Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 24

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Madame, ce peu de temps qui a passé, despuys la première nouvelle de la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du IIIIe du présent, jusques à la confirmation que j'en ay présentement reçeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donné à dicerner ceulx qui desirent icy véritablement la paix de vostre royaulme, et l'establissement de vos affères, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le perpétuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par divers respectz, monstrent d'en estre très marrys, et de mesmes plusieurs des deux partys s'en réjouyssent conjoinctement; mais ceulx sur toutz, ès quelz gist toute l'espérance de la religion catholique en ce royaulme, en font une très solemnelle resjouyssance, et desirent la conservation de vostre couronne, et croyent et espèrent que d'icelle a de procéder la réunyon de l'esglize et le restablissement de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout le reste de la Chrestienté, par les moyens que Dieu vous inspirera, plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque à vous, plus qu'à eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne de toutz maulx la division.

Les Huguenotz, qui estoient par deçà, commancent de n'y estre plus si bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent désormais vivre sans soupeçon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu à peu retirant, et Clément Joly, ayant réduict tout son équipage à deux bons navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner aulx Indes. Ceulx cy ont desjà miz dehors six de leurs grandz navyres, soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord Chamberlan, lequel commandera en l'armée parce que l'admyral est mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques envyron la St Michel, bien qu'ilz sçavent qu'il est allé desjà recuillyr la Royne, sa Mestresse, à Nimegen. Maistre Henry Coban s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et avecques luy s'en retourne par dellà le mesmes merchant depputé sur le faict des merchandises, nommé Fuiguillem, qui en est naguières revenu; et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'aoust 1570.

CXXXe DÉPESCHE

--du XXVIe jour d'aoust 1570.--

(_Envoyée jusques à la court par La Bresle, chevaulcheur._)

Assurance de l'ambassadeur que l'armement des Anglais n'est pas dirigé contre Calais.--Recommandation qu'il fait de se prémunir néanmoins en France contre toute surprise.--Instance de la reine d'Écosse pour obtenir du roi un secours efficace; sa conviction qu'Élisabeth ne veut pas lui rendre la liberté.--Nouvelles des Pays-Bas.

AU ROY.

Sire, je n'ay trouvé nouveau l'adviz, qu'on vous a donné, de l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mandé quasi aultant à Vostre Majesté par le Sr de Sabran, sur le commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullarisé quant, commant, et en quel lieu, ilz avoient proposé de fère leur descente, mais que bientost après ilz avoient changé de dellibération, parce qu'ilz avoient jugé que ce seroit attacher une grosse guerre, de laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient desjà incliner à la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung mot à quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit à Callais, dont estimèrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur présent armement ne monstre qu'il soit à nul aultre effect que pour tenir la mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr davantaige Vostre Majesté, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny levé les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant, advertys. Néantmoins, Sire, ayant premièrement descouvert qu'ilz ont heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de recouvrer Callais, et les voyant à ceste heure (bien que pour aultres fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres gouverneurs de vostre frontière, de se tenir sur leurs gardes; et ay suplié Vostre Majesté, comme je la suplie encore très humblement, de leur mander de rechef qu'ilz ayent à se monstrer si préparez et pourveuz qu'ilz facent perdre à ceulx cy toute l'ocasion et la vollonté, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre.

La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France, auquel elle a commiz une dépesche pour Vostre Majesté; et croy, Sire, qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa liberté et restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre à ce que la Royne d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir assés d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre, ains de s'opiniastrer, de plus en plus, à sa détention et à luy fère perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du tretté, ilz ont, soubz main, faict créer le comte de Lenoz régent en Escoce, et se préparent à ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque ceulx cy me puissent dorsenavant alléguer, je ne vous veuille plus entretenir en aulcune espérance du dict tretté; ains que je vous suplye très humblement, Sire, d'aller au devant de la malle entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout ruynée, et premier qu'ilz ayent achevé de vous oster une telle allyée, et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majesté porté jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes démonstrations, beaucoup de faveur aulx affères de la dicte Dame, lors mesmes que les vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grâces à Dieu, ilz ne font à ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou ung peu de plus expresses, et les fère sonner au Sr de Valsingan, avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques à ce que y puyssiez, à bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par le Sr de Vassal, le plus particulièrement que je pourray, l'estat de toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu sur le faict de son armement; laquelle je vays présentement trouver.

Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys trompé du jugement, que j'ay faict, qu'il yra jusques à Espire, dont je mettray peine d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de vostre royaulme a esté utille à l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre qu'elle est cause qu'on ne l'a resserré, l'on luy a despuys faict beaucoup de favorables démonstrations. Il est vray qu'on a envoyé surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui estoient là depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par deçà, et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a manifestement viollé la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc.

Ce XXVIe jour d'aoust 1570.

CXXXIe DÉPESCHE

--du Ve jour de septembre 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Audience.--Plainte de l'ambassadeur au nom du roi, qui est averti que l'armement de la flotte d'Angleterre est destiné à une entreprise sur Calais.--Vive protestation de la reine qu'elle n'a jamais eu un pareil projet, et qu'elle n'a d'autre intention que de repousser les attaques, qui pourraient être dirigées contre elle.--Demande d'explications sur les armemens faits en Bretagne.--Débat sur les délais apportés à la conclusion du traité concernant Marie Stuart.--Nouvelle invasion des Anglais en Écosse. _Mémoire._ Discussions des Anglais sur la paix de France.--Leur crainte qu'une ligue générale ait été formée contre eux.--Changement de conduite d'Élisabeth à l'égard de l'ambassadeur d'Espagne.--Dispositions prises pour éviter une attaque de la part du duc d'Albe.--Résolution de faire sortir la flotte pour rendre honneur à la reine d'Espagne, et se tenir prête au besoin à livrer bataille.--Négociations d'Élisabeth en Allemagne.--Nouvelles de la diète.--_Mémoire secret._ Assurance donnée parle duc de Norfolk, depuis sa mise en liberté, qu'il reste dévoué à la reine d'Écosse.--Nécessité d'imposer à la reine d'Angleterre un délai, dans lequel le traité avec Marie Stuart devra être conclu.--Utilité de faire quelque changement dans la garnison de Calais.--Projet d'une entreprise du roi d'Espagne sur l'Angleterre: insistance faite auprès de Marie Stuart pour qu'elle s'abandonne entièrement au duc d'Albe du soin de sa restitution.--Disposition d'Élisabeth à renouer la négociation de son mariage avec l'archiduc Charles.--Avis d'une correspondance entretenue avec l'Angleterre par quelqu'un qui approche le duc d'Anjou.--Nouvelles répandues à Londres sur les projets du roi.

AU ROY.

Sire, estant la Royne d'Angleterre en une mayson esquartée dans les boys, à quarante cinq mil de Londres, qui s'apelle Vuynck, elle m'a mandé dire que, si l'affère dont j'avois à luy parler estoit hasté, je vinsse prendre ma part de l'incommodité du lieu où elle estoit; mais, si ce n'estoit chose pressée, qu'elle me prioyt d'attandre jusques au VIIIe jour ensuyvant, qu'elle se randroit près d'Oxfort, en la mayson de Mr de Norrys, qui seroit plus commode. Et comme elle a entendu que je ne vouloys temporiser, et que j'estois desjà prez du dict Vuynck, elle a envoyé trois gentishommes pour me conduyre, non en la mayson où elle estoit, mais en une fueillée, qui lui estoit préparée pour tirer de l'arbaleste aulx dains dedans les toilles; auquel lieu elle est venue bientost après, grandement accompaignée, où m'ayant, avant descendre du coche, et après en estre descendue, fort favorablement receu, premier qu'elle se soit divertye à la chasse, m'a demandé des nouvelles de Voz Majestez.

Et parce qu'on m'avoit dict que le Sr de Vualsingan, touchant son voyage en France, luy avoit escript qu'il trouvoit le monde par dellà mal contant de la paix, je luy ay bien vollu dire, Sire, que Vostre Majesté estoit venue à Paris en sa court de parlement pour y fère bien recepvoir les articles de la dicte paix, lesquelz y avoient esté acceptez avec ung grand consentz de tout ce sénat, et que de là vous en estiez allé randre grâce à Dieu en la grand esglize de Nostre Dame, et solemniser la feste de la my aoust; et que, le soir, estiez allé prendre le souper en l'hostel de ville, pour mieulx establyr le repoz entre ce grand peuple, lequel a accoustumé de servyr d'exemple aulx autres villes voysines; et que vous estiez après à regarder principallement à deux choses: l'une, de bailler argent aulx reytres et estrangiers, au premier jour de septembre, affin de les chasser eulx, et le trouble et malheur, hors de vostre royaulme; et l'aultre estoit de jouyr heureusement de ceste paix, premièrement avec voz subjectz, et puys avec les princes voz voysins, allyez et confédérez, chose qui estoit bien conforme à ce qu'elle m'avoit prié dernièrement de vous escripre: (que vous vollussiez conserver l'amytié des princes voz voysins, comme je la pouvois bien asseurer que vous la vouliez conserver droicte et entière envers elle, aultant qu'avec nul prince de vostre alliance); mais qu'il y avoit ung aultre ambassadeur, lequel je ne cognoissois point, qui vous avoit advisé, Sire, de penser tout aultrement d'elle en vostre endroict, et qu'elle avoit fermement résolu de vous fère bientost la guerre; dont je remercyois Dieu que la vigillance de celluy là m'eust relevé de la plus notable infamye, où gentilhomme eust peu tomber, d'avoir miz mon Roy, Mon Seigneur, et ses affères en ung manifeste dangier, s'il ne vous eust advisé d'y prendre garde, et de vous bien deffandre du costé, duquel je m'esforçoys de vous persuader que vous seriez le moins assailly; bien que je ne demeurois sans coulpe de m'estre layssé endormyr par ses bonnes parolles, sur ce que m'aviez commandé d'avoir les yeulx plus ouvertz, qui estoit l'observance et l'entretennement des trettez.

Sur quoy la dicte Dame, pleyne d'esbahyssement, m'a demandé qui ce pouvoit estre, et que l'infamye tumberoit plus sur elle que sur moy, et qu'elle espéroit de nous en descharger si bien toutz deux que la honte en demeureroit à celluy qui la nous vouloit fère.

J'ay suyvy à luy dire que je luy en communiquerois, au long et au plain, tout ce que Vostre Majesté m'en escripvoit, affin de procéder ainsy clairement vers elle, comme j'avoys faict jusques icy, et comme je la suplyois de ne me contraindre d'en user aultrement; car, pour ne le sçavoir fère, et pour ne mettre, par ma sotise, voz affères en dangier, j'aymois trop mieulx d'estre révoqué, et qu'elle me renvoyât d'où j'estois venu.

Dont, luy ayant baillé là dessus la lettre de Vostre Majesté, avec l'adviz du VIIIe du passé, elle a leu très curieusement l'ung et l'aultre; et puys, sans avoir guières pensé, m'a dict qu'elle me feroit en cella une responce franche et pleyne de vérité: c'est qu'elle prioyt Vostre Majesté de croyre que l'adviz estoit tout entièrement faulx, et que, en son armement, elle n'avoit aultre entreprise que celle, qu'elle m'avoit faict escripre par ceulx de son conseil, et despuys confirmée de sa propre parolle, qui est celle, Sire, que je vous ay desjà escripte; et que, quant il se trouveroit aultrement, elle vouloit que vous la tinssiez pour descheue du rang de Vostre Majesté, où Dieu l'a constituée Royne légitime et Princesse chrestienne. Il est vray que chose semblable, ou peu différante, luy pouvoit avoir esté offerte, mais non de six mois en ça. A quoy elle vouhe à Dieu qu'elle n'a jamais vollu entendre, et ne le fera, soubz tant de bonnes parolles de paix et d'amytié, comme elle m'a prié vous asseurer de sa part; et qu'elle vouloit bien dire aussi qu'ayant Vostre Majesté procédé en bonne façon vers elle sur les affères de la Royne d'Escoce, qu'elle ne vouldroit que bien user vers vous, et achever droictement le tretté qui est là dessus commancé; mais que si, pour l'ocasion de la dicte Dame, laquelle vous sçavez qu'elle luy tient beaucoup de tort, vous la vouliez ennuyer, (ainsy que le comte de Betfort luy avoit escript despuys deux heures, du pays d'Ouest, que Vostre Majesté avoit douze navyres toutz prestz et garnys de toutes monitions de guerre à St Malo, pour les passer en Escoce, et n'attandoit on plus que les gens de guerre pour les mettre dessus; et que, d'abondant, vous aviez faict arrester en Bretaigne toutz les navyres anglois comme en temps de guerre,) qu'elle s'esforceroit de vous fère tout le pis qu'elle pourroit.

Je répliquay, Sire, que je mettrois peyne de vous fère bien entendre sa responce touchant le faict de Callays; et je la prioys de vous en fère dire aultant par son ambassadeur, affin que peussiez cognoistre que ce que je vous en escriprois procédoit de son intention, ce qu'elle m'accorda; et, quant au reste, je la pouvois asseurer que je ne sçavois rien de l'apareil de St Malo, mais que je mettrois toutjours ma vie pour la seurté de la parolle, que vous luy aviez promise: tant y a que je la suplioys ne trouver mauvais, si, pour n'estre faulx ny desloyal à Vostre Majesté, je vous escripvois, touchant le faict d'Escoce, qu'elle nous remettoit à un tretté, duquel je n'espérois ny fin ny commancement: car elle n'y vouloit procéder jusques à ce que les depputez des seigneurs d'Escoce seroient arrivez, et le comte de Sussex empeschoit qu'ilz ne se peussent assembler pour en eslire quelques ungs; et que la création de ce régent, lequel avoit tout incontinent faict pendre trente trois bons serviteurs de la Royne d'Escoce, et les aultres rolles qui se jouoyent entre le dict comte de Sussex et les ennemys de la dicte Dame par dellà, me faisoient veoir qu'on ne tendoit à rien moins que à la paciffication.

A cella la dicte Dame m'a respondu qu'il n'y avoit nul tort de sa part ny des siens, et qu'elle est toute résolue de procéder au dict tretté, et n'attand sinon une responce de la Royne d'Escoce, laquelle l'évesque de Roz luy doibt porter dans deux jours, pour, incontinent après, envoyer deux de son conseil devers elle affin de tretter ouvertement de tout ce qu'elles ont à démesler ensemble; et que j'asseure Vostre Majesté que, s'il y a nul des siens qui veuille traverser le dict tretté, qu'elle l'en fera amèrement repentyr. Et m'ayant la dicte Dame tenu plusieurs aultres fort gracieulx propos, tant du présent des haquenées qu'elle vous veult fère, que de ce qu'elle a envoyé saluer la Royne d'Espaigne et l'Empereur, estant venue l'heure de la chasse, elle print l'arbaleste, et tua six daims, dont me fit faveur de m'en donner bonne part; et au prendre congé, me pria très instantment de vous donner toute satisfaction d'elle sur le faict du dict Callais, et luy procurer pareille satisfaction de Vostre Majesté sur ce qu'on luy a dict de St Malo. Sur ce, etc. Ce Ve jour de septembre 1570.

Sur la closture de la présente, est venu adviz comme le comte de Sussex est rentré en Escoce, ainsy que luy mesmes l'a escript. Nous sommes après, icy, d'en demander réparation, et Vostre Majesté y pourvoirra, s'il luy playt, par dellà.

OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, le dict Sr de Vassal dira, de ma part, à Leurs Majestez:

Qu'on juge icy diversement de la paix de France, car les ungs disent que le Roy l'a faicte ainsy que monsieur l'Admyral l'a vollue, luy laissant, après l'avoir veincu, plus d'exercice de sa religion qu'il n'avoit auparavant, et toulz les estatz et villes qu'il a demandé: les aultres, au contraire, disent que le dict sieur Admyral s'est layssé aller aulx promesses du Roy, et qu'il s'est condescendu aulx plus honteuses et dommaigeables condicions de paix qu'il se pouvoit fère, ayant layssé perdre les principalles esglizes, que ceulx de sa religion eussent ez bonnes villes du royaulme, pour se contanter de quelques meschantz faulxbourgs; et d'avoir soubmiz, de rechef, eulx et leurs biens aulx parlemens, lesquelz leur sont capitalz ennemys; et d'avoir accordé au Roy le quint de leur revenu pour payer les reytres, dont beaucoup de Catholiques et de Protestans estrangiers, et mesmement ceulx, qui n'ayment ny la grandeur ny l'establissement du Roy, arguent par là qu'il y doibt avoir quelque secrecte convention contre les estatz voysins; et descouvrent qu'en leur cueur ilz sont marrys de la paix de France, et qu'ilz la craignent.

Mais d'aultres plus modérez, qui en désirent la conservation, jugent tout librement que nul moyen plus heureux, ny plus prudent, ny plus conjoinct d'honneur avec proffict, se pouvoit trouver au monde, que cestuy cy de la paciffication; par laquelle le Roy a regaigné l'obéyssance de ses subjectz, et eulx la bonne grâce sienne, et toutz ensemble chassé le trouble et le malheur hors du royaume.

Et, à ce propos, la Royne d'Angleterre m'a dict que quelquefoys ung prince pouvoit bien avoir fort bon droict sur un estat, qui pourtant ne le jouyssoit pas, et que, hormiz le titre, il estoit toutjour en peyne ou d'en conquerre ou d'en deffandre tout le reste; et par ainsy que le Roy a conquiz, par ceste paix, le plus beau royaulme de tout le monde; lequel auparavant il ne possédoit pas, et dont nul aultre que le sien n'eust peu si longtemps suporter les maulx de la division, sinon avec la mutation ou avec la ruyne entière de l'estat, dont elle le conseille de ne le mettre plus en hazard.

Néantmoins monstrans aulcuns des principaulx du conseil de la dicte Dame qu'ilz craignent meintennant la dicte paix, ilz donnent à cognoistre qu'ilz ne la desiroient pas; et mesmes ung, qui sçayt assés de leurs secretz, a raporté qu'ilz ont dict que, si leur entreprinse de Picardie n'eust point esté descouverte, et que je n'en eusse rien senty, ou bien que monsieur l'Admyral eust peu conduyre son armée vers la frontière du dict pays de Picardye ou Normandie, ilz luy eussent bien donné moyen d'évitter l'honteuse paix qu'il a faicte.

Et despuys la conclusion d'icelle, ceulx de ce pays n'usent de si familière conversation avec les Françoys de leur mesmes religion, comme ilz faisoient auparavant, et ne leur layssent nulz marinyers anglois dans leurs vaysseaulx, bien qu'ilz n'en ayent quasi point d'aultres; et seulement vers Mr le cardinal de Chastillon ilz monstrent luy porter encores quelque honneur et respect, pour l'obliger davantaige à estre ministre de conserver la paix entre ces deux royaulmes.

Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui ont esté naguières tenuz près du Roy, au préjudice de ce royaulme; et de la rescente mémoire de la bulle, avec la division qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le duc d'Alve a escripte à Monsieur, frère du Roy, pour l'inciter, à ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fère mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont en Hembourg, pour la réparation des prinses, que les Anglois ont faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et divers pensements, néantmoins ilz n'en ont esté guières esmeuz jusques à la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle estoit conclue à l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu rien plus hasté que de consulter et dellibérer, tout incontinent, comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent leur advenir; en quoy ilz ont pensé qu'ilz le pourroient divertyr par gracieuses négociations et bonnes parolles, bien que possible esloignées de ce qu'ilz ont en intention.

Et ont commancé de dépescher premier devers le Roy le Sr de Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner bonne espérance des affères de la Royne d'Escoce, avec le surplus de sa commission, sellon que je l'ay mandé, en la sorte que je l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble formidable parce qu'ilz n'ont esté appellez à la fère, et que les principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame, s'opinyastrent, de plus en plus, à la détention de la Royne d'Escoce, et à interrompre le tretté encommancé, pour fère de rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement qu'on a donné à Mr de Leviston en la frontière, pour créer cependant le comte de Lenoz régent, et la forme de procéder du comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expédiant que je tire de la dicte Royne d'Angleterre une résolue responce sur le dict affère.