Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 21

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J'entendz que les nouvelles d'Allemaigne sont que l'Empereur n'advance guières rien en la diette, et que les seulz ecclésiastiques le sont venuz trouver; qu'il semble que les princes protestans, pour empescher qu'il ne puisse fère créer son filz roi des Romains, se veulent servyr d'une ancienne observance de l'Empire, que jamais la dignité d'Empereur n'a passé successivement que jusques à cinq d'une mesme famille, et qu'il est à présent le cinquiesme Empereur de la maison d'Autriche, à quoy les princes éclésiastiques ne monstrent guières contradire pour ne laysser aller cest estat héréditayre; que le comte Pallatin est aproché une lieue près d'Espire accompaigné seulement de quatre centz chevaulx, offrant de se trouver à l'assemblée, si les aultres ellecteurs y viennent; que le reste de la trouppe de Heldelberc est entièrement séparée, parce que l'Empereur a faict entendre au dict Pallatin et au duc Auguste que, s'ilz se tenoient ainsy accompaignez, qu'il manderoit aulx aultres princes de l'Empire de s'accompaigner de mesmes, en le venant trouver; qu'il semble que le secours, pour ceulx de la nouvelle religion en France, est de quelques jours retardé pour attandre que produira ceste diette, et aussi pour l'espérance, qu'on a, que la paix se doibve conclurre; que le susdict comte Pallatin a exorté ceste Royne et les siens, et pareillement le cardinal de Chastillon, de procurer la dicte paix; qu'il a esté reffuzé au duc de Bronsouyc de fère une levée aulx terres de l'évesque de Munster, et que vers le dict Munster se sussitent les mesmes sectes qu'on y a d'aultres foys veues; que les deniers pour ceulx de la nouvelle religion en Hembourg seront prestz à fornyr dans la fin de ce moys; qu'il y a quelque apparance que le voyage de la Royne d'Espaigne sera retardé, et qu'elle ne passera point par Flandres, ains yra prendre ung aultre chemin, et que, à cause de cella, l'on estime que le duc d'Alve commancera de réduyre bientost son armement à ung moindre équipage, qui ne soit que pour combattre seulement les vaysseaulx du prince d'Orange, lesquelz, en la prinse qu'ilz ont faicte de deux grandz navyres de conserve, qui alloient conduire une flotte vers Espaigne, et d'ung vaysseau de la dicte flotte, ilz ont jetté en mer toutz les Espaignolz, qui estoient dessus; et despuys le Sr de Galeace Fregose qui est icy, et ung aultre gentilhomme, qui se dict escuyer du prince d'Orange, ont esté faictz cappitaines des dicts deux grandz navyres de conserve, lesquelz ilz rabillent en dilligence pour s'aller incontinent joindre aulx aultres. Sur ce, etc. Ce XXVe jour de juillet 1570.

INSTRUCTION DES CHOSES qu'il fault fère entendre à Leurs Majestez, oultre le contenu des lettres:

Qu'il semble que, par l'examen des gentishommes qui ont esté prins en Norfolc, l'on a descouvert que l'assemblée, qu'ilz prétandoient de fère le jour de St Jehan au dict pays, n'estoit pour chasser les estrangiers, ainsy qu'ilz le donnoient à entendre, ains pour commancer une généralle ellévation en ce royaulme, tendans à trois fins: l'une, de changer l'estat du gouvernement; l'aultre, de recouvrer l'exercice de la religion catholique; et la tierce, de tirer le duc de Norfolc hors de prison: sur lesquelz trois poinctz se trouve qu'ilz avoient desjà minuté une proclamation pour l'envoyer publier partout.

Et cella, avec la bulle qui est formelle contre ceste Royne, et avec ung escript qui a despuys couru, encores plus formel, contre aulcuns de ses conseillers, (et nomméement contre Quiper, Cecille, le chancellier du domayne et le chancellier des comptes, et dont la conclusion d'icelluy est que la communauté du royaulme, quoyque coste, veult avoir la religion catholique), met ceulx cy en une indubitable opinion qu'il y a une grande conjuration desjà dressée dans le pays;

Et qu'elle est fomentée par le Roy et le Roy d'Espaigne, sans le consentement desquelz le Pape, comme ilz disent, n'eust jamais osé expédier une bulle si rigoureuse comme il a faict; joinct que l'armement qu'ilz entendoient se préparer en Bretaigne pour colleur de secourir les Escouçoys, et l'apareil du duc d'Alve, trop plus grand qu'il ne sembloit estre requis pour le passaige de la Royne d'Espaigne, leur a faict croyre, jusques icy, que tout cella se dressoit contre eulx en faveur des Catholiques de ce royaulme.

Dont, pour y remédier, ilz ont, en premier lieu, expédié une ordonnance fort furieuse, du dernier du moys passé, contre les porteurs de bulles et semeurs de ces libelles; laquelle porte commission d'apréhender les autheurs d'iceulx, si fère se peult, affin de les punir et de descouvrir par eulx qu'est ce qu'il y a de plus caché en leurs déllibérations.

Après, ilz ont dépesché trente cinq lettres aulx trente cinq comtes de ce royaulme, pour mander aulx officiers qu'ilz ayent à fère enroller promptement en chacune d'icelles, sellon sa portée, ung nombre d'hommes, jusques à cinquante mil en tout, tant de pied que de cheval, et à iceulx bailler cappitaines, lieutenantz, enseignes, tabourins et trompettes, et leur ordonner une paye par an d'envyron trois escuz à chacun, et ung peu plus aulx capitaines; dont les deniers se prendront sur le plat pays, avec commandement de fère monstres par tout ce moys, et le continuer puys après de quartier en quartier, et qu'on ayt à les exercer principallement à la haquebutte;

Et ont ordonné à l'admyral Clynton de dresser ung estat, par lequel il puysse mettre en mer, toutes les foys que la Royne, sa Mestresse, le commandera, cinquante bons navyres de guerre avec douze mil hommes dessus, maryniers et soldatz, et que l'avitaillement en tout aultre appareil en soit prest et tout dressé ez lieux qu'il cognoistra en estre besoing;

Faisans leur compte de combattre les ennemys en mer, premier que de leur permettre nulle descente par deçà, avec opinion que, quant tout le monde aura bien conjuré contre eulx, qu'ilz pourront avec ceste provision ayséement se deffandre:

Car jugent que, s'ilz gaignent une bataille navalle, ilz pourront bien garder qu'on n'aproche, puys après, leur coste, et, s'ilz demeurent égaulx, qu'encores empescheront ilz qu'on n'y puysse descendre;

Et si, d'avanture, ilz perdent, que ce ne pourra estre sans avoir tant rompu les ennemys qu'ilz seront contrainctz de s'en retourner pour se reffère; que si, à toute extrémité, il advient que les ennemys facent quelque descente, qu'allors les cinquante mil hommes se trouveront prestz pour les combattre au désembarquement.

Lequel apareil inthimide grandement les Catholiques, lesquelz si l'esté se passe sans qu'il aparoise quelque confort pour eulx, ne s'attandent de moins que d'estre fort rigoureusement trettez l'yver prochain; car ilz voyent que leurs adversayres, lesquelz ont la Royne, l'authorité et la force en leurs mains, commancent desjà de les menacer, et monstrent de n'attandre sinon que le temps les asseure contre les entreprinses des estrangiers pour y mettre la main.

Et avoient les dicts Catholiques prins pour mauvais signe la longueur que ceulx de ce conseil usoient ez affères de la Royne d'Escoce, et en ceulx du duc de Norfolc; vers lesquelz, à cause de ces rescentes deffiances, ilz voyoient qu'ilz alloient changeant toutes leurs premières bonnes dellibérations, car ilz remettoient de commancer le tretté avec l'ambassadeur de la dicte Dame jusques à la venue des depputez d'Escoce; et sur ceulx du duc, ilz luy avoient faict dire, le XIIe de ce moys, que, pour aulcunes occasions, qui estoient fort considérables, la Royne, sa Mestresse, estoit conseillée de ne luy ottroyer sa liberté jusques après la St Michel, qui monstre bien qu'ilz ne vouloient que gaigner temps; et cependant ilz travailloient de se liguer davantaige avec les princes protestans.

Et n'avoit esté sans apparance que les dicts Catholiques eussent fondé grande espérance en l'apareil du duc d'Alve, et possible encores quelque peu en cellui qu'ilz entendoient estre prest en Bretaigne, mais la venue des depputez de Flandres la leur oste de ce costé là; et l'opinion, qu'ilz ont, que la guerre doibve continuer en France la leur fait perdre de l'aultre.

Cella surtout les descoraige qu'ayantz, jusques à ceste heure, pensé que le Roy d'Espaigne et ses ministres procèderaient de bonne intelligence avecques le Roy sur les affères de la Royne d'Escoce, qui sont conjoinctz avec ceulx de la religion catholique en ce royaulme, ainsy que je m'en estois quelquefoys prévalu; et comme aussi nulle aultre chose n'avoit, tant que ceste cy, retenu ceulx de ce conseil en quelque crainte, il s'est meintennant descouvert qu'il va tout aultrement, et que dom Francès d'Alava a tenu de telz propos à Mr Norrys, (ainsy que le dict Norrys l'a escript par ses dernières lettres, arrivées à sa Mestresse, pendant que Mr de Poigny et moy attendions sa responce,) que aulcuns, qui en ont heu assés tost la communication, m'ont tout incontinent adverty que, à l'ocasion d'iceulx, nous serions fort mal responduz; et que toutz les affères, où le Roy Très Chrestien pouvoit avoir intérestz par deçà, en demeureroient fort traversez.

Qui a esté cause que, en l'audience ensuyvant, je me suys eslargy, premièrement vers les seigneurs de ce conseil, parce que, d'arrivée, nous avons esté introduictz vers eulx, et puys envers la dicte Dame, en toutz les plus francz et ouvertz propos, que j'ay estimé les pouvoir confirmer en l'amytié du Roy, et à bien espérer d'icelle, sans toutesfoys toucher ung seul mot ni du Roy d'Espaigne, ny de ses ministres; et est advenu, sur noz remonstrances, que l'on nous a accordé une partie de ce que nous demandions, et qu'on nous a faict, sur le reste, assés meilleure responce que l'on n'espéroit, ainsy que je l'ay mandé par mes précédantes.

Et bien qu'à la grande instance de Madame de Lenoz, l'on eust auparavant envoyé par mer vers le North un nombre d'armes, de pouldres et d'argent, pour les fère tenir au comte de Lenoz en Escoce, j'ay sceu néantmoins que, despuys cella, la Royne d'Angleterre a dict à la dicte dame de Lenoz qu'elle estoit résolue de remettre la Royne d'Escoce en son royaulme, sur les offres qu'elle et le Roy luy faysoient, qui estoient telles qu'avec son honneur elle ne les pouvoit reffuzer. A quoy la dicte dame de Lenoz ayant respondu que la dicte Royne d'Escoce n'en observeroit rien, la Royne luy a répliqué que si feroit, parce qu'elle l'y obligeroit à peyne d'estre privée de la succession de ce royaulme, si elle y contrevenoit, car aultrement elle ne luy en vouloit fère tort; et n'a la dicte dame de Lenoz peu gaigner rien davantaige, encore qu'elle ayt très instantment priée la dicte Dame que, si elle persévérait en ceste vollonté, il luy pleût de mander à son mary qu'il s'en retornât.

Et le secrétaire Cecille m'a mandé que je croye fermement qu'il ne sera miz aulcun retardement ez affères de la Royne d'Escoce, et qu'il ne cerche, de sa part, que la seurté de sa Mestresse, laquelle estant mortelle, et n'y ayant, après elle, nul plus prochain au droict de ceste couronne que la Royne d'Escoce, qu'il ne luy sera, ny meintennant, ny à l'advenir, jamais contraire; et le mesmes a il confirmé à l'évesque de Roz, avec lequel il est desjà entré si avant en matière qu'ilz sont quasi d'accord de toutz les poinctz, qui sembloient estre les plus différantz.

Encores, monstrent les affaires du duc de Norfolc qu'ilz pourront aussi mieulx réuscyr que la responce du XIIe du présent ne le luy faisoit espérer, et que la Royne permettra qu'ilz soient, dans trois ou quatre jours, miz en dellibération pour après estre procédé à sa liberté, sellon qu'ung chacun dict qu'il demeure fort deschargé et justiffié de toutes les choses qu'on luy pourrait imputer.

Je veulx bien advouher que je ne cognois rien de plus exprès en ceulx cy que leur simulation, ny rien de plus certain que leur inconstance; par ainsy, je ne puys fère grand fondement sur chose qu'ilz disent, ny qu'ilz promettent. Néantmoins ilz peuvent incliner de nostre costé, aussi bien que d'ung aultre, et j'estime qu'il n'est que bon de les y tenir bien disposez, si l'on peult, affin de se prévaloir de la paix qu'on a avec eulx, et évitter les inconvénians et incommoditez qui pourroient advenir, s'ilz se despartoient du tout de nostre intelligence.

AULTRE INSTRUCTION A PART POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:

Que, jusques à ceste heure, la Royne d'Angleterre et ses conseillers protestans avoient esté retenuz d'une grande craincte, et les seigneurs, et gens de bien catholiques, conduictz de grande espérance sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur toutz les affères de ceste isle, par l'opinion qu'ilz avoient que le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve seraient toutjour en bonne intelligence avec le Roy.

Et n'estoit peu de consolation aus dicts Catholiques de veoir en quelle peyne les dicts Protestans vivoient pour ne sçavoir si la bulle estoit expédiée, ou du propre mouvement du Pape, ou bien par la réquisition du Roy, ou bien à l'instance du Roy d'Espaigne: car ilz disoient que si c'estoit seulement du Pape, ce n'estoit chose de moment; si c'estoit du Roy seul, encor croyoient ilz que Mr le cardinal de Lorrayne l'auroit procuré, sans que pour cella le Roy se vollût trop haster de rien entreprendre; mais, si c'estoit par le commun consentement du Roy et du Roy d'Espaigne, ilz tenoient pour indubitable que l'entreprinse de ceste isle estoit desjà jurée entre eulx.

En quoy, pour en avoir quelque lumyère, ilz cerchoient de toutz costez s'il se trouveroit que moy, ou Mr l'ambassadeur d'Espaigne, eussions tenu la main à la fère notiffier et publier par deçà, mais il semble qu'ilz n'ont rien trouvé contre moy, sinon qu'il leur est venu un adviz d'Itallie, par la voye de Flandre, comme la dicte bulle a esté expédiée à l'instance de l'ambassadeur de France, qui est à Rome, et que l'ambassadeur du Roy Catholique par dellà n'a faict que y prester son consentement, comme à chose apartenant de si près à la religion catholique qu'il ne luy a esté loysible de la contradire; dont leur semble que j'en debvois estre participant, mais je croy qu'à ceste heure ilz en demeurent toutz esclarcy.

Et, quant à l'ambassadeur d'Espaigne, parce que Me Felton, lequel est accusé d'avoir affiché la dicte bulle, a confessé, estant sur la question, que le prestre espaignol du dict sieur ambassadeur la luy avoit baillée; qui, pour ceste occasion, s'est despuys absenté, car il estoit commandé de le prandre, quelque part qu'il pourroit estre trouvé, jusques en sa chambre; non seulement l'on en a chargé le dict sieur ambassadeur, ains aussi luy impute l'on les aultres libelles, qui ont couru en ce royaume, contre le garde des sceaux et Cecille, et contre quelques aultres du conseil; mais ne pouvant son prestre estre trouvé, l'on ne sçayt commant procéder contre luy.

Et n'ont layssé pour cella les Catholiques de s'entretenir toutjour en l'espérance de la faveur du Roy son Maistre et du duc d'Alve, pour les affères de la Royne d'Escoce et de la religion catholique; de sorte que le dict Felton a bien ozé dire tout hardyment qu'il y avoit trente mil hommes de valleur en Angleterre, dont les six mil estoient gentishommes, et vingt cinq milordz parmy, qui estoient toutz prestz d'exposer leurs vies pour la mesmes querelle, qu'ilz le vouloient fère mourir à luy.

Mais, despuys quelques jours, iceulx Catholiques non seulement se sont retirez de ceste espérance, ains sont entrez en grand frayeur d'estre descouvertz qu'ilz l'ayent heue, parce qu'ilz estiment que le dict sieur ambassadeur ayt communiqué toutes choses au Sr dom Francès d'Alava, lequel ilz tiennent aujourduy pour trop plus grand serviteur de la Royne d'Angleterre que de son Maistre; car Mr Norrys a escript qu'il luy a promiz de disposer si bien les affères de la dicte Dame vers le Roy, son dict Maistre, et vers le duc d'Alve, qu'elle n'a garde de recepvoir aulcun mal ny dommaige d'eulx, et que hardyment elle ne preigne peur des démonstrations et préparatifz du dict duc, car il la veult bien asseurer qu'il n'a aulcun commandement de luy nuyre, ny d'attampter, pour quelque occasion que ce soit, rien par armes contre elle; et qu'au reste le dict dom Francès luy a descouvert que c'est Mr le Nonce, qui est en France, qui a envoyé icy la bulle à l'ambassadeur d'Espaigne pour la publier.

Duquel acte du dict dom Francès plusieurs seigneurs et gens de bien de ce royaulme se sont fort escandalizez, et les aulcuns se sont confirmés en une opinion, laquelle ilz avoient desjà conceue, que les ministres du Roy d'Espaigne vont procurant vers ceulx cy, et partout où ilz peuvent, la continuation de la guerre de France; et que, voyantz le faict de la Royne d'Escoce, de laquelle ilz s'estoient desjà promiz et l'aliance, et le filz, et le royaulme, et le tiltre d'Angleterre, se conduire meintennant au nom et soubz la faveur du Roy, qu'ilz le veulent traverser; et qu'ilz sont jalouz de ce que aulcuns seigneurs de ce royaulme se monstrent bien affectionnez à Leurs Très Chrestiennes Majestez, qui est ung propos qu'on m'a tenu, présent Mr de Poigny, auquel je réserve d'en fère entendre le surplus à Leurs Majestez, à son retour; et adjouxteray seulement icy une preuve, que le duc d'Alve nous a donné de son intention en ce [qu'ayant le Pape envoyé, par la banque d'Anvers, douze mil escuz, pour les gentishommes fuytifz d'Angleterre, il a conseillé qu'on ne leur envoye ny tout, ny partie de la somme, tant qu'ilz seront en Escoce, et par ce moyen il a interrompu le dict secours.]

Il est bien certain que, jouxte ceste communication grande d'entre dom Francès et le dict Sr Norrys, ceste Royne a naguières escript une bonne lettre au Roy d'Espaigne, laquelle le dict dom Francès a prins en sa charge de la luy fère tenir, et une aultre au duc d'Alve, par laquelle elle l'exorte de vouloir entretenir l'alliance d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, comme, de sa part, elle la veult entièrement conserver: et, quant aulx prinses, qu'elle est preste d'y satisfère de sa part, en ce qu'il s'y veuille disposer de la sienne, et qu'il veuille depputer des personnaiges propres pour en accorder, qui ne soyent de ceulx qui veulent troubler ce royaume, ainsy que l'ambassadeur, icy résidant, et ceulx, qui cy devant y ont esté envoyé, se sont esforcez de le fère; et que de l'apareil qu'elle entend qu'il faict bien grand par mer, il ne veuille rien attampter en ses portz, car elle offre toute faveur et seur accez en iceulx à la Royne d'Espaigne et à ceulx de sa troupe: tant y a que l'ambassadeur d'Espaigne, nonobstant tout cella, ne laysse d'estre bien fort offancé contre dom Francès, de ce qu'il a parlé de la bulle, et desjà il en a escript au duc d'Alve.

J'ay faict sonder, par interposée personne, Mr le cardinal de Chatillon et le Sr de Lumbres quel desir ilz avoient à la paix et à transférer la guerre hors de France; et voycy ce qui m'a esté raporté des propos du dict sieur Cardinal: qu'il desire infinyement la dicte paix, espérant par icelle jouyr de la bonne grâce de Leurs Majestez et de six vingtz mil {lt} de rante en France, en lieu de mille pouvrettez et indignitez, qu'il s'esforce de supporter, le plus dignement qu'il peult, en Angleterre;

Que se souvenant que le Roy, et la Royne, et Monsieur, pour fermeté de l'aultre dernière paix, luy firent l'honneur de luy en donner leur promesse de leurs propres mains dans la sienne, et que ceulx, qui la leur ont faicte rompre, sont ceulx mesmes avec qui ilz ont à conclurre meintennant ceste cy, les cheveulx luy en dressent de frayeur;

Que le Roy a la paix très ferme et bien asseurée, toutes les foys qu'il luy playrra, à bon esciant, que ceulx de la religion puyssent vivre, en conscience et honneur, soubz la faveur de sa protection, en son royaulme;

Que, de transférer la guerre ailleurs, c'est ce que son frère, Monsieur l'Admyral, a toutjour desiré, mais de le fère meintennant, et laysser ceulx, qui sont de leur mesmes religion, estre cependant massacrez, murdriz et ruinez en leurs maysons, en France, par ceulx qui ont la justice et l'authorité et les forces à la main, ilz sont entièrement tout résoluz du contraire;

Que, si le Roy les veult recepvoir en sa bonne grâce, et leur ottroyer la dicte paix et seurté qu'ilz luy demandent, comme à ses bons subjectz, et qu'il se veuille servyr de son frère et de luy, ilz ont en main de quoy luy fère le plus grand et le plus notable service, que sa couronne ny nul de ses prédécesseurs ayent receu de deux centz ans en cà;

Qu'il cognoist bien que les Anglois ne cerchent de fère rien pour la religion en ceste guerre, ains de travailler la France, et qu'il crainct bien que, se faisant la paix, l'on ne le layrra sortir, de trois moys après, de ce royaulme.

Quant au susdict de Lumbres, lequel s'intitulle ambassadeur de toutz les princes protestans vers ceste Royne, l'on m'a dict qu'il desire aussi bien fort la paix de France, et vouldroit que la guerre fût desjà transférée aulx Pays Bas, et n'eust tenu à luy que la descente, que ceulx de la Rochelle dellibéroient de fère en quelque port de Normandie ou Picardie, si Sores ne fût allé sur la route des Indes, ne se fût faicte en Olande: et desjà luy et beaucoup de ceulx de son pays font estat, par ceste paix, de se retirer en France, car semble qu'il y ayt mutuelle obligation entre les Françoys et Flamans, qui sont de ceste religion, de se subvenir les ungs aulx aultres, et de ne cesser, qu'ilz ne soyent toutz remiz en leur maysons pour y pouvoir vivre en seurté avec l'exercice de leur religion.

Aulcuns Françoys de la dicte religion, qui sont icy, ne prennent nul party, attandans la dicte paix; ou bien, si elle ne succède, ilz dellibèrent de recourir à la grâce et clémence de Sa Majesté.

CXXIVe DÉPESCHE

--du XXXe jour de juillet 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Crainte des Anglais qu'une ligue générale n'ait été formée contre eux.--Résolution du conseil de rendre la liberté au duc de Norfolk, et de lever une forte armée navale.--Armement de la flotte.--Mission de Me Figuillem dans les Pays-Bas.--Déclaration faite à l'ambassadeur que l'armement de la flotte n'a d'autre objet que de rendre les honneurs à la reine d'Espagne sur son passage, et de se tenir en défense contre les entreprises que pourrait tenter le duc d'Albe.

AU ROY.