Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 22
Sire, s'estant la Royne d'Angleterre aperceue que le mal de son pied empyroit par le travail de son progrez, encore qu'elle n'allât qu'en coche, elle s'est arrestée à Cheyneys, qui est celle mayson du comte de Betfort, où je vous ay mandé, par mes dernières, qu'elle debvoit demeurer tout le XXVe et XXVIe de ce moys; mais elle y a séjourné davantaige, et n'en bougera encores de quelques jours. Ceulx de son conseil se sont assemblez au dict lieu pour prendre quelque bon ordre sur aulcunes choses qu'ilz ont veu estre aultres, ou bien avoir aultre événement, qu'ilz ne pensoient; premièrement, sur la détention du duc de Norfolc, par laquelle, au lieu d'en avoir assoupy et retardé les troubles de ce royaulme, ilz cognoissent meintennant que c'est par là qu'ilz les ont advancez et faict naistre, car auparavant il n'y en avoit point; et sur la guerre d'Irlande, laquelle ilz cuydoient desjà achevée, ilz ont nouvelles que, despuys naguyères, l'on s'y est bien battu, et que ceulx du party de la Royne, leur Mestresse, ont heu du pyre, et que mesmes les saulvaiges monstrent de vouloir passer oultre, et qu'ilz attandent du secours d'ailleurs; aussi sur le faict de la Royne d'Escoce, duquel, parce que Vostre Majesté le porte et le favorise, ilz voyent que toutz leurs affères d'Escoce en succèdent si mal qu'ilz sont bien en peyne commant le remédier; pareillement sur leurs différans des Pays Bas, lesquelz viennent meintennant à leur estre de tant plus suspectz, que, par le pardon général publié en Envers par le duc d'Alve, à vestemens blancz[11], le XVIe de ce moys, où l'on leur faict acroyre que le prince d'Orange est comprins, et qu'on a randu ses biens à ses enfans; et aussi par l'accord des Mores en Espaigne[12], ilz estiment que les affères du Roy d'Espaigne demeurent si establys en ses pays qu'il n'a rien plus à fère meintennant que se rescentyr de l'injure, qu'ilz luy ont faicte et à ses subjectz, ainsy que le duc d'Alve semble d'en avoir l'apareil tout prest; et encores sur la paix de vostre royaulme, laquelle, de tant qu'ilz la tiennent desjà comme conclue, sans qu'ilz s'en soyent meslez, ilz craignent que Vostre Majesté se veuille de mesmes conduyre meintennant en icelle vers eulx, comme ilz se sont assés mal déportez vers vous durant la guerre; mais principallement sur la division et mal contantement de leurs propres subjectz, d'où ilz prévoyent que, s'il n'y est, devant toutes aultres choses, pourveu, ce sera de là que leur viendront les plus dangereuses guerres et les plus grandes difficultez dont, de tant que la Royne leur Mestresse s'oppose toutjour bien fort aulx moyens, qu'on luy met en avant, qui tendent ou à la guerre ou à la despence; après avoir bien longuement débattu toutes ces matières, ilz luy ont enfin conseillé que, d'ung costé, elle veuille mettre le duc de Norfolc hors de pryson, et que, par sa liberté et par l'ayde qu'il luy pourra fère, elle se tirera ayséement hors des plus apparans dangiers; et dresser, de l'aultre, tout promptement une bonne armée de mer, qui serviroit de remédier à tout le reste, sans regarder de si près à la despence, qu'elle y pourra fère, qu'elle ne regarde encores plus à la conservation de son estat et à l'honneur et grandeur de sa couronne.
[11] Le duc d'Albe déploya, pour la publication de cette amnistie, une pompe extraordinaire. Ces mots _vêtements blancs_ se rapportent probablement à quelque particularité des costumes employés dans cette cérémonie.
[12] Voir la note ci-dessus, p. 183.
Sur laquelle leur résolution s'estant la dicte Dame assés collérée contre ceulx, qui l'avoient faicte estre jusques icy trop rigoureuse contre le dict duc, leur a respondu qu'elle estoit contante de prendre bientost ung bon expédiant avecques luy, qui ne viendroit toutesfoys ny d'aulcun d'eulx, ny de toutz ensemble, et dont il n'en auroit à remercyer que elle seule; et quant à dresser une armée, qu'elle ne se vouloit opposer à leur conseil, mais seulement les prier qu'ilz advisassent de n'entreprendre rien qui ne fût bien nécessaire, et qui ne la mist en plus de peyne qu'elle n'est. Dont, tout sur l'heure, les commissions ont esté dépeschées, telles que j'ay cy devant mandées à Vostre Majesté: de dresser une armée royalle de toutz les grandz navyres de la dicte Dame et de bon nombre d'aultres vaisseaulx particulliers, et de lever quatre mil maryniers, et tenir prestz huict mil hommes de pied et deux mil chevaulx; dont, quant aulx navyres et hommes pour mettre dessus, qui sont maryniers et soldatz tout ensemble, cella s'exécute en toute dilligence; et, dans le Xe du prochain, j'entendz qu'il sortyra en mer sept grandz navyres des premiers prestz, les meilleurs à la voyle, avec douze centz hommes dessus, et les aultres suyvront après, à la mesure qu'on les aura fornys d'hommes et de vivres; car, ilz ont desjà tout leur aultre apareil et fornyment. Mais, quant aulx huict mil hommes de pied et deux mil chevaulx, l'on ne se haste encores de les fère marcher.
Or, en ce mesmes conseil, a esté advisé de renvoyer devers le duc d'Alve maistre Fyguillem, bourgeois de ceste ville, l'ung des commissaires des prinses, par prétexte de luy aporter une honneste responce sur l'accord de leur différandz, comme ceste Royne le prye d'y vouloir entendre en quelque bonne sorte, et qu'elle est contante de reffère le nombre des merchandises et tout ce qui en est dépéry et descheu, despuys le premier inventoire qui en fut faict; ce que n'estant encores aprochant de la satisfaction, parce que le dict inventoire ne contient guières bien le tiers des dictes merchandises, ny que celle moindre partie des deniers qui estoit ez quaysses merquées pour le Roy d'Espaigne, j'ay bien pensé qu'il n'y alloit que pour descouvrir l'intention du dict duc, et à quoy tandoit son armement, et quelles pratiques menoient les Anglois catholiques, qui ont naguières passé d'Escoce et d'icy devers luy. Tant y a, Sire, que, nonobstant cest argument, lequel m'a bien faict juger qu'en leur faict y avoit plus de peur que d'entreprinse, voyant néantmoins que leur appareil estoit tel qu'il le falloit avoir suspect, mesmes que nul ne me sçavoit asseurer au vray de l'occasion d'icelluy, et qu'ilz ne cessoient de tretter toutjour d'accord avec le duc d'Alve, j'ay pensé qu'il estoit expédiant de les fère parler; dont ay suplié la dicte Dame et iceulx seigneurs de son conseil que, de tant que j'avois à vous donner adviz de leur armement, il leur pleust m'advertyr comme ilz desiroient que je le vous escripvisse, affin d'évitter que, pour la jalouzie que vous en pourriez avoir, vous ne leur en fissiez prendre une aultre en vous armant de vostre costé.
A quoy ilz m'ont respondu que je sçavois bien que le duc d'Alve faisoit une bien fort grande armée de mer, et encor qu'il leur eust notiffié par l'ambassadeur de son Maistre, qui est icy, et encores faict dire à Mr Norrys par celluy qui est en France, que c'estoit seulement pour conduyre la Royne d'Espaigne et non pour occasion quelconque, d'où ilz deussent prendre tant soit peu de deffiance de luy, que néantmoins la dicte Dame luy avoit bien vollu dépescher ung messaigier pour l'advertyr qu'elle estoit dellibérée de mettre aussi ses navyres en mer, avec sept ou huict mil hommes dessus, pour accompaigner la dicte Royne d'Espaigne, sa bonne soeur, tout le long de la mer de son royaulme, avec commandement à son admyral, lequel yroit luy mesmes en l'armée, de la recepvoir, honnorer et bien tretter en toutz ses portz et hâvres, où luy viendrait à playsir de descendre et prendre terre: dont me prioient d'asseurer Vostre Majesté que, sur leur vie et honneur, il n'y avoit aultre chose; et que le dict sieur Admyral ne bougeroit que la responce du dict duc ne fût arrivée. Bien me vouloient dire que aulcuns de leurs rebelles trettoient en secrect et ouvertement avecques le dict duc, et que les Escossoys se vantoient aussi qu'ilz auroient bientost ung secours de Flandres; dont se vouloient trouver prestz à tout besoing.
Voylà, Sire, ce qu'ilz m'ont dict, et en quelle façon ils se sont descouvertz de la légation du susdict Figuillem, qu'ilz avoient toutjour tenue fort secrecte; et comme, soubz démonstrations honnestes, ilz se pourvoyent contre les malles intentions les ungs des aultres. Je observeray le progrez de leurs actions, du plus près que je pourray, pour vous en donner toutjour les plus seurs adviz qu'il me sera possible; et sur ce, etc. Ce XXXe jour de juillet 1570.
CXXVe DÉPESCHE
--du VIe jour d'aoust 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Poigny._)
Visite de Mr de Poigny à la reine d'Écosse.--Audience de congé lui est donnée par la reine d'Angleterre.--Heureux effet de son voyage.--Meilleur traitement fait à Marie Stuart et au duc de Norfolk, à qui il est permis de sortir de la Tour pour être gardé chez lui.--Remontrances de l'ambassadeur à Élisabeth sur les nouvelles entreprises faites contre l'Écosse.--Excuses données par la reine.--Résolution prise de signifier le traité aux deux partis en Écosse.--Continuation des armemens maritimes en Angleterre.--Déclaration du duc d'Albe à Me Fuyguillem envoyé vers lui par Élisabeth.--Arrivée à Londres d'un député de la Rochelle.
AU ROY.
Sire, après que Mr de Poigny a heu satisfaict à la visite, que Vostre Majesté luy avoit commandé vers la Royne d'Escoce, par l'espace de quatre jours, qu'il luy a esté permiz d'estre auprès d'elle, avec ung infiny contantement et très grande satisfaction de la dicte Dame, il s'en est retourné par deçà; et estant icy, nous avons ensemble considéré que, puisqu'il estoit contrainct de se déporter du surplus de son voyage en Escoce, parce que la Royne d'Angleterre ne le trouvoit bon, et que les commissaires escossoys n'estoient point arrivez, qu'il estoit expédiant qu'il ne temporisât plus en ce lieu; dont sommes allez, le IIIIe du présent, trouver la dicte Dame à Cheyneys, où elle est encores. A laquelle le dict Sr de Poigny a faict entendre, bien à propos, les choses qu'il avoit veues et aprinses de l'estat de la Royne d'Escoce, et de sa santé, et aussi de son estroicte garde, et d'aulcunes aultres particullaritez de ses affères, luy incistant bien fort de luy vouloir ottroyer ung peu plus de liberté qu'elle n'a; et luy ayant au reste ramentu de rechef les principaulx poinctz de sa charge, avec offre de passer encor en Escoce, s'il estoit besoing, pour disposer ces seigneurs de dellà à la continuation du tretté, la dicte Dame luy a faict plusieurs diverses responces ès quelles, sans luy reffuzer ny accorder aussi tout ce qu'il demandoit, sinon touchant aller en Escoce, qu'elle luy a bien ouvertement dényé, elle a monstré, au reste, qu'elle vouloit beaucoup defférer à Vostre Majesté; et, après qu'avec de bien honnestes répliques, il a heu tiré d'aultres secondes et meilleures responces de la dicte Dame, il a prins congé d'elle. Dont, de tant, Sire, que Vostre Majesté entendra mieulx au long et par ordre de luy, que ne feroit par ma lettre, tout ce qui s'est passé en son audience, et ce qu'il y a proposé, ensemble ce qu'il y a obtenu, et ce que la dicte Dame l'a prié de vous dire, je me déporteray de vous en toucher icy plus avant, si n'est pour vous dire, Sire, qu'encor qu'il ne vous raporte résolution de toutes choses, son voyage ne laisse pourtant d'estre et bien utille, et heureux, puisque par icelluy est advenu que ceste Royne a commancé de se modérer tant envers la Royne d'Escoce qu'elle l'a layssée visiter de vostre part et luy a eslargy ung peu sa liberté; et qu'en mesmes temps le duc de Norfolc, qui estoit en pryson, a esté remiz en sa mayson, bien que ce soit encores soubz quelque garde; qui sont tout présaiges de quelques bon succez ez aultres affères de la dicte Dame.
Or de ma part, Sire, ayant heu à remercyer la dicte Dame de la déclaration qu'elle m'avoit mandé fère, que son armement n'estoit aulcunement dressé ny contre Vostre Majesté, ny contre vostre royaulme, et de ce qu'elle avoit monstré se resjouyr infinyement de la nouvelle, que je luy avois faict entendre, qu'on tenoit en France la paix pour faicte; et que sur le dict armement elle m'a heu confirmé le mesmes, adjouxtant que c'estoit le duc d'Alve et non Vostre Majesté qui avoit à se doubter d'icelluy, et qu'avec plusieurs parolles, et par tout aultre semblant, elle a exprimé ung très grand désir à la dicte paix, et luy tarder beaucoup que je la luy puysse bien asseurer de vostre part, j'ay tiré le propos à luy parler des choses que nous avions entendu d'Escoce: comme pour empescher l'effect de l'accord, qui estoit tant bien commancé, l'on avoit trouvé moyen de retarder Mr de Leviston (qui l'alloit notiffier aulx seigneurs d'Escoce) vingt deux jours en la frontière de deçà, et despuys, estant passé en celle de dellà, les adversaires de la Royne d'Escoce ne permettoient qu'il passât oultre pour acomplyr sa légation; que cependant le comte de Sussex avoit envoyé solliciter ceulx du party de la Royne d'Escoce de poser les armes, d'abandonner les rebelles angloys, de ne recepvoir les estrangiers, et de casser les proclamations, qu'ilz avoient faicte de l'authorité de leur Royne, pour remettre le faict du gouvernement du pays en tel estat que le comte de Mora l'avoit layssé; et que, pendant que la dicte Dame se prenoit bien asprement à la Royne d'Escoce de ce que ses fuytifz trouvoient faveur et retrette en son pays, c'estoient les mauvais subjectz de la Royne d'Escoce qui avoient relevé une forme d'authorité, en tiltre de régent, contre et au préjudice d'icelle en son royaulme, soubz l'adveu et protection des lettres de la dicte Royne d'Angleterre, qui avoient esté leues publiquement en l'assemblée, y assistant maistre Randolf et son agent par dellà; et que le comte de Lenoz, à présent créé régent, se vantoit qu'il auroit tout secours d'elle pour estre meintenu en ceste sienne nouvelle authorité, et que mesmes le comte de Sussex, en sa faveur, rentreroit de rechef avecques forces en Escoce, et que l'armée de mer de la dicte Dame seroit bientost devant Dombertran pour l'assiéger; dont, de tant que, sur ce que je vous avois escript et asseuré du contraire, vous aviez contremandé voz forces, qui estoient toutes prestes en Bretaigne, et vous estiez venu de toutz ces différantz à ung tretté d'accord, duquel ne voyez à présent sortyr nul effect, je ne pouvois, pour ma justification envers Vostre Majesté, que recourir à la promesse, qu'elle m'avoit faict fère là dessus par les seigneurs de son conseil, laquelle elle m'avoit despuys confirmée en parolle de Royne et de Princesse chrestienne, pleyne de foy et de vérité; et, suyvant icelle, la suplyer de vouloir demeurer aulx bons termes du dict tretté et icelluy paraschever, ou bien me dire quelle satisfaction elle pensoit que j'en debvois donner à Vostre Majesté.
La dicte Dame, se voyant fort pressée de ce propos, et voyant que j'estois adverty de toutes les pratiques qui se menoient en Escoce, s'est efforcée de leur donner le meilleur lustre qu'elle a peu, alléguant que ceulx du party de la Royne d'Escoce, pour avoir de rechef rentré en la frontière d'Angleterre, et avoir dressé avec milor Dacres une bien dangereuse entreprinse sur icelle, si le comte de Sussex ne l'eust descouverte, et pour avoir, en proclamant l'authorité de la Royne d'Escoce, déclairé ceulx de l'aultre party rebelles, avoient commancé les premiers de donner occasion à elle de se départyr du dict traicté, dont estoit délibérée de ne souffrir plus leurs attemptatz et de remédier à leurs mauvaises entreprinses.
Je luy ay répliqué que Vostre Majesté ny la Royne d'Escoce n'aviez rien innové de vostre part, et qu'on ne pouvoit prétendre que ceulx du party de la Royne d'Escoce eussent aussi peu violler le tretté jusques à ce qu'il leur auroit esté légitimement notiffié; par ainsy, que je incistois toutjour à l'entretennement et continuation d'icelluy.
Enfin la dicte Dame, laquelle faict grand fondement de sa parolle jusques à me dire que si je la trouve jamais manquer d'icelle, je la veuille estimer indigne que je face jamais plus nul office de vostre ambassadeur vers elle, et les seigneurs de son conseil, ausquelz j'ay aussi faict la mesme remonstrance, m'ont accordé qu'il sera donné moyen à Mr de Leviston, ou bien à quelque aultre, qui sera présentement dépesché d'icy, de pouvoir aller seurement jusques vers le duc de Chastellerault, et vers les aultres seigneurs du party de la Royne d'Escoce, pour leur signiffier l'accord encommancé, et les sommer d'envoyer des depputez pour le continuer et parfaire.
Cependant, Sire, la dicte Dame continue toutjour son armement en fort grand dilligence, et n'en remect rien pour chose que le duc d'Alve luy ayt respondu, lequel aussi, à ce que j'entendz, a parlé ung peu bien ferme à maistre Fuyguillem, depputé de la dicte Dame, lequel est revenu despuys trois jours: c'est qu'il luy a dict qu'il préparoit son armée de mer pour conduyre seurement la Royne, sa Mestresse, en Espagne, et que rien n'en estoit dressé contre les amys et confédérez de son Maistre, mais bien pour se deffandre et se venger des injures de ses ennemys; et quant à la pleincte qu'il faysoit que l'ambassadeur d'Espaigne, icy résidant, avoit donné des saufconduictz aulz rebelles d'Angleterre pour passer en Flandres; que le Roy, son Maistre, le chastieroit s'il avait mal faict, mais que, pour un rebelle anglois qu'il y avoit en Flandres, il y en avoit cinq centz flamans en Angleterre: au regard de se contanter de l'accord des merchandises sellon l'inventoire qui en avoit esté faict, qu'il vouloit de sa part rendre aulx Anglois tout entièrement ce qu'il leur avoit faict saysir et arrester, et qu'ainsy entendoit il qu'il fût de mesmes satisfaict aulx subjectz de son Maistre. Bien m'a l'on dict qu'il a usé à part d'aultres parolles gracieuses au dict Fuyguillem, qui les mect en plus grande espérance d'accord que jamais.
Il est arrivé, despuys lundy dernier, ung des superintendans des finances de la Rochelle, nommé le présidant des comptes de Bretaigne, lequel on dict estre principallement venu pour trois choses; l'une, pour adviser le moyen de desdommaiger la Royne d'Angleterre et les siens des trèze ourques de merchandises d'Espaigne, qui furent, dès le commencement, menées des portz de ce royaulme à la Rochelle, et fère pour cella, ou pour recouvrer nouveaulx deniers, pour du sel et du vin, quelque nouveau contract entre eulx; la seconde, pour consulter avec Mr le cardinal de Chatillon des articles de la paix, et les notiffier, de la part de la Royne de Navarre, à ceste Royne; la tierce, pour aporter à la dicte Dame quelques adviz et pacquetz qui la concernent, lesquelz ilz ont surprins quelque part. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1570.
CXXVIe DÉPESCHE
--du XIe jour d'aoust 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Forces de l'armée navale que l'Angleterre vient de mettre en mer.--Crainte qu'Élisabeth, rassurée contre toute attaque de la part du duc d'Albe, n'emploie cet armement à une entreprise sur l'Écosse.--État des négociations au sujet de l'Écosse et de Marie Stuart.--Conclusion de la paix en France.--Nouvelles de la Rochelle et d'Allemagne.--Exécution de Felton à Londres; continuation des exécutions dans le Norfolk.
AU ROY.
Sire, sellon la bonne communication que j'ay faicte à Mr de Poigny, pendant qu'avons esté ensemble, de toutes choses de deçà, dont j'ay peu avoir quelque notice, j'espère qu'il aura donné bon compte à Vostre Majesté non seulement de celles là qui s'y mènent ouvertement, mais aussi d'aulcunes qui se présument, lesquelles ne sont encores qu'en discours; et pareillement de l'estat où sont demeurées celles de la Royne d'Escoce, de façon que je n'auray à toucher icy, sinon de ce qui a succédé despuys son partement; qui est, Sire, que la Royne d'Angleterre a faict donner une si grand presse à son armée de mer qu'on l'a rendue toute preste à sortyr, dans le XXe du présent, en nombre de XXIX de ses grandz navires, bien artillez et bien garnys de toutes monitions de guerre, et avitaillez pour trois mois, avec cinq mil cinq centz hommes dessus et son admyral en personne pour y commander, oultre ung nombre d'aultres vaysseaulx, que le comte de Betfort faict équiper en guerre au pays d'Ouest, qui doibvent sortir, soubz la conduicte de Haquens, et trèze navyres des Françoys et des Flamans, de la nouvelle religion, qui sont attendans en l'isle d'Ouyc. Quelcung est revenu de la mer sur un batteau légier, qui raporte avoir veu, sur la coste de Flandres, envyron cinquante quatre voyles desjà hors des portz, ce qui faict davantaige haster ceulx cy en leur entreprinse; et les seigneurs de ce conseil ont envoyé signiffier, par deux aldremans de Londres, à Mr l'ambassadeur d'Espaigne qu'il les veuille venir trouver, à St Auban, à XX mil d'icy, affin de conférer ensemble; mais ne saichant comme ilz vouldroient user vers luy, il est en doubte s'il yra.