'Écosse. 49
89e _Dépêche._--17 février.--
AU ROI. 50 Sollicitations des protestans. 51 Préparatifs de guerre. 52