Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième

Part 18

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Par ainsy, Madame, considérant l'estat des choses, et le peu de confiance que Voz Majestez doibvent mettre en rien qui soit que en Dieu seul, et en vous mesmes; et que la descente du Cazimir vous doibt estre très suspecte, pour l'alliance du duc Auguste, qui ne l'a prins pour son gendre pour sa présente grandeur, ains possible pour celle où il aspire par les troubles des aultres estatz; et que la Royne d'Angleterre ne fauldra d'incliner à leur entreprinse; je ne puys que prier Dieu bien fort dévottement qu'il vous doinct, Madame, à bientost conclurre la paix, et la conclurre telle que la descente des Allemans en soit bien certainement divertye, et Voz Majestez exemptes de toute surprinse, déception et dangier. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour de juing 1570.

Je vous puys asseurer, Madame, que ceulx de la nouvelle religion, qui sont icy, ne s'attendent aucunement à la paix, ains à continuer la guerre; et semble que l'ambiguité et la longueur, dont l'on procède à vous rendre response sur les articles de la dicte paix, n'est que pour gaigner le temps et attandre leur secours.

CXVIIe DÉPESCHE

--du XXVe jour de juing 1570.--

(_Envoyée exprès par Jehan Monyer, postillon, jusques à Calais._)

Retard apporté à la désignation d'une audience demandée par l'ambassadeur.--Interrogatoire subi par l'évêque de Ross devant le conseil d'Angleterre.--Conditions arrêtées dans ce conseil au sujet du traité qui peut être conclu avec la reine d'Écosse.--Nouvelles d'Allemagne.--Avis donné au roi d'une entreprise qui se prépare pour opérer une descente en France.

AU ROY.

Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, où elle est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majesté faict en Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy dernier, envoyé demander audience, pour luy fère veoir vostre bonne responce là dessus en la façon que par voz lettres, du Xe de ce moys, il vous playt me le commander; et le secrétaire Cecille, ayant conféré avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer, à cause qu'elle se trouvoit mal, comme à la vérité elle faict, de sa jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys à luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de l'artiffice en cella, pour fère tremper l'évesque de Roz, et pour fère en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz à son ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dellà; j'ay escript ce matin à la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire pour tout ce que j'avois à luy dire, ny me raporter sa responce, et que les propos, que j'avois à luy tenir de vostre part, n'estoient toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer ny par escript, ny par présence, en actes si contraires, comme seroit d'en travailler sa santé, et que partant j'attendrois fort paciemment et de bon cueur la commodité de sa convalescence; laquelle je prioys Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte.

Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de Lestre et ceulx, qui portent faveur à ceste cause, seront cependant de retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'évesque de Roz sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir tretté en secret avec le comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre à la présence de la Royne d'Angleterre, après qu'il s'est bien deschargé de l'ung, et qu'il leur a heu remonstré qu'il ne pouvoit fère l'aultre pour aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu'à elle mesmes, ilz se sont desbordez jusques là de luy dire qu'ilz ne se soucyoient pas tant de l'advancement de ceste matière qu'ilz le vollussent presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle, estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son estat, qu'ilz tenoient pour très suspect tout ce qui se trettoit de sa restitution; à l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses, qu'elle et luy fissent profession de la religion réformée, et bien qu'ilz y ayent meslé quelque soubzrire, ce n'a esté toutesfoys sans parolles véhémentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point.

En quoy le dict sieur évesque a usé de saiges responces, qui seroient longues à mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne pouvant ceulx cy vaincre le désir, que leur Mestresse a de sortyr de cest affère, qu'ilz se sont dellibérez de se tenir fermes et résoluz aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit establye et confirmée en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve obliger, par sèrement solemnel, et fère obliger les siens, qu'elle n'entendra jamais à nul party de mariage, sans l'exprès consantement de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que désormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince à l'aultre sans contradict; qu'elle cèdera à la Royne d'Angleterre, et aulx descendans qui procéderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle prétend à ceste couronne; qu'elle déclairera, d'ors et desjà, pour son successeur à celle d'Escoce et à ses droictz prétanduz de ceste cy son filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera mené pour être nourry en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre fera, de le déclairer pareillement son successeur immédiat après elle, au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes à jamais, à laquelle sera donné lieu à Vostre Majesté d'y pouvoir entrer si bon vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien sçavoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul estrangier en armes, d'où qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque couleur ou prétexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre Majesté baillera ostaiges, à estre icy quelque temps, pour la seureté des choses susdictes.

Je n'ay encores, Sire, donné cest adviz à l'évesque de Roz, lequel aussi n'a pas heu loysir de me conférer les offres qu'il aporte de sa Mestresse; mais Vostre Majesté, s'il luy playt, me commandera de bonne heure sa bonne vollonté là dessus, affin que je me trouve bien préparé d'icelle, quant il en sera temps; car j'espère que nos amys vaincront l'opiniastreté de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures condicions comme seroient toutes celles icy ensemble.

Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nuée d'Allemans des nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par deçà que en la dicte assemblée ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit au secours de leur religion en France; duquel secours, pour l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les déterminations n'avoient peu prendre aulcune bonne résolution jusques à ceste heure; qu'il avoit déclairé que le sien seroit le premier prest, et qu'il l'envoyeroit à ses despens. Et estime l'on que la dicte assemblée des nopces a esté principallement projettée pour estre une contrediette de celle que l'Empereur a assignée à Espire, affin de résouldre, de eulx mesmes et sans le dict Empereur, les affères d'Allemaigne à la dévotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tiré celluy de Colloigne eclésiastique à leur party; et pour ordonner aussi de l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse fère en la personne du filz, ny du frère de l'Empereur, non sans quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre authorité, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire, que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou places de mer de dellà, où ilz prétendent mettre deux mil cinq centz hommes en terre, et qu'à cest effect ilz aprestent ung grand armement à la Rochelle; et que je sçay que les vaysseaulx du prince d'Orange, qui sont en ceste mer estroicte, s'y préparent; aussi que j'entendz qu'ilz sont sur la dellibération s'ilz convyeront les Anglois d'estre de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrollés pour quelque effect; je vous suplye très humblement, Sire, qu'il vous playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie, Bretaigne et Guyenne, car je ne sçay proprement où s'adresse leur entreprinse, qu'ilz ayent à y prendre garde et se préparer si bien qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc.

Ce XXVe jour de juing 1570.

CXVIIIe DÉPESCHE

--du XXIXe jour de juing 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Brogle, messagier._)

Audience.--Discussion des affaires d'Écosse.--Promesse de la reine d'arrêter toute hostilité, et d'entendre les propositions de l'évêque de Ross.--Désir manifesté par Élisabeth de voir la paix rétablie en France.--Communication faite par la reine à l'ambassadeur des nouvelles qu'elle a reçues d'Allemagne.

AU ROY.

Sire, s'estant la Royne d'Angleterre assés tost repentye de ne m'avoir, le XXIIIe du présent, ottroyé audience, elle m'a mandé, le deuxième jour après, que je la vinse trouver quant il me plairroit; et se sont, la lettre qu'elle me faisoit escripre là dessus par le secrétaire Cecille et la mienne, que pour cest aultre effect je luy escripvois, laquelle elle a heu bien agréable, rencontrées en chemin, dont je suys allé trouver la dicte Dame le XXVIe de ce moys à Otlant; où m'ayant faict appeller en sa chambre privée, en laquelle elle estoit en habit de mallade, ayant sa jambe eu repoz, après m'avoir compté de son mal, et faictes ses excuses de ne m'avoir peu si tost ouyr comme je l'avois desiré, je luy ay ramentu les choses cy devant accordées entre nous, et comme je n'avoys failly, suyvant son désir, de dépescher ung homme exprès pour aporter à Vostre Majesté la déclaration que sur icelle elle m'avoit envoyé notiffier par son secrétaire Sommer; laquelle déclaration je luy voulois bien dire que je ne l'avoys peu trouver guières mauvayse, encore qu'il y eust quelque peu de menace, parce qu'il y avoit aussi de la franchise et une vraye démonstration qu'elle faisoit de vouloir évitter toute altération entre Voz Majestez, dont j'espérois que ce qu'elle entendroit meintennant de vostre intention en cella la contanteroit.

Et ainsy, Sire, je luy ay récitté mot à mot le contenu de vostre lettre du Xe de ce moys, non sans qu'elle ayt donné une claire cognoissance, sans en rien dissimuler, qu'elle recepvoit ung singulier playsir de ce que je luy disoys; m'ayant tout aussitost prié bien fort expressément de luy en vouloir bailler aultant par escript, affin de le monstrer à quelques ungs de ses conseillers, qui luy disoient qu'elle ne debvoit laysser de procéder et pourvoir aulx affères d'Escoce, tout ainsy que si Vostre Majesté ne luy avoit rien faict promettre par moy, ny luy mesmes rien dict à son ambassadeur: car croyoient que vous n'aviez aulcune vollonté d'en rien observer, ainsy que voz aprestz de Bretaigne, qui ne cessoient pour cella, leur en donnoient assés bon tesmoignage; ce néantmoins qu'elle s'en vouloit reposer en vostre parolle, comme d'ung magnanime Roy et Prince vertueux et saige, qui regardiez à conserver l'amytié des princes voz voysins, entre lesquelz ce seroit elle qui vous randroit la sienne plus parfaicte et accomplye; et qui, oultre le remercyement très grand qu'elle vous fesoit de l'esgard qu'avez heu maintennant à icelle, vous cognoistriez qu'elle ne l'auroit moins ferme en l'observance de ses promesses qu'elle s'asseuroit de la persévérance de la vostre, en celles que vous luy faysiez.

J'ay suyvy, Sire, à luy dire qu'elle trouveroit toutjour toute seurté et vérité en voz parolles et en celles de la Royne vostre mère, et que toutz les jours il luy viendroit nouvelles preuves, que Voz Majestez n'avoient aultre intention que de vivre en grande unyon de paix, et de toute bonne intelligence avecques elle; bien que je luy vollois confesser tout librement que, le lendemain de l'aultre audience qu'elle m'avoit donnée à Amthoncourt, je n'avoys failly de vous fère une dépesche, non pour aigryr ainsy les matières, comme il m'avoit semblé que je l'avois trouvée elle aigrye et changée en peu de jours, (ce que je n'atribuoys aulcunement à elle, ains à d'aultres, qui avoient fort à regrect la bonne unyon de Voz Majestez), mais que je ne vous avois pas vollu celler ce qu'elle m'avoit résoluement dict de vouloir en toutes sortes retenir les deulx chasteaulx de Humes et Fascastel, jusques à ce que ceulx à qui ilz apartiennent eussent satisfaict à l'obligation des frontières; et que meintennant j'avois à la requérir très instantment de deux choses: l'une, que, de tant que Vostre Majesté avoit tant vollu defférer à nostre accord qu'ayant ung armement tout prest pour le secours d'Escoce, et les Escouçoys sur le lieu qui vous requéroient de l'envoyer, et qui vous remonstroient le gast, le bruslement et la démolition de leurs maysons nobles du pays, et la détention de leur Royne en Angleterre; et que, nonobstant tout cella, vous aviez différé et quasi interrompu le dict secours pour luy complayre, qu'elle, de sa part, vollût entièrement retirer ses forces hors du dict pays, comme elle me l'avoit promis, et nomméement celles qu'elle avoit encores dans les deux chasteaulx; la segonde chose estoit qu'ayant Mr l'évesque de Roz aporté toute l'intention et ung ample pouvoir de tretter et conclurre toutes choses avec elle pour sa Mestresse, qu'elle y vollût meintennant procéder, ainsy dilligemment qu'elle vous avoit promiz de le fère, sans plus remettre la matière en longueur.

Sur lesquelles deux choses, Sire, nous avons heu beaucoup de contention, et n'ay, pour le regard de la première, peu obtenir rien de mieulx que ce que la dicte Dame vous prie, Sire, de vouloir laysser les loix de leurs frontières aller leur cours accoustumé, suyvant lequel, le différant des dicts deux chasteaulx et des aultres attemptatz doibvent estre vuydez par les gardiens d'icelles, qui ne fauldront de randre lors les dicts deux chasteaulx, sans que cependant ceulx qui sont dedans facent nul acte d'hostillité, qui estoit une rayson que, quand elle seroit vostre vassalle, vous ne la luy pouviez bonnement reffuzer; et, quant au segond, encor qu'elle eust proposé de ne veoyr jamais l'évesque de Roz pour des occasions, lesquelles il n'avoit peu ny nyer ny excuser, que néantmoins elle me promettoit de l'ouyr dans deux ou trois jours; et qu'aussitost que le sir de Leviston, lequel nous avions dépesché en Escoce, seroit de retour avec les aultres commissaires escouçoys, elle vacqueroit sans aulcune intermission aulx affères de la dicte Dame.

Après lequel propos estimant, Sire, que je ne le debvois pour ceste fois poursuyvre plus avant, la dicte Dame m'a dict d'elle mesmes qu'elle desiroit fort que, la première foys que je retournerois vers elle, je lui peusse aporter la conclusion de la paix de vostre royaulme, estant bien marrye qu'elle alloit ainsy traynant.

Je luy ay respondu que je n'avoys nul plus grand desir que de la pouvoir satisfaire en cella, et que ceste sienne bonne intention obligeoit Vostre Majesté et tout vostre royaulme beaucoup à elle, ne faysant doubte, quant elle y pourroit ayder de quelque chose, qu'elle ne le fyst.

«Il n'y a, respondit elle, nulle oeuvre en ce monde où je m'employasse plus vollontiers, ny où je courusse de meilleur cueur, encores que je soys boyteuse, que je ferois à celle là, et que de ce j'en asseurasse Vostre Majesté.»

J'ay là dessus passé oultre à luy dire que je craignois bien que ceste longueur peult admener quelque chose entre deux, et attirer encores possible en vostre royaulme une partie de ces Allemans, qui s'estoient trouvez aux nopces du duc Cazimir; et qu'elle sçavoit bien ce qui en estoit, qui seroit ung bon tour de bonne soeur si elle vous en vouloit advertyr, comme je luy vouloys bien dire que la condicion de la cause et celle de sa qualité, qui estoit Royne, l'obligeoient de le fère, et mesmes d'empescher qu'il ne se préparât rien pour soubstenir l'opiniastretté et obstination de voz subjectz contre vous, qui n'estoit exemple que pernicieulx pour elle mesmes.

Elle m'a respondu qu'elle ne sçavoit pas entièrement tout ce qui en estoit, mais que l'Empereur luy avoit bien escript que, par prétexte du secours de la nouvelle religion en France, il s'estoit faicte une plus grande assemblée à ces nopces du Cazimir, que ne requéroit l'ordre des maryez, et qu'il monstroit par sa lettre qu'il la tenoit fort suspecte pour luy mesmes; adjouxtoit d'aultres gracieulx propos de ce qu'il avoit veu maryer son frère l'archiduc, encor qu'il l'eust d'aultres foys tout dédyé à elle, mais qu'il la prioyt que les dictes nopces ne luy fussent d'aulcune jalouzie, car elles n'empescheroient qu'il ne fût encores tout sien; et que par le propos de la dicte lettre et par plusieurs aultres indices elle croyoit asseuréement qu'il y auroit ung nouveau secours d'Allemans pour ceulx de la Rochelle, si la paix ne succédoit. Et par ce, Sire, qu'il seroit trop long de mettre icy toutz les aultres propoz qu'avons heu en ceste audience, je les remettray à une aultre foys; et adjouxteray seulement ung mot de la réception de vostre dépesche du XIXe de ce moys, par le Sr de Vassal, et du voyage que faictes fère par deçà au Sr de Poigny, lequel nous mettrons peyne de l'aprofitter le mieulx qu'il nous sera possible. Sur ce, etc.

Ce XXIXe jour de juing 1570.

CXIXe DÉPESCHE

--du Ve jour de juillet 1570.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Résolutions d'Élisabeth de maintenir l'accord fait au sujet de l'Écosse, et d'entrer en négociation sur la restitution de Marie Stuart.--Espoir de la prochaine liberté du duc de Norfolk.--État de la négociation des Pays-Bas.--_Mémoire général_, sur les affaires d'Angleterre.--Bienveillance montrée par Élisabeth aux seigneurs catholiques.--Condition mise à la liberté du duc de Norfolk.--_Mémoire secret._ Communication faite par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre de la réponse du roi sur les articles proposés pour la restitution de Marie Stuart.

AU ROY.

Sire, pour avoir Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ainsy vertueusement parlé, comme vous avez, à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre; et pour m'avoir commandé de déclairer icy à elle vostre résolue intention de ne vouloir habandonner aulcunement la Royne d'Escoce, ny les affères de son royaulme; il est advenu que la dicte Dame a cessé d'en poursuyvre plus avant l'entreprinse par la force, et qu'elle s'est condescendue d'en venir au tretté, duquel je vous ay desjà envoyé le commancement. Il est vray, Sire, que, despuys dix jours, l'on luy a si bien faict acroyre que, nonobstant vostre promesse, vous ne larriez d'envoyer des gens en Escoce, que la dicte Dame, changeant de dellibération, avoit desjà mandé au comte de Sussex de rentrer de rechef avec son armée en pays, et d'y saysir toutes les places qu'il pourroit; et à l'amyral Clynton de getter promptement six grandz navyres en mer, non pour aller attaquer la flotte des François au combat de main, laquelle ilz entendoient estre pourveue de deux mil bons harquebouziers, mais pour la mettre à fondz à coups de canon, s'il estoit possible; et mandé davantaige que le sir de Leviston, lequel nous avions dépesché vers le duc de Chastellerault et vers les aultres seigneurs escouçoys, pour leur apporter nostre accord, fût arresté aulx frontières; et qu'au reste elle ne tretteroit ny admettroit jamais plus l'évesque de Roz en sa présence; s'esforceans encores ceulx, qui menoient ceste mauvaise pratique, de me fère retarder mon audience, affin que je ne peusse assés à temps y remédier; dont a esté assés mal aysé, Sire, de retirer la dicte Dame de ceste opinion. Néantmoins, j'ay miz peyne de luy dire et encores de luy bailler par escript, si à propos, la responce de Vostre Majesté du Xe du passé, et de l'asseurer tant de la seurté et vérité qu'elle trouveroit toutjour en voz promesses, que, oultre les choses que je vous ay desjà mandé qu'elle m'avoit en présence lors accordées, voicy, Sire, ce que de ceste vostre bonne responce s'en est despuys ensuyvy:

Que la dicte Dame a escript au comte de Sussex de casser son armée et se retirer luy à Yorc, laissant quelques compaignies aulx gardiens des frontières, et une petite garnyson dans Humes et Fascastel; qu'elle a ordonné à son admyral de ne getter nulz navires dehors, ains de fère cesser pour ceste heure tout l'armement et apareil d'iceulx; qu'elle a mandé au comte de Lenoz, qui estoit à Lislebourg, avec trois centz Escouçoys entretenuz aux despens de la dicte Dame, de se retirer à Barvyc; qu'on n'eust à donner aulcun empeschement au sir de Leviston en la frontière, ains de luy laysser librement poursuyvre son voyage; et finalement, suyvant sa promesse, qu'elle a si paciemment ouy l'évesque de Roz, et si favorablement receu des ouvrages, qu'il luy a présentez de la part de sa Mestresse, lesquelz elle mesmes avoit faictz de sa main, qu'il m'a dict n'avoir jamais heu une plus bénigne audience de la dicte Dame ny plus pleyne de satisfaction, qu'il a faict ceste foys, avec promesse que, aussitost que le sir de Leviston et aultres commissaires escouçoys seront arrivez, qu'elle procèdera en toute dilligence aulx affères de la Royne d'Escosse. Et si, semble, Sire, que le duc de Norfolc ayt aussi assés advancé le faict de sa liberté, et qu'il est en termes d'estre bientost remiz en son logis de ceste ville, soubz quelque soubzmission qu'il pourra fère à la dicte Dame.

Au surplus, Sire, de tant qu'il se trouve meintennant beaucoup de diminution et de deschet en la merchandise d'Espaigne, qui a esté arresté par deçà, et que ceulx cy ne la veulent fère bonne, ny veulent pareillement estre tenuz de celle des trèze ourques, que ceulx de la Rochelle en ont emmené pour leur part, il semble que leur accord avec le duc d'Alve n'est près d'estre faict; mesmes que une ordonnance, de nouveau publiée en Flandres contre les Anglois, monstre que le duc en est assés esloigné, bien que par aultres moyens il en faict de plus en plus attaicher la pratique, affin de la faire tumber à son poinct, ainsy qu'on attand là dessus des commissaires de Flandres qui doibvent bientost arriver; et ceulx cy desirent tant d'en sortyr qu'il semble qu'à la fin ils se layrront plyer à ce que le dict duc vouldra, comme desjà la dicte Dame lui a offert cinquante mil escuz du sien; mais la demande passe ung million. Les sollicitations et dilligences de ceulx de la nouvelle religion ne s'intermettent d'une seulle heure, ce qui faict acroyre au monde qu'ilz sçavent très bien que le propos de la paix sera acroché à quelque difficulté, et que la guerre sera encores continuée. Sur ce, etc.

Ce Ve jour de juillet 1570.

INSTRUCTION AU DICT SR DE SABRAN des choses qu'il fault fère entendre à Leurs Majestés, oultre les lettres:

Que la Royne d'Angleterre est bien fort sollicitée d'interrompre la paix de France par aulcuns, qui luy font acroyre, qu'aussitost que le Roy l'aura conclue, il se ressouviendra des mauvais déportemens, dont les Anglois, durant ceste guerre, ont usé, par mer et par terre, à la Rochelle, icy, et en Allemaigne, contre luy; ce qui n'est toutesfoys leur principalle craincte, ains qu'avec la dicte paix s'en ensuyve l'accomodement des affères de la Royne d'Escoce, laquelle ilz cerchent de ruyner, pour préférer à son tiltre, de la succession de ceste couronne, ses aultres compétiteurs qui y prétendent.