Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 30
Quelcun m'a dict qu'on a vollu aussi proposer le mariage du Prince de Navarre avec ceste Royne, le faisant le plus riche subject de l'Europe, et allégant quelques droictz, qu'il a nouvellement gaignez, en la chambre impérialle, contre le Roy d'Espaigne, qu'on dict valloir plusieurs millions d'or, mais le propos n'a esté suyvy.
Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste heure, rien en avant de nostre costé, et, par ainsy, je m'en tayray du tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye de ne laysser de suyvre et escouter bénignement ce qu'on vous en pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous semblent estre du costé de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir en lumyère, propre à cest effect, vous voulant bien advertyr, au reste, Madame, que de France, l'on a naguières escript à la Royne d'Angleterre que Vostre Majesté ne desire aulcunement l'expédition des affères de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne bougeât encores d'Angleterre; de quoy semble que l'évesque de Roz ayt heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc.
Ce IXe jour de novembre 1570.
POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la dépesche, dire à Leurs Majestez:
Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement à la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en façon du monde, tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny effortz, qu'elle ayt à craindre du costé du Roy, elle né se doibt haster de la délivrer, car jugent que la paix ne sera de durée en France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de dellà la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne, et les Véniciens sont proprement ceulx qui ont conseillé de la fère ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores, qu'il ne fût, puys après, plus temps d'y remédier; et que néantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se verroient démeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient ung si notable secours qu'il pourroit fort ayséement purger son royaulme de toute ceste secte de Huguenotz;
Que cella se trouvoit ainsy confirmé par une dépesche de Mr le Nonce à l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit esté interceptée, et qu'on avoit trouvé dedans la coppie d'une lettre du Pape à Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit assés expresse mencion;
Que, nonobstant les bonnes démonstrations du Roy sur l'observance de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la court ozoient assés ouvertement déclairer qu'ilz l'avoient à contre cueur; et que, à Thoulouse et à Lyon, ne la vouloient encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit plustost rompue que establye;
Et qu'ilz sçavoient que le Roy mesmes, accompaigné de Mrs les cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et déclairé, en sa court de parlement de Paris, que son intention n'estoit d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que ce, qu'il avoit instantment pourchassé la paix, avoit esté pour séparer l'armée des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais qu'après cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme aulx affères de la dicte religion; et que aulcuns des assistans avoient fort loué et magniffié son opinion, et avoient tout hault randu grâces à Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le cueur de nostre Roy;
Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desjà envoyé notiffier toutes ces particullaritez à leurs amys en Allemaigne; et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines levées de gens de guerre pour les princes protestans, en avoient parlé assés clair; par lesquelles remonstrances l'on a fort essayé de persuader la dicte Dame qu'elle devoit attandre l'événement de ces choses de France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce.
Mais j'ay, à ceste heure, tout à propos, par la venue du dict Sr de L'Aubespine, notiffié à la dicte Dame, et assés publié en sa court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et provinces de son royaulme, pour y exécuter son éedict sans dilay, ni excuse; ce qui faict prendre à la dicte Dame et aulx siens meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se résould de passer oultre au tretté de la Royne d'Escoce.
Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers elle, luy ont, d'entrée, protesté qu'encor qu'ilz eussent l'honneur d'estre toutz entièrement siens, ses conseillers et subjectz, qu'ilz avoient néantmoins juré à la Royne d'Escoce de luy rapporter aultant fidellement et à la vérité tout ce qu'ilz avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la dicte Dame est demeurée fort satisfaicte de la dicte Royne, sa cousine, et en grande vollonté de conclurre ung bon tretté avec elle.
Sur quoy, icelluy Cecille luy a demandé d'où estoit doncques advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust mandé d'agraver les condicions à la dicte Royne d'Escoce, et les luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit commandé de le fère, quant ilz partirent:--«Prenez vous en, respondit elle, à millord Quiper, vostre beau frère; car c'est luy qui m'y a contraincte.»
Et j'ay sceu, à la vérité, que, quant le Sr de Valsingan revint de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour déterminer des affères de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes proposé les choses en une façon, qui la monstroient incliner bien fort à la restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit seulement:--«Qu'il la voyoit si disposée en cest affère, qu'il ne failloit que l'exécuter, sans plus le mettre en dellibération.»--«Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions, à la vérité, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modérer mon desir par vostre adviz.» Il répliqua soubdain:--«Qu'il estoit là pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se déportoit de le bailler.» Sur quoy la dicte Dame, assés en collère, luy adressa ces parolles:--«Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses et dangiers. Je veux, à ceste heure, user, aultant de temps, de mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux.» Et, sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict Quiper et ceulx du conseil ne layssèrent pour cella, d'altérer assez la besoigne, et s'esforcèrent, par plusieurs moyens, de randre, touchant ceste négociation, bien fort suspect Cecille à la dicte Dame.
Néantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef esté le conseil rassemblé pour ouyr son raport et les responces de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit opiniastré contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on debvoit délaysser ce tretté, il semble qu'il n'ayt peu rien gaigner; et qu'à ceste occasion, il soit party de court mal contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirmée, de plus en plus, de vouloir tretter.
Dont despuys, ayant Mr l'évesque de Roz esté devers elle, elle luy a dict:--«Que ses deux depputez luy avoient raporté beaucoup de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient fort ayséement des aultres choses, qui sembloient demeurer encores en différant; et qu'il ne restoit plus que l'arrivée des depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de passer plus oultre.» Et, comme le dict sieur évesque luy toucha ung mot de la difficulté, qu'il y avoit, de conclurre la ligue, de peur de préjudicier à celle de France, et qu'il la pryoit qu'il en peult communiquer avecques moi:--«Je veulx bien, dict elle, que vous en communiquiez à l'ambassadeur du Roy, mais il ne fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir, premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument à ung aultre prince de me fère la guerre.»
Et ainsy le dict sieur évesque de Roz, et moy, sommes après à conférer ensemble les articles et condicions, qu'on propose à la dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict préjudice à rien, qui touche son service; et semble qu'il est expédiant d'accommoder ces affères par le présent tretté, sans les remettre à une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et son estat restent en ung très grand dangier; et de tant que les dicts depputez d'Escosse sont desjà acheminez, sçavoir: du party de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur évesque, qui est desjà icy; et, de la part du régent, le comte de Morthon, milord Clames et l'abbé de Domfermelin; et qu'on les attand toutz dans six ou sept jours, et que desjà il se parle de l'entrevue des deux Roynes, ung chacun espère que l'accord réuscyra.
Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse, elle a dépesché ung sien tapissier, nommé Serve, en Flandres, devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de nécessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de ses amys. Néantmoins, elle a, d'elle mesmes, accordé, par une lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz, à la Royne d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, conseilloit néantmoins qu'elle luy accordât plustost les places de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que non le dict Prince.
Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne d'Espaigne a mandez à la Royne d'Angleterre, sont cause que le dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respecté et favorisé des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherché, soubz main, de vouloir demander audience de la dicte Dame, à laquelle il n'a parlé, XXII moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers. Sur quoy il a respondu qu'en ayant esté plusieurs foys reffuzé, il importe beaucoup à l'honneur de son Maistre que la dicte Dame la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est dellibéré d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire par quelcun des siens.
Et cependant, l'on a pareillement recerché le Sr Ridolfy de reprendre le propos de l'accord des différans des prinses, sellon ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desjà il en a escript une lettre à Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir quelque affection, et il a esté assés bien respondu. Je croy que cest affère se rendra de tant plus facille, que les Anglois trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal contante:
Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il y a meslé je ne sçay quoy de deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la seconde audience, de ne luy avoir monstré si bon visage, ny usé de si gracieuses parolles, que en la première; et d'avoir, luy présent, dict à Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust sitost retourner, l'ayant trouvé homme de bien en sa charge; et qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, de ne luy bailler poinct de successeur, qui fût turbulant, ny homme qui n'aymât la paix et le repos; comme si Sa Majesté entendoit de dresser ce propos à luy, car il estoit en termes de luy succéder; et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste attache, bien qu'il ne se soit, à ce qu'il dict, jamais ingéré ez affères de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa Mestresse, le luy a commandé; et que je sçay bien qu'il fault obéyr à son naturel prince, quant il commande quelque chose.
Ce qui l'avoit fort descouragé d'accepter la légation en France, craignant de n'estre agréable à Sa Majesté; toutesfoys que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandé de s'aprester, me priant d'asseurer Leurs dictes Majestez Très Chrestiennes que nul jamais ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention à meintenir la paix et la bonne amytié entre nos deux Maistres et leurs deux royaumes que luy; et que, s'en allant l'affère de la Royne d'Escoce composé, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune occasion de différant entre la France et l'Angleterre. A toutes lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du parler de Sa Majesté en bonne part; et luy ay donné, au reste, toute bonne espérance de sa légation, voyant qu'aussi bien elle luy estoit desjà commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu pour homme fort affectionné à la religion nouvelle, et assés contraire de la Royne d'Escoce, que néantmoins il se rendra modéré.
CXLIVe DÉPESCHE
--du XIIIIe jour de novembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le corier de Flandres._)
Discussion des articles du traité proposé concernant la reine d'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur afin de faire accepter les conditions envoyées par le roi.--Consentement de Marie Stuart à ce que son fils soit donné en ôtage à la reine d'Angleterre.--Motifs de cette détermination, qui est contraire aux instructions reçues de France.--État de la négociation avec les Pays-Bas; nouvelles de Flandre.
AU ROY.
Sire, après le partement du Sr de L'Aubespine, j'ay communiqué le contenu des lettres de Vostre Majesté, du XXVIIIe du passé, qui me sont arrivées, ainsy qu'il partoit, à Mr l'évesque de Roz; et, suyvant icelles, je l'ay pressé d'incister vifvement à la Royne d'Angleterre de passer oultre au tretté encommancé, et que, de sa part, il la veuille dorsenavant poursuyvre par la forme, et non aultrement, qu'il a pleu à Vostre Majesté me le prescripre, luy desduysant les raysons, pourquoy la Royne, sa Mestresse, ny luy, ne la doibvent excéder; lesquelles raysons j'ay aussi mandées à la dicte Royne, sa Mestresse, avec ung extraict de ce qui en est porté par vos dictes dernières.
Sur quoy le dict sieur évesque m'a asseuré de la parfaicte correspondance de sa dicte Mestresse, et de luy, à vouloir, en tout et partout, suyvre l'intention et les conseils de Vostre Majesté; et que, ayant despuys trois jours esté devers la Royne d'Angleterre, pour luy présenter ung pourtraict, que la dicte Royne d'Escoce luy envoyoit, du Prince son filz, il l'avoit instantment sollicitée de passer oultre à parfère le dict tretté, et de luy déclairer si les responces, que sa dicte Mestresse avoit faictes à ses depputez, luy sembloient raysonnables, affin qu'il la peult advertyr de ce qu'elle en debvoit espérer; et que la dicte Dame luy avoit respondu que les depputez, qu'elle attandoit d'Escoce, d'ung chacun des costez, debvoient arriver dans quatre ou cinq jours, avec le comte de Sussex et maistre Randolf, qui venoient toutz de compaignye, et qu'estantz icy, elle feroit incontinent procéder au dict tretté; que, quant aulx responces de sa dicte Mestresse, elle les avoit prinses de fort bonne part, et n'estoient trop esloignées de ce qui convenoit à fère ung bon accord; qu'encor que la dicte Royne d'Escoce fit grande difficulté sur l'article de la ligue, à cause de celle de France, qu'il ne falloit qu'elle s'y arrestât; adjouxtant, avec ung soubzrire, que, puysque Vous, Sire, vous estes meslé avec la mayson d'Autriche, qui est de sa ligue, que vous ne debviez trouver mauvais qu'elle se meslât avec celle d'Escoce, qui est de la vostre. A quoy luy, de Roz, luy avoit soubdain respondu qu'il fauldroit donc qu'elle constituast ung semblable douaire à sa Mestresse, et donnast ung semblable entretennement des gardes, des gendarmes, des bénéfices, plusieurs privilèges, et aultres grandz advantaiges aulx Escouçoys en Angleterre, que Vostre Majesté leur faisoit jouyr en France; et que, sellon son adviz, il n'aparoissoit aulcun honneste moyen de fère ligue entre elles deux, sinon en y comprenant Vostre Majesté; et que la dicte Dame luy avoit répliqué, là dessus, que les dicts entretennemens estoient trop grandz pour en vouloir charger son estat, mais que, touchant la ligue, elle m'en parleroit, et en feroit parler par son ambassadeur à Vostre Majesté.
Or, Sire, ce poinct de la dicte ligue, plus que nul de ceulx, qui sont contenuz ès dicts articles, me semble importer grandement à l'honneur et réputation de vostre couronne, et, à ceste cause, j'ay desjà dict tout hault que j'interrompray en vostre nom l'accord, et protesteray de l'infraction des précédans trettez, plustost que d'en laysser rien passer. Au regard de l'aultre article, auquel Vostre Majesté estime que je n'ay assés expressément respondu à l'évesque de Roz, touchant ne bailler le Prince d'Escoce aulx Anglois: je vous supplie très humblement, Sire, de croyre que je luy ay, par ung adviz escript de ma main, premier qu'il soit allé vers sa Mestresse avec les depputez, ainsi que je l'ay communiqué au Sr de L'Aubespine, expressément conseillé de ne l'accorder en façon du monde; mais la dicte Dame, suyvant d'aultres adviz, que le dict évesque mesmes luy a pareillement apportez par escript, de plusieurs ses affectionnez et meilleurs amys et serviteurs de ce royaulme, et aussi par l'adviz des seigneurs, qui tiennent son party en Escoce, l'a offert à la Royne d'Angleterre par sa lettre du séziesme du passé, comme chose, sans laquelle le dict évesque de Roz dict que la dicte Royne d'Angleterre ne fût jamais entrée en tretté, et sa Mestresse fût demeurée au plus dangereux estat de sa personne et de toutz ses affères, qu'elle ayt encores esté, pour l'ocasion de ceulx qui avoient monstré se rébeller au pays de Lenclastre; avec ce, Sire, que ceulx de ce conseil ont toutjours estimé qu'il ne se pourroit prendre aulcune aultre assez bonne seureté de la dicte Royne d'Escoce, que d'avoir son filz par deçà, affin qu'il leur fût ung instrument tout accommodé pour contenir sa mère ou pour la déchasser; aussi qu'il semble bien que les Escouçoys, qui procurent la restitution d'elle, ne sont que bien ayses que le Prince s'en aille, affin que ceulx du contraire party ne puyssent plus redresser aulcune compétance dans le pays; et encores y a il plusieurs principaulx personnaiges en ceste court, qui incistent assés que le dict Prince ne viegne en façon du monde en Angleterre, de peur qu'il n'y advance et establisse par trop le droict, que sa mère a à la succession de la couronne, au préjudice des aultres prétendans. Ce qui faict que plus vollontiers, la dicte Royne, sa mère, consent qu'il y soit mené, et mesmes qu'elle voyt bien que le contredire ne luy serviroit de rien, tant la chose est hors de sa puyssance; mais l'on n'a layssé pourtant d'envoyer solliciter les deux partys, en Escoce, de s'y opposer; et aussi le grand père, et l'ayeulle, et plusieurs aultres, en ce mesmes royaulme, de ne le trouver bon, et de le debvoir empescher; pareillement à la mesme Royne d'Angleterre de luy jecter ung escrupulle dans le cueur, touchant ce petit Prince, disant que, à son advènement au monde, il à déchassé sa mère hors de son estat, et qu'il pourroit bien, en venant en Angleterre, chasser sa tante hors du sien. Tant y a, Sire, que ce poinct est desjà tenu comme pour accordé entre elles deux; et sur cella se faict le fondement de tout le reste; et estime l'on, Sire, pourveu que vous obteniez la restitution de la dicte Dame et la réunyon des Escouçoys, et que l'authorité des Anglois et leurs forces soyent mises hors du pays, que Vostre Majesté, quant au reste, ne doibt empescher qu'elle ne se puysse prévaloir de son filz à le bailler ostage quelque temps, pour recouvrer sa liberté, et retirer sa personne, et son estat, horz du grand dangier où ilz sont.
Néantmoins, Sire, en cella, et en toutz les aultres chapitres du traicté, j'incisteray toutjour, le plus fermement qu'il me sera possible, que l'intention de Vostre Majesté soit entièrement suyvye; et, de tant que la Royne d'Angleterre s'est plaincte à moy des dommageables condicions, qu'elle dict estre apposées contre l'Angleterre, dans le dernier tretté d'entre le feu Roy, Françoys le Grand, vostre ayeul, et Jaques quatriesme, Roy d'Escoce, lequel je croy estre de l'an 1535[19], je supplie très humblement Vostre Majesté de m'en fère envoyer une coppie affin d'y respondre; et me commander au reste, Sire, touchant ce dessus, si je doibz incister tout oultre, que la Royne d'Escoce se retire de la promesse, qu'elle a faicte, de bailler son filz, et qu'il vous playse d'en déclairer franchement vostre vollonté à Mr de Glasco, son ambassadeur.
[19] Jacques IV était mort en 1513; deux ans avant l'avènement de François Ier. L'ambassadeur veut sans doute parler du traité de Rouen, conclu le 26 août 1517, entre Jacques V et François Ier, et renouvelé en 1535, lorsque Jacques V épousa Madelaine de France.