Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 27
Sire, j'ay receu, le XXIXe du passé, les lettres qu'il a pleu à Vostre Majesté m'escripre, du XXIIe auparavant, par le Sr de Valsingan, qui me les a envoyées passant par Londres, et m'a mandé qu'au retour de randre compte à sa Mestresse de ce qu'il a faict en France, qu'il me viendra voir. Il me semble, Sire, que rien n'a pu venir plus à propos, pour les présens affères de la Royne d'Escoce, que d'avoir Vostre Majesté ainsy fermement et vertueusement parlé, comme avez faict, à l'ambassadeur Mr Norrys et à luy; et dont je ne fauldray de représanter à leur dicte Mestresse voz mesmes propos, telz qu'ilz sont contenuz en vostre lettre, la première foys que je l'yray trouver, ayant estimé qu'il estoit bon, pour aulcuns respectz, de les luy réserver jusques à la venue d'une aultre vostre dépesche, pour luy laysser cependant digérer ce faict sur le récit, que le dict de Valsingan luy fera, des propres paroles et démonstrations qu'il a ouyes et veues de Vostre Majesté, et aussi pour n'interrompre rien en la commission qu'elle a donnée au secrétaire Cecille et à Maistre Mildmay vers la Royne d'Escoce; ausquelz j'ay opinion qu'elle envoyera en dilligence notiffier la déclaration qu'avez faict à ses dicts ambassadeurs, affin qu'ilz ne s'en retournent sans résouldre quelque chose avec elle; ayant plusieurs adviz, de divers lieux, assés certains qu'il tarde infinyement à la dicte Royne d'Angleterre qu'elle puysse, en quelque seure façon qui ayt aparance d'honneur et d'advantaige, se démesler du faict de la dicte Dame, non sans se repentyr de s'en estre si avant entremise. Et est sans doubte que, si l'affère pouvoit tumber en la main de quelque aultre, qui le manyât avec plus de modération que ne faict le secrétaire Cecille, ou que luy mesmes, après avoir veu la Royne d'Escoce, se volust modérer, et ne fère plus, sur des petitz momentz, naistre de si grandes difficultez et longueurs, qu'il a faict jusques icy, que toutz les différans d'entre ces deux Princesses et leurs deux royaulmes se pourroient facilement et bientost accommoder, dont de ma part, Sire, je ne fauldray d'y incister à toute heure; mais la vifve parolle et la démonstration que Vostre Majesté fera d'un prochain secours, attandant qu'il s'ensuyve à bon esciant, s'il est nécessaire, y servyront infinyement.
La dicte Royne d'Angleterre a dépesché ung saufconduict pour les depputez d'Escoce, et a mandé au comte de Sussex de les bien recepvoir et honorer, et qu'il advertisse ceulx du party du régent d'envoyer promptement les leurs. Le susdict de Valsingan a desjà parlé à quelques ungs de ses amys de la continuation de la paix de France comme en doubte, alléguant des occasions qui luy font juger qu'elle aura quelque establyssement, et d'aultres qui lui font croyre qu'elle ne pourra estre de durée; dont de ce qu'il en a dict, et du rapport qu'il en aura faict en ceste cour, je mettray peyne qu'il m'en viegne quelque adviz, affin de le vous mander par mes premières. Il aura encores rencontré Mr le cardinal de Chastillon en ceste dicte court, car son congé luy avoit esté différé jusques à hyer.
L'on estime que la Royne d'Espaigne s'embarquera à ce commancement d'octobre, car, ayant le retour de la lune esté sur un temps propre et qui sert bien à sa navigation, l'on estime qu'il durera assés pour la conduyre jusques en Espaigne; dont s'atand de sçavoir comment et en quelle bonne façon se seront déportez les navyres de la Royne d'Angleterre à la saluer, et la convoyer le long de la coste de ce royaume. Les commissaires de Flandres pourchassent leur congé, mais il semble qu'on le leur prolongera jusques au retour du secrétaire Cecille, car en son absence rien ne se dépesche; et mesmes l'on a remiz, à cause de luy, l'ouverture du terme de la justice jusques au premier de novembre, par prétexte toutesfoys de la peste; laquelle va néantmoins diminuant, et chacun s'en retourne à la ville. Il semble que Henry Coban, qui est allé devers l'Empereur, ayt heu charge de ne presser guières son retour: dont il a cependant renvoyé ung des siens avec une dépesche, de laquelle je n'ay encores bien aprins le contenu, si n'est qu'il semble mander que, ne pouvant l'Empereur fère guières réuscyr aulcune bonne résolution ez choses qu'il a proposées en la diette, qu'il dellibère bientost la rompre; et j'entandz que le comte Pallatin a aussi escript qu'il a quelque opinion que le Pape se soit advancé de créer de luy mesmes, sans attandre la vollonté des ellecteurs, l'archiduc Charles roy des Romains, et que cella sera pour admener beaucoup de trouble en Allemaigne; dont est bruict icy que desjà quelques princes ont esté vers Hembourg, comme pour s'asseurer d'aulcunes levées de gens de guerre. Sur ce, etc.
Ce Ve jour d'octobre 1570.
CXXXVIIIe DÉPESCHE
--du Xe jour d'octobre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Troies._)
État de la négociation en faveur de Marie Stuart.--Conduite faite à la reine d'Espagne par la flotte anglaise.--Crainte où l'on est en Angleterre que les hostilités commencent au retour de la flotte espagnole.--Négociation avec les Pays-Bas.--Départ du cardinal de Chatillon pour la Rochelle; mauvais accueil reçu à Dieppe par le vidame de Chartres.--Prise nouvellement faite en mer, malgré la paix, par le capitaine Sores.--Affaires d'Allemagne.
AU ROY.
Sire, rendant le Sr de Valsingan compte à la Royne, sa Mestresse, de la négociation qu'il a faicte en France, j'entendz qu'il luy a faict ung très bon rapport des louables qualitez de Vostre Majesté, de ce que ung chacun vous tient pour prince magnanime, constant, certain et bien fort véritable, et uny par ung grand et naturel amour avec la Royne vostre mère, et avec Monseigneur vostre frère, desquelz il a aussi fort dignement parlé; et que, par la force de leur conseil et la fermeté de voz éedictz, la paix de vostre royaulme a d'estre perdurable, et voz aultres affères à recepvoir beaucoup d'establissement: dont la dicte Dame a de beaucoup davantaige estimé, et heu en plus grand prix, les bonnes parolles de paix et d'amytié, que Vostre Majesté luy a mandées. Et luy ayant le dict de Valsingan, par mesmes moyen, touché le propos, que luy avez tenu, de la restitution de la Royne d'Escoce, vostre belle soeur, avec l'expression de l'affection qu'il a cognu que vous y aviez; et ayant, de ma part, faict fère là dessus, le plus à propos que j'ay peu, ung office par le comte de Lestre, il est advenu que la dicte Dame a tout incontinent dépesché vers le secrétaire Cecille pour l'advertyr qu'il ayt à procéder en si bonne façon vers la Royne d'Escoce, qu'il ne s'en retourne sans conclurre quelque chose avecques elle. Dont, à la première occasion qui me viendra d'aller parler à la dicte Dame, je luy confirmeray ceste sienne vollonté, et n'obmettray rien de ce qui pourra servyr à bien advancer et effectuer le propos, et à establyr pareillement l'amytié d'entre Voz Majestez.
L'on tient que la Royne d'Espaigne est passée, et que les navyres de la Royne l'ont saluée et accompaignée jusques en la coste de Biscaye, et que sire Charles Havart luy a baysé les mains avec ung présent d'ung beau dyamant, que la Royne sa Mestresse luy a envoyé, qui est l'ung de ceulx que le Roy d'Espaigne avoit donnez à la feu Royne Marie, sa soeur, ou à elle, qui sont estimez valoir, l'ung huict mil ducatz, et l'aultre cinq mil; et que la dicte Royne d'Espaigne, de son costé, a faict bailler quatre mil ducatz au dict Havart et aulx siens; mais la vérité et certitude de cecy se sçaura mieulx quant le dict Havart sera de retour, lequel est encores en mer. Tant y a que ces démonstrations, lesquels sont devenues toutes aultres qu'on ne les sembloit préparer du commancement, donnent à cognoistre qu'il n'y a en effect nulle malle vollonté entre les Espaignols et les Anglois, ains qu'ilz cerchent de s'accommoder ensemble en gaignant, aultant qu'il leur sera possible, chacun de son côté, quelque advantaige; dont usent d'artiffice à fère bien espérer ou à intimider l'ung l'aultre en ce qu'ilz peuvent; et semblent néantmoins que les dicts Anglois ne demeurent meintennant sans une grande souspeçon du retour de l'armée d'Espaigne, par ce mesmement qu'on leur a raporté que une partie d'icelle est demeurée toute appareillée, et bon nombre de gens pretz à s'y embarquer en Olande; et qu'ilz sçavent que aulcuns fuytifz et aulcuns Escossoys sont toutjour près du duc d'Alve pour l'inciter à quelque entreprinse par deçà: et à ceste occasion, mècredy dernier, ceste Royne a faict de rechef appeller toutz les officiers de la maryne à Vuyndesor, mais je ne sçay encores ce qu'elle leur a ordonné; et est la dicte Dame après a fère cercher deniers de toutz costez.
Les commissaires de Flandres s'attendent d'avoir demain leur congé, et semble qu'ilz ne s'en retournent guières plus contantz ny mieulx satisfaictz que quant ilz sont venuz; car, oultre la perte et diminution qu'ilz ont trouvé ez merchandises, qui estoient encores en estre, l'on leur a baillé ung compte si désadvantaigeulx de celles qui ont esté vendues par auctorité de justice, tant au priz que aulx fraicz, qu'elles ne reviennent pas au cinquiesme de la juste valleur. Par ainsy l'accord se monstre encores assés difficile à fère, et cependant l'on ne sçayt si le temps, et la longue souspencion du traffic, pourra produyre quelque chose de nouveau entre eulx.
Monsieur le cardinal de Chastillon print congé de ceste court lundy dernier, non sans recepvoir beaucoup de faveur de ceste Royne et plusieurs présens (de haquenées et de chiens de sang) des seigneurs d'auprès d'elle; et s'en est allé à Hamptonne attandre la commodité de son passaige à la Rochelle. Aulcuns demeurent escandalisez des difficultés qu'on a faictes à Mr le vydame de Chartres à Dièpe, mais je rendz quelque rayson là dessus, qui monstrent de les satisfère. Ung agent de Portugal, qui est en ceste ville, dict que le capitaine Sores s'est esforcé de piller de rechef la Madère, et qu'au retour de ceste entreprinse il a prins un des galions du Roy de Portugal venant des Indes, qui estoit demeuré derrière, lequel estoit bien fort riche; de quoy ung chacun monstre icy estre fort offancé d'entendre ung tel acte après la paix, et crainct on que de la Rochelle ayt à sortyr beaucoup de désordre en la mer, s'il n'y est remédié.
J'entans qu'il est arrivé des lettres d'Allemaigne, qui semblent confirmer ce qu'on avoit auparavant escript de la création du roy des Romains par le Pape, jusques avoir envoyé une coppie du brevet, et que ung chacun pense que les princes ellecteurs procèderont à une contraire ellection de leur part; mesmes qu'il semble que l'Empereur face toute démonstration d'avoir ignoré et de n'aprouver aulcunement ceste procédure de Sa Saincteté; et qu'il a esté descouvert qu'on avoit de rechef incidié à la vie du comte Pallatin. Sur ce, etc.
Ce Xe jour d'octobre 1570.
CXXXIXe DÉPESCHE
--du XVIe jour d'octobre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Groigniet, mon secrétaire._)
Conditions proposées par Cécil à la reine d'Écosse.--Soulèvement des catholiques dans le pays de Lancastre.--Ordre donné au comte de Derby de se rendre à la cour.--Retour à Londres de sir Charles Havart, amiral de la flotte anglaise.--_Mémoire._ Opinions diverses sur la durée de la paix en France.--Conférence de l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne.--Ligue du roi d'Espagne avec le pape et les Vénitiens contre les Turcs.--Vives sollicitations pour que le roi consente à en faire partie.--Offres faites par le duc d'Albe à Élisabeth.--Négociations des Écossais avec le duc d'Albe.--Conditions proposées à Marie Stuart, si elle veut obtenir l'appui de l'Espagne.--Détails sur la négociation de Cécil avec Marie Stuart.--Crainte que les Écossais n'acceptent toutes les conditions imposées par l'Angleterre.
AU ROY.
Sire, ayant le Sr de Vassal couru une si dangereuse fortune, en voulant repasser la mer, que le naufrage de luy, et de ceulx qui estoient en son mesme navyre, a esté tenu pour vériffié en ceste ville, il n'est pas à croyre combien je me suys resjouy, quant, oultre l'espérance des hommes, il a pleu à Dieu de le saulver et le fère retourner sauf à Callais, avec les lettres et dépesches de Vostre Majesté, où il est encores attandant le vent; mais j'espère qu'il sera bientost icy, et qu'il me rendra instruict de l'intention de Vostre Majesté, laquelle je mettray peyne, Sire, en ce qu'il sera besoing de la notiffier à la Royne d'Angleterre, de la luy fère bien entendre, et de fère, par toutz les moyens, persuasions et instances, qu'il me sera possible, qu'elle y veuille conformer la sienne.
Le secrétaire Cecille et son adjoinct sont arrivez avec l'évesque de Roz, le premier de ce mois, devers la Royne d'Escoce, à laquelle ilz ont présenté, avec grand respect et révérance, une lettre, que la Royne d'Angleterre luy a escripte, laquelle avoit le commancement fort rigoureux et plein d'une recordation de beaucoup d'offances qu'elle reprochoit à la dicte Dame; mais que, pour en abolyr la mémoire, elle luy dépeschoit ces deux siens confidans conseillers, pour préparer le chemyn d'ung bon tretté d'amytié entre elles deux; et n'y a heu aultre chose que cella pour le premier jour, sinon l'humayne et favorable réception, que la dicte Dame leur a faicte. Mais, le lendemain, estans entrez en conférance, elle leur a respondu, à chacun poinct de la dicte lettre, avec tant de fondement de rayson et avec tant de modestie qu'ilz ont monstré de demeurer très bien satisfaictz; et ayant convenu la dicte Dame, pour son regard, et eulx, pour la Royne d'Angleterre, d'ensepvelir pour jamais les choses mal passées, et de procéder à ung renouvellement de vraye et parfaicte intelligence entre elles, sellon que le debvoir de leur proximité et du commun proffict de l'une et de l'aultre, et de leurs deux royaulmes, le requéroit; ilz luy ont leu les articles de l'instruction, qu'ilz portoient, lesquelz se sont trouvez, pour la pluspart, concerner l'expresse cession et résignation du tiltre de ce royaulme par la dicte Royne d'Escoce au proffict de la dicte Royne d'Angleterre, sans préjudice de la future succession d'icelluy, au cas que la dicte Royne d'Angleterre n'ayt point de lignée:--Que, pour seurté de cella, le Prince d'Escoce doibve estre mené et norry en Angleterre, sans préfiger temps de le randre, sinon au cas que la Royne, sa mère, arrive à morir, ou qu'elle luy veuille résigner sa couronne d'Escoce;--Que gouverneurs luy seront baillez, telz que la Royne d'Angleterre advisera, comme les comtes de Lenoz, de Mar ou aultres;--Que trois comtes et trois lordz Escoçoys viendront estre ostaiges, l'espace de trois ans, en ce royaulme, pour la seurté des choses qui seront promises;--Que trois chasteaulx, sçavoir: Humes, Fascastel et encores ung aultre, en Gallovaye ou Quinter, demeureront, pour le dict temps, ez mains de la Royne d'Angleterre;--Que, sans le consantement d'icelle ou de la pluspart de la noblesse d'Escoce, la dicte Royne d'Escoce ne se maryera;--Que ligue sera faicte entre elles et leurs deux royaumes;--Que, au cas que nul prince estrangier, sans ocasion à luy raysonnablement donnée, entrepreigne d'assaillyr ce royaulme, la dicte Royne d'Escoce sera tenue de le secourir d'hommes et de navyres, aulx despens toutesfoys de la Royne d'Angleterre;--Que le murtre du feu Roy d'Escoce et celluy du comte de Mora seront punys;--Que le comte de Northomberland et aultres fuytifz d'Angleterre seront randuz;--Et que, au cas que la dicte Royne d'Escoce meuve à jamais pleinte ny querelle du tiltre de ce royaulme, ny assiste à nul aultre, qui la veuille mouvoir en quelque façon que ce soit contre la dicte Dame, qu'elle demeurera privée de la future succession d'icelluy. Et avoient d'aultres articles, concernans la seurté des subjectz d'Escoce, lesquelz ilz n'ont encores monstrez, mais ilz ont fort incisté d'avoir promptement la responce sur ceulx cy.
Je ne sçay si la Royne d'Escoce l'a encores faicte, seulement j'ay entendu qu'ung pacquet du dict secrétaire arriva, sabmedy au soir, à la Royne d'Angleterre, et que, tout incontinent, elle assembla son conseil; et le lendemain matin, le courrier fut renvoyé avecques responce.
Aulcuns amys de la dicte Royne d'Escoce m'ont faict advertyr qu'elle est au plus grand dangier, où encores elle ayt poinct esté, à cause de la sublévation qui se descouvre estre toute formée au pays de Lenclastre, de laquelle on luy attribue l'ocasion, aussi bien que de celle passée du North; et que pourtant, elle et nous, qui soubstenons icy son faict, debvons condescendre à ce que la Royne d'Angleterre luy vouldra demander, et luy complayre du tout, pourveu qu'elle puysse avoir sa liberté; et ne fère difficulté de luy accorder le Prince d'Escoce, pour quelque temps, avec honnestes condicions. Aultres de ses amys conseillent le contraire: qu'elle peut bien accorder hardyment toutes choses raysonnables à la Royne d'Angleterre, mais non de luy bailler son filz, ny ostaiges, ny places; mais plustost qu'elle mesmes offre de demeurer en Angleterre pour asseurance de ce qu'elle promettra. Je sçay, à la vérité, qu'on tient de très dangereux conseilz sur la personne de ceste princesse, pour l'opinion qu'on a qu'elle ayt trop bonne part en ce royaulme, et que, quant elle sera du tout ostée, que pareillement sa querelle sera du tout esteincte, se persuadant que, ny les Escouçoys, ny les Anglois, ses partisans, ny mesmes Vostre Majesté ne se soucyeront guières, puys après, de la relever. Et est incroyable combien la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil sont esmeuz pour les choses du dict pays de Lenclastre, sans toutesfoys en fère grand démonstration; car les ayant vollues remédier par la voye de la justice, envoyant par dellà ung procureur fiscal, ilz ont veu que cella ne suffizoit, et que plusieurs ouvertement se déclairoient substrectz de l'obéyssance et jurisdiction de la Royne d'Angleterre, jusques à ce qu'elle se seroit jettée hors de l'interdict de l'esglize catholique: dont elle a mandé au comte Dherby, principal seigneur de tout le dict pays, de la venir trouver, par prétexte de vouloir assembler toutz ceulx de son conseil, dont il est l'ung des principaulx, affin de pourvoir à l'estat de ce royaume; et qu'il veuille mener ses enfans avec luy, pour monstrer qu'ilz ne sont coulpables d'aulcunes choses qu'on leur a vollu imposer. L'on ne sçayt encores si le dict comte vouldra obéyr; tant y a, Sire, que je vous ay bien vollu envoyer le susdict adviz de la Royne d'Escoce, par homme exprès, affin qu'il vous playse m'y commander vostre vollonté; et cependant je verray ceste princesse pour l'adoulcyr et modérer, le plus qu'il me sera possible, sur icelluy, et pour la fère passer oultre au tretté encommancé.
J'entendz que sire Charles Havard a raporté à la dicte Dame ung grand contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a enchargé de dire à la dicte Dame de sa part, ayant accepté, avec toute affection, le présent qu'elle luy a envoyé, et ayant faict donner une chayne de mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre à son vis admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix navyres. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour d'octobre 1570.
POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus:
Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes par deçà, et par des parolles et démonstrations, dont Mr le cardinal de Chatillon a usé, en prenant congé de ceste court, la Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la paix de France sera de durée.
Et y sont confirmez davantaige par la réputation, qui court, que le Roy a prinz une ferme résolution de vouloir que, en cest endroict. et toutz aultres, où sa parolle interviendra, qu'elle ayt à estre très certaine et véritable, et que la Royne et Monseigneur, frère du Roy, interposent, par une bonne intelligence, si fermement leur conseil et authorité à cella, qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre.
Et a raporté le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et l'intelligence que ung chacun présumoit demeurer toutjour secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et l'authorité de Monseigneur, frère du Roy, lequel après avoir mené la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour réputer la paix fort douteuse; néanmoins ilz jugeroient, à ceste heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles ne portoient.
Ce qui a remiz en réputation les affères du Roy en ce royaulme, et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la première foys qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la Chrestienté, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy et son prudent conseil ne l'ayent cogneue nécessaire, et qu'il faut que Sa Majesté Très Chrestienne la rande utille, et luy face produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi pour ses voysins et pour toute la Chrestienté, ung vray repos.
Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz à moy de deux choses: l'une, si je sçavois que Mr le cardinal de Chatillon eust parlé en ceste court de tranférer meintennant la guerre, qui est achevée en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu que j'en aye sondé le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre qu'il en eust parlé comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur.
Et l'aultre chose, qu'il m'a demandée, est si j'avois entendu pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Péronne, de St Quintin et des aultres villes de Picardie, et changé celle de Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque souspeçon; à quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella que renvoyé les garnysons en leurs lieux accoustumés, car l'on les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp, et que meintennant il distribuoit en ses frontières ses gens de guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer pourtant désarmé.
Et, en la mesmes conférance, icelluy sieur ambassadeur, me magniffiant grandement la ligue[14] qui a esté faicte entre le Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Véniciens contre le Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il n'avoit qu'à contribuer seulement au secours accordé, dont se trouvoit fort adélivré pour mettre bientost fin à la guerre des Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et du costé de deçà;
Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollonté, mais il desiroit le fère par aprobation de la diette, affin d'obliger les estatz d'Allemaigne à la contribution et au secours de la dicte guerre.