Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième
Part 13
Et ayant le dict évesque de Roz, par aulcuns des siens, faict exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne, pour la Royne d'Escoce, il s'est excusé de le fère, disant y avoir assés longtemps qu'il a devers luy une lettre à cest effect de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a jamais peu avoir audience d'elle, comme, à la vérité, il y a dix sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fère venir meintennant ung nouveau ambassadeur sur cest affère, puysqu'elle en a renvoyé deux de grande qualité, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez pour les propres affères de son dict Maistre, ny aussi d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques à ce qu'on se sera accommodé soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort impertinent de le fère. Néantmoins, il donne espérance du contraire, ainsy que ce pourteur le dira à Leurs Majestez.
CVIIe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de may 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Oratio d'Almarana_.)
Nouvelles de l'invasion des Anglais en Écosse.--Prise du château de Humes, dans lequel ils se sont établis.--Nouvelles d'Allemagne et des Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce, despuys le VIIIe de ce moys, que je vous ay mandé, par le Sr de Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la Royne d'Angleterre, le jour précédant que je luy fisse instance, de vostre part, de ne fère entrer ses forces en Escoce, ou de les retirer, si elles y estoient entrées, avoit desjà mandé au comte de Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fère le gast; et le dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne: dont, le XXVIe et XXVIIe du passé, il a marché avecques l'armée jusques au chasteau de Humes, lequel délibérant prendre par force, et l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient dedans envyron quatre vingtz hommes, après qu'on a heu seulement tiré trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le XXIXe dudict moys: et milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit marché plus avant, a esté encores ceste foys rencontré par les fugitifz anglois, et par aulcuns Escouçoys qui l'ont chargé, et y a heu ung assés aspre combat; mais il s'est retiré avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et sans que le dict de Sussex ny luy ayent passé à plus grand exploict. Après avoir layssé deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes, ilz s'en sont retournez, le IIe de may, à Barvich, d'où j'entendz, Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dépesché un gentilhomme devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: sçavoir, sur les difficultez qui se présentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre, qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle doibt mettre en ces Escouçoys, qui disent estre de son party; sur avoir suplément de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que porte sa commission, car ceulx qui, jusques à ceste heure, sont entrez en Escoce, n'ont esté guières plus de cinq mil hommes et douze centz chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fère razer le dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste, à quoy elle veult que son armée s'employe le reste de cest esté.
Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a esté seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle est après à donner ordre qu'il luy soit bientost envoyé argent et toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores bien résolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise; et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre, mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la frontière pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fère les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict; et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne sçay si, cy après, elle luy commandera de rentrer encores pour la troisième foys en Escoce.
Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mandé au dict de Sussex que ses mauvais déportemens contraindroient enfin les Escouçoys, à leur grand regrect, d'avoir la guerre à la Royne, sa Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Françoys qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne s'estoient assemblez avec le comte de Morthon à Lislebourg, pour s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces sur une rivière, et leur ont empesché le passaige. J'espère que par ces difficultez, et par la déclaration que Vostre Majesté a faicte fère à la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener à quelque meilleure rayson. Le comte de Lenoz, à ce que j'entendz, est demeuré mallade à Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne sçay encores s'ilz auront mandement de retourner à Lislebourg.
La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant arrivée à Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont allés conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella m'a l'on confirmé que les lettres de crédit, que ceulx de la nouvelle religion ont obtenues icy, y ont esté apportées pour être forny de dellà, jusques à cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier, seront en toutes sortes payez contant. L'on espère du premier jour la conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont esté mutuellement arrestées icy en Flandres, et ne pensent les Anglois qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficulté pour l'empescher. Il est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en sont encores si près. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de may 1570.
CVIIIe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de may 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Magnifique Donato._)
Changement survenu dans les résolutions de la reine d'Angleterre, qui hésite à poursuivre avec vigueur la guerre d'Écosse.--Espoir de l'ambassadeur qu'elle va consentir enfin au rétablissement de Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la Rochelle et des Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, ce n'est sans une très grande difficulté, mais non aussi sans beaucoup d'estime de vostre réputation, qu'il se commance à manifester quelque effect du bon office, que m'avez commandé de fère icy pour la Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espère, sans quelque accommodement de voz affères, s'il peult estre conduict à sa perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu estoit le plus allumé, et que la Royne d'Angleterre se sentoit extrêmement offancée, et que son armée estoit desjà entrée en Escoce; à l'occasion de quoy le dict office a trouvé de l'obstacle et de l'empeschement davantaige à estre bien receu. Néantmoins il a esté proposé tel, et en tel façon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce que despuys s'en est ensuyvy:
Que la Royne d'Angleterre n'a poursuyvy la guerre d'Escoce de la mesme ardeur qu'elle l'avoit commancée, ainsy que mes précédantes vous l'ont tesmoigné; qu'elle est entrée en ung grand doubte de son entreprinse, puysqu'elle vous y voyt opposant, et semble bien, que desjà elle commance de quicter l'obstinée résolution, qu'on luy avoit faict prendre, d'en venir à boult par la force, pour dorsenavant s'y conduyre par ung plus modéré expédiant; que les seigneurs de son conseil en sont entrez en une grande contention et en manifeste contradiction entre eulx; que ceulx du bon party ont reprins cueur, qui est d'aultant diminué aulx autres; finalement, que la dicte Dame monstre de vouloir meintennant beaulcoup plus entendre à la restitution qu'à la ruyne de la Royne d'Escoce; et en sont les choses si avant qu'elles doibvent estre débattues à plain fondz, et déterminées, à Amthoncourt, mercredy prochain, que le conseil y sera pour cest effect assemblé, et monstrent les malveuillans de reffouyr assés la lice, dont les amys se disposent, de tant plus gaillardement, à bien deffandre la cause qu'ilz voyent, Sire, que avez desjà commance de la prendre à cueur, et qu'ilz ont grand confiance que vous la favoriserez de mesmes en tout ce qu'elle aura besoing, cy après, d'estre aydée de parolle, ou des démonstrations, ou des bons effectz de Vostre Majesté: car sans cella ilz despèreroient non seulement de vaincre, mais de pouvoir soubstenir les effortz et l'impétuosité des aultres.
Je ne sçay encores, Sire, que me promettre, ny que vous debvoir fère espérer de l'yssue de ce conseil, veu l'instabilité que j'ay veue et souvant esprouvée de ceulx qui en sont, et veu les artiffices de ceulx qui plus possèdent ceste princesse; lesquelz luy ont desjà formé mil préjudices dans son esprit contre la Royne d'Escoce. Néantmoins, de tant qu'on m'a adverty assés en général, et sans grande expéciffication, qu'elle veult, en toutes sortes, prandre expédiant avecques sa cousine, et veoir comme elle pourra tretter seurement avec elle des poinctz qui s'ensuyvent: sçavoir; du tiltre de ceste couronne, d'une ligue et de la religion; je vous suplie très humblement, Sire, me commander comme j'auray à me conduyre sur toutz les trois; s'il convient que j'y intervienne au nom de Vostre Majesté; et aussi comme, et en quelz termes il vous plairra que, au cas que on veuille interrompre ou prolonger la matière, je poursuyve l'instance, que j'ay desjà commancée, pour luy donner l'accomplyment que convient à l'honneur de la parolle et déclaration de Vostre Majesté.
J'entendz que le lair de Granges, cappitaine du chasteau de Lislebourg, a esté essayé, par argent et par grandz promesses, de vouloir prendre le party de la Royne d'Angleterre, mais il a fermement respondu qu'il sera fidelle jusques à la mort à sa Mestresse; et dict on que, despuys que l'armée d'Angleterre a heu faict les deux courses dans l'Escoce, le comte de Morthon et ses adhérans ont esté proclamés traystres, et rebelles, et autheurs d'avoir introduict les ennemys dans leur pays.
Barnabé est revenu despuys trois jours de la Rochelle, lequel monstre, par ses propos, qu'il a esté jusques au camp des princes. Il confirme bien fort que la paix se fera, et que Mr l'Admyral la désire; de quoy aulcuns icy mal affectionnez monstrent n'en estre guières contantz. Ung des gens du prince d'Orange, après avoir toutz ces jours faict de grandes sollicitations en ceste court, se prépare de partir pour Allemaigne. Je ne sçay encores avec quelles expéditions il y va. L'on dict, touchant les différans des Pays Bas, qu'il y a desjà des articles accordez sur le faict des deniers et merchandises, et que bientost doibvent venir des commissaires flamans par deçà, pour conclurre le tout. Sur ce, etc.
Ce XVIIe jour de may 1570.
En fermant la présente l'on m'est venu advertyr que l'abbé de Domfermelin est arrivé, je ne sçay si cella traversera ce qui est bien commancé pour la Royne d'Escoce.
CIXe DÉPESCHE
--du XXIIe jour de may 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne._)
Propositions faites à l'évêque de Ross par le conseil d'Angleterre pour la restitution de Marie Stuart.--Déclaration de l'évéque sur les conditions qui lui sont offertes.--Mission de l'abbé de Dunfermline en Angleterre.--Nouvelles d'Écosse.--Doutes sur la conclusion de la paix en France; continuation des emprunts pour la Rochelle.--État de la négociation dans les Pays-Bas.
AU ROY.
Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a esté assemblé pour dellibérer, devant elle, s'il estoit expédiant ou non qu'elle entendît à la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que desjà la dicte Dame estoit aulcunement bien disposée d'y entendre, les malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue à ce que l'évesque de Roz seroit incontinent mandé pour adviser, avec luy, comment et à quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon accommodement, qui peult estre à l'honneur et à la seurté de la Royne d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant le dict sieur évesque appellé, l'on luy a proposé les trois poinctz; desquelz, en mes précédantes du XVIIe de ce moys, je vous ay faict mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement de la nouvelle religion; et y a esté adjouxté celluy que je vous avois auparavant mandé, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme, d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par deçà pour tretter de ces choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incisté au dict sieur évesque a esté des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle et bailler ostaiges pour l'entretennement du tretté qui s'en fera, parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majesté.
Le dict sieur évesque leur a respondu, en général et bien fort saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer très fermement et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son cueur, que de donner à la Royne d'Angleterre, et à toute la noblesse de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande satisfaction sur ses affères qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende très libérallement à tout ce que la dicte Royne, sa bonne soeur, et eulx estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres non, et que aulcunes sembloient estre assés aysées, les aultres très difficiles, il les requéroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa liberté, et, après la liberté, d'en aller conférer avec sa dicte Mestresse, et puys, permission à elle d'envoyer devers les Estatz de son royaulme, affin de leur communiquer et leur fère bien recepvoir le tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien légitimement arresté là dessus.
Voilà, Sire, l'ouverture qui a esté desjà faicte en cest affère, sur lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majesté, et toutes en doibvent assés dépendre, il vous plairra me commander comment j'auray à m'y conduyre, ayant cependant proposé d'ayder, en tout ce qu'il me sera possible, l'advancement de la matière, et vous advertyr souvent de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle suyvre, le plus près que je pourray, ce que Vostre Majesté m'aura mandé estre de son intention, et convenable à l'honneur de sa couronne et utilité de son service. Le dict sieur évesque, ouy l'abbé de Domfermelin, a esté appellé, mais je ne sçay encores ce qu'il a proposé, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict qu'il a fort incisté d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de Glancarve, ont mandé au comte de Sussex, qu'il leur vollût promptement envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorité du jeune Roy, premier que tout le pays se fût remiz à l'obéyssance de la Royne d'Escoce, sa mère, parce que le duc de Chastellerault, pour y trouver moins de difficulté, s'efforceoyt de fère publier que toutes choses eussent à s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorité d'elle, durant la minorité de son filz, il a esté mandé au dict de Sussex qu'il ayt à leur envoyer, tout incontinent, deux mille des meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'armée, soubz la conduicte du capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibération n'y ayt heu beaucoup de débat dans ce conseil, mais enfin il a esté résolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouçoys que d'envoyer du secours à leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les choses divisées de dellà jusques à ce qu'elles seroient composées, icy, avec la Royne d'Escoce.
J'estime, Sire, que cest affère marchera de mesmes que la paix de vostre royaulme, car si l'on vous voyt démeslé de la guerre de voz subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus ayséement icy aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il semble qu'ilz tiennent pour assés doubteuse la conclusion de la dicte paix, à cause d'ung discours qui a esté envoyé de la Rochelle sur la négociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layssé de se pourvoir du plus de crédit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et desjà y ont envoyé les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores longuement continuer.
Ceste princesse trouve assés de difficulté à lever l'emprunct de trois mil privés scelz qu'elle a naguières imposez, et n'entreprend d'user de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque nouvelle eslévation. L'on attand l'arrivée de deux commissaires, des quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en sçavoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espère qu'ilz s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestées, mais que néantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores en suspend à cause de certaines difficultez de la religion et de la jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de may 1570.
CXe DÉPESCHE
--du XXVIIe jour de may 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon._)
Discussions dans le conseil d'Angleterre.--Résolution qui a été prise d'éviter la guerre avec la France.--Mise en liberté de l'évêque de Ross.--Audience.--Communication donnée à Élisabeth de l'état des négociations sur la paix en France.--Vive insistance de l'ambassadeur pour obtenir que les Anglais se retirent d'Écosse, et que Marie Stuart soit rendue à la liberté.--Nécessité où se trouve le roi de prendre les armes pour défendre les Écossais.--Explication donnée par Élisabeth des motifs qui ont dû la forcer à envahir l'Écosse.--Résolution du conseil.--_Accord touchant l'Écosse._ Traité conclu, sauf la ratification du roi, entre l'ambassadeur et la reine d'Angleterre, contenant les conditions sous lesquelles la reine consent à retirer son armée d'Écosse, et à négocier la restitution de Marie Stuart.
AU ROY.
Sire, despuys la déclaration que Vostre Majesté m'a commandé de fère à la Royne d'Angleterre touchant la Royne d'Escoce et son royaulme, je n'ay cessé de la presser bien fort qu'elle y vollût prendre ung présent expédiant, et voyant que desjà je l'y trouvois ung peu disposée, j'ay instantment sollicité les amys de ne laysser réfroydir la matière; lesquels ont tant faict que, nonobstant l'audacieuse opposition des adversayres, dont les ungs ne se sont peu tenir d'user de parolles insolentes, et les aultres se sont expressément absentez pour y cuyder mettre du retardement, le conseil a esté tenu là dessus; auquel, entre aultres choses, j'entendz qu'il a esté résolu, par l'opinion de la dicte Dame, plus que par celle de nul des siens, qu'il falloit en toutes sortes éviter d'avoir la guerre avec Vostre Majesté; et qu'ayant bien cogneu par mes propos qu'indubitablement l'on y viendroit, et que mesmes les Françoys seroient bientost en Escoce, si son armée passoit plus avant en pays, et s'il n'estoit bientost prins quelque expédiant sur les affères de la Royne d'Escoce, qu'elle vouloit que, tout présentement, l'on y advisât.
Sur quoy, ceulx qui nous sont contraires n'ont failly de luy remonstrer que, pour estre le propos de la paix de vostre royaulme plus près d'estre rompu que conclud, vous n'aviez garde d'envoyer meintennant en Escoce les gens qui feroient bien besoing à vostre propre défance; et que, si vous entrepreniez d'y en envoyer, ainsi que je le donnois entendre, qu'il failloit qu'elle fît sortir ses navyres, qui sont toutz pretz, en mer, pour vous empescher, et qu'ilz ne voyent qu'il y eust encores nulle occasion qui la deubt divertyr de la première dellibération.
Les amys, au contraire, prenans fondement sur ce qu'il falloit évitter d'avoir la guerre avec Vostre Majesté, ont asseuré, par la cognoissance qu'ilz ont des choses de France, que les Françoys ne fauldroient d'entrer en Escoce, si vous entendiez, Sire, que les Anglois y prinsent pied; et que, de jetter leurs navyres dehors, il fauldroit, s'ilz rencontroient la flotte françoyse, qu'ilz la combatissent, et que la guerre se commenceroit trop plus ouvertement en ceste sorte contre la France, que quant les Françoys seroient descendu en Escoce, lesquelz ne seroient lors prins que pour auxiliaires: mais que le meilleur estoit qu'elle commençât de tretter avec l'évesque de Roz et avec moy de quelque bon accommodement là dessus.