Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 31
Au surplus, Sire, les différans des Pays Bas demeuroient acrochez en ce que, sur la diminution que le duc d'Alve a trouvé estre ez merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, pour en avoir une partie esté gastée et les aultres mal vendues par deçà, il vouloit que celles des Anglois fussent prinses en récompence, sellon qu'elles valloient en Angleterre, et non sellon qu'elles ont esté vendues en Flandres; en quoy il faisoit proffict d'envyron cent mil escuz; mais ceulx cy, ayant, à ce qu'ilz disent, plus d'esgard au déshonneur que à la perte, qui leur viendroit en cella, n'ont vollu passer ce poinct, ni accorder aulcune inégalle et plus advantaigeuse condicion aux Espaignolz et Flamans que à eulx; dont les lettres estoient desjà signées de ceste Royne pour mander à maistre Figuillem, son agent à présent en Flandres, qu'il s'en retournast tout incontinent, si le dict duc ne vouloit tenir compte du prix, à quoy les merchandises d'Angleterre ont esté vandues, ainsy quelle offroit de fère le semblable par deçà, de celles d'Espaigne, et d'estre preste d'administrer justice pour celles, qui ne se trouveraient en estre, contre ceulx qui en seroient coulpables, ce qui alloit fère une grande interruption en tout l'affère; mais, voulant le duc en toutes choses l'accommoder, il l'a si bien faict négocier icy, soubz main, par l'ambassadeur d'Espaigne, et par aultres personnes interposées, qu'il n'y a rien, à ceste heure, plus eschauffé entre ceulx de ce conseil que d'en vouloir bientost sortyr. Et, à cest effect, le Sr Ridolfy, qui s'en estoit auparavant meslé, est appellé en court, et pareillement Cavalcanty et Espinola; et s'entend que le Sr Thomas Fiesque arrivera demain, ou après demain, de Flandres, qui aporte la résolue intention du dict duc; et est l'on après à trouver moyen que le dict ambassadeur d'Espaigne escripve, sur l'ocasion du passaige de la Royne d'Espaigne, et sur l'honneur et convoy que luy ont faict les navyres d'Angleterre, et sur son arrivée à saulvement par dellà, une bien honneste lettre à la Royne d'Angleterre, affin qu'elle envoye aulcuns de son conseil pour en conférer davantaige avec luy; lesquelz auront charge de lui octroyer audience de la dicte Dame pour le jour, qu'il vouldra l'aller trouver. Et de tant, que le Roy d'Espaigne a mandé au dict duc de regaigner, par toutz les moyens qu'il pourra, l'amytié des Anglois; et qu'il ne veult, sur son partement, laysser ceste besoigne en détail, il la presse bien fort, estans venues nouvelles que le duc de Medina Celi est prest de s'embarquer à Laredo pour passer en Flandres, où il pourra arriver à la fin de ce moys, sur la mesmes armée qui a conduict par dellà la Royne d'Espaigne, et que la princesse de Portugal n'y vient poinct pour encores, mais ce sera le cardinal de Grandvelle, qui viendra assister au dict duc de Medina Celi. Sur ce, etc.
Ce XIVe jour de novembre 1570.
CXLVe DÉPESCHE
--du XIXe jour de novembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivier._)
Retard apporté à la négociation du traité concernant la reine d'Écosse.--Mission de lord Seyton, dans les Pays-Bas, auprès du duc d'Albe.--Demandes faites au duc de la part de Marie Stuart.--Nouvelles des Pays-Bas et de la Moscovie.
AU ROY.
Sire, j'ay de nouveau faict entendre à la Royne d'Angleterre que les longueurs, qu'elle avoit uzé, et qu'elle continuoit d'user, ez affères de la Royne d'Escoce, vous avoient donné grande ocasion de parler ainsy ferme, comme vous aviez faict, à son ambassadeur, et d'essayer, à la fin, si pourrez accomplyr ce que franchement vous luy en avez dict; laquelle s'est excusée que le retardement n'est cy devant provenu, ny encores ne provient, de son costé, ains de celluy de la Royne d'Escoce et de ses depputez, qui ne sont encores arrivez, et qu'elle ne voyt pas comme l'on puysse bonnement procéder à fère le tretté sans eulx, et sans ceulx du contraire party; et n'y a heu nulle rayson, ny offre, qui l'ayt peu mouvoir de ceste opinion parce, à mon adviz, qu'elle a promiz à ceulx du dict contraire party de ne fère rien, qu'elle n'ayt premièrement pourveu à la seureté du jeune Prince d'Escoce et à celle d'ung chacun d'eulx. Et ainsy nous sommes attendans l'arrivée d'iceulx depputez, desquels je n'ay encores nulles bien certaines nouvelles, sinon que le comte de Lenoz a escript qu'il avoit ottroyé de bailler saufconduict à ceulx du bon party, et qu'il nommeroit les siens aussitost qu'il sçauroit qui sont les aultres, affin d'en envoyer de semblable qualité; et que cependant il dépeschoit l'abbé de Domfermelin, lequel, pour ceste occasion, est attandu, d'heure en heure, en ceste court.
Je prends quelque argument, Sire, de l'intention de la dicte Dame, qu'elle a vollonté d'en sortyr, sur ce que Mr Norrys l'ayant fort instantment requise de luy donner son congé; et s'estant le secrétaire Cecille desjà miz à dresser la dépesche du Sr de Valsingan pour luy aller succéder, elle a considéré que, s'il partoit sur ce poinct, Vostre Majesté pourroit concepvoir quelque mauvaise espérance des affères de la Royne d'Escoce, tant pour le changement d'ambassadeur, que pour le souspeçon que ce nouveau leur fût trop contraire; dont elle a mandé au Sr Norrys d'avoir patience jusques à ce que les dicts affères soient achevez. Bien m'a l'on dict qu'il a renvoyé en dilligence ung des siens, pour remonstrer à la dicte Dame que le dillay seroit par trop long; car dict qu'il n'espère veoir les affères de la dicte Royne d'Escoce jamais accommodez, tant que certaine occasion durera en France; laquelle, Sire, je n'ay pas encores bien sçeu quelle elle est, et semble aussi qu'il l'ayt mandée assés en général; car l'on m'a dict que plusieurs y font diverses interprétations. Cependant Mr de Sethon, qui est en Flandres, m'a escript que, si ung certain pacquet, que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, m'avoit adressé pour luy, luy eust esté randu pour se pouvoir expédier du duc d'Alve, qu'il fût desjà devers Votre Majesté; et, à la vérité, Sire, le dict pacquet a esté, par mesgarde, aporté, dez le XXVIIe du passé, par mon secrétaire jusques à Paris; dont j'estime qu'il l'aura meintenant receu.
Et voycy, Sire, ce que j'ay entendu de la négociation du dict de Sethon, qu'il a esté ouy à part, et puys en conseil, par le duc d'Alve, sur les trois poinctz, pour lesquelz il estoit envoyé principallement devers luy: le premier, pour avoir le secours, qu'il leur avoit souvant promiz, le quel le dict de Sethon offroit de conduyre en lieu seur, où il pourroit commodéement descendre, et où l'assistance des Escouçoys et des Anglois catholiques, et tout bon entretennement et bonne retrette ne luy deffauldroit dans le pays; le second, pour recepvoir dix mil escuz, que le dict duc avoit accordé à la Royne, sa Mestresse, pour la fourniture des chasteaulx de Lislebourg et Dombertran; et le troisiesme, pour le prier d'interdire de mesmes le commerce aulx Escouçoys en Flandres, que Vostre Majesté le leur a prohibé en France à ceulx, qui ne sont du party de la Royne, sa Mestresse. Sur quoy, le dernier jour du moys passé, Mr de Noerguerme a esté envoyé devers luy pour luy fère la responce que, touchant le secours, le duc y estoit très disposé, lequel avoit trouvé son offre et ses autres expédiantz fort convenables à l'entreprinse; mais l'importance d'envoyer une armée de mer en pays estrangé estoit si grande que l'exprès commandement du Roy, son Maistre, y estoit requis, auquel il en avoit desjà escript; et pourtant il falloit attandre sa responce, laquelle ne tarderoit guières; que touchant les dix mil escuz, de tant que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, avoit escript au dict duc que la Royne d'Escoce luy dépeschoit ung homme exprès, avecques un pacquet, pour l'advertyr en quelle sorte elle entendoit qu'on ordonnast de la dicte somme, qui est, Sire, le susdict pacquet qui a esté apporté à Paris, qu'il prioyt le dict de Sethon d'avoir pacience jusques au quatriesme du présent, que le messagier pourroit estre arrivé, dedans lequel jour, l'on la luy feroit fornyr contante. Au regard du troisiesme, de tant que le commerce d'Angleterre estoit fermé, et si l'on restreignoit encores celluy d'Escoce, il en pourroit venir grand détriment aulx Pays Bas, le dict duc, premier que d'y rien ordonner, en avoit vollu escripre au Roy, son Maistre, duquel il feroit bientost entendre son intention, tant sur cestuy que sur le premier article au dict de Sethon. Et semble, Sire, que icelluy de Sethon ayt escript à sa Mestresse qu'on l'avoit faicte plus espérer du secours du dict duc qu'il n'a trouvé qu'elle en eust occasion, et que icelluy duc ne pense plus que à quicter les choses pour se retirer en Hespaigne.
Maistre Jehan Amilthon a continué une négociation séparée de celle du dict Sr de Sethon avec le dict duc, dont monstrent n'y avoir bonne intelligence entre eulx. C'est luy qui a conduict les deux gentishommes espaignolz en Escoce pour visiter la descente, et les a faict parler au comte d'Honteley, et les a promenez et festiez en divers lieux dans le pays.
Au surplus, Sire, l'on a appellé, despuys trois jours, les principaulx merchans de ceste ville à Hamptoncourt pour le faict de Roan et pour celluy des Pays Bas. J'entans, quant à celluy de Roan, qu'on me baillera la responce par escript sur ce que j'en ay remonstré à la Royne d'Angleterre; et, quant à l'aultre, que le comte de Lestre et le secrétaire Cecille, si aultre empeschement ne survient, en yront conférer avec l'ambassadeur d'Espaigne, lequel a desjà escripte la lettre à la dicte Dame, dont, par mes précédantes, je vous ay faict mencion; et presse l'on, de chacun costé, bien fort l'accommodement de ces différans. A quoy sert beaucoup le mauvais trettement qu'ont naguières receu les merchans anglois en Moscouvie, où ilz pensoient dresser quelque grand commerce; mais l'ambassadeur moscovite, qui naguières estoit par deçà, s'en estant retourné mal satisfaict de ce pays, a faict emprisonner tous les Anglois, qui se sont trouvez au sien, et a faict arrester leurs merchandises. Le susdict ambassadeur d'Espaigne s'est conjouy en ceste court des bonnes nouvelles qu'il a heu, que la guerre des Mores avoit du tout prins fin[20]. Quelcun, à ce que j'entans, luy a escript que le duc de Medina Celi diffère sa venue en Flandres jusques en janvier, et qu'il a la vollonté de passer en France. Sur ce, etc.
Ce XIXe jour de novembre 1570.
[20] Voyez ci dessus la note, p. 183.
CXLVIe DÉPESCHE
--du XXVe jour de novembre 1570.--
(_Envoyée par Jehan Monyer jusques à Calais exprès._)
Déclaration du roi à l'ambassadeur d'Angleterre concernant l'Écosse.--Irritation causée à la reine d'Angleterre par les menaces du roi.--Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth est bien décidée à éviter la guerre.--Instance faite auprès d'elle pour l'engager dans l'alliance d'Espagne.--Succès des efforts de l'ambassadeur, qui parvient à empêcher l'exécution de ce projet.--Assurance de dévouement au roi donnée par Walsingham, désigné pour l'ambassade de France.--Remontrance faite par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre des motifs qui doivent forcer le roi à secourir, même par les armes, la reine d'Écosse.
AU ROY.
Sire, entendant que Mr Norrys, par sa dernière dépesche, avoit rafreschy à la Royne, sa Mestresse, les mesmes propos, qu'il luy avoit auparavant escript, qu'il trouvoit en Vostre Majesté une ferme résolution de secourir la Royne d'Escoce, et que vous continuez d'user de parolles et démonstrations fort expresses en cella, j'ay miz peyne de sçavoir comme la dicte Dame le prenoit; dont aulcuns, qui desirent la modération des affères, m'ont mandé qu'elle se trouvoit toute scandalizée qu'allors que, pour vous complayre, elle avoit envoyé deux de ses principaulx conseillers devers la Royne d'Escoce, pour donner commancement à ung bon tretté, et qu'à vostre instance elle avoit envoyé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce, c'estoit lors proprement qu'il luy sembloit que vous aviez délayssé la voye, que vous aviez toutjours tenue, de procéder en cest endroict par gracieuses prières et honnestes remonstrances, pour y aller meintennant par une aultre façon de la menacer, et de rudoyer son ambassadeur; et qu'encores ne se sentoit elle si piquée de ce que vous en aviez dict de vous mesmes, qui aviez parlé en Roy, ainsy qu'il luy avenoit bien à elle de parler quelquefoys en Royne, comme de ce que vostre conseil avoit trouvé bon qu'il en fût escript une lettre bien expresse et bien considérée à son dict ambassadeur; et qu'elle se résolvoit de ne fère rien par menaces, et de monstrer à tout le monde que, si elle condescendoit à quelque accord en cest endroict, ce ne seroit que par le seul bénéfice de sa bonne vollonté envers vous, et de sa propre bonté envers la Royne d'Escoce, et que toutz aultres effortz et instances ne servyroient que d'empyrer et retarder davantaige la besoigne.
D'aultres, qui cognoissent assés bien son intention, m'ont faict dire qu'encor qu'elle ayt parlé ainsy devant ceulx de son conseil, affin d'estre estimée princesse de cueur, comme, à la vérité, elle l'est, si a elle monstré, en d'aultres siens propos, à part, qu'elle vouloit évitter, en toutes sortes, d'avoir la guerre à Vostre Majesté; et que c'estoit par voz vertueuses responces et par voz démonstrations et appareilhz, qu'elle avoit passé si avant à tretter, et que, sans cella, il y en a assés qui l'eussent bien engardée d'y toucher, et la destourneroient encores d'y prendre jamais aulcune bonne résolution; par ainsy, qu'ilz estimoient que toute la ressource et restablissement de ceste pouvre princesse, et de son royaulme, concistoit en la seulle faveur et assistance, que Vostre Majesté luy feroit; dont semble qu'entre deux si contraires adviz le plus expédiant sera de suyvre une voye de millieu.
Et, à ce propos, Sire, ayant une foys la dicte Dame faict dellibération d'envoyer ung des plus grandz d'auprès d'elle en France, ainsy qu'elle mesmes m'en avoit touché quelque mot, pour honnorer, à son pouvoir, les nopces de Vostre Majesté, et la venue de la Royne Très Chrestienne; et mesmes ayant pensé que ce seroit le comte de Lestre, comme plus agréable à Vostre Majesté, affin de fère en cella quelque démonstration, qui correspondît à celle de l'honnorable convoy, qu'elle a faict fère, avec grande magnifficence et grande despence, par dix grandz navyres de guerre, à la Royne d'Espaigne, j'ay sceu que quelques malicieulx luy sont venuz mettre en avant qu'il y avoit grand apparance que le dict comte ne seroit bien receu; et que Vous, Sire, aviez donné à cognoistre, en l'endroict de Mr Norrys, que ses aultres ambassadeurs seroient peu respectez, dont debvoit considérer combien elle demeureroit moquée et offancée, si, à ung tel et si grand des siens, comme le dict de Lestre, n'estoit faicte la faveur et bon recueilh et bon trettement qu'elle s'attandoit; s'esforceans d'imprimer à la dicte Dame, bien qu'au plus loing de leur affection, qu'elle debvoit, par toutz moyens, retourner à la bonne intelligence du Roy d'Espaigne; et qu'allors elle n'auroit à se craindre de la France, et pourroit, à son playsir, disposer de la Royne d'Escoce. Sur quoy, voyantz qu'elle ne rejettoit le propos, ilz ont essayé de l'induyre à donner audience a Mr l'ambassadeur d'Espaigne sur l'occasion d'une lettre, qu'il luy a escripte; et semble bien, Sire, que si, de mon costé, j'eusse aultrement usé envers elle que sellon qu'il vous avoit pleu me le commander, sçavoir, de la plus gracieuse et modeste façon qu'il me seroit possible, qu'elle s'y fût condescendue, et heust du tout résolu de n'envoyer point en France et d'interrompre possible les affères d'Escoce; mais elle s'est tenue ferme à ne vouloir encores rien céder aulx choses d'Espaigne; et croy que si, du costé du duc d'Alve, ne vient quelque honneste satisfaction, que les différans auront plus empyré que amandé, d'y avoir faict cest essay, ayant la dicte Dame mandé à son depputé, qui est en Flandres, que, si le duc ne veult admettre la compensation des merchandises et prendre celles d'Angleterre au priz qu'elles ont esté vandues, qu'il s'en viegne, avec résolution qu'aussitost qu'il sera icy, l'on procèdera à la vante de celles d'Espaigne. Dont chacun estime que le dict duc plyera à ce poinct, et qu'il envoyera, pour cest effect, nouveaulx depputez par deçà; bien que l'entrecours et le commerce d'entre les deux pays n'est pour estre encores radressé.
Cependant le propos de n'envoyer poinct en France, et d'interrompre le tretté de la Royne d'Escoce, n'a poinct heu lieu; et a remiz la dicte Dame d'y dellibérer, dont j'ay esté conseillé de fère là dessus une petite négociation par lettre avec Mr le comte de Lestre, affin de luy bailler argument d'en parler à sa Mestresse. Je ne sçay encores ce qui en réuscyra; tant y a que, ayant moy mesmes à parler, dans ung jour ou deux, à elle, sur l'occasion de la dépesche de Vostre Majesté, du VIe du présent, qui m'est tout présentement arrivée, je mettray peyne de rabiller les choses, le plus que je pourray.
Le Sr de Valsingan est venu, ce dimenche passé, prendre son disner en mon logis, et m'a dict que Mr Norrys avoit tant faict qu'il avoit obtenu son congé, et que à luy estoit desjà résoluement commandé, par la Royne, sa Mestresse, de s'aprester pour luy aller bientost succéder; mais qu'elle n'avoit encores ordonné à l'ung le jour de son retour, ny à l'aultre celluy de son partement; et que, pour le peu d'establissement, qu'on disoit que la paix prenoit en France, qu'il n'ozoit y admener encores sa femme; jusques à ce qu'il eust veu sur ce lieu, comme il en alloit. A quoy je luy ay si bien respondu, jouxte le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, qu'il en est demeuré aultrement persuadé; et au reste, Sire, il jure et promect d'estre ambassadeur paysible près de Vostre Majesté; et de ne cercher aultre chose, en sa charge, que les moyens d'accroistre et augmenter davantaige l'amytié d'entre Vous et la Royne, sa Mestresse, et la bonne paix d'entre voz royaulmes et subjectz. Sur ce, etc.
Ce XXVe jour de novembre 1570.
A LA ROYNE.
Madame, par la lettre, que j'escriptz présentement au Roy, Voz Majestez verront comme la Royne d'Angleterre se répute estre mal trettée et ung peu rudoyée de certains propos, qui ont esté dictz et escriptz à son ambassadeur, touchant les affères de la Royne d'Escoce; et n'a pas long temps qu'elle me dict qu'il sembloit que Voz Majestez Très Chrestiennes fussent constituées entre elles, comme alliez à toutes deux, mais tenans l'oreille, qui devoit estre ouverte de son costé, toutjour bouchée, et celle du costé de la Royne d'Escoce très prompte et toutjour fort ententive à toutes ses pleinctes; et que vous ne vous portiez en cella ainsy égallement, comme l'équité et la rayson le requéroient.
A quoy je luy respondiz que, à la vérité, l'une et l'aultre vous debvoient compter pour leurs principaulx alliez et confédérez; et que, pour le regard d'elle, veu le bon estat de ses affères, Voz Majestez n'avoient à fère aultre office, en son endroict, que de vous conjouyr de sa prospérité, et luy offrir ce qui pouvoit estre en vostre puyssance, pour meintenir et acroistre sa grandeur, comme, à toute occasion, vous seriez prest de le fère; mais, quant à la Royne d'Escoce, je craignois bien fort que ceulx, qui la voyoient ainsy captive et deschassée de son estat, comme elle est, ne vous estimassent beaucoup plus abstreinctz par les trettez de pourchasser chauldement sa liberté et restitution que vous ne le faisiez; et, quant elle vouldroit considérer ung peu de plus près cest affère, et la despence que vous aviez desjà commancée pour préparer, dez l'esté passé, ung secours, et l'avoir, pour l'amour d'elle, despuys révoqué, et d'en entretenir meintennant ung aultre, sans l'envoyer, pour attandre le tretté; tant s'en fault qu'elle se deubt tenir offancée de Voz Majestez, que, au contraire, elle réputeroit vous avoir de l'obligation de l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez procédé; et dont vous luy déclariez encores tout franchement la contraincte nécessité, que vous aviez, d'entreprendre quelque aultre essay, comme vous le pourriez fère, au cas qu'elle vollût rejetter celluy de voz honnestes prières et gracieuses remonstrances.
Ainsy la dicte Dame se modéra pour lors, et proposa d'envoyer le comte de Lestre devers Voz Majestez, pour fère la conjouyssance des nopces du Roy et de la venue de la Royne, vostre belle fille, et accommoder, par mesmes moyen, le faict de la Royne d'Escoce; mais quelcun, despuys, en a traversé le propos; dont j'en suys aulx termes, que je mande en la dicte lettre du Roy; et essayeray, Madame, à ceste prochaine audience, de rabiller le faict, et de moyenner, en quelque bonne sorte, si je puys, que le dict voyage du comte de Lestre, ou au moins de quelque aultre milor, ne soit interrompu, si toutesfoys Vostre Majesté me faict entendre qu'elle l'ayt agréable. Sur ce, etc.
Ce XXVe jour de novembre 1570.
CXLVIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de novembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétaire._)
Audience.--Notification officielle des fiançailles du roi et des fêtes ordonnées pour célébrer le mariage.--Invitation faite à la reine d'Angleterre d'envoyer une ambassade extraordinaire au roi, et aux seigneurs anglais d'assister au tournoi qui est annoncé en France.--Vives sollicitations en faveur de la reine d'Écosse.--Gracieuses réponses d'Élisabeth sur la communication du mariage du roi.--Son emportement contre les déclarations qui lui sont faites au sujet de l'Écosse.--Sa ferme volonté de conclure le traité avec Marie Stuart sans l'intervention du roi.--_Mémoire général_ sur les affaires d'Angleterre.--Détails secrets sur les projets des catholiques dans le pays de Lancastre; secours qu'ils demandent au roi; appui qu'ils espèrent du duc de Norfolk.--Hésitations d'Élisabeth sur le parti qu'elle doit prendre à l'égard de Marie Stuart; opinion émise dans le conseil qu'il faut la faire mourir; crainte de l'ambassadeur que l'on ait voulu l'empoisonner.--Négociations avec l'Espagne; persistance d'Élisabeth dans son refus d'accorder audience à l'ambassadeur d'Espagne.
AU ROY.