Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 14
Laquelle opinion ayant prévalu, l'évesque de Roz a esté, le deuxiesme jour après, appellé, avec lequel ceulx de ce conseil ont entamé les choses que je vous ay escriptes le XXIIe de ce moys; et despuys, sa liberté luy a esté ottroyée: bien que la dicte Dame ne luy a encores permiz de parler à elle. Et par mesme moyen elle avoit advisé que je serois mandé, mais les adversaires l'en divertirent, sur quelque poinct de réputation, qu'ilz lui représentoient, qu'il valloit mieux attandre l'ocasion que je y vinse de moy mesmes; et luy célébrèrent cependant bien fort la ropture de la paix, et mesmes firent que, sur la confirmation de ce que Mr Norrys en avoit escript, Mr le cardinal de Chatillon fut convyé en court, qui disna avec la dicte Dame; mais le lendemain je vins devers elle, et ne volluz, pour aulcuns respectz, lui monstrer les articles que Vostre Majesté m'avoit envoyez des dernières offres faictes aulx depputez, mais pour luy oster l'opinion que le propos de la dicte paix fût rompu, et pour remédier les choses qui pressoient en Escoce, je luy diz que, vous ayant la Royne de Navarre et les Princes, ses filz et nepveu, faict fère des supplications et requestes plus amples que ne portoient les premiers articles que leur aviez accordez, et ayant Vostre Majesté miz en considération les infinys maulx que vostre royaulme, despuys dix ans, a quasi continuellement souffertz par les horribles guerres, que ces troubles ont produicts; que, pour obvier à plus grandz inconvénians, vous aviez bien vollu condescendre à la pluspart de leurs dictes requestes, et me commandiez de luy dire que vous vous estiez de tant plus eslargy envers eulx, que vous vouliez qu'il aparust au monde, et nomméement à la dicte Dame, comme aussi Dieu vous estoit tesmoing, que vous n'aviez nulle chose plus à cueur que de réunyr toutz voz subjectz en bonne amytié, et esgallement trestoutz les conserver; et qu'en ce que leur aviez ottroyé de nouveau y avoit tant de quoy se contanter pour l'exercisse de leur religion, pour l'accommodement de leurs affères, et pour la seureté de leurs personnes, sans aparance aulcune de deffiance à jamais, que vous ne pensiez qu'ilz se peussent tant oublyer qu'aussitost que messieurs de Biron et de Malassize le leur auront faict entendre, qu'ilz ne l'acceptent; qui sont deux de vostre conseil que Vostre Majesté a renvoyé devers eulx pour en sçavoir la résolution; et que faisant, de rechef, ung bien exprès office de mercyement envers elle pour la bonne affection qu'elle a monstré avoir à la paciffication de vostre royaulme, je la requisse, de vostre part, de deux choses, lesquelles elle estoit tenue de vous accorder: la première, que, si par ces grandes et plus que raysonnables offres, il advenoyt qu'il ne fût besoing que Vostre Majesté lui donnast la peyne de se travailler à les leur fère recepvoir, ains que d'eulx mesmes ilz se disposent d'humblement les accepter, qu'il luy playse néantmoins vous garder bien entière ceste sienne bonne vollonté, laquelle, ou soit que vous ayez la paix, ou qu'il vous faille continuer la guerre, vous l'estimerez très utille, ainsy que l'avez toutjour estimée très honnorable pour vous; la seconde, que, s'ilz estoient si obstinez qu'ilz ne s'en vollussent aulcunement contanter, ains vollussent persévérer en leur viollente entreprinse, qu'elle veuille ainsy juger d'eulx comme de gens qui aspirent, et néantmoins sont bien loing d'abattre l'authorité de leur Roy et prince naturel; et qu'elle les veuille tout aussitost déclairer non seulement indignes de sa faveur et protection, mais très dignes qu'ilz soyent poursuyviz et réprimez par les justes armes et d'elle et de toutz les honnorables princes qui vivent aujourd'huy au monde.
La dicte Dame, d'ung visaige fort joyeulx et contant, après plusieurs mercyemens de la privée communication, que luy faisiez de voz affères, m'a dict que les choses, à ce qu'elle voyoit, estoient en meilleurs termes qu'on ne le luy avoit dict, et qu'elle desiroit toutjour que la fin s'en ensuyvyst sellon le bien et repos de vostre royaulme; et qu'elle pensoit bien qu'il pouvoit y avoir des considérations que, possible, Vostre Majesté estimoit toucher et à sa réputation, et au debvoir de ses subjectz, qu'ilz acceptassent d'eulx mesmes vos offres, sans y estre induictz par la persuasion de nul autre prince, ce qu'elle sera très ayse qu'il puisse ainsy advenir; mais si, d'advanture, il y intervient aulcune difficulté, qu'elle vous réservera toutjour ceste vollonté et affection qu'elle vous a offerte pour s'y employer à toutes les heures, que vous cognoistrez qu'il en sera besoing, avec aultant de désir de vous y conserver les avantaiges, qui vous sont deuz, comme si elle avoit l'honneur que vous fussiez son propre filz.
Sur lequel propos je l'ay layssée assés discourir, et estant peu à peu venue d'elle mesmes à parler de la bonne affection que vous monstrez luy porter, j'ay suyvy à luy dire que c'est ce qui vous faisoit plus de mal au cueur, qu'estant vostre dellibération de persévérer constantment en son amytié, vous ne pouviez toutesfoys estre jamais bien ouy d'elle sur les affères de la Royne d'Escoce, et que vous vouliez bien dire que c'estoit, par grand force et à vostre très grand regrect, que vous estiez contrainct d'avoir là dessus différant avec elle, et que vous estiez hors de toute coulpe de l'altération qui en pourroit venir entre vous, et des maulx qui s'en pourroient ensuyvre au monde; qu'ayant Vostre Majesté, despuys l'aultre foys que j'avois parlé à la dicte Dame, entendu ce qui avoit succédé en Escoce, vous me commandiez de luy dire que, désormais, vous aviez, de vostre part, satisfaict à toutz les debvoirs et paysibles offices, en quoy vous pouviez estre obligé envers son amytié; d'avoir premièrement exorté la Royne d'Escoce de luy donner tout le contantement d'elle et toute la satisfaction sur ses affères, et luy réparer, à son pouvoir, toutes les affères qu'elle luy pourroit redemander; et puys à elle, de vouloir condescendre à telles raysonnables condicions envers la dicte Dame, pour sa liberté et restitution, comme elle mesmes pourroit juger estre honorables, advantaigeuses et bien seures pour elle et pour sa couronne, non toutesfoys esloignées de l'honnesteté et modération qui doibt estre gardée entre telles princesses, avec offre que vous les feriez accomplyr; dont estimiez que, non seulement il vous estoit meintennant faict tort d'estre rejetté et reffuzé là dessus, mais encores grand injure, de ce que, sans respect de voz offres et remonstrances, elle avoit commencé de procéder par la force, de fère le gast, de brusler, de raser les maysons des gentishommes et usé de toutes voyes d'hostillité dans l'Escoce; que pourtant, oultre ce que je luy avois dict, par voz lettres du XIIe d'avril, je n'obliasse rien de ce que je verroys par voz présentes, du IIIIe de may, estre de vostre intention de prier et exorter la dicte Dame qu'au nom de vostre commune amytié, et de la paix, alliance et confédération d'entre Voz Majestez et vos couronnes, elle vollust retirer ses forces hors du dict pays et n'en y plus envoyer; et que je vous résolusse promptement de ce qu'en aurez à espérer, et en quelle vollonté je pouvois cognoistre qu'elle estoit meintennant envers la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, parce que, allantz ses affères de mal en piz, vous commandez de cognoistre qu'il vous falloit désormais prendre les dilays, dont l'on luy usoit, pour manifestes reffuz; et que vous me tanciez bien fort de quoy je vous avois longuement entretenu sur les bonnes parolles de la dicte Dame; et qu'en lieu de la modération que je vous avois promiz d'elle envers la Royne d'Escoce, vous voyez qu'il n'avoit succédé qu'ung grand commancement de guerre; que meintennant elle me mettoit encores en une plus grand peyne commant vous pouvoir satisfaire sur ce que, de nouveau, j'avois entendu qu'elle avoit envoyé deux mille harquebouziers au comte de Morthon jusques à Lislebourg; en quoy je la prioys de considérer que, puysqu'elle avoit ainsy baillé son secours aulx ennemys de la Royne d'Escoce, avec lesquelz elle n'a nulle confédération, que vous estimeriez vous estre beaucoup plus loysible de bailler le vostre aulx amys de la dicte Dame, laquelle vous estoit très estroictement alyée; et que je ne sçavois si desjà il y avoit des compaignies embarquées, et que pourtant je luy voulois bien fère, de rechef, la mesmes instance que dessus de vouloir retirer ses dictes forces affin de ne vous contraindre d'user de plus grandz, extraordinaires et violantz remèdes, que vous ne vouliez essayer en choses qu'ussiez jamais à démeller avec elle.
La dicte Dame, se trouvant en grand perplexité de ce propos, m'a respondu que, despuys ma précédante audience, elle avoit toutjour estimé que son armée seroit retirée à Barvyc, et me pouvoit jurer que de ceste segonde entreprinse il n'y avoit que vingt quatre heures qu'elle en avoit receu l'advis par le comte de Sussex; qui luy mandoit qu'il avoit esté contrainct d'en user ainsy, parce que le duc de Chastellerault avoit retiré les rebelles d'Angleterre, et les avoit introduictz au propre conseil d'Escoce, et ne luy avoit jamais vollu fère aulcune bonne responce, ou de les randre, ou de les habandonner; et que pourtant vous, Sire, ne debviez trouver mauvais qu'elle poursuyvît par dellà une entreprinse qui touchoit tant à son honneur.
Je luy ay toutjour grandement incisté de retirer ses dictes forces, et qu'au reste elle poursuyvyst la reddition de ses dicts rebelles par une aultre meilleure sorte de quelque honneste traicté avec la dicte Royne d'Escoce; sur quoy elle m'a bien dict beaucoup de bonnes parolles, mais non qu'elle ne l'ayt ainsy lors vollu accorder: de quoy estant sur l'heure entré en conférence avec les seigneurs de son conseil, avec remonstrance des inconvénians qui s'en pourroit eusuyvre, j'ay esté, le jour après, contremandé de la dicte Dame pour me trouver de rechef avec eulx; avec lesquelz j'ay enfin arresté les choses que Vostre Majesté verra par ung mémoire à part, lesquelles m'ont esté après confirmées par la dicte Dame; et Vostre Majesté aussi, s'il luy playt, les confirmera: et je mettray peyne qu'il en sorte quelque bon effect, bien que j'entendz, Sire, que, nonobstant cella, la dicte Dame a ordonné sortir promptement six de ses grandz navyres, avec douze centz hommes dessus, pour garder la mer; par ce, à mon adviz, que son ambassadeur l'a certainement advertye qu'il y a des gens toutz prestz en Bretaigne pour passer en Escoce; et elle vouldroit bien que ceste démonstration les retînt. Sur ce, etc. Ce XXVIIe jour de may 1570.
CERTEIN ACCORD FAICT AVEC LA ROYNE D'ANGLETERRE et avec les seigneurs de son conseille touchant les choses d'Escoce, du dict jour.
L'ambassadeur de France a dict à la Royne d'Angleterre que le Roy, son Maistre, la prie et l'exorte, au nom de leur commune amytié et de la bonne paix, alliance et confédération, qui est entre eulx et leurs couronnes, qu'elle veuille retirer ses forces hors d'Escoce, et n'en y envoyer plus d'aultres; et que le Roy, son dict Maistre, luy commande de le résouldre promptement en quoy il en doibt demourer, et en quoy il doibt demeurer de l'intention qu'il peult cognoistre qu'a meintennant la dicte Royne d'Angleterre vers la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, parce que, voyant aller les affères de la dicte Dame toujours de mal en piz, il commance désormais de prendre les dilays, qu'on use vers elle, pour manifestes reffuz;
Et que nul ne doibt trouver estrange, s'il prend ainsy à cueur ceste matière; car il y va, d'ung costé, de la conservation de l'amytié de la dicte Royne d'Angleterre, sa bonne soeur, qui est une chose qu'il estime estre de grande conséquence pour luy et d'une grande importance pour son royaulme; et, de l'aultre, de la protection et deffance de la Royne d'Escoce, sa belle soeur, de laquelle il n'y a celluy qui ne voye combien il touche à sa réputation et à l'honneur de sa couronne, et combien il est abstraint par grandes obligations de nullement l'abandonner.
Sur quoy la dicte Royne d'Angleterre, ayant faict aucunes responces sur l'heure au dict ambassadeur, elle luy a, le jour d'après, faict dire par les seigneurs de son conseil, et encores despuys elle mesmes le luy a confirmé de sa parolle, que, pour satisfère au désir du Roy, son bon frère, elle trouve bon qu'il soit envoyé ung gentilhomme de qualité devers le duc de Chastellerault et devers ces aultres seigneurs Escouçoys, qui tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour leur dire que, s'ilz veulent rendre les fugitifz d'Angleterre ou bien les habandonner, ou bien les retenir pour en rendre tel compte, comme sera porté par le tretté qui se fera entre elle et la Royne d'Escoce, qu'elle est contante de retirer toutes ses forces hors du dict pays d'Escoce;
Et, en ce que le dict duc de Chastellerault et les siens, et pareillement le comte de Morthon et ceulx de son party, se désarmeront d'ung costé et d'aultre, et que toute hostillité cessera dans le dict pays et entre les deux royaulmes d'Angleterre et d'Escoce;
A la charge aussi que, si le Roy, avant que ces choses soient acomplyes, avoit de sa part desjà envoyé ou faict passer de ses forces en Escoce, la dicte Dame ne veult estre tenue d'observer ce dessus, sinon que le dict Roy Très Chrestien les vollût révoquer, auquel cas elle révoquera pareillement les siens;
Et que Mr l'évesque de Roz nommera à Me Cecille le gentilhomme que la Royne, sa Mestresse, vouldra, pour cest effect, envoyer en Escoce, affin de luy bailler saufconduict, et en donner adviz à Mr le comte de Sussex, devers lequel il passera, et auquel sieur comte la dicte Royne d'Angleterre mandera d'acomplyr ceste sienne intention, aussitost qu'il aura sceu celle du susdict duc de Chastellerault;
Et que, par le dict ambassadeur de France et par l'évesque de Roz, seront baillées au gentilhomme qui yra en Escoce leurs lettres, servans à l'accomplissement de cest affère.
Et, quant à la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce, la dicte Royne d'Angleterre promect que, aussitost qu'elle aura receu la responce, que la dicte Royne d'Escoce luy vouldra fère sur les choses, qui naguières ont été trettées par son ambassadeur, l'évesque de Roz, avec les seigneurs de ce conseil, qu'elle y procédera avec tant de dilligence qu'elle veult bien que le Roy Très Chrestien, son bon frère, demeure juge que plus dilligentment il n'y pourroit estre procédé; et ainsy l'a elle confirmé et asseuré au dict sieur ambassadeur, en parolle de Royne et de princesse chrestienne pleyne de foy et de toute vérité;
Que, suyvant les choses susdictes le dict ambassadeur escripra au Roy, son Seigneur, de ne vouloir envoyer de ses forces en Escoce, ou, s'il y en avoit desjà envoyé quelques unes, qu'il les veuille tout incontinent révoquer.
CXIe DÉPESCHE
--du Ier jour de juing 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Efforts de l'abbé de Dunfermline pour arrêter l'exécution du traité conclu.--Nouvelles d'Écosse.--Armemens faits en Angleterre.--Exécution des Northon à Londres.--Espoir que le duc de Norfolk sera bientôt rendu à la liberté.--Nouvelles de la Rochelle et des Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour à la Royne d'Escoce, voyantz que la négociation que je faisois pour elle commançoyt de succéder, se sont esforcez d'introduyre l'abbé de Domfermelin pour m'y donner empeschement; lequel, n'ayant aporté qu'une simple lettre à la Royne d'Angleterre pour créance, ni pour toute aultre sienne instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoyé, affin d'estre remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incisté à la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibération et ses promesses, elle vollût recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa protection et le deffandre de la main meurtrière, qui naguières a faict mourir le père, et bientost après l'oncle; et que meintennant elle veuille, par son authorité ou par ses forces, fère aprouver les décrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont esté faictz, tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la nouvelle religion en son royaulme; et qu'à cest effect elle envoye réprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au contraire elle haste son secours à ceulx qui soubstiennent l'une et l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup d'honneur et de réputation à elle, grande seureté à son estat et couronne, perpétuel establissement en la religion par toute ceste isle, et ung très grand proffict et accommodement en toutz ses affères s'en ensuyvra, sans que, en l'exécution d'une si glorieuse et utille entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de difficulté. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layssé de fère confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de Lestre, à l'évesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit accordées et qui estoient arrestées entre nous; dont sommes après à les effectuer. Et cependant est arrivée la responce de la Royne d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguières faictes au dict évesque, lequel a demandé là dessus audience de la dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuzée; et aussitost que j'auray entendu ce qu'y sera tretté, je ne fauldray d'en donner adviz à Vostre Majesté.
J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont arrivez à Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent là sans fère grandz actes d'hostillité, et que le chasteau de Lislebourg ne respond rien à la ville, seulement les lairs de Granges et Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouçoys, qu'ilz y ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est à Glasco, avec bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant à l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fère sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible.
Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualité du North, qui s'apelloient les Northons, condampnez à mort comme coulpables de la dernière ellévation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les mener au suplice, le secrétaire Cecille survint en dilligence, qui fyt surceoyr l'exécution, et parla à eux, et estime l'on qu'il espéroit trouver en leur dernière déposition quelque vériffication contre la Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict: et le lendemain les deux ont esté exécutez. Il semble qu'il se commance d'ouvrir des expédians pour la liberté du dict duc, auquel trois de ce conseil sont desjà ordonnez pour aller après demain parler à luy; et son filz aysné, le comte de Sureth, est arrivé despuys huict jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand père maternel. Quelcun a bien osé entreprendre d'aposer sur la porte de l'évesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne d'Angleterre, mais on l'a incontinent ostée, et faict on grand dilligence de descouvrir d'où elle est venue; mais pour donner entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprimé un aultre placart.
[6] Cette bulle, en date du 25 février 1570, déclarait Elisabeth hérétique et schismatique, et relevait ses sujets du serment d'obéissance. La publication qui en fut faite à Londres causa le supplice de Felton, mis à mort le 8 août suivant. Elle est rapportée en entier par CAMDEN, _année_ 1570.
L'on commance, despuys ma dernière audience, d'avoir quelque meilleure espérance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguière venu de la Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a esté long temps en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dépesche qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrivée du comte Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premières. Les depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont esté desjà ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstré les difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et merchandises arrestées, et a esté remiz de leur fère responce d'icy à huict jours, à cause des affères d'Escoce; ce qui me faict juger que, sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend meintennant plus difficile à cest accord. Sur ce, etc. Ce Ier jour de juing 1570.
CXIIe DÉPESCHE
--du Ve jour de juing 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Nycolas de Le Poille._)
Hésitation du conseil d'Angleterre à assurer l'exécution du traité conclu.--Résolution prise par la reine de le maintenir.--Audience accordée par Élisabeth à l'évêque de Ross.
AU ROI.