Part 7
Et je luy ay respondu, Sire, qu'il y avoit beaucoup de voyes bien honnestes et bien fort honnorables à Monseigneur le Duc pour venir vers elle, et qu'elle s'assurât hardiment d'avoir aujourdhuy tant de pouvoir sur luy qu'il feroit très volontiers tout ce qu'elle vouldroit, et qui seroit de son contantement; et que, sans doubte, il viendroit aussytost qu'il entendroit ceste sienne bonne volonté, mais elle mesmes ne le debvoit, en façon du monde, desirer sinon à la charge de le prendre pour mary, aussytost qu'il seroit icy, ou bien de le retenir prisonnier en la Tour de Londres; car il ne y avoit nulle assez honnorable voye pour s'en retourner: et que je ne croyois pas que Vostre Majesté, ny la Royne; qui est comme mère à toutz, voulussiez, sans quelque assurance du dict mariage, jamais consentir qu'il y vînt; ayant ajouxté, Sire, affin de ne laysser trop de dureté en ce qui, peu à peu, monstre se ramoller en ce propos, que, comme nous la suplions à elle de n'introduire nouvelles difficultés et longueurs en cest affère, qu'ainsy vous suplierions nous très humblement, Sire, de ne vous randre difficille en rien de ce que, sans diminuer la réputation de vostre couronne, ny la dignité de Mon dict Seigneur le Duc, vous pourriez complaire à la dicte Dame.
Et après plusieurs bien fort gracieulx propos, qu'elle nous a continués plus de troys heures à son grand contantement, quelquefoys avec toutz deux ensemble, et quelquefoys séparéement avecques luy, parce que j'ay estimé que cella seroit très oportun; et, après qu'elle nous a heu de rechef priés de randre plusieurs sortes de mercyementz à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, pour elle, avec une si honnorable mencion de Mon dict Seigneur le Duc que de plus honnorable ne s'en pourroit faire de nul prince qui vive, sans oublier ung expécial grand mercys de l'élection que Voz Majestez, et luy, aviez voulu faire de Mr de La Mole pour le luy envoyer, elle nous a, pour ceste première foys, bien fort gracieusement licenciez, remettant à nous voyr le jour ensuyvant à la chasse, où elle nous convioit.
Et, au sortir de la dicte audience, le dict Sr de La Mole a salué le comte de Lestre et le comte de Sussex, et Me Smith, avec les lettres qu'il leur a présentées et avec les bons propos qu'il leur a tenus; qui ont monstré d'adjouxter je ne sçay quoy de nouvelle disposition à celle qu'ilz avoient toutjours à ce propos. Et nous a le comte de Lestre depuis faict entendre qu'il seroit bon que ne nous lassissions de temporiser icy quelques jours; dont faysons estat d'accompaigner la dicte Dame jusques à Quilingourt, où milord de Burgley et le comte de Lincoln, qui sont maintenant absentz, ne faudront, lundy prochain, de s'y rendre.
Et cependant j'ay receu ung petit pacquet du Sr de Vérac, du pénultiesme du passé, qui porte l'abstinance d'armes en Escoce pour deux moys, sellon la forme d'un brouillard qui contient la publication que, ce mesme jour, en a esté faicte à Lislebourg; et ay pareillement sceu, en ce lieu, des nouvelles de la Royne d'Escoce par le retour d'ung mien secrettère, que je luy avois envoyé avec ce peu d'argent, qui m'assure qu'elle se porte bien de sa santé, mais ennuyée de se voir toutjours estroictement gardée, bien que, depuis ung moys, l'on luy permet de aller souvant se promener aux champs. Je n'ay oublié de faire vers la Royne d'Angleterre l'office que m'avez commandé pour elle, qui a esté assez bien receu. Il n'y a icy rien de nouveau de Flandres depuis mes précédantes. Sur ce, etc.
Ce VIIe jour d'aoust 1572.
La nuict après notre audience, la Royne d'Angleterre s'est trouvée bien mal pour s'estre promenée trop tard au serein, faysant bien froid; et pour avoir trop travaillé à la chasse, les jours auparavant; mais aujourdhuy elle se porte fort bien, et sommes conviez pour l'aller accompaigner aux champs après dîner.
CCLXIXe DÉPESCHE
--du XIe jour d'aoust 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bourdillon._)
Maladie et rétablissement d'Élisabeth.--Négociation de Mr de La Mole avec les comtes de Leicester, de Sussex et de Warwick.--Audience.--Insistance d'Élisabeth pour que le duc d'Alençon vienne en Angleterre.--Desir de Leicester d'être chargé d'une mission en France.--Nouvelles de Flessingue.--Crainte des Anglais que Strozy ne s'empare de cette ville pour la France.
AU ROY.
Sire, à l'occasion d'ung peu de mal d'estomac qui a prins à la Royne d'Angleterre, le jour qu'elle nous a donné audience, au lieu de Sthon, ainsy que, par le post scripta de noz précédantes, du Ve du présent, nous le vous avons mandé, elle a esté deux jours sans sortir de la chambre, pandant lesquelz les comtes de Lestre, de Sussex et de Warvic nous ont mené chez ung riche gentilhomme voysin; là où ilz nous ont faict fort honnorer et bien tretter, et nous ont, le matin et l'après dînée, donné beaucoup de plésir dans les parcz de la Royne, qui estoient là auprès, en diverses sortes de chasses qui n'ont esté moins roïales que si la Royne mesmes s'y fût trouvée; et avons heu ample commodicté de négocier avec les dicts deux comtes de Lestre et de Sussex, dont n'avons perdu temps. Cepandant milord trézorier est arrivé de sa mayson de Burgley, auquel moy, La Mole, ay faict l'exprès office de recommandation du faict de Monseigneur le Duc, de la part de Vostre Majesté et de celle de la Royne, et avec les mesmes lettres de Mon dict Seigneur, comme me l'avez commandé, qui ay trouvé qu'il estoit en toute bonne disposition.
Et le troysiesme jour, la dicte Dame, encores non du tout bien guérye, nous a permis de la voyr, laquelle, après nous avoyr compté de l'occasion de son mal, et nous avoyr infinyement mercyez de ce que nous avions monstré ung non moins extrême ennuy, durant sa douleur, que ung très singulier plésir après qu'elle nous heût mandé qu'elle luy estoit passée, elle nous a dict qu'elle avoit cerché son meilleur soulagement ez lettres de Vostre Majesté et en celles de la Royne, et de Nosseigneurs voz frères, et encores en celle que Monseigneur le Duc, en particullier, m'avoit escripte à moy, La Mothe; lesquelles elle s'estoit faictes toutes lire durant son mal, et y avoit trouvé tant de singullières et expécialles occasions de se resjouyr en la vraye amytié qu'il vous plaist à toutz luy porter, et vous en estre à jamais tant obligée que, quand elle auroit commancé bon matin de nous en dire des mercyementz, elle n'auroit achevé, à beaucoup d'heures de la nuict, à vous randre toutz ceulx qu'elle en avoit dans son cueur; mais elle vous prioit de croyre qu'elle avoit prins là dessus une très ferme résolution d'emploier une bonne partie de sa vye pour en avoyr aultant de recognoissance, comme Dieu feroit aparoistre au monde qu'elle en pourroit avoir les moïens; et qu'elle avoit pensé de ne se debvoir encores haster de respondre ceste foys à voz lettres ny à celles de la Royne, jusques à ce qu'elle heût entandu, par le Sr de Walsingam duquel elle attandoit d'heure à aultre ung courrier, comme Voz Majestez auroient prins sa responce; et pourtant, s'il nous plesoit temporiser jusques à Quilingourt, elle remettroit allors de faire ses lettres, ou sinon elle s'esforceroit de nous en bailler à ceste heure de telles qu'elle pourroit; et qu'elle nous avoit desjà dict que son desir seroit d'estre satisfaicte d'une entrevue, plus pour le contantement de Monseigneur le Duc, que pour le sien, bien qu'elle vouldroit que ce fût comme par fortune de temps, qui l'eût poussé par deçà; et que néantmoins plusieurs doubtes là dessus la mettoient en peyne, s'il luy arrivoit, d'avanture, quelque inconvénient au passage, ou bien si, estant icy, l'on ne se pouvoit accorder des condicions: dont remettoit cella à Vostre Majesté, affin que rien ne procédât jamais d'elle qui vous pût offancer; car c'est ce qu'elle vouloit le plus éviter en ce monde; bien nous vouloit dire qu'elle avoit des maysons assez voysines de la mer qui seroient fort à propos pour cest effect.
Sur quoy, Sire, commançantz à ce qu'elle nous avoit discouru de son mal, et puis de sa convalessance, et sur la faveur qu'elle nous faysoit de la pouvoir voyr, premier qu'elle fût du tout bien guérye, et sur le soing que cepandant elle avoit heu de nous faire donner du plésir dans ses parcz, mais principallement sur les bonnes parolles qu'elle nous venoit de dire de Vostre Majesté et de la Royne, et de Nosseigneurs voz frères, et de voz lettres, nous luy avons respondu, l'ung après l'aultre, tout ce que nous avons estimé qui estoit bien convenable de luy dire; et vous promettons, Sire, que ce a esté tant au contantement de la dicte Dame que, quand nous avons monstré creindre de l'ennuyer, pour n'estre encores parfaictement guérye, elle mesmes a estendu davantage le propos. Dont, sur celluy de notre temporisement icy, nous luy avons dict que Mr de Vualsingam ne luy pourroit mander rien de plus expécial de vostre intention que ce que Mr de Montmorency, Mr de Foix et moy, La Mothe, et puis voz précédantes lettres, et puis celles de maintenant, et encores ce que de parolle à moy, La Molle, et par escript à moy, La Mothe, vous nous aviez donné charge de luy en déclarer; et qu'il ne failloit, au cas que la responce qu'elle vous avoit desjà mandée ne fût si bonne comme vous la desiriez et l'espériez, sinon qu'elle la nous melliorât, et qu'elle la nous voulût faire entière et résolue; car serions prestz de l'accepter, et temporiserions très volontiers pour cest effect jusques à Quilengourt, ainsy qu'elle monstroit de le desirer; que, quand à l'entrevue, il n'estoit nul besoing de chercher en cella le contantement de Monseigneur le Duc, car non seulement il estoit très contant, mais tout transformé au desir des bonnes grâces et des perfections qu'il sçavoit estre véritablement en elle, mais c'estoit à sa satisfaction d'elle qu'on avoit à regarder; et que pour cella croyons nous bien que Monseigneur le Duc ne regardoit à nul danger ny inconvénient, ny s'il y auroit quelque diminution de sa propre grandeur, pourveu qu'il peût aultant defférer à celle de la dicte Dame; mais qu'il nous sembloit que Vostre Majesté, ny la Royne, ne le luy vouldriez jamais permettre, et qu'encor que vous jugiés très bien que nulle sorte de passer vers elle ne pourroit sembler que très honneste et pleine d'ung singullier plésir à ce prince, si, ne pouviez vous voyr qu'il luy en peût rester pas une honnorable ny sinon accompaignée d'ung extrême crèvecueur et d'ung perdurable regret, qui luy dureroit jusques à la mort, de s'en retourner refuzé ou non accepté; et qu'il nous sembloit qu'en ung affaire tant approuvé de Dieu, et louable devant les hommes, et tant plein d'honneur et de vray contantement aux deux partis, et desjà passé par le conseil universel des deux royaulmes, l'on ne debvoit proposer ung acrochement, lequel monstroit partir de l'invention de quelque maulvès ange, qui ourdissoit desjà, par la longueur et par la difficulté de ceste entrevue, une entière ruyne du propos, premier qu'il fût conclud.
La dicte Dame, ayant un peu pensé là dessus, a monstré qu'elle desireroit infiniement de cognoistre quel auroit à estre Mon dict Seigneur le Duc vers son amytié, et a percisté qu'il luy failloit attandre quelque dépesche du Sr de Walsingam; puis a passé à plusieurs gracieulx propos d'elle et de Monseigneur le Duc, au cas que le dict mariage succédât entre eulx: dont, ayant préveu ensemble qu'il ne seroit que bon que moy, La Mole, luy en continuasse encores aulcuns à part d'aulcunes privés particullarités et remarquables enseignes de l'inthime affection et dévotion de Mon dict Seigneur vers elle, moy de La Mothe, les ay ung peu layssez toutz deux, qui en ont tenu plusieurs, desquelles elle a monstré, de son costé, en sentir ung fort singullier contantement; et moy, La Mole, suis retourné du mien avec tousjours meilleure espérance, comme j'espère bientost vous en aller rendre compte. Cepandant moy, La Mothe, ay pressé milord de Burgley de nous faire avoir une résolution, et il n'a heu rien d'assez aparant pour en excuser davantage sa Mestresse, sinon de me dire que Vostre Majesté auroit trouvé la responce en telz termes qu'il n'estoit possible qu'on passât à rien plus avant, que vous n'eussiez de rechef parlé, bien qu'il me vouloit assurer que luy et les deux comtes trouvoient que le voyage de moy, La Mole, estoit très oportun, et très oportunes les lettres que j'avoys apportées, et qu'il ne vouloit, de sa part, encore cesser de bien espérer.
Ainsy, Sire, nous suyvons jusques à Quilingourt, et nous veulent, ceulx qui sont bien intentionnés en cest affaire, persuader que ce que ceste princesse monstre d'avoir fort grande affection à ceste entrevue est le meilleur signe qui se pourroit desirer d'elle, dont nous conseillent de ne le trop rejecter. Et le comte de Lestre m'a encores refrayschy à moy, La Mothe, qu'il avoit ung grand desir d'aller en France pour la conjouyssance des premières couches de la Royne Très Chrestienne, et qu'il seroit tousjours prest de partir dans troys jours, après que la Royne, sa Mestresse, le luy auroit commandé; laquelle nous a desjà dict, Sire, qu'elle le vouloit de bon cueur, pourveu que ce fût ung filz, et qu'elle prioit Dieu de vous donner ung daulfin.
Maistre Pelan a rapporté de Fleximgues que la ville est tenable, si la Royne, sa Mestresse, la veult prendre en sa protection; mais il semble que, icy, l'on est entré en quelque souspeçon que le Sr Strossy s'en vueille saysir, et qu'il a desjà escript à ceulx qui y commandent d'y vouloir recepvoir deux mille françoys. Sur quoy quelqun m'a declaré à moy, La Mothe, que cella réfroydira bien fort les Angloys, et qu'ilz ne voudroient que les Françoys entreprinsent rien de ce costé, à la charge qu'ilz favoriseroient tout ce qu'ilz vouldroient entreprendre ez aultres endroictz. J'ay jetté bien loing tout ce qu'on m'a dict du dict Sr Strossy. Hier, ung des gens du prince d'Orange a esté renvoyé d'icy avec force bonnes parolles, et attand l'on de luy une plus solenne légation, quand il sera plus avant en pays; dont lors il sera mieulx respondu. Sur ce, etc.
Ce XIe jour d'aoust 1572.
CCLXXe DÉPESCHE
--du XIIIe jour d'aoust 1572.--
(_Envoyée jusques à la court par Mr de L'Espinasse._)
Nouvelles d'Écosse.--Vives plaintes de l'ambassadeur contre le mépris que font des ordres du roi les Ecossais qui occupent Leith.
AU ROY.
Sire, estant Mr de La Mole et moy en ce lieu de Conventery, à la suyte de ceste princesse, laquelle arrive aujourdhuy en la mayson du comte de Lestre à Quilingourt, qui est à quatre mille d'icy, le Sr de L'Espinasse m'a envoyé de Londres en hors les mémoires qu'il a raporté d'Escoce, sur lesquelz je me suys infinyement esbahy des façons de procéder de ceulx du Petit Lith, qui sont telles qu'elles me semblent bien requérir, Sire, que Vostre Majesté y pourvoye avec authorité pour ne laysser aller les choses, qui ont esté, en ce faict, faictes et négociées par vostre ambassadeur en vostre nom, à l'indignité que ceulx du Petit Lith monstrent qu'ilz les veulent réduyre, qui n'est sans beaucoup de mespris et quasy mocquerye de vostre grandeur. Il est vray que la passion les mène de vouloir chercher tant d'avantage qu'ilz pourront pour ruyner ceulx qui leur font teste; et, si l'assemblée du parlement se pouvoit tenir, possible que l'on parviendroit à quelque accord, mesmement si Vostre Majesté monstre qu'en toutes sortes elle veult et entend qu'il se face, et qu'il vous plaise en parler vifvement à l'ambassadeur d'Angleterre et luy dire que vous n'estes pour comporter qu'on achève de ruyner cest estat, ny que les dicts du Petit Lith abusent des mesmes moyens qui procèdent de vous contre ceulx qui, plus que eulx, ont espéré en Vostre Majesté.
Je verray, Sire, comme la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil prendront le faict, et requerray en cella ce que j'estimeray convenir au bien de vostre service; dont par mes premières je ne faudray de vous en escripre ce qu'ilz m'y auront respondu. Et cependant, pour ne rien retarder, je mande au dict Sr de L'Espinasse de parachever sa dilligence vers Vostre Majesté, vous supliant très humblement de le renvoyer, ainsy bien et bientost expédié, comme jugerez qu'il se debvra faire, et qu'envoyez par luy quelque petite provision au capitaine Granges pour le faire persévérer, car en luy consiste aujourdhuy la conservation de tout ce qui peut dépandre de l'allience de vostre couronne au dict pays. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour d'aoust 1572.
_Par postille à la lettre précédente._
Depuis ce dessus, je me suis infinyement pleinct à ceste princesse, et aulx siens, de l'atemptat de ceulx du Petit Lith, et ilz ont monstré qu'ilz le trouvent très maulvais; dont m'ont promis qu'il y sera indubitablement remédyé.
CCLXXIe DÉPESCHE
--du XXVIIIe jour d'aoust 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de La Mole._)
Audiences.--Détails de la négociation de Mr de La Mole.--Délibération du conseil sur le mariage.--Explications sur la réponse donnée au roi, qui a été prise en France pour une rupture.--Déclarations d'Élisabeth qu'elle est décidée à se marier, qu'elle ne veut pas rompre la négociation; mais qu'avant de prendre un engagement elle croit l'entrevue nécessaire.--Avis donné par les Anglais sur le peu de confiance que doit inspirer le gouverneur de Flessingue.--Bonne disposition d'Élisabeth à l'égard de la négociation du mariage.--Départ de Mr de La Mole.
AU ROY.
Sire, au partir de Norampthon, d'où Mr de La Mole, présent pourteur, et moy, vous fismes une dépesche, le XIe de ce moys, nous arrivasmes, le tréziesme ensuyvant, à Quilingourt, et le lendemein Mr le comte de Lestre nous y traicta en festin avec les plus grandz de ce royaulme, où ayant esté plus d'une heure et demye en conversation avec la Royne d'Angleterre pour luy continuer, en attandant des nouvelles de France, le propos de Monseigneur le Duc, affin de luy en imprimer tousjours le desir, et à nous l'espérance, le dict sieur comte nous mena, l'après dînée, avec le reste de la noblesse de la court, courre le cerf dans ung de ses parcz jusques à la nuict; et, le deuxiesme jour après, le Sr de Vassal arriva avec la dépesche de Voz Majestez du VIIe et IXe du présent et avec ce que, oultre la dicte dépesche, il vous avoit pleu le charger de nous dire.
Sur quoy nous allasmes, le XVIIe, retrouver la dicte Dame à Warvic, à laquelle, après aulcuns propos qu'elle mesmes nous commença, nous luy dismes qu'il nous estoit venu des lettres de Voz Majestez Très Chrestiennes sur la responce que son ambassadeur avoit heu à vous faire, à la fin de juillet; et de tant que luy mesmes avoit ouy les parolles et veu les contenances, dont luy aviez uzé quand il la vous avoit déclarée, et qu'il avoit très bien recueilly le tout, nous nous assurions que desjà elle avoit mieulx entendu la façon comme Voz Majestez avoient prinse la dicte responce par le discours de ses lettres que nous ne luy sçaurions représanter sur celles de Voz Majestez. Et, sans rien toucher à la dicte Dame de la lettre qu'elle luy avoit escripte le XXIIe de juillet, parce que vous le nous deffandiez, nous ajouxtâmes seulement qu'il n'estoit pas à croyre combien il vous avoit touché au cueur que la dicte responce n'eust esté conforme à vostre honneste desir; et combien Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, vous estiez vergongniez de ce que, cuydantz avoir bien mesuré vostre offre pour la plus juste, la plus honnorable, et quasy la plus nécessayre que vous heussiez su faire à une telle princesse comme elle, laquelle vous aymiez et observiez plus que nulle aultre de la Chrestienté, elle néantmoins vous heût randus confus, et vous heût condampnés de n'avoir heu bon jugement en cella; et qu'après y avoir bien pensé et dellibéré avec ceulx de vostre conseil, et ne pouvantz juger, par les choses que Mr de Montmorency et Mr de Foix, vous avoient rapportées, et par celles que je vous avois escriptes, et encores par celles que Mr le comte de Lincoln et ses aultres ambassadeurs vous avoient dictes, qu'il fût possible que ceste responce heût à estre celle résolue qu'elle avoit dans son cueur, Voz Majestez la suplioient de vous en randre une meilleure et plus aprochante du vray contantement que vous aviez espéré d'elle.
La dicte Dame, comme préocupée d'une peur que nous voulussions rompre, et résolue néantmoins, pour la recordation de ce qui luy estoit advenu du premier propos, de ne changer point d'opinion, s'escria ung peu en elle mesmes disant:--«Ha! je voy bien, par la responce de mon ambassadeur et par ce que je oy maintenant, que la Royne Mère, comme prudente et vertueuse, a voulu estre sage pour son filz et pour moy, et ne veut que nous nous voyons de peur qu'il ne se puisse contanter d'une telle femme, ou que je ne puisse demeurer bien satisfaicte d'ung tel mary.» Et après, s'estant adressé à nous, continua nous dire que, puisque les lettres tant honnestes et pleines d'honneur et de mille satisfactions que je luy avois présentées en la mayson de milord trésorier, escriptes de vostre mein, et de la Royne, et de Monseigneur le Duc, avoient esté cause de luy faire méliorer sa première responce, du XXIIe de juillet, par laquelle elle mandoit que les difficultés de l'eage empeschoient qu'elle ne peût satisfaire ny à son desir ny à vostre espérance, et d'avoir, comme par ung bon et nouveau moyen, proposé l'entrevue, affin d'oster les dictes difficultés, elle pensoit que, non seulement vous l'aprouveriez, mais luy sçauriez un grand gré d'avoir, de son costé, faict l'ouverture qui debvoit procéder du vostre; qu'elle prioit Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Mr de Montmorency, desquelz troys le langage avoit esté semblable, qu'il vous pleût croyre qu'elle n'estoit si traistre, ny si meschante, de parler d'une entrevue à ung prince de si grande qualité, si elle n'estoit bien résolue de se marier, et qu'elle m'avoit, longtemps y a, assuré de la victoyre qu'elle avoit gaignée sur elle en cest endroict; dont ne voudroit maintenant vendre à si inique et desloyal pris, comme seroit cestuy cy, le précieulx trésor de vostre amityé et de la Royne et des princes de vostre couronne, ses enfans, et qu'à la vérité elle avoit plusieurs justes occasions du passé, et plusieurs grandes considérations du présent, pour desirer la dicte entrevue, tant pour la satisfaction de Monseigneur le Duc, affin qu'il n'espousât une femme qui ne luy pleût, que, à dire vray, pour le compte d'elle mesmes, affin de voyr si elle pourroit être aymée de luy, et si la disposition de l'eage, et ce qu'on luy avoit rapporté du visage seroient objetz si véhémentz qu'elle ne s'en peût jamais contanter; et, de tant qu'elle avoit mis cella en l'arbitre de Voz Majestez, il n'estoit raysonnable que luy renvoyssiez maintenant la pierre, sinon que vous voulussiez que ce qu'elle vous avoit mandé et ce que Vous et la Royne, vostre mère, aviez respondu à son ambassadeur, et ce que nous luy disions maintenant, fût la fin du propos; demeurant la dicte Dame là dessus bien fort pensive, sans y rien plus adjouxter.