Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 32
Sire, je me suys bien aperceu, ceste foys, qu'on s'estoit efforcé de randre la Royne d'Angleterre fort offancée contre Vostre Majesté, car je l'ay trouvée preste de me recommancer les mesmes querelles et plainctes, qu'elle m'avoit faicte, en la précédante audience; et, sans ce que Mr le comte de Lestre estoit, peu d'heures auparavant, arrivé de dehors, qui l'avoit entretenue sur une lettre, qu'il avoit naguières receue de moy, elle ne m'eust encores randu de si gracieuses responces, comme enfin, après avoir longuement débattu ensemble je les ay raportées; et croy que ce a esté aussi parce que, d'entrée, je luy ay dict que Vostre Majesté me commandoit de luy compter comme voz fianceailles avoient esté fort honnorablement faictes à Spire, le dernier dimenche du mois passé; et que, incontinent après, la Princesse Elizabeth s'estoit acheminée, en bonne et grande compaignye, pour venir en France; et que, sellon le compte de ses journées, elle debvoit arriver à Mézières le XXe du présent, où Vostre Majesté l'alloit rencontrer pour y célébrer, au playsir de Dieu, voz nopces, le XXIIIe, et que bientost après, vous en retourneriez vers Paris, pour y fère vostre entrée; auquel lieu vous aviez remiz les triumphes des nopces, parce que Mézières estoit trop petite ville pour un tel appareil; et y aviez, à ceste occasion, faict cryer un tournoy général, qui seroit ouvert, à toutz venantz, le premier jour de l'an. Ce que vous me commandiez de luy notiffier et aulx seigneurs de sa court, affin que, s'il luy playsoit d'y en envoyer, ou permettre qu'ilz y allassent, que Vostre Majesté et Monsieur promettiez qu'ilz y seroient bien receuz, et leur donriez lieu, avec vous mesmes, de s'esprouver aux honnestes exercices d'armes, qui s'y feroient; et que, pour l'honneur d'elle, ilz y seroient respectez et favorisez; qu'il me souvenoit bien de ce qu'elle m'avoit dict, que l'Empereur, envoyant la Royne d'Espaigne à son mary, la luy avoit recommandée, dont elle l'avoit grandement honnorée, et faict fort honnorablement convoyer, avec magnifficence et despence, par dix de ses grandz navyres de guerre, passant en ceste mer; et que, si le dict seigneur avoit, d'avanture, oublyé de luy fère une pareille recommendation, par lettre, de son aultre fille, qu'il envoyoit à ung grand Roy, son mary, qui luy estoit allyé, qu'il ne layssoit pourtant de la luy recommander de tout son cueur, et qu'il s'atandoit bien qu'elle useroit de toutes démonstrations de bienveuillance envers elle; et, quant bien il luy auroit plus expressément recommandé celle qu'il envoyoit en la mayson d'Austriche, d'où il est, qu'il y avoit plusieurs aultres bonnes occasions, qui la doibvent convyer d'avoir en non moindre recommendation celle qui vient en la mayson de France, où je la pouvois asseurer qu'elle estoit aultant aymée, honnorée et respectée que en nulle aultre part de la Chrestienté; et pourtant je m'asseurois qu'elle n'oblyeroit de envoyer quelque honnorable ambassade en France, pour fère, tout ensemble, deux grandes conjouyssances: l'une, pour les nopces de Vostre Majesté, et l'aultre pour la venue de la Royne Très Chrestienne, sa bonne soeur, et bonne voysine. Et luy ay bien vollu dire cella, Sire, parce que je sçavois qu'on luy avoit faict rompre sa dellibération d'y envoyer; puys j'ay adjouxté qu'elle debvoit prendre pour ung grand signe d'amytié, que vous luy feziez communication de chose si privée, comme vostre mariage, et que mesmes, il sembloit que vous augmentiez votre ayse du contantement que vous pensiez luy donner de celluy que Vostre Majesté recepvoit; que, outre cella, vous me commandiez de luy fère encores fort bonne part d'ung aultre bien grand contantement que vous aviez de voir vostre royaulme très paysible; et que vostre éedict s'y alloit establissant, ainsi que vous le pouviez souhayter, de quoy vous vous en conjoyssiez avec elle, comme avec celle qui proprement desiroit que ceste prospérité vous fût entière, et accomplye en vostre royaulme; et que vous luy en desiriez une toute semblable au sien, et luy offriez tout ce qui estoit en vostre puyssance pour l'y meintenir;
Que, pour la fin de vostre lettre, vous me commandiez luy fère entendre le singulier playsir, que ce vous avoit esté, de voir que voz honnestes prières et gracieuses remonstrances eussent eu tant de lieu que, pour l'amour de vous, elle heût envoyé ses depputez devers la Royne d'Escoce, pour donner commancement à ung bon traicté, et eust mandé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce; de quoy ne vouliez faillyr de la remercyer; et la remerciés encores bien fort de vous avoir déclairé qu'elle seroit bien ayse de pouvoir honnorablement restituer la Royne d'Escoce par la voye du traicté; et que, quant cella n'adviendroit ainsy, qu'encores la renvoyeroit elle aulx seigneurs escouçoys qui tiennent son party; en quoy vous la supliez très affectueusement d'y vouloir persévérer, et de vous en fère bientost paroistre ceste sienne bonne intention par effect, affin de vous descharger de l'inportunité de ceulx qui vous abstraignoient, par vertu des traictez, de luy bailler secours; lesquelz se monstroient de tant plus ardantz à le pourchasser, que le comte de Lenoz poursuyvoit toutjour d'user de viollance contre eulx, au préjudice de la surcéance d'armes; et que vous desiriez, Sire, que les conditions du traicté réuscissent toutes bien fort seures et honnorables pour elle, et pareillement bien honnestes et esloignées de toute offance pour la Royne d'Escoce, et pour vous: ou bien, si c'estoit par l'aultre moyen qu'elle la vollust restituer, que vous y requériez sa sincérité et sa grandeur de cueur à le fère; en sorte que la liberté qu'elle luy donroit ne luy fût ung nouveau tourment et peyne.
La dicte Dame, depposant ung peu de la sévérité, qu'elle avoit usé à me recepvoir, m'a respondu que ces propos luy sembloient meilleurs qu'elle n'avoit espéré de les ouyr de Vostre Majesté, après une telle menace et rigoureuse démonstration, que vous aviez usée vers son ambassadeur, et préparée en Bretaigne; et qu'elle ne pouvoit fère que, pour ceulx de vostre mariage, elle ne vous en remercyât aultant, de vraye et bonne affection, comme il luy estoit possible de le fère, et que vous ne vous tromperiez jamais, si vous vouliez droictement croyre qu'elle estoit et seroit toutjours très ayse de voz prospéritez et contantemens, aultant et plus que nul de toutz les princes de vostre alliance; et, quoy qu'il y ayt, que vous luy feriez grand tort si ne demeuriez très fermement persuadé que vostre mariage luy est singulièrement agréable, et qu'elle prioyt Dieu d'y envoyer ses bénédictions, affin qu'il fust très heureux aulx espousez, et que la postérité en fust de mesmes très heureuse. Et s'est le propos poursuyvy à dire que Vostre Majesté se pouvoit promettre une bonne part de la vigne, qui est pour ceulx qui peuvent passer le premier an de leurs nopces sans se repentyr, et que ceste vigne estoit proprement pour les mariages si bien et si convenablement faictz comme le vostre.
A quoy j'ay adjouxté que Vostre Majesté n'avoit garde de tumber en nulle sorte de repentailles, et que celle de la vigne s'entendoit que nul n'estoit maryé de si bonne heure, qu'il ne se repentît de ne l'avoir esté plustost, et que j'espérois voir ung matin qu'elle seroit touchée de ce repentir; ce que, en soubzriant, elle a advouhé, et que mesmes elle en estoit desjà bien fort attaincte; et a continué que, quant à la recommendation que l'Empereur luy avoit faicte de la Royne d'Espaigne, cella estoit advenu, parce qu'elle avoit envoyé devers elle en Flandres, et puys devers luy à Spyre, sur l'occasion du différant, qu'elle avoit avec le Roy d'Espagne, qui n'estoit procédé de luy, mais de ses ministres; et que, voyant que sa fille auroit à passer en ceste mer, il luy avoit escript de luy vouloir randre son passaige bien asseuré, qui aultrement, possible, ne l'eust guières esté; et qu'encores que la Royne Très Chrestienne ne vînt poinct en ceste mer, si ne lairroit elle de l'honnorer; et puysque je luy faisoys ceste notiffication de la remise des triomphes à Paris, qu'elle adviseroit d'envoyer quelcun de sa part pour fère la conjouyssance, mais quant à tournoyer, qu'il y avoit quelques ans qu'elle avoit entretenu sa court, comme en veufve, sans y fère tournoys; dont craignoit que les braz de ses gentishommes fussent devenuz si engourdiz qu'en lieu d'aller aquérir de l'honneur; ils y gaignassent de la honte pour eulx et pour leur nation; au regard de la paix de vostre royaulme, que Vostre Majesté ne s'en resjouyssoit pas plus droictement qu'elle, qui ne cédoit à nul, qui, plus qu'elle, la vous desirât stable et de durée; ce qui la faisoit de tant plus esbahyr pourquoy Vostre Majesté entreprenoit de la rudoyer, et mal traicter pour la Royne d'Escosse, et qu'elle n'eust jamais pensé que vous l'eussiez vollue accomparer de respect à elle, et ne tenir en trop meilleur compte son amytié que celle de la dicte Royne d'Escosse.
Et s'est eslargie en tant de parolles aigres contre la dicte Royne d'Escosse, et sur vos dictes menaces, et sur les secours qu'elle entendoit s'aprester de rechef en Bretaigne, que je suys demeuré assés esbahy comme la dicte Dame estoit si changée despuys l'aultre foys, dont ne me suis peu tenir (luy gardant néantmoins toutjours tout le respect qu'il m'a esté possible), que ne luy aye fermement répliqué qu'elle se faisoit grand tort de prendre ainsy en mauvaise part les très honnestes et gracieuses remonstrances, que Vostre Majesté luy faisoit pour la Royne d'Escosse, et la franchise dont vous luy déclairiez comme vous estiez contrainct de la secourir; qui pourtant monstriez, par la patience dont vous y procédiez, que vous auriez grand regrect qu'il vous en fallust venir à tant. Et n'ay obmiz de luy respondre à toutz ses aultres argumentz, ung à ung, luy demandant enfin quelle aultre voye donques estimoit elle que Vostre Majesté pourroit tenir pour, tout ensemble, conserver son amytié, et s'acquicter de son debvoir envers la Royne d'Escosse.
A quoy, après y avoir ung peu pensé, elle m'a respondu qu'elle vous prioyt, de toute son affection, de ne monstrer, par voz parolles et aprestz, que vous mesprisez son amytié, et de ne vouloir traitter que honnorablement avec elle et avec son ambassadeur, comme elle estoit preste d'user de mesmes envers vous; car aymoit mieulx venir à toutes aultres extrémités que de souffrir rien qui fût indigne de sa réputation, ny de celle de sa couronne. Et quant au reste, elle me vouloit bien dire qu'elle ne prétandoit que nul aultre prince s'entremît du traicté d'entre elle et la Royne d'Escosse, que elles deux, et que je ne debvois craindre qu'il s'y fît ligue contre Vostre Majesté, mais bien pour se deffandre entre elles, si quelcun les vouloit assaillyr; et qu'elle avoit mandé, pour le jour d'après, l'évesque de Roz, et puys, pour le lendemain, l'abbé de Donfermelin qui estoit desjà arrivé, affin de les ouyr, l'ung après l'aultre, et donner, puys après, le plus d'advancement qu'elle pourroit au dict traicté.
Et n'ay raporté, pour ceste foys, aultre chose de la dicte Dame sinon que noz propos se sont terminez gracieusement, et j'ay sceu despuys qu'ilz ont eu beaucoup d'effect à la modérer sur tout ce qui peult concerner vostre commune amytié et les affères de la dicte Royne d'Escosse. Sur ce, etc. Ce XXXe jour de novembre 1570.
POUR FÈRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des lettres:
Que d'aulcunes choses, dont la Royne d'Angleterre est en peyne, il y en a principallement trois, qui, à ceste heure, la travaillent: l'ellévation à quoy se sont monstrez promptz ceulx de Lenclastre, où elle n'ose toucher, de peur que le mal n'en deviegne plus grand et plus universel en son royaulme; la seconde est les affères de la Royne d'Escosse, lesquelz sont suportez du Roy, et soubstenuz avec tant d'affection par une partie de ses subjectz, et contradictz si opiniastrément par l'aultre, mesmement par les évesques et principaulx de la nouvelle religion, qu'elle ne sçayt quel expédiant y prendre; la troisiesme est les différans des Pays Bas, desquelz tant plus l'accord s'en prolonge, plus les prinses se dépérissent, et elle s'en tient comme responsable, et les commerces cessent, desquelz avoit accoustumé de tirer les meilleurs et plus clairs revenuz;
Et, qui pis est, qu'il semble que ces trois causes se vont confortant l'une à l'aultre, et qu'elles sont pour devenir toutes à ung: à fère quelque grand effect dans ce royaulme, dont la dicte Dame assemble souvant ceulx de son conseil pour y remédier; et je ne sçay encores quelles résolutions ilz y mettent, parce qu'ilz les tiennent fort secrectes, mais voycy ce que j'ay aprins de particulier sur chacune des dictes occasions, d'où se pourra aucunement colliger à quoy elles auront à devenir.
Un seigneur bien entendu ez affères de ce royaulme, qui naguières estoit en conversation avec d'aultres personnaiges de bonne qualité, en ceste ville, leur dict que la Royne, leur Mestresse, estoit à présent fort particullièrement informée de ce qui se passoit au quartier de Lenclastre; et que ung des principaulx autheurs de l'entreprinse en estoit venu descouvrir si véritablement tout ce qui en estoit, qu'il n'avoit espargné d'acuser son propre père, et avoit esté enfermé quatre heures avec le secrétaire Cecille, pour luy notiffier les personnes, et luy expécifier les dellibérations, et luy ouvrir encores les moyens d'y remédier;
Et que, sellon son rapport, sembloit que le comte Dherby, deux de ses enfans, et la pluspart de la noblesse du pays se fussent ouvertement soubstraictz de l'obéyssance de la dicte Dame, et eussent déclairé de ne vouloir plus respondre à sa justice, ny obéyr à chose qui se fit par son autorité, allégans que Dieu et leur conscience les pressoient de ne recognoistre pour leur Royne et Souveraine celle qui estoit déclairée illégitime et interdicte par l'esglize, jusques à ce qu'elle se fût mize hors de l'interdict; et que c'estoit sir Thomas Stanlay, second filz du dict Dherby, qui conduysoit principallement cest affère, lequel se promettoit d'avoir toutz les principaulx de ce royaulme de son parti, hormiz le comte de Betfort, le comte de Huntington et le duc de Norfolc, parce que ceulx là estaient l'un épicurien, l'aultre sacrementaire, et le tiers neutre; et que la dicte Dame estoit pour demeurer en grand peyne de cecy, si de Lenclastre mesmes l'on ne luy eust mandé qu'elle ne s'en donnât poinct de peur, car il restoit encores des gens de bien en si grand nombre dans le pays qu'ilz romproyent ayséement les entreprinses de ces papistes.
J'ay entendu d'ailleurs que ung gentilhomme, que les dicts de Lenclastre avoient envoyé devers aulcuns seigneurs des quartiers de deçà, leur a dict qu'ilz se mettroient trente ou quarante mil hommes assés promptement ensemble, si eulx se vouloient déclairer ouvertement de leur party; et que iceulx seigneurs luy ont respondu qu'ilz ne pouvoient rien fère de eulx mesmes, si le duc de Norfolc n'estoit de la partie, lequel estoit encores dettenu, et ne monstroit qu'il eust vollonté de rien remuer.
Laquelle responce semble que, sans en rien communiquer au dict duc, ilz l'ayent ainsy expressément faicte à icelluy gentilhomme pour ne se descouvrir à nul anglois, car ilz ne se fyent les ungs des aultres; et que néantmoins semble qu'ilz sont assez délibérez et résolus à l'entreprinse, pourveu qu'elle soit conduicte secrectement, et que le dict duc en veuille estre, et donner parolle qu'il advancera le droict de la Royne d'Escosse au tiltre de ce royaulme, et qu'il promettra que l'exercice de la religion catholique aura cours pour ceulx qui la vouldront avoir; car aultrement ilz aymeroient mieulx que la Royne d'Escosse print le party du plus estrangier du monde que le sien; mais, cella accordé, qu'ilz tiendront l'entreprinse pour bien, fort advancée, en ce que le Pape, et le Roy, et le Roy d'Espaigne les veuillent secourir de six mil harquebouziers seulement, en six divers lieux, qui soient conduicts par gens, qui ne sachent en façon du monde où ilz vont.
Aulcuns estiment que le duc de Norfolc n'accepteroit que très vollontiers les dictes deux conditions, mais il ne peult fère aulcun bon fondement sur ceulx qui se meslent de l'entreprinse, s'estant trouvé une foys trop déceu en celle de son mariage; et aussi, qu'estant encores resserré, il estime, possible, qu'il ne se pourroit assés bien prévaloir de ses propres moyens.
Et d'ailleurs il se sent assés offancé d'aulcunes choses, que les principaulx de son intelligence ont exécuté contre luy, despuys sa détention, mesmement le viscomte de Montagu, lequel a faict tout ce qu'il a peu en faveur de millord Dacres, de qui il a espousé la soeur, pour débouter la niepce, qui est maryée au filz ayné du duc, de toute la succession Dacres; et millord de Lomelay, qui a espousé la fille du comte d'Arondel, de laquelle il n'a poinct d'enfans, voyant que toute la succession de son beau père va au filz ayné du dict duc, qui est filz d'une aultre sienne fille, il l'induict de vendre, pièce à pièce, tout son estat et ses terres; dont n'y a bonne intelligence entre les principaulx, qui sont pour fère quelque effect. Par ainsy semble qu'il seroit mal à propos de rien remuer, et le dict duc, de sa part, fonde toute son espérance des affères de la Royne d'Escosse, au secours et démonstrations du Roy; duquel il dict qu'il veult dépendre, et qu'il espère qu'avec une bien médiocre assistance de luy, les choses d'Escosse viendront à estre bien remédiées, et ne trouve bon que la dicte Royne d'Escosse ny luy s'embroillent avec les dicts de Lenclastre, lesquelz néantmoins se promettent du dict duc et des aultres principaulx seigneurs du royaulme, et encores des estrangiers, tout secours, quant il en sera besoing; et, attandans cella, ilz ne remuent rien, ny ne sont pareillement recerchez.
Au regard des affères de la Royne d'Escosse, les depputez, qui ont esté devers elle, ayant faict un très bon rapport des propos et démonstrations, dont elle leur a usé, tendans à une bonne paix et sincère amytié, sans fraulde, entre les deux Roynes et leurs royaulmes, ilz ont ayséement induict la dicte Royne d'Angleterre de vouloir venir en accord; laquelle a miz en considération ce que aulcuns aultres de son conseil luy ont remonstré, qu'elle avoit desjà beaucoup despendu pour les choses d'Escosse, sans avoir rien estably de ce qu'elle prétandoit, et que, quant ceulx du party de la dicte Royne d'Escosse ne viendroient estre qu'à moictié prez secouruz du Roy, de ce que le comte de Mora et celluy de Lenoz l'ont esté d'elle, que non seulement ilz déboutteroient leurs adversayres, mais pourroient procurer une dangereuse revenche contre l'Angleterre.
Ce qui a faict que la dicte Dame s'est fort opposée à ceulx qui vouloient interrompre le tretté, lesquelz n'ont heu enfin aulcun plus fort argument que de luy remonstrer que, puysque le Roy s'affectionnoit si fort à le pourchasser, elle debvoit croyre qu'il y prétandoit quelque grand intérest, qui ne se descouvroit encores, lequel pourroit bien revenir au dommaige d'elle; et que, quant bien il n'y auroit, à présent, sinon ce, qu'il l'a menacée, et qu'il a rudoyé son ambassadeur, encores importoit il grandement à sa grandeur et réputation qu'elle ne fist rien pour ceste foys.
Et a cella faict tant d'impression en l'opinion de la dicte Dame qu'elle s'est cuydée estranger de l'amityé du Roy, et se despartyr de tout bon propos d'avec la Royne d'Escosse. Néantmoins, en ma dernière audience, après avoir paysiblement escoutté tout ce que je luy ay vollu dire là dessus, conforme à l'intention du Roy, en la plus gracieuse façon et esloignée d'offance qu'il m'a esté possible, elle m'a enfin respondu ce qui est desduict en la lettre du Roy.
Dont ceulx qui sont contraires au tretté, voyantz qu'elle inclinoit toutjour de passer oultre, ont advisé de l'abstraindre, par la conscience, de ne le vouloir aulcunement fère, que, premier, la Royne d'Escosse n'ayt expressément promiz et fort solennellement juré qu'elle n'innovera rien en la religion, quant elle sera de retour en Escosse, ny pareillement en ce royaulme, si, d'avanture, elle y vient à succéder; et nous a esté raporté qu'ilz avoient encores passé oultre à dellibérer sur la vie de ceste pouvre princesse; dont en estant venu un tel advertissement à l'évesque de Roz, et s'estant là dessus la dicte Dame trouvée bien mal, nous avons esté en grand peur d'elle, et avons miz peyne que d'icy luy a esté envoyé aulcuns bien bons remèdes en fort grande dilligence.
Or, de ce qui se peult espérer de l'yssue de son faict, je l'ay assés desduict par toutes mes dépesches précédentes, et par celle de ceste datte, et que, nonobstant mes traverses, et empeschemens qu'on y faict, qu'il y a grande apparance que le tretté succédera avec le temps; et que l'abbé de Domfermelin, lequel, à ce qu'on dict, est venu devant, de la part du comte de Lenoz, pour l'interrompre, ne pourra sinon le retarder quelque peu de jours.
Quant aulx différans des Pays Bas, ceulx qui ont senty que la dicte Dame se tenoit offancée du costé de France, luy sont venuz mettre en avant qu'en toutes sortes elle debvoit retourner à l'intelligence du Roy d'Espaigne, et ne se soucyer de toutz les aultres accidans du monde. A quoy l'ayans trouvée en général fort bien disposée, ilz ont espéré de la pouvoir fère condescendre à ce particullier, de recepvoir une lettre de l'ambassadeur d'Espaigne, et de fère qu'elle luy randroit responce, ou luy accorderoit audience, ou bien envoyeroit quelques ungs du conseil pour tretter avecques luy; et, à la vérité, ilz ont trouvé moyen de luy fère bien recepvoir la dicte lettre, en laquelle le dict ambassadeur s'est seulement conjouy avec elle de ce que la Royne d'Espaigne, après avoir esté honnorablement convoyée par ses navyres, est arrivée à bon port le IIIIe du mois passé; et n'a touché aulcun autre poinct. Mais, quant il a esté question d'avoir la responce, et de passer plus avant avec le dict ambassadeur, elle a respondu qu'il suffizoit, pour ceste heure, qu'on dict à son secrétaire qu'elle avoit receu sa lettre, et avoit esté bien ayse, comme elle le sera toutjour, d'entendre toutes bonnes nouvelles de la Royne d'Espaigne, sa bonne soeur.
Sur quoy aulcuns se sont entremiz d'accommoder, et les aultres de traverser l'affère, qui enfin est demeurée en ce, que, si l'ambassadeur avoit quelque lettre de son Maistre pour la dicte Dame qu'il la luy envoyât, et elle adviseroit d'entrer en si bon tretté avecques son dict Maistre, qu'elle donroit à cognoistre de n'avoir heu jamais aultre desir que bien conserver son amytié; et que desjà elle luy avoit escript trois lettres, despuys ces différans, à nulle desquelles elle n'avoit esté respondue, et qu'il importoit beaucoup à sa réputation qu'elle ne parlât ny escripvît plus en ceste affère, jusques à ce qu'elle eust de ses nouvelles.