Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 26
Au regard de ce que j'avois escript à la dicte Dame, et aulx seigneurs de son conseil, de me fère rayson et réparation du dernier exploict, que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mandé que je ne vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la frontière d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de ce royaume pour courre et piller de rechef la frontière d'Angleterre, et fère de telles insolances qu'ilz ont donné de très grandes occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a procédé de luy mesmes, mais avec telle modération qu'il n'a touché qu'à ceulx qui l'avoient provoqué, dont le dommaige n'est pas grand, et il s'est desjà retiré; et elle luy a mandé qu'il ne passe plus oultre, parce qu'elle est résolue de pourvoir par le tretté à toutz ces différans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy que desjà elle a ordonnée à maistre Mildmay et au secrétaire Cecille d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il semble que je me voulois atacher à sa parolle et promesse, qu'elle me veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue véritable, me priant de vous donner là dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de l'expédition de son lieuctenant, affin que Vostre Majesté ne la preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame et ceulx de son conseil ont respondu à ce que je leur avois escript.
Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la dicte Dame, et qu'elle n'en est guières contante; tant y a qu'on ne désadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court, et il a cependant porté beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou huict maysons nobles et faict le gast partout où il a passé dans le pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer oultre au dict tretté, meue de l'apréhention du dangier, où il luy semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la font opiniastrer à des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx, qui entendent bien les affères, estiment que, pour les bien effectuer, il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit desjà par dellà.
Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoyé; bien m'a l'on dict qu'il asseure que les seigneurs d'Escoce ont desjà ordonné quelques depputez pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les attandre. Sur ce, etc. Ce XVe jour de septembre 1570.
Ainsy que je fermoys la présente, Mr le cardinal de Chatillon m'a envoyé visiter et dire qu'il avoit esté se conjouyr de la paix avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera prendre congé d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procédoient les choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs attandoient de le sçavoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y avoit assés longtemps que je n'avois point heu de dépesche, mais que je sçavois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la paix prînt establissement et durée, dont vous plairra me commander comme j'auray à me gouverner et conduyre envers le dict Sr cardinal et aultres Françoys qui sont par deçà.
CXXXIVe DÉPESCHE
--du XIXe jour de septembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon._)
Nouvelles de la flotte.--Négociation avec l'Espagne.--Affaires d'Écosse.--Incertitude où sont les protestans français de savoir s'ils peuvent rentrer en France.--Nouvelles d'Allemagne.
AU ROY.
Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mandé par mes précédantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de deçà, attandans que la flotte de Flandres se mette à la voyle, et demeurent ceulx cy assés persuadez que le passaige de la Royne d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz; mais ilz craignent grandement qu'estant arrivée par dellà, le retour de l'armée ne soit à leur dommaige, et qu'on n'y embarque des Hespaignolz pour fère quelque descente en Irlande, ou bien ez quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frère du Sr de Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'armée, qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a esté miz icy ung nouvel ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz seront commandez de sortyr, et ordonné d'augmenter les vivres, qui y sont nécessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne, de ce qu'il avoit dédeigné de venir devers iceulx seigneurs du conseil, et qu'à ce moyen l'accord de leurs différans avoit esté retardé, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de n'avoir vollu complayre du tout à ce que les dicts du conseil luy avoient mandé, parce qu'ilz avoient usé de trop dures formalitez envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, tretté ny recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoyé des aldremans devers luy comme s'il eust esté crimineulx; néantmoins qu'il luy escriproit de ne fère plus de difficulté de convenir avec eulx, toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affères d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de chacun costé, cerchant les moyens de renouer leurs affères et d'acommoder leurs différans.
La malladie du secrétaire Cecille a donné quelque retardement aulx affères de la Royne d'Escoce; néantmoins l'on avoit desjà ordonné à sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte Dame, mais se trouvant le dict secrétaire Cecille meintennant ung peu mieulx, le voyage luy est réservé; et cependant milor de Sussex a escript que les seigneurs escouçoys, du party de la Royne d'Escoce, ont tenu une grande assemblée sur les choses que nous leur avions mandées par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une résolution, laquelle ilz envoyent fère entendre à la Royne d'Angleterre par le dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il attandoit du premier jour en la frontière pour leur bailler saufconduict de passer plus avant. Et mande néantmoins le dict de Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guières d'avoir secours de France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte grandement à la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est rentré en Escoce, parce qu'ayant son mary asseuré Vostre Majesté que cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez meintennant à luy, et que ne le faciez arrester et resserrer.
Les Françoys, qui sont icy, se préparent pour retourner toutz en leurs maysons: il est vray qu'entendans qu'à Roan, à Dieppe, à Callais, et en quelques aultres endroictz, l'on faict difficulté de les recepvoir, il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers moy pour sçavoir comme ilz en auront à user; et je leur répond que je n'ay pas de plus expresse déclaration de vostre intention là dessus que celle qui est contenue par vostre éedict, et que, de ma part, je ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne sçay si cella sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la Rochelle pour voir, de là en hors, comme il se pourra asseurer de l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame, à ce que j'entendz, part dans deux jours et va passer ou à la Rye, ou à Callais; et, de tant, Sire, qu'on donne entendre à aulcuns merchans voz subjectz, qui poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le faict des déprédations est remiz par vostre éedict, il vous plairra me commander ce que je leur en auray à respondre, affin qu'ilz ne facent dorsenavant la poursuyte en vain.
Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy à l'ambassadeur d'Espaigne, luy ayt mandé que l'Empereur n'aprouve guières la paix de France, comme ne l'estimant de durée; et que la diette se prolongera beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre Majesté se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frère, mais plustost celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin à Espire, il a entendu que ses ministres avoient presché publiquement l'arrianisme à Heldelberc, dont il dellibéroit d'aller réprimer une telle inpiété, mais qu'il fauldroit qu'il corrigeât premier la sienne. Sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1570.
CXXXVe DÉPESCHE
--du XXIIIIe jour de septembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._)
Interruption des armemens.--Mouvement dans le pays de Lancastre.--Négociation de l'évêque de Ross.--Conférence de l'ambassadeur avec le cardinal de Chatillon.--Sollicitations faites auprès de lui par le vidame de Chartres.
AU ROY.
Sire, l'aprest des vingt navyres, que ceulx cy debvoient jetter dehors, après les dix qui sont desjà sortys, se va peu à peu discontinuant, et les a l'on ramenez de l'embouchure de la rivière de Rochestre, où desjà ilz estoient, jusques à leur arcenal accoustumé de Gelingan, ce qui monstre qu'à peyne s'en servyra l'on de ceste année; les aultres dix se tiennent toutjour sur la coste près de Douvres, attandant le passaige de la Royne d'Espaigne, à laquelle le temps ne sert aucunement, et ceulx, qui s'y entendent, disent qu'à peyne luy servira il encores de trois sepmaines; et est venu quelque adviz en ceste court que le Roy d'Espaigne, son mary, luy a mandé que, si l'on voyt que la navigation ne soit bien fort propre et fort seure, qu'elle attande de se mettre sur mer jusques au prochain printemptz, et que possible, entre cy et là, il aura faict dessein de la venir trouver pour visiter ses Pays Bas: ce que possible a donné occasion à la Royne d'Angleterre de fère cesser son armement. Laquelle aussi, comme j'entendz, est tumbée en une grande souspeçon d'une nouvelle ellévation qu'on luy a dict qui se prépare au pays de Lenclastre, où semble qu'elle ayt desjà envoyé gens pour recognoistre que c'est, et des secrettes commissions pour y remédier et apréhender quelques uns.
Cependant il nous est venu des lettres de la Royne d'Escoce, par lesquelles elle mande que les seigneurs d'Escoce, qui sont de son party, luy ont envoyé la déclaration de leur vollonté: laquelle est de fère toutjour ce qu'elle leur commandera, dont Mr l'évesque de Roz est allé devers ceste Royne pour haster sur cella la conclusion du tretté; et j'espère, puysque le secrétaire Cecille est à présent bien guéry, que luy et maistre Mildmay et le dict sieur évesque s'achemineront tout incontinent devers la dicte Royne d'Escoce pour y mettre une bonne fin.
Au surplus, Sire, Mr le cardinal de Chatillon est venu, despuys quatre jours, prendre son diner en mon logis, et m'a dict que, comme vostre très humble subject, il se sentoit tenu, et obligé à vostre service, de ceste visite qu'il faisoit à vostre ambassadeur; et que ce qui l'avoit engardé de la fère, durant les troubles, estoit que vous monstriez lors, Sire, de ne prandre à gré, ains d'avoir quasi en horreur tout ce qui procédoit de ceulx de sa religion; mais à ceste heure qu'il playsoit à Dieu les fère jouyr du bien de vostre grâce, et de celle de la Royne, et de Messeigneurs voz frères, et qu'il vous playsoit les tenir au nombre de voz loyaulx et fidelles subjectz, tout son plus grand soin estoit de vous obéyr et complayre, et prier Dieu pour Voz Majestez et pour Mes dicts Seigneurs voz frères, et fère en sorte que Dieu et le monde cognoissent que la contraincte demeure, qu'il a faicte icy, ne l'a randu moins bon françoys ny moins dévot et fidelle serviteur de vostre grandeur qu'il a esté par cy devant; et qu'il n'a rien oublyé de l'obligation naturelle, ny encores de celle expécialle, qu'il a à Voz Majestez et aulx feuz Roys voz prédécesseurs; que, puys peu de jours, Messieurs les Princes de Navarre et de Condé, et Mr l'Admyral, son frère, ont envoyé ung gentilhomme devers ceste Royne, par lequel ilz luy ont escript à luy de s'en aller à la Rochelle, et qu'ilz s'y rendront le plustost qu'ils pourront, affin de pourvoir à l'accomplissement des choses qu'ilz vous ont promises, lesquelles ne se peuvent bien effectuer sans luy et sans aulcuns principaulx d'entre eulx; lesquelz fault que conviennent ensemble pour admonester les aultres, ainsy qu'il a desjà fort expressément admonesté toutz les ministres, qui estoient icy, premier qu'ilz s'en soyent retournez, de n'excéder en rien qui soit, ny pour quelconque occasion que puisse estre, voz permissions, ny transgresser aulcunement voz deffances; et qu'il est besoing aussi que ce soyent eulx qui, pour donner exemple aulx aultres de contribuer à ce qu'ilz vous ont promiz de payer, se cothisent les premiers bien largement: dont dellibéroit, dans six jours, aller prendre congé de ceste Royne pour s'acheminer puys après à Ampthonne, affin d'y attandre la commodité de son passaige, me priant bien fort de fère entendre ceste sienne dellibération à Vostre Majesté avec plusieurs aultres bons propos, qui seroient trop longs à mettre icy.
Je luy ay respondu, Sire, le mieulx que j'ay peu, sellon que j'ay estimé estre de vostre intention, conforme à la notice que j'en pouvois avoir par vostre éedict, car de plus expécialle je n'en avois poinct; mais je luy ay principallement incisté de vouloir dresser son premier retour en France devers Vostre Majesté, affin de monstrer qu'il a plus de confiance en vostre bonté et parolle que aulx rempartz des places, qu'on a demandées pour seureté.
A quoy il m'a répliqué que ce avoit bien esté son premier desir, mais, puysqu'on luy mandoit de se randre ainsy bientost à la Rochelle, affin de donner forme aulx choses qu'il falloit ordonner, à ce commancement, pour satisfère à Vostre Majesté, et qu'avec très grande incommodité il pourroit fère ce grand tour par terre, qu'il estoit contrainct d'y aller par mer; mais qu'aussitost qu'on auroit pourveu à vostre satisfaction, qu'il vous yroit très humblement bayser les mains, et à la Royne, et à Messeigneurs voz frères, sellon qu'il espéroit que Voz Majestez le luy permettroient, me priant cependant de le vous fère ainsy trouver bon, et que ne veuillez jamais penser de luy que comme d'ung vostre très humble et très obéyssant serviteur.
Le deuxiesme jour après, à l'exemple de luy, Mr le vydame de Chartres, estant prest à partyr, m'est aussi venu visiter avec plusieurs bonnes parolles de l'affection et dévotion, qu'il dict avoir à vostre service, et m'a requis de deux choses: c'est de vous vouloir tesmoigner, par mes premières, que ses déportemenz par deçà n'ont esté en rien contre vostre dict service; et l'aultre, de luy bailler ung mien passeport pour se conduyre, luy, sa femme et son trein, jusques à la Fretté, pour, incontinent après, vous aller très humblement bayser les mains. Je luy ay agréé, en la meilleur façon que j'ay peu, sa bonne intention vers Vostre Majesté, mais j'ay faict plusieurs difficultez sur l'une et l'aultre de ses demandes; et qu'encor que je ne voulois pas nyer que je ne l'eusse faict observer, je ne pouvois toutesfoys vous justiffier en aultre sorte ses actions, parce que toutes ne me pouvoient estre bien cogneues, que de vous dire, Sire, que je ne sçavois pas qu'il en heust faict icy de plus mauvaises contre vostre service que d'y estre venu; et, quant au passeport, que ce seroit préjudicier à la liberté de la paix de luy en bailler. A quoy il m'a répliqué que, pour le regard du premier, il se contentoit bien de ce mien tesmoignage, mais du second, il m'en a tant pressé que j'ai esté contrainct de lui bailler mon dict passeport. Et voylà, Sire, tout ce qui a passé entre les dicts sieurs cardinal et vydame, et moy, dont semble bien que les Anglois n'ont prins grand playsir à ces deux visites; car par icelles ils sont contrainctz de fère quelque meilleur jugement de la réunyon de vostre royaulme qu'ilz ne la pensoient; mais je ne suis point allé randre la pareille à l'ung ny à l'aultre en leur logis, parce que je n'en avois nul ordre de Vostre Majesté. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour de septembre 1570.
CXXXVIe DÉPESCHE
--du pénultième jour de septembre 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Campernon._)
Négociation avec les Pays-Bas.--Retard apporté au voyage de la reine d'Espagne.--Résolution d'Élisabeth de procéder à la conclusion du traité avec Marie Stuart.--Mission de Mr de Vérac en Écosse.
AU ROY.
Sire, par le retour du Sr de Sabran je demeure assés esclarcy d'aulcunes choses de vostre intention, lesquelles j'espère que me les ferés plus parfaictement et plus particulièrement entendre, quant le Sr de Vassal me viendra retrouver; et vous diray cependant, Sire, que la Royne d'Angleterre, achevant son progrez de ceste année, arrive aujourduy à Vuyndesor, où elle dellibère fère du séjour, et y attandre le retour des gentishommes, qu'elle a envoyé en France, en Flandres et en Allemaigne, pour, puis après, y assembler son conseil affin de prendre résolution sur les choses qu'ilz raporteront. Les commissaires de Flandres, qui estoient allés visiter les merchandises arrestées ez portz de deçà, dizent qu'ilz y ont trouvé perte et diminution de plus de la moictié; mais, touchant celles qui sont dans Londres, l'on leur a faict acroyre que, si le duc d'Alve veut procéder à ung bon accord de leurs différans, sellon les honnestes offres que la Royne d'Angleterre luy a faictes, qu'on leur en révellera pour plus de cent mil escuz davantaige qu'on ne leur a encores monstrées. A quoy ilz respondent qu'on leur baille premièrement le vray estat d'icelles, affin d'en fère un certain raport au dict duc, et que, puys après, l'on pourra facillement parvenir aulx condicions de l'accord; et veulent, chacun de son costé, gaigner l'advantaige de ce point: dont le différant s'en entretient plus longuement, mais non sans une grande espérance que bientost il s'accommodera: car le duc d'Alve et les principaulx ministres du Roy d'Espaigne, qui sont en Flandres, monstrent n'avoir aulcun plus grand soin que de regaigner l'amytié de la Royne d'Angleterre et de s'esforcer de luy complayre; ce que la dicte Dame, à ce qu'on m'a dict, attribue plus à la paix de vostre royaume que à leur bonne vollonté: et dellibère, de sa part, de suyvre et entretenir cella par les meilleures démonstrations qu'elle pourra, mais non sans qu'elle demeure toutjour en beaucoup de souspeçon et de deffiance, à cause de la retrette de ses subjectz fuytifz, et de la légation d'aulcuns Escossoys devers le dict duc en Flandres. Cependant les dix grandz navires de la dicte Dame demeurent toutjour en la coste de deçà pour honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne, non sans qu'elle se repente assés de les avoir si tost faictz jetter dehors, parce que la despance y va grande, et ne se peult juger si le temps pourra encores servyr, de deux moys, à la dicte Royne d'Espaigne. Néantmoins il est venu nouveau mandement à Londres de tenir encores ung nombre de marinyers prestz, comme pour quatre navyres davantaige: je ne sçay encores à quel effect.
Nous avons tant pressé l'advancement des affères de la Royne d'Escoce que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay ont esté du tout dépeschez, dez mardy dernier, pour aller devers la dicte Dame, et Mr de Roz avec eulx, où j'espère qu'il se prendra quelque bon ordre pour le restablissement d'elle à sa couronne; mais, de tant que, sur les condicions, qu'on luy propose, plusieurs nous donnent divers conseilz, je ne m'advanceray d'y intervenir, au nom de Vostre Majesté, sans vous avoir faict quelque aultre dépesche plus ample et plus expresse là dessus. Bien me confirme l'on, de plus en plus, Sire, que ceste Royne, veult résoluement entendre à conclurre le tretté, et que cependant elle a mandé au comte de Sussex de casser toutes les compaignies extraordinaires, qu'il avoit levées en la frontière du North. L'arrivée du Sr de Veyrac en Escoce met ceulx cy en quelque jalouzie, mais il ne seroit que bon qu'ilz l'eussent encores plus grande, car je crains bien fort qu'ayant Mr Norrys escript icy que Vostre Majesté est résolue de n'envoyer nulles forces par dellà jusques au printemps, que cella leur face prolonger le tretté, soubz espérance qu'il puysse cependant survenir quelque chose à leur commodité et advantaige. Sur ce, etc.
Ce XXIXe jour de septembre 1570.
CXXXVIIe DÉPESCHE
--du Ve jour d'octobre 1570.--
(_Envoyée jusques à Calais par ung qui s'en est allé avec le Sr Frégouse._)
Retour de Walsingham en Angleterre, chargé de faire connaître à la reine la déclaration du roi touchant l'Écosse.--Prochain départ de la reine d'Espagne.--Suspension des affaires politiques à Londres pendant l'absence de Cécil envoyé vers Marie Stuart.--Nouvelles d'Allemagne.
AU ROY.