Part 9
Et encores, après avoir examiné, à part, le dict Sr de La Mole de l'intention de Monseigneur le Duc, son Maistre, pendant que les dicts du conseil me vindrent parler d'aulcunes aultres choses, à quoy je m'assure qu'il la satisfit grandement, elle nous remeit à nous revoir encores le lendemein, où nous ne fallismes de nous rendre à l'heure accoustumée, et trouvasmes qu'elle avoit desjà escripte la lettre de la Royne, vostre mère, de laquelle elle nous fit communicquation; et nous dict qu'elle estoit après à mettre la mein à la vostre, et qu'elle vous vouloit prier toutz deux de respondre pour elle à celle de Monseigneur le Duc, se ressouvenant bien que, d'aultresfoys, je luy avois faict faire une semblable erreur en pareille occasion; mais nous la conjurasmes tant, et luy fismes de si humbles prières pour ceste faveur vers Mon dict Seigneur le Duc, qu'enfin elle nous promit d'escripre à toutz deux voz frères. Et nous ayant encores, puis après, menés à la chasse, et faict plusieurs aultres honnestes et favorables démonstrations, et qu'elle heût monstré en toutes sortes de demeurer très satisfaicte de toute la légation du dict Sr de La Mole, et bien fort grandement de luy mesmes, elle nous licencia très gracieusement toutz deux, et adjouxta ce mot, Sire,--«Que le dict de La Mole s'est si sagement et en si bonne façon conduict et comporté, en tout ce qu'il a heu à dire et faire en ceste court, qu'il y a layssé une très bonne opinion de luy, et y sera toujours fort bien venu.» Et sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour d'aoust 1572.
Les seigneurs de ce conseil estiment que le capitaine Serras, à présent gouverneur de Fleximgues, a intelligence avec le duc d'Alve, dont vous suplient que, si Vostre Majesté entend que les angloys, qui sont au dict lieu, se soient pourveus pour leur seurté contre le dict Serras, que ne le vueilliez interpréter qu'à bien, et faire que les françoys n'entreprennent de s'y oposer.
A LA ROYNE.
Madame, de tant que, par aulcunes de voz responces à Mr de Walsingam, la Royne, sa Mestresse, avoit prins opinion que Vostre Majesté n'estoit si affectionnée au bon propos, qui est maintenant en termes, comme elle l'eût pensé, et luy en estant le souspeçon aulcunement confirmé par quelques lettres, qui naguières avoient été surprinses, nous avons esté en grande perplexité comme luy oster ceste impression; mais elle mesmes nous en a mis en chemin, nous racomptant par ordre tout le contenu de la lettre du XXIIe de juillet, de laquelle vous nous deffandiez de luy en parler, et nous faysant faire par ses conseillers tout le discours d'icelle et des subséquentes, jusques à la responce, ce qui nous a donné argument, en luy en épluchant bien toutz les poinctz, de luy faire cognoistre que Vostre Majesté avoit heu occasion de parler en la façon qu'elle avoit faict, et qu'elle pouvoit bien comprendre (par la petite lettre que m'aviez despuis escripte, du Xe du présent, et par celle de Mr Pinart, de mesmes dathe, lesquelles nous luy fismes voyr bien à propos), que vous ne persévériez en nulle plus fervente affection au monde qu'en celle de ce mariage.
Et me semble, Madame, que ce petit inconvénient n'est advenu que pour bien, pour la faire déclarer davantage et tirer plus de lumière de son intention; mesmes que, l'ayantz supliée de n'en imputer rien à son ambassadeur, ains plustost à Voz Majestez et au trouble que ce avoit esté en vostre cueur de n'avoir trouvé tant de correspondance en sa responce comme vous l'aviez espéré, elle nous a assurez qu'elle n'avoit, ny pouvoit avoir, aulcun malcontantement de luy, et que nul gentilhomme de ce monde pourroit jamais mieulx mériter de ceste cause, et pour vous et pour elle, qu'il faysoit; mais ce qu'elle vous en mandoit par sa lettre serviroit bien fort à son propos; et néantmoins vous prioit de croyre qu'il n'avoit escript que en très bonne sorte toutes les choses que luy aviez dictes.
Sur quoy, Madame, je vous suplie très humblement me donner charge, par voz premières, de dire quelque mot à la dicte Dame du contantement que vous avez de luy, et cepandant prendre de bonne part si, pour ne rompre ce propos, Mr de La Mole et moy avons consenty à la dicte Dame qu'elle remît encores à Voz Majestez le poinct de l'entrevue; qui n'a esté sans que nous y ayons oposé toutz les plus grandz argumentz que nous avons peu, qui ont esté cause de nous faire gaigner les aultres deux pointz que verrez en la lettre du Roy; en laquelle nous racomptons les principalles choses de toute la négociation qui a esté faicte depuis nos précédantes; et cella avec quelque peu de longueur qui, possible, vous sera ennuyeuse, mais c'est affin que, par la représantation des mutuelz propos qui ont esté entre la dicte Dame et nous, et par ses démonstrations, que nous y avons exprimées, Voz Majestez puissent mieulx juger en quoy reste l'affaire maintenant, et y puissent prendre une plus certayne résolution; bien qu'il reste encores au dict Sr de La Mole de vous réciter assez d'aultres particullaritez pour en faire une histoyre: et luy veulx bien rendre ce tesmoignage qu'il a si bien accomply et sa légation, et vostre commandement, par deçà, et s'est en toutes choses si bien comporté que je ne l'eusse sceu desirer mieulx pour vostre service, ny pour la satisfaction de ceste princesse et de toute ceste court. Et vous suplie très humblement, Madame, de croyre qu'il n'a tenu à nous, ny à chose quelconque, qui se soit peu faire de la part de nous deux, qu'il ne vous rapporte maintenant l'entière résolution de l'affère; mais il se fault contanter de ce qu'on peut. Et aulmoins veux je bien, Madame, qu'il vous assure que, sellon les démonstrations de ceste princesse, nous l'avons layssée, ceste foys, beaucoup mieulx disposée vers Voz Majestez Très Chrestiennes et vers ce propos que je ne l'y avois vue auparavant; et ceulx qui y ont bonne affection nous crient: _que Monseigneur le Duc vienne_.
Dont, Madame, si Voz Majestez estiment que, pour une si haulte entreprinse, il faille mettre au risque et à l'azard la dicte entrevue, chose à quoy je n'oze adjouxter mon advis, parce qu'estant le faict de Monseigneur vostre filz, il doibt estre entièrement réservé à la détermination de Voz Majestez, je vous suplie très humblement vous en résouldre si bien, et si tost, que cella se puisse accomplir dans le prochein moys d'octobre au plus tard; de tant que les volontés ne sont perpétuelles, ny souvant de guières de durée, par deçà. Et desjà je sçay que, de dellà la mer, l'on sollicite instamment la ropture; dont sera très nécessayre de tenir fort secrette la dellibération que vous y ferez.
La noblesse de ce royaulme est très bien affectionnée à ce propos, les principalles dames de ceste court le favorisent, et ceulx du conseil ont faict ung singullier debvoir de l'advancer; dont adviserez, Madame, comme leur en faire quelque recognoissance, et comme satisfaire principallement au particullier de Mr le comte de Lestre, vers lequel, si Mr de Montpensier se rend si difficile, du party de sa fille, comme il me deffend par une sienne lettre de n'en parler jamais, Vostre Majesté pourra considérer s'il seroit bon que je mysse en avant celuy de madamoyselle de Chasteauneuf, ou de quelque aultre, que Voz Majestez vueillent apparanter avec semblables advantages, qu'avez desjà offertz pour la susdicte de Montpensier. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour d'aoust 1572.
_Par postille à la lettre précédente._
Le dict Sr de La Mole, pour l'honneur de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, a esté fort favorablement reçu de ceste princesse, et a esté bien traicté en sa court et en divers lieux de ce royaume, et honnoré, puis après, d'un présent, qui, à la vérité, n'a pas correspondu au reste, ny à la libéralité, dont le dict Sr de La Mole a uzé fort honnestement partout, ny à ce qu'on a veu de luy en ceste court, qui est arrivé à dix sept chevaulx de poste; car n'a esté que d'une cheyne de troys centz trente escuz, mais, possible, est advenu, par ce qu'on n'estoit en lieu commode. Et ne fauldra pour cella, Madame, que layssiez de remercyer du reste l'ambassadeur d'Angleterre, et que Monseigneur le Duc l'en envoye aussy remercyer. Et ne puis obmettre de vous ramantevoir tousjours les remèdes pour le visage de Mon dict Seigneur; car c'est chose qui m'est singullièrement recommandé de ce costé.
CCLXXIIe DÉPESCHE
--du XXXe jour d'aoust 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Fogret._)
Effet produit à Londres par la première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.--Saisie de la première dépêche adressée à l'ambassadeur.--Réception de la seconde.--Irritation des Anglais.--Résolution de l'ambassadeur de suspendre toutes les négociations.--Nouvelles d'Écosse.--Nécessité de donner à Walsingham en France les mêmes explications que doit donner l'ambassadeur en Angleterre.--Impossibilité où se trouve l'ambassadeur de répondre aux questions qui lui sont faites.
AU ROY.
Sire, ainsy que Mr de La Mole estoit prest à partir, jeudy matin, pour aller retrouver Vostre Majesté, le premier courrier que m'aviez dépesché, le dimanche, XXIIIIe de ce moys, arriva icy sans aulcun pacquet, parce qu'en passant à la Rye, où il estoit venu descendre, au partir de Roan, les officiers du lieu, ayant desjà veu arriver six ou sept bateaux des gens de la nouvelle religion de Dieppe, toutz épouvantez de la soubdaine sédition de Paris, prinrent la dépesche qu'il m'aportoit, et l'envoyèrent incontinent à la Royne, leur Mestresse, qui ne me l'a encores renvoyée, parce qu'elle est bien loing d'icy. Et le dict Sr de La Mole ne layssa, pour cella, de partir, l'après dînée, avec l'entier discours de toute la négociation qu'avions faicte jusques allors. Et, le soyr mesmes, vint le segond courrier, qui estoit party de Paris le mardy, XXVIe, par lequel, Sire, il vous a pleu me mander le regret, que Vostre Majesté avoit, que la sédition de ceulx de la ville n'estoit encores appaisée, et que je ne parlasse aulcunement des particullarités, ny de l'occasion d'icelle, jusques à l'aultre procheine dépesche, que Vostre Majesté me feroit, le jour ensuyvant[4]. En quoy j'estime, Sire, que vostre troysiesme pacquet m'arrivera plus tost que l'on ne m'aura rendu le premier; et, par ainsy, je parleray sellon icelluy, et non sellon l'aultre.
[4] Voir les lettres du roi en date des 24, 25, 26 et 27 août 1572, adressées à Mr de La Mothe Fénélon, ainsi que l'instruction qui y fut jointe; _Supplément à la Correspondance Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les lettres qui lui étaient écrites de la cour.
Et néantmoins je vous veulx bien dire, Sire, que tout ce royaulme est desjà plein de la nouvelle du faict, et que l'on l'interprète diversement sellon la passion d'ung chacun plus que sellon la vérité; dont je vous suplie très humblement de vouloir faire capable l'ambassadeur d'Angleterre des mesmes choses que me commandez d'en dire icy, affin qu'il y ayt confirmité de ses lettres à mon parler; car cella importe beaucoup. Et tout ainsy que je pense bien qu'ung tel accidant muera assez la forme des choses par dellà, je voy que l'on en est desjà icy en telle altération qu'il faudra, à mon advis, qu'on recommance une nouvelle forme d'y procéder, de vostre costé; et ne pouvant encores bien discerner comme elle aura à se faire, je laysseray toutes les choses du passé en quelque suspens, jusques à ce que, par celles qui sont freschement survenues, nous pourrons cognoistre comment nous gouverner vers celles d'après. Et adjouxteray seulement à ce pacquet l'extrêt d'ung chiffre, que j'ay receu de Mr Du Croc, et une lettre que la Royne d'Escoce m'a naguières escripte, avec ung sien mémoyre à part; et vous diray sur le tout, Sire, qu'il me semble tousjours plus expédiant que les différendz des Escouçoys soient remis à la détermination des Estatz du pays, que si Vostre Majesté les prenoit en sa mein; de peur de ne satisfaire à la Royne d'Escoce, et que ne divisiez l'estat, lequel vous voulez conserver entier à vostre allience.
Je suplie, de rechef, très humblement Vostre Majesté de faire bien informer l'ambassadeur d'Angleterre des choses qui ont passé à Paris, et garder que luy, ny nulz angloys soient oppressez de la sédition, car cella interromproit beaucoup la bonne intelligence qu'avez maintenant avecques ce royaulme. Et sur ce, etc.
Ce XXXe jour d'aoust 1572.
A LA ROYNE.
Madame, sur ung cas si nouveau et si inopiné, comme celluy qui est advenu, dimanche dernier, à Paris, l'on faict desjà icy tant de diverses interprétations, qu'on me met en grand peyne comme y respondre; et, ce matin, Me Wilson, maistre des requestes de ceste princesse, m'en est venu curieusement demander les particullarités, mais je me suis excusé de luy en rien respondre, à l'occasion que je n'avoys encores mon pacquet; et seulement luy ay dict que je creignois que ceulx de la nouvelle religion eussent donné occasion à ceulx de Paris de s'eslever contre eulx. Il n'est pas à croyre combien ceste nouvelle esmeut grandement tout ce royaulme. Je verray comment les choses s'y disposeront, et vous advertiray, le plus particullièrement qu'il me sera possible, de tout ce que, jour par jour, j'en pourray comprendre. Et sur ce, etc.
Ce XXXe jour d'aoust 1572.
CCLXXIIIe DÉPESCHE
--du IIe jour de septembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Remise à l'ambassadeur de la dépêche qui a été saisie.--Premiers détails de la Saint-Barthèlemy.--Mort de l'amiral Coligni.--Assurance que Walsingham n'a dû courir aucun danger.--Protestation de l'ambassadeur que l'exécution n'a point été préméditée.--Interruption de toutes les négociations avec la France.--Projet des Anglais de renouer leur alliance avec l'Espagne.--Demande de nouvelles instructions sur la négociation du mariage.--Exécution du comte de Northumberland à York.--Suspension du commerce avec la France.
AU ROY.
Sire, aussytost que les officiers de la Rye, qui avoient prins le pacquet que Vostre Majesté m'envoyoit par Nicollas le chevaulcheur, l'ont heu apporté en ceste court, ceulx de ce conseil, s'estant bien courroucés à eulx de la faulte qu'ilz avoient faicte de me l'avoir retardé, me l'ont incontinent remandé par le Sr de Quillegrey, avec plusieurs bien honnestes excuses, et m'ont faict prier que je leur fisse sçavoir si ce qu'ilz avoient ouy de tant de meurtres advenus à Paris, estoit chose véritable, et si Mr de Walsingam y avoit prins nul mal. A quoy pour leur satisfaire, j'ay communicqué au dict Sr de Quillegrey la première lettre de Vostre Majesté, du XXVIe du passé, et luy ay dict que je n'avois rien davantage de tout le dict faict de Paris, sinon que le chevaulcheur, qui estoit venu, assuroit que, depuis icelle escripte, et avant qu'il montât à cheval, il avoit veu la sédition bien allumée par la ville, et qu'il sçavoit certaynement que monsieur l'Amiral et plusieurs aultres de la nouvelle religion estoient mortz, mais n'avoit entendu d'où cella estoit procédé; et, quand à Mr de Walsingam, il croyoit qu'il n'avoit nul danger, parce que ceulx de Paris estoient assez bien instruicts qu'il failloit, en toutes choses, tousjours respecter les ambassadeurs.
Je croy, Sire, qu'il a esté fort à propos que le dict Sr Quillegrey et Me Wilson, maistre des requestes de ceste Royne, qui aussi m'est venu trouver de la part des seigneurs de ce conseil sur ceste occasion, ayent veu la dicte lettre, affin d'oster aux ungs et aux aultres l'impression qu'ilz avoient que ce fût ung acte projecté de longtemps, et que vous heussiez accordé avecques le Pape et le Roy d'Espaigne de faire servir les nopces de Madame, vostre seur, avec le Roy de Navarre, à une telle exécution pour y atraper, à la foys, toutz les principaulx de la dicte religion assemblés; ce que la dicte lettre monstre combien vostre intention a esté esloignée de cella, et combien le cas a esté fortuit et soubdein.
Je voy bien, Sire, que tout ce royaulme en est merveilleusement esmeu, et qu'on met en suspens le propos de Monseigneur le Duc, celluy du commerce, les entreprinses de Flandres et toutes aultres choses, jusques à ce que l'on ayt l'entier esclarcissement comme la chose a passé, et à quoy se résouldra meintenant Vostre Majesté de l'entretènement de l'édict de paciffication. Et cependant, Sire, il semble que ceulx cy veulent, en tout évènement, reprendre quelque nouvelle praticque avec Anthonio de Guaras, sur les lettres qu'il a apportées du Roy d'Espaigne et du duc de Medina Celi à ceste princesse, quand elle estoit à Quilingourt; desquelles la substance n'estoit que de la venue du dict duc aux Pays Bas; mais ilz veulent maintenant, sur l'occasion des choses de Paris, les fère servir à ung plus grand effect, s'ilz peulvent, et préparent aussy d'envoyer, du premier jour, quelqung en Allemaigne devers les princes protestans. Dont je retourne suplier très humblement Vostre Majesté, comme je l'ay desjà supliée par mes précédantes lettres, qu'il luy plaise me mander la façon comme j'auray à parler de cecy à ceste princesse, affin de la rendre capable de la vérité des choses; et que faciez, Sire, que Mr de Valsingam en soit aussy informé, affin qu'il le luy représente de mesmes par ses dépesches.
J'ay touché quelque mot au dict Sr de Quillegrey de ce que me mandiez en chiffre; à quoy il m'a respondu qu'il n'a pas quinze jours que la Royne, sa Mestresse, et les siens se fussent bien fort resjouys d'une telle déclaration, mais qu'à ceste heure il croyoit qu'ilz prendroient nouveaulx advis, et, possible, bien esloignés de ceulx qu'ilz avoient eus auparavant. Je l'ay fort assuré qu'aussytost que j'auroys de voz nouvelles, lesquelles ne pouvoient guières plus tarder, je les iroys apporter à la dicte Dame; et ainsy il l'est allé trouver. Je seray bien ayse, Sire, qu'incontinent après l'arrivée de Mr de La Mole, il vous playse me mander à quoy Voz majestez vouldront résouldre du propos de Monseigneur le Duc, affin que j'en reprenne les erres, le mieulx qu'il me sera possible.
Vendredy, XXIIe du passé, le comte de Northombelland a esté exécuté publicquement en la ville d'Yorc, non sans regret de plusieurs, mais sans tumulte de pas ung, parce qu'on révère bien fort par deçà la justice et l'authorité de leur Royne. Vray est qu'on n'a layssé de donner ung grand blasme aux Escouçoys sur l'indignité de cest acte, de ce que, contre l'ancienne observance d'entre ces ceulx royaulmes, ilz ont vendu la vie de ce seigneur, lequel estoit allé à refuge à eulx. Sur ce, etc.
Ce IIe jour de septembre 1572.
Depuis ce dessus, J'ay receu une lettre de Me Smith, à présent seul secrettaire d'estat d'Angleterre, touchant aulcunes choses d'Escoce, et le mémoyre qu'il m'a envoyé des dictes choses, en escouçoys. Il faict aussi quelque jugement de celles qui s'entendent de Paris, dont vous envoye l'original de sa lettre et le traduict du dict mémoyre. Ceste princesse est en quelque opinion d'envoyer bientost le Sr de Quillegreu en France. S'il y va, je creins qu'il passera en Allemaigne.
A LA ROYNE.
Madame, parce que ceulx cy délayssent presque toutes aultres choses en suspens, pour entendre à celles qu'on leur a rapportées de Paris, et sçavoir d'où est procédé l'occasion d'icelles, et quelles conséquences elles produiront, j'ay estimé qu'il n'estoit encores bien à propos d'aller trouver là dessus la Royne d'Angleterre, et qu'il estoit trop meilleur que j'attandisse vostre procheyne dépesche, affin de luy pouvoir mieulx apporter la certitude du tout, et avoir, premier que de luy en rien discourir, la forme comme il plerra à Voz Majestez que je en parle. Et cependant je satisfay, le mieulx que je puys, par la lettre du Roy, du XXVIe du passé, à toutz ceulx qui m'en viennent rechercher; et leur fay cognoistre que c'est ung cas fortuit qui oncques n'avoit esté projecté, et que le Pape, ny le Roy d'Espaigne, n'y sont, comme ilz l'estiment, en rien meslés; et qu'il y a grand apparance que ceulx de la nouvelle religion, après la blessure de monsieur l'Amiral, ayent eulx mesmes provoqué ceste entreprinse contre eulx.
Il y a plusieurs navyres dans ceste rivière, chargés de draps et aultres marchandises, pour France, qui debvoient faire voyle, à ce commancement de septembre; mais tout est arresté jusques à ce qu'on ayt plus grand esclarcissement de l'affaire, duquel je desire infinyement que l'ambassadeur d'Angleterre demeure bien édiffié, et que bonne édiffication en demeure pareillement vers toute la Chrestienté pour Voz Majestez Très Chrestiennes, et pour toutz les vostres, contre ceulx qui vouldront entreprendre d'en rien calompnier. Et sur ce, etc.
Ce IIe jour de septembre 1572.
Je ne puis faire, Madame, touchant le propos de Monseigneur le Duc, que je ne vous ramantoyve tousjours de faire accélérer les remèdes du visage, et de faire advancer, avec l'art, ce que la nature s'esforce de rabiller peu à peu d'elle mesmes, vous supliant très humblement d'essayer l'expérience du personnage que je vous ay envoyé; car la démonstration, qu'il m'en a faicte, est chose si aysée et si seure, que nul ne le pourra contredire, et j'en suis, de plus en plus, très instamment sollicité de ce costé.
CCLXXIVe DÉPESCHE
--du XIIIIe jour de septembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Nycolas._)
Irritation des Anglais; insultes et provocations faites à l'ambassadeur.--Précautions prises en Angleterre.--Demande d'audience.--Retard de la reine à l'accorder.--Audience. Froide réception faite par la reine.--Déclaration de l'ambassadeur de la nécessité où s'est trouvé le roi d'ordonner l'exécution de Coligni et des protestans, pour prévenir l'exécution qu'ils voulaient faire eux mêmes contre lui, la reine-mère, les ducs d'Anjou et d'Alençon.--Curiosité d'Élisabeth pour connaître les détails de l'évènement; regret qu'elle éprouve, non de la mort de l'amiral et des protestans, mais de ce qu'ils ont été punis sans l'intervention de justice; son desir que le roi se justifie complètement aux yeux de toute l'Europe.--Protestation de l'ambassadeur que l'exécution n'a pas été préméditée.--Crainte de la reine que l'alliance d'Angleterre ne soit désormais abandonnée par le roi.--Assurance donnée par l'ambassadeur que le roi persiste dans le traité d'alliance et dans la proposition du mariage du duc d'Alençon; demande que Leicester soit autorisé à passer en France.--Refus d'Élisabeth d'envoyer en France Leicester ou Burleigh, de peur qu'ils ne soient eux mêmes mis à mort.--Même communication faite par l'ambassadeur au conseil d'Angleterre.--Horreur inspirée par l'exécution de la Saint-Barthèlemy.--Nouvelle justification de la nécessité où s'est trouvé le roi d'agir ainsi qu'il a fait.--Explications demandées par le conseil sur la réception que peuvent espérer les marchands anglais à Bordeaux, et sur les projets de Strozzy en Flandre.--Vives assurances d'amitié données par l'ambassadeur.--État de la négociation concernant l'Écosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empêcher une rupture avec l'Angleterre.--Remontrances par lui faites du danger que courrait l'Angleterre si l'on forçait le roi à révoquer l'édit de pacification pour s'unir aux projets du pape et du roi d'Espagne.--Nécessité de maintenir cet édit en France, et d'en donner l'assurance à Walsingham.--Imminence du danger où se trouve Marie Stuart par suite de l'exécution faite en France.
AU ROY.