Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 25

Chapter 253,645 wordsPublic domain

Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pensé de tretter plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mandé par ung sien secrétaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vînt trouver ceulx du conseil à St Aulban, à XL mil de Londres, où j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict préparer ung logis pour le resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrivée qu'on n'ayt changé de toute aultre façon en son endroict, l'envoyant visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les différans; et luy ont envoyé Haquens pour se justiffier de ce qu'on luy avoit rapporté qu'il dressoit une flotte pour aller aux Indes, qui l'a asseuré qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit intention de naviguer en lieu d'où le Roy, son Mestre, peult estre offancé. Ilz ont envoyé Fuyguillem devers le duc d'Alve, et ont dépesché le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec les plus expresses parolles et les meilleures démonstrations d'amytié, dont ilz se sont peu adviser.

Et néantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce, que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce qu'il a faict mencion qu'il estoit dressé contre les ennemys, ilz ont résolu de se présenter en mer, quant la dicte Dame passera, et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la saluer et luy monstrer toutz signes d'amytié; mais s'il n'est prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent, et ne rendent les mesmes signes d'amytié et d'amayner, avec la soumission requise, que, à la moindre mauvaise démonstration qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher par deçà, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung ni l'aultre; et ont donné charge par tout le pays d'user de signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin d'en demeurer les maistres.

Et ont donné charge au susdict jeune Coban, après qu'il aura visité la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur, avec lettres, parolles et offres de grande amytié et de grande intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte des différans des Pays Bas; et aussi, à ce que j'entendz, quelque peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos du mariage avec l'archiduc son frère, bien que nul se peult persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer.

Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste légation des princes protestans, qui ont encores icy leurs ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouvé que entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la négociation, et porte seul la parolle, sans en rien conférer aulx aultres, personnaige si secret et réservé, qu'on ne peult tirer ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a porté une lettre à la dicte Dame, soubsignée de plusieurs princes, sçavoir; des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers des lansgraves, après et succecifvement d'aultres, jusques à douze des principaulx d'Allemaigne; réservé cellui de Vitemberg, qui a accepté, à ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et qu'ilz exortent la dicte Dame d'espérer toutjour bien d'eulx, et de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour l'establissement de leur religion, et pour la seurté des princes, peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre, il a heu quatre foys conférance, à part, avec la dicte Dame, laquelle, à mon adviz, l'entretiendra jusques après avoir heu responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers obliger à nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de tant que les plus grandz frays en auroient à tumber sur sa bourse.

Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce qu'il leur semble qu'elle tend à leur oster l'authorité des armes, et de ne pouvoir fère levées de gens de guerre en Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par prétexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en retourner avant l'yver à Vienne, non sans en avoir premièrement indicté une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys, procédé à la création du roy des Romains, il a néantmoins si bien dressé la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois eclésiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de Colloigne, il espère qu'il le pourra effectuer, en baillant le tiltre de roy de Bohème à ung tiers pour avoir ceste voix davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement de la bulle dorée de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella advenant, l'on procédera aussi à la privation du Pallatin, car l'on a opinion que, celluy là séparé des trois, les aultres deux demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt à présent le Roy d'Espaigne, est de fère créer son nepveu roy des Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer.

DIRA D'ABONDANT, A PART, A LEURS MAJESTEZ:

Que le duc de Norfolc, despuys estre hors de la Tour, m'a envoyé remercyer des bons offices, qu'il a sentys de ma bonne vollonté durant sa pryson, lesquelz luy ont esté d'un singulier espoir et très grande consolation; et s'asseurant que cella est procédé du commandement de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il m'a prié de leur en bayser très humblement les mains de sa part, et de les asseurer qu'après sa Mestresse, il leur demeure très dévot et fidelle serviteur plus qu'à nul prince de la terre, et qu'il leur recommande toutjour la cause de la Royne d'Escoce, pour la restitution de laquelle il veult mettre sa personne, sa vie et son bien.

Il suplie néantmoins Leurs Majestez que l'expécial propos de sa dévotion et affection, vers leur service et vers la Royne d'Escoce, ne passe plus avant que entre Leurs dictes Majestez et Monseigneur, pour le dangier qu'il y a que, s'il estoit sceu de deux endroictz, lesquelz j'ay expéciffiez au Sr de Vassal, il ne luy en advint beaucoup de mal; bien desire qu'en ce que Leurs Majestez vouldront parler en leur conseil des gens de bien et principaulx de ce royaulme, qui desirent la continuation de la paix, et l'entretennement des trettez d'entre la France et l'Angleterre, et la restitution de la Royne d'Escoce, qu'ilz luy facent l'honneur de le nommer toutjour des premiers.

Leurs Majestez ont veu de quelle façon j'ay procédé ez affères de la Royne d'Escoce, et parce qu'il semble adviz à la dicte Dame que je me repose trop sur les parolles de la Royne d'Angleterre, et que par icelles je pourrois interrompre le bon secours qu'elle attend du Roy, elle m'a escript: dont Leurs Majestez, s'il leur playt, orront là dessus le dict Sr de Vassal, et me manderont par luy comme j'en auray à user, et si le Roy trouvera bon que, de sa part, je face instance à la Royne d'Angleterre de restablyr, dans ung moys, la Royne d'Escoce en son estat par la voye du tretté, en s'acommodant entre elles mesmes de leurs différans, ou bien luy bailler son secours pour estre remise; et, à faulte de ce fère, que la dicte Royne d'Angleterre trouve bon que le Roy luy baille le sien, soubz bonne seurté qu'il ne portera aulcun dommaige ny à la Royne d'Angleterre, ny à son royaulme, ny n'usera par mer, ny par terre, vers elle, ny vers les Anglois, sinon comme avec bons amys, allyez et confédérez, pourveu qu'ilz facent de mesmes.

Au regard de l'adviz, qu'on a donné au Roy, de l'entreprinse de Callais, je pense avoir toutjour mandé à Sa Majesté ce qui en a esté ordinairement proposé à ceste Royne et à son conseil, despuys que je suys par deçà, et les choses n'en sont pas passées plus avant. Il est vray que milord Coban, despuys le XVe d'aoust, a faict entendre à la dicte Dame que, si elle veult entretenir quelques compaignies, l'espace de deux ou trois moys, toutes prestes, en la coste de deçà, qu'il a promesse d'aulcuns, qui habitent dans la ville et territoire de Callais, lesquelz ont desjà prins argent de luy, de les mettre d'emblée dedans la dicte ville, et de surprendre Mr de Gordan, et de le luy randre prysonnier entre ses mains. A quoy la dicte Dame a respondu que son advertissement venoit tard, de tant que la paix estoit desjà conclue en France; et qu'il fauldroit rompre toutz les trettez et commancer, à ceste heure, qui est bien hors de sayson, une grosse guerre; en quoy je suplie très humblement Sa Majesté de regarder s'il sera bon que la garnyson du dict Callais soit changée, puisque les choses en sont en cest estat.

Touchant l'intention, que le Roy d'Espaigne a sur les choses de ceste isle, il se descouvre, de plus en plus, qu'il dellibère d'y fère quelquefoys ung essay, quant il en aura le moyen; car il a mandé à son ambassadeur qu'il entretienne les plus vifves qu'il pourra, les bonnes intelligences qu'il a dans le pays, et que, quant bien on le vouldroit renvoyer, qu'il ne bouge en façon du monde de sa charge, jusques à ce que tous les différans de ces prinses soyent vuydez; et, quant au faict de la Royne d'Escoce, que le duc d'Alve a commandement résolu de la secourir, mais ne dict en quelle façon; seulement le dict ambassadeur inciste qu'elle se veuille mettre ez mains du dict duc, et que, sans doubte, il pourvoirra à ses affères et à sa restitution.

La Royne d'Angleterre, vivant en très grand deffiance du Roy d'Espaigne, et en peu de confiance du Roy, a mandé à l'Empereur que, si l'archiduc Charles veult passer en Angleterre, qu'il y sera le très bien venu, et que n'estant demeuré la conclusion de leur mariage que sur le différand de la religion, elle espère que ses peuples luy accorderont l'exercice de la catholique à luy et à sa mayson très vollontiers, en contemplation de ce mariage. Et à quoy que aille ce jeu, car quelques ungs l'extiment plein de tromperie, la dicte Dame commance de publier qu'elle assemblera bientost ung parlement pour cest effect; et, en la dernière audience, elle m'a dict qu'elle n'avoit nul aultre regrect, sinon de n'avoir pensé à sa postérité, et comme je luy respondiz qu'il y avoit encores assés temps: «Je crains, dict elle, que mon temps ayt emporté la vollonté à ceulx qui y eussent vollu prétendre.»

Il y a ung certain personnaige prez de Leurs Majestez et de Monseigneur, qui escript assés souvent au secrétaire Cecille par aultre voye que celle de Mr Norrys, et naguières luy a envoyé deux lettres, lesquelles le Sr Espinolla et Fortivy luy ont baillées, par où il s'esforce merveilleusement de broiller les matières par deçà, et aigrir ceste princesse, et la mettre en grand deffiance du Roy; mais le plus souvant il luy représente des motz et des propos, qu'il dict que Monsieur a tenuz contre elle, tant en sa chambre que en ses repas: et, en toutes sortes, celluy là se monstre si malicieulx que ung Anglois, qui a communication des dictes lettres, lequel n'ayme pas beaucoup la France, mais ne vouldroit pourtant que la guerre se print entre les deux royaumes, m'en a faict toucher assés expressément ung mot, affin que j'advertisse Leurs Majestez, mesmement Monsieur, de fère observer qui peult estre celluy qui faict ung si mauvais office près d'eulx. Il ne se soubscript guières aux lettres, seulement il s'est une foys soubsigné _Emanuel_. Il y a en son cachet ung lyon rampant, et compose assés souvent ses lettres, partie en itallien, partie en françoys, et partie en latin. Il avoit mandé cy devant plusieurs choses, lesquelles, ayant esté trouvées manteuses, on n'y adjouxte grand foy; mais, despuys trois moys, ayant faict entendre à Mr Norrys que Leurs Majestez le feroient appeller pour luy tenir ung tel et ung tel propos, et estant ainsy advenu, il a fort regaigné son crédit.

Il a esté escript une lestre de ceste court en la contrée, dont les chefz m'ont esté raportez: c'est que la paix de France a esté conclue au préjudice et pour aller faire la guerre aulx Pays Bas; que le Roy ne prétend plus espouser la fille de l'Empereur, ains la soeur du Prince de Navarre, et donner Madame, sa soeur, en mariage au dict Prince de Navarre, ayant pour cest effect interrompu le propos du Roy de Portugal, et que Mr de Guyse avoit prétandu d'espouser Ma dicte Dame, soeur du Roy: à quoy Mr le cardinal de Lorrayne luy tenoit la main, dont toutz deux en sont mal veuz à la court.

CXXXIIe DÉPESCHE

--du Xe jour de septembre 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Maladie de l'ambassadeur.--Mission de sir Henri Coban auprès de la reine d'Espagne et du duc d'Albe.--Continuation des armemens en Angleterre.--Troisième invasion du comte de Sussex en Écosse; changement apporté dans ses résolutions par la nouvelle de la paix de France.--Demande d'une réparation pour cette dernière atteinte portée aux traités.

AU ROY.

Sire, despuys mes précédantes, lesquelles sont du cinquiesme du présent, je n'ay point sorty de mon logis à cause d'une grosse fiebvre, qui m'avoit desjà surprins, quant j'allay trouver la Royne d'Angleterre à Vuynck, et ce voyage là me l'augmenta bien fort, parce que je le fiz par ung bien mauvais temps, de sorte qu'il ne m'a esté possible de me ravoyr jusques à ceste heure, que, grâces à Dieu, je commence à me trouver mieulx, et pourray continuer le service de Vostre Majesté comme auparavant; et si, ne l'ay tant intermiz, durant mon mal, que je n'aye toutjour heu soing de m'enquérir comme alloient les affères en ceste cour; d'où l'on m'a raporté, Sire, qu'on y est fort attendant de sçavoir quelle aura esté la négociation du Sr Vualsingan devers Vostre Majesté, ainsy que le sir Henry Coban a desjà mandé, touchant la sienne de Flandres, qu'il a esté bien veu du duc d'Alve, et bien fort gracieusement receu de la Royne d'Espaigne, et qu'elle a monstré tenir grand compte du messaige qu'il luy a faict de la part de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et luy a grandement gratiffié non seulement les bonnes parolles et offres, que la dicte Royne d'Angleterre luy a mandées, mais encores le voyage qu'elle luy a commandé fère devers l'Empereur, son père; dont, pour ceste occasion, elle l'a tant plustost licencié avec faveur et avec ung présent d'une chayne de quatre centz escuz. Il a mandé aussi la belle distribution et consulte, qui a esté faicte, de beaucoup de bienfaictz aulx seigneurs de Flandres, à l'arrivée de la dicte Dame; ce que l'on estime qui confirmera grandement le pays à la dévotion du Roy, son mary, et d'elle.

Ceulx cy cependant se hastent de getter dix grands navyres dehors, et maistre Charles Havart, qui a charge d'y commander, est passé, despuys trois jours, en ceste ville avec les capitaines et gentishommes qui le vont accompaigner. L'on dit que, parce que le duc d'Alve a miz douze navyres en mer pour la conserve de la pescherie, que ceulx cy se veulent trouver en esgalles forces dans ce canal.

Le comte de Betfort est encores au pays d'Ouest, où a semblé, du commancement, qu'il n'eust esté envoyé que pour dresser certayne flotte, de laquelle je vous ay desjà mandé que Haquens se préparoit pour la conduyre aulx Indes; mais s'en estant despuys le dict Haquens venu excuser envers l'ambassadeur d'Espaigne, et l'asseurer qu'il n'a point pensé en la dicte entreprinse, et ne cessant pourtant le dict Betfort de fère toutjour armer et équiper vaysseaulx au dict quartier d'Ouest, je ne puys fère que je ne suplie très humblement Vostre Majesté d'en fère donner adviz aulx gouverneurs de voz portz et places de dessus ceste mer; et je mettray peyne d'en fère aussi advertir en Escoce, car, pour ceste heure, je ne puys descouvrir rien de plus particullier de la dicte entreprinse; seulement, Sire, par un nouvel adviz qu'on m'a donné, je me confirme en l'opinion, que je vous ay desjà mandée, qu'il est expédiant de changer quelque partie de la garnyson de Callays sellon que Mr de Gordan estimera qu'il se debvra fère, en la vertu et vigilance duquel ceulx cy cognoissent bien que conciste grandement la conservation de ceste place.

Le comte de Sussex a escript freschement une lettre au comte de Lestre, en laquelle il s'esforce de fère trouver bon son dernier exploict en Escoce, encores qu'il l'ayt exécuté sans le commandement de ceste Royne ni de ceulx de son conseil, alléguant qu'il a estimé importer beaucoup à l'honneur de la couronne d'Angleterre, et bien fort à sa propre réputation, de ne laysser inpuny ung seul de ceulx qui ont retiré et soubstenu les rebelles de ce royaulme; et qu'à la vérité, il se soucye bien fort peu que la Royne d'Escoce et les siens se trouvent offancez, pourveu qu'il ayt bien servy à la Royne, sa Mestresse; mais qu'il a entendu que la paix est conclue en France, sans que la dicte Royne, sa Mestresse, y soit comprinse, ny sans qu'elle s'y soit entremise si avant qu'on ayt grand occasion de luy en sçavoir grâce; par ainsy qu'il crainct que Vostre Majesté tourne meintennant ses entreprinses aulx choses d'Escoce, et qu'il luy semble que la Royne, sa Mestresse, les doibt accommoder, le plustost qu'il luy sera possible, avec la Royne d'Escoce, et la restituer par ses propres moyens, sans attandre que les estrangiers y mettent la main. Qui est desjà, Sire, bon commancement de veoir réprimé, par l'establissement de la paix et de vos affères, le cueur de cestuy cy, qui monstroit de l'avoir merveilleusement obstiné; et le réprimera aussi, comme j'espère, à plusieurs aultres, qui se débordoient, à cause des troubles de vostre royaulme, en plusieurs audacieuses entreprinses contre vostre grandeur.

Or n'ayant, Sire, pour mon indisposition, peu aller trouver la Royne d'Angleterre, affin de me plaindre du dict comte de Sussex; et estant aussi Mr de Roz conseillé de n'y aller point, toutz deux avons escript à la dicte Dame et aulx seigneurs de son conseil, et, pour mon regard, je leur ay demandé, au nom de Vostre Majesté, que rayson et réparation soit faicte des choses attamptées au préjudice du tretté, et que la dicte Dame me veuille mander quelle satisfaction j'auray à donner à Vostre Majesté de ceste dernière expédition du dict de Sussex, et en quelle intention elle demeure du susdict tretté; dont l'on m'a desjà adverty qu'il me sera faict une bien fort bonne responce, aussitost que le secrétaire Cecille se trouvera ung peu mieulx; lequel, pour quelque indisposition, n'a ozé, il y a plus de six jours, venir en la présence de la Royne, sa Mestresse; et maistre Mildmay a esté envoyé quéryr en dilligence, affin que le dict Cecille et luy, et Mr l'évesque de Roz s'acheminent incontinent devers la Royne d'Escoce. Sur ce, etc. Ce Xe jour de septembre 1570.

Je viens d'estre adverty que le sire Guilhemme Stuart est présantement arrivé d'Escoce, de la part du comte de Lenoz; je croy que c'est pour mettre quelques mauvais partys en avant: nous prendrons garde à sa négociation.

CXXXIIIe DÉPESCHE

--du XVe jour de septembre 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Me Lavaur Féron._)

Sortie en mer d'une partie de la flotte anglaise.--Explications données par Élisabeth sur la récente expédition du comte de Sussex en Écosse.--Nécessité de se montrer prêt en France à porter secours aux Écossais.--Message du cardinal de Chatillon à l'ambassadeur.

AU ROY.

Sire, lundy dernier, XIe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige dehors; et qu'on tiendra le reste de l'armée preste pour ung besoing, si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme, à la vérité, ceulx cy ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx démonstrations du duc d'Alve. Néantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, changé de dellibération touchant les choses d'Espaigne, car ayant proposé, commant que ce fût, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant résolu en ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se layssera conduyre à luy permettre de continuer son office vers elle, si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guières agréable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses directement contre elle et contre l'estat de son pays.