Part 36
Sire, ainsy que la Royne d'Angleterre estoit, mardy dernier, devisant avecques ses dames, en sa chambre privée, la gouvernante des filles devint soubdein mallade, et, à l'instant, mourut; de quoy s'estant la dicte Dame donnée peur, elle deslogea, dans une heure après, de Grenwich, avec bien peu de compagnye, et s'en vint en ceste ville de Londres, où elle est encores; et semble qu'elle y séjournera jusques à tant que Me Randolphe reviegne; duquel elle commence de s'esbahyr comme il tarde tant en son voyage, ou aulmoins que l'ambassadeur, et luy, ne luy font cepandant quelque dépesche, mais désormays elle a bien opinyon que ce sera luy, le premier, qui luy apportera des nouvelles: et jusques allors, Sire, il ne peult estre rien touché au propos, pour lequel il est passé par dellà. La dicte Dame m'a faict escripre, par Me Smith, qu'affin que, dorsenavant, elle puisse estre mieulx servie de vin de sa bouche, et pour sa mayson, qu'elle ne l'a esté, ces années passées, et aussy, pour soulager ses marchandz, elle dellibéroit de reprendre l'ordre que le feu Roy, son père, et ses prédécesseurs avoient accoustumé de tenir, c'est d'envoyer elle mesmes, de ses propres deniers, fère sa provision de vin à Bourdeaulx; dont elle me prioit de vouloyr bailler mon passeport à deux gentilshommes, officiers et serviteurs de sa maison, lesquels, à cest effect, elle y dépeschoit présentement par terre; et pareillement mes lettres au gouverneur, et à ceulx qui sont officiers pour Vostre Majesté à Bourdeaulx, pour les y fère bien recepvoyr, et pour y fère bien recepvoir aussy les navyres qu'elle y envoyera, qui auront les merques et enseignes d'Angleterre; affin que, tant à l'arryver, séjour, cargayson, que retour; ilz y puissent jouyr les anciennes libertés et privilèges accoustumés. Ce que ne luy ayant refuzé, j'ay, d'abondant, mandé au dict Me Smith que, par mes premières, j'advertirois Vostre Majesté d'escripre promptement et favorablement au dict Bourdeaulx, en recommandation de cest affère pour la dicte Dame. De quoy, Sire, je vous en supplye très humblement.
Il semble qu'elle et ceulx de son conseil ayent quelque advertissement que le prince d'Orange commance d'estre abandonné de ses gens, de quoy ilz sont en bien fort grand peyne. Et ne sçay si le cappitayne Montgommery, escouçoys, qui est encores icy à solliciter les affères du dict prince, impètrera maintenant rien de troys poinctz, que principallement il y est venu réquérir: l'ung est que les Angloys vueillent cesser de tout traffic avec ceulx qui tiennent le party du dict duc d'Alve, et que le dict prince puisse déclarer de bonne prinse les navires, desquelz les chartes parties monstreront qu'ilz alloient ailleurs que là où l'on luy obéyt, sinon qu'ilz eussent congé et saufconduict de luy; l'aultre, que la dicte Dame et ceulx de son conseil vueillent fère haster les deniers, qu'ilz luy ont promis de fournir, pour fère une nouvelle levée de troys mille hommes de pied, et mille de cheval, en Escoce, affin qu'il les puisse avoyr toutz prestz du premier jour; et le troysiesme, qu'elle et iceulx de son conseil vueillent escripre au comte de Morthon de mettre en mer ung nombre de navyres, équippés en guerre, pour favorizer les affères du dict prince. Dont j'entendz que, pour ce dernyer, icelluy prince a desjà faict passer vingt mille florins en Escoce, mais, parce qu'on va temporisant, à ceste heure, icy, la dépesche de Me Quillegreu pour le dict pays d'Escoce, cella me faict accroyre que ceulx cy ne veulent se haster de rien qu'ilz ne voyent comme les choses succèderont en Flandres; joinct qu'il semble bien que, peu à peu, ilz sont venus à ne se trouver moins empeschés des Pureteins en ce royaulme, que en France des Huguenotz, et en Flandres des Gueulx; dont, vendredy dernier, s'est tenue une assemblée, en ceste ville, pour adviser des moyens expédientz comme les pouvoir contenir et réprimer. Et sur ce, etc.
Ce XXXe jour de novembre 1573.
Depuis ce dessus escript, est arrivé ung homme, qui dict venir de Fleximgues, lequel rapporte qu'il y avoit nouvelles comme les vaysseaulx du prince d'Orange avoient combatu la flotte, que le duc d'Alve envoyoit pour avitailler Middelbourg, et qu'ilz avoient eu du meilleur, et avoient prins vingt des meilleurs navyres de la dicte flote; ce que, si ainsy est, ne fault doubter que le dict prince n'impètre plus facillement les choses qu'il poursuivoit, icy, qu'il n'eût faict auparavant.
CCCLIVe DÉPESCHE
--du Ve jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par Nicolas de Malehape._)
Audience.--Convalescence du roi.--Détails sur les adieux du roi et du roi de Pologne.--État de la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, j'ay, avec très grand plaisir, donné assurance à la Royne d'Angleterre, par vostre lettre du XIe du passé, que Vostre Majesté se portoit mieulx, et que desjà, grâces à Dieu, vous estiez quasy hors de vostre maladye, de quoy elle a faict une non petite démonstration d'estre infinyement bien ayse de ceste bonne nouvelle. Et soubdein, sans me laysser continuer davantage mon propos, m'a pryé de vous escripre que le bruict de vostre mal avoit couru plus grand jusques icy, et en nom, et qualité de plus dangereulx pour vostre personne, que je ne le luy avois premièrement dict, et qu'elle y avoit participé avec très grande douleur comme à ung accidant qu'elle estimeroit des plus malheureux qui luy peût advenir au monde; et que Dieu, qui voyoit son cueur, sçavoit qu'elle avoit pryé pour vostre convalescence, et que véritablement elle avoit pryé, et ne cesseroit de prier, avec le plus de dévotion qu'elle pourroit, pour icelle, jusques à ce qu'elle en eût plus de confirmation: car, à cause que Me Randolphe avoit escript qu'il vous avoit veu encores bien fort foyble, elle ne pouvoit que n'en fût beaucoup en peyne.
De quoy je luy ay, de vostre part, Sire, gratiffié très grandement, et en la plus expresse façon que j'ay peu, ceste sienne bonne volonté. Et ay suivy à luy dire que je ne pouvois que bien espérer, et fère bien espérer à elle de vostre santé, parce que voz lettres m'en donnoient toute asseurance, bien que, à vray dire, elles me fesoient quelque mencion comme vous estiés encores ung peu foible, mais que c'estoit sans fiebvre, ny altération quelquonque; et néantmoins que, pour ne vous commettre si tost au vent et au froid, vous aviés esté contreinct vous despartir, plus tost que n'esperiés, du Roy de Pouloigne, vostre frère, et de laysser à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc, vostre frère, et à la Royne de Navarre, d'accomplyr pour vous la dellibération qu'aviés faicte de l'aller convoyer jusques à la frontyère. Et me suis ung peu eslargy à luy racompter le congé qu'il a prins, et le poinct de l'adieu qu'avés dict à l'ung et à l'aultre, sellon la vifve expression que Mr Pinart m'en a faicte; qui, du profond regret et des larmes abondantes de Vostre Majesté, et de celles qu'il a veu jetter à ceulx qui estoient présentz, il a facillement provoqué non seulement les miennes, mais assez esmeu ceste princesse, en les oyant réciter.
Laquelle a dict que cella monstroit combien toutz deux aviez le naturel bon et humein, et combien vostre norriture se manifestoit d'avoyr esté tousjours très louable et vertueuse; et qu'en son advis il ne s'estoit veu, de longtemps, en la Chrestienté, ung dire adieu plus royal et plus dolent, tout ensemble, ny qui plus eût layssé de regret à ceulx qui se despartoient; et néantmoins l'occasion estoit très honnorable et desirable au Roy de Pouloigne de s'en aller, et non moins honnorable à Vostre Majesté et à la Royne, sa mère, de le luy permettre; dont elle prioit Dieu qu'il peût rencontrer tant de bonnes fortunes par dellà, et Voz Majestez en ouyr bientost de si bonnes nouvelles, que toutz les regretz qu'il emportoit, et ceulx qu'il layssoit, en peussent estre oubliés. Puis, a suivy à dire que Me Randolphe, par ses lettres, s'efforçoit bien fort de s'excuser de ce qu'il n'estoit arryvé assez à temps, à Vitry, pour vous y trouver toutz quatre ensemble; néantmoins que Vostre Majesté l'avoit fort favorablement receu, et luy avoit mis à option d'aller suivre la Royne et Monseigneur le Duc à Metz, ou bien d'attandre leur retour, et qu'elle ne sçavoit lequel des deux il auroit faict; et qu'il n'avoit encores escript ung seul mot touchant le faict de sa principalle charge, où il y eût rien de substance, seulement qu'il creignoit de perdre la meilleure adresse qu'il eût en vostre court, si Mr le mareschal de Retz faisoit le voyage de Pouloigne, comme il s'apprestoit d'y aller. Et m'a la dicte Dame fort volontiers entretenu, plus d'une heure, en divers aultres propos de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de voz deux frères, et de se vouloyr, de plus en plus, confirmer en vostre amityé; et que, quoy qu'il adviegne du propos, dont vous la recherchiez, que vous la trouveriez, et toutz les vostres, très persévérante en l'amityé qu'elle vous avoit promise, et qu'elle la continueroit vers le Roy, vostre frère, plus parfaictement que ne l'avoit oncques eue, ny ses prédécesseurs aussy, avec nul aultre roy de Pouloigne.
De quoy l'ayant bien fort remercyée, j'ay faict venir à propos de luy monstrer aulcuns poinctz des lettres, que toutz quatre m'aviez escriptes pour luy tesmoigner de mesmes vostre persévérance vers elle, et comme vous entendiés de procéder tousjours très sincèrement à vouloir qu'elle vît fort clèrement de vostre costé, et qu'elle fût entièrement satisfaicte de tout ce qu'elle desiroit de dellà; et que, s'il y restoit quelque chose à accomplyr, oultre le poinct qui estoit commis au dict Me Randolphe, que Vostre Majesté me commandoit de l'entendre d'elle et de ceulx de son conseil, affin qu'y peussiez pourvoyr avant son retour, comme aussy vous la pryez bien fort que, vous estant condescendu à toutz les poinctz qu'elle avoit desiré pour son advantage, elle ne voulût laysser plus aller vostre honneste pourchas en longueur, ny remises.
Ce que, avec une fort agréable démonstration, elle m'a expressément promis qu'elle ne le feroit; et semble, Sire, que la disposition de ceste princesse ne sçauroit, à présent, estre meilleure qu'elle est vers la France. Il est vray qu'elle ne laysse d'estre instamment sollicitée, de l'autre costé, et luy a l'on faict tant de diverses remonstrances, sur l'arryvée du grand commandeur de Castille en Flandres, et sur la révocation que l'on estime qui s'ensuyvra bientost du duc d'Alve, et sur ce qu'il se continue que le Roy d'Espagne, avant peu de moys, pourra luy mesmes passer aulx Pays Bas, qu'elle a faict dépescher en Envers, le XXVIIe du passé, ung personnage d'assez bonne qualité, qui est mestre des marchandz de Londres, pour aller voyr comme les choses s'y passent. Sur ce, etc.
Ce Ve jour de décembre 1573.
CCCLVe DÉPESCHE
--du XIIe jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par Odoard Paquentin._)
Satisfaction montrée par Élisabeth de la convalescence du roi.--Nouvelles d'Écosse.--Exécutions faites en Suède et en Danemark des écossais auxiliaires.--Convocation d'une assemblée à Londres pour prendre une résolution à l'égard des puritains.--Nouvelles des progrès faits en Languedoc par les protestans qui ont repris les armes.
AU ROY.
Sire, j'ay mis la Royne d'Angleterre hors du doubte, où elle monstroit d'estre, de vostre convalescence, l'ayant assurée, par vostre lettre du XXIIIIe du passé, que vous estiés desjà remis en chemin, et venu à Chalon, pour vous rapprocher en çà, avec pleyne guérison, et avec une aultant bonne disposition, grâces à Dieu, de vostre santé que vous l'eussiez eue de longtemps; de quoy elle a monstré de se resjouyr bien fort, et de bon cueur, et en a loué et remercyé Dieu, comme dellivrée d'un pesant soulcy, où la peur de vostre mal l'avoit cy devant détenue. Elle a eu playsir de sçavoyr que son ambassadeur et Me Randolphe fussent arrivés à Nancy, et qu'ilz y eussent encores trouvé la Royne, vostre mère, de séjour, pour les ouyr, et pour se pouvoir, eulx, satisfère de ce qu'ilz desiroient voyr de sa compagnye. Dont la dicte Dame se promect maintenant qu'icelluy Me Randolphe sera bientost, icy, de retour.
Le voyage de Me Quillegreu en Escoce est encores différé, et quasy ne s'en parle plus, parce que le Prince d'Escosse se porte bien; et le comte de Honteley ne monstre de prendre trop à cueur que milord Glames soit faict chancellier, ny n'apparoit qu'il y doibve pour cella avoyr d'altération au pays, s'y monstrant les choses assés tranquilles pour le présent. Il est vray qu'il est arrivé une malle fortune aulx Escouçoys, car aulcuns d'eulx qui alloient au service du roy de Dannemarc, ayantz, par temps contrayre, esté gettés en Suède, le roi de Suède les a faictz exécuter; et le roy de Dannemarc a faict le semblable de quelques aultres qui sont abordés en son pays, qui alloient servir le roi de Suède.
L'on n'a peu encores prendre assez bon expédient sur le faict des Pureteins, et de ceulx qui troublent l'ordre de la religion receue en ce royaulme, seulement l'on en a mis quelques ungs des plus opinyastres en prison; mais, au quinziesme de ce moys, se doibt fère, de rechef, une grande assemblée, en ceste ville, pour y mettre une résolution. L'on a nouvelles, en ceste ville, du costé de la Rochelle, comme la paix y continue fort bien, mais que, en Languedoc, ceulx de la nouvelle religion sont si fortz qu'ilz ont assiégé Avignon. Le comte de Montgommery, depuis trois jours, s'est approché à quatre lieues d'icy, en ung lieu, où ses filles et petitz enfantz sont nourris avec la vefve du feu conseiller Fumer. Je ne sçay s'il s'approchera davantage. Je ne cesse d'assurer ceulx de voz subjectz de la dicte nouvelle religyon, qui sont encores par deçà, que vostre dellibération est d'establir fermement la paix en vostre royaulme, et d'y remettre les choses en ung estat tranquille et heureulx, pour le repos d'ung chacun, ainsy qu'elles l'ont esté du temps de voz prédécesseurs; de quoy ilz monstrent d'en estre bien fort ayses et d'en avoyr grande espérance. Et sur ce, etc.
Ce XIIe jour de décembre 1573.
CCCLVIe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à la court par Urbein Fougerel._)
Audience.--Détails sur le voyage du roi de Pologne.--Mission de Me Randolf en France.--Négociation du mariage.--Soumission du comte de Montgommery.
AU ROY.
Sire, partant le postillon de Callays, d'icy, avec ma dépesche, du XIIe du présent, le courrier, qui m'a apporté celle de Vostre Majesté, du Ve, est arrivé; et, le deuxiesme jour après, je suis allé assurer, de rechef, la Royne d'Angleterre de vostre parfaicte et bien confirmée santé, et que vous la vouliés remercyer bien fort affectueusement du grand sentiment qu'elle avoit monstré avoyr de vostre mal. Et luy ay compté en quoy le Roy de Pouloigne estoit de son partement et voyage, et comme vous attandiez, de brief, le retour de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur, vostre frère, vers vous; et que son ambassadeur et Me Randolphe avoient layssé une grande satisfaction de beaucoup de choses, de la part d'elle, à Voz Majestez, comme vous pensiés aussy qu'il n'en rapportoit pas de moindres à elle de la vostre; et que le séjour de Nancy avoit esté prolongé, de deux jours entiers, pour l'amour d'eux, et pour leur donner moyen qu'ilz veissent et ouyssent ce qu'ilz desiroient de la compagnye; et qu'à présent, ayant bien accomply leur commission, ilz estoient de retour à Paris, d'où bientost le dict Me Randolphe arriveroit vers elle, avec de si certeynes et vrayes enseignes de ce, pourquoy il estoit allé par dellà, qu'elle ne pourroit jamays plus doubter qu'il y deffaillît une seule de toutes les meilleures parties et perfections, qui se pouvoient souhayter en ung très accomply et bien fort desirable subject. Et ay estendu ces poinctz, ainsy restreinctz, en d'aultres propos beaucoup plus amples, sellon que j'en ay trouvé l'instruction très bonne et prudente ez lettres de Voz Majestez, et en celle, que Mr le mareschal de Retz m'a escripte, du XXVe du passé.
A quoy la dicte Dame m'a respondu que nulle aultre nouvelle luy estoit plus agréable, aujourdhuy, au monde, que celle de vostre bon portement; et que, pour celuy là, n'espargneroit elle non plus ses meilleures et plus dévotes prières à Dieu qu'elle faysoit pour elle mesmes, comme chose, d'où elle vous supplioyt de croyre qu'il n'en venoit pas plus de soulagement à vous qu'elle en sentoit de repos en elle, et qu'elle vous supplioyt, Sire, d'avoyr vostre santé en singullière recommandation; que, pour le regard du Roy de Pouloigne, elle avoit grand plaisir qu'il trouvât maintenant, en Allemaigne, la faveur que l'Empereur et les Estats de l'Empire vous y avoient promise, pour la seureté de son passage; et que, sellon que toutes aultres choses luy avoient bien succédé jusques icy, elle jugeoit que son voyage seroit heureux, et que heureusement il seroit receu et estably en son royaulme; quand à Me Randolphe, qu'en une chose doncques se pourroit elle louer de luy, s'il avoit donné du contantement à Voz Très Chrestiennes Majestez, car c'estoit ce qu'elle luy avoit fort expressément commandé de fère, mais qu'en effect il ne s'estoit pas mis en beaucoup de debvoir de la contanter à elle, ayant tant faict le long, en chemin, qu'il n'avoit sceu arryver à Vitry, avant que la Royne, vostre mère, se départît de Vostre Majesté, et puis avoit failleu qu'il l'allât suyvre à Nancy, affin de publier davantage ce qui debvoit estre tenu secret, ny n'avoit, en deux moys qu'il avoit esté par dellà, jamays escript ung seul mot à elle, bien qu'il eût assez escript, à d'aultres de son conseil, tout ce qu'il luy avoit pleu; que, puisqu'il estoit si près d'arryver, qu'elle verroit ce qu'il apporteroit, et puis, elle et moy, en pourrions communicquer ensemble, et ne doubtoit nullement, veu les passées démonstrations, dont aviés tousjours uzé vers elle, qu'il ne luy apportât beaucoup de bonnes satisfactions de la part de Voz Majestez; que, pour le regard de Monseigneur le Duc, elle me vouloit bien renouveller ce que, d'aultrefoys, elle m'avoit dict, qu'elle n'estoit si curieuse de rechercher quelles perfections estoient en luy, bien qu'elle en fît quelque dilligence, comme elle creignoit qu'il trouvât trop d'ans, et trop d'aultres imperfections en elle; et qu'elle mettoit en grand compte qu'il couroit une très bonne réputation de sa vertu, et qu'il estoit de sang royal et d'une des plus illustres extractions de tout l'universel monde, car, avec ung, de telle qualité, avoit elle proposé de se maryer, si elle le debvoit jamays estre; et que le plus galant gentilhomme et le plus accomply, qui vive aujourdhuy entre les mortels, quand bien elle le pourroit avoyr, ne luy seroit jamays rien, s'il n'estoit de sang et mayson royalle. Et s'est mise à discourir, fort privéement et longuement, de toutz ces propos avecques moy, monstrant qu'après le retour du dict Randolphe, et, sellon les choses qu'elle entendroit de luy, elle se résouldroit de ce qu'elle debvroit fère en cest endroict.
Néantmoins, Sire, pour obvier à toute longueur, et de tant qu'il fault tousjours que tout le pourchas viegne du costé des hommes, il vous plerra me commander si je incisteray maintenant à requérir le saufconduict de Monseigneur le Duc, et que la dicte Dame vous vueille fère une ouverte déclaration de son intention vers luy; ou bien au cas qu'y voyez plus intervenir aucune difficulté, ou bien quelque nouvelle remise, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, prendrés cella pour ung advertissement de ne debvoir plus donner, à elle, l'ennuy, ny à vous, la honte de jamays plus en parler. J'ay desjà communicqué avec milord trézorier de la bonne expédition qu'avez donnée à Me Randolphe, et ay disposé luy, et les aultres, que je cognoys bien affectionnés à ce propos, à l'observer et le fère si bien observer, à son arrivée, que j'espère qu'il n'ozera parler sinon ainsy qu'il doibt, et sellon la vérité des choses qu'il a vues et ouyes, et de celles qu'il rapporte de dellà.
Le comte de Montgommery s'estant enfin approché en ceste ville, et, premier qu'il soit allé saluer ceste princesse, ny voyr pas ung des siens, il m'est venu trouver en mon logis; et, après s'estre fort curieusement enquis qu'est ce qu'il pouvoit espérer de vostre bonne grâce, et qu'il protestoit bien à Dieu de n'avoyr jamays eu aultre affection ny volonté que d'ung très loyal et fidelle subject vers le service de Vostre Majesté, il m'a allégué, pour la plus urgente occasion qui l'eût meu de prendre les armes en ces derniers troubles, et de n'avoyr voulu entendre à pas ung party qui luy eût esté offert pour son particullier, qu'il jugeoit bien ne luy pouvoir estre à honneur, ains qu'il luy fût tourné à estime du plus meschant homme, lasche et fally de cueur, qui fût au monde, s'il eût abandonné ceulx du party de sa religion, lorsqu'ilz se trouvoient les plus affligés et persécutés, et qu'ilz estoient poursuyvis et assiégés avec plus d'effort et de danger, et avec moins de secours qu'ilz eussent oncques eu; et que ce qu'il en avoit faict avoit esté seulement pour garantir soy et eulx, aultant qu'il pouvoit, jusques à ce qu'il eût pleu à Vostre Majesté prendre ung plus modéré expédient vers eulx; ce qu'estant depuis advenu, il me déclaroit qu'il vous vouloit entièrement rendre le debvoir d'obéyssance d'ung vray et naturel subject, et offrir sa vye et celle de ses enfantz, lesquelz, à cest effect, il m'avoit admenés, pour vostre service; et de desirer jouyr le bien et le béneffice de la paix, en vostre royaulme, soubz la protection et bonne grâce de Vostre Majesté. Je luy ay dict que j'avoys grand plaisir de le voyr en ceste bonne volonté, et que, si les choses estoient ainsy comme il disoit, qu'il n'eût attempté rien de plus extraordinayre contre la personne et l'estat de Vostre Majesté qu'avoient faict les aultres de sa religion, que je ne doubtois nullement qu'il ne peût jouyr, aussy bien qu'eulx, de la grâce et clémence de Vostre Majesté et du béneffice de vostre édict. Il m'a réplicqué qu'il vous supplyeroit doncques très humblement de luy en vouloir octroyer une déclaration particullière, sellon qu'il faysoit plus de besoing à luy qu'à ung aultre de l'avoyr; et m'en a baillé sa requête, laquelle je luy ay prié de la signer et de n'y mettre rien qui ne fût sellon l'édict; et luy ay promis de la vous fère tenir, et de luy en fère avoyr bientost la responce, comme je vous supplie très humblement, Sire, me la mander, et m'envoyer, par le premier, la provision et déclaration[24] qu'il vous plerra luy octroyer. Et sur ce, etc.
Ce XVIIe jour de décembre 1573.
[24] Cette déclaration, en date du 20 janvier 1574, est jointe aux _Mémoires de Castelnau_, t. III, p. 377.
CCCLVIIe DÉPESCHE
--du XXIVe jour de décembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Retour de Me Randolf à Londres.--Résolution du comte de Montgommery de se retirer à Gersey.--Inquiétudes causées en Angleterre par les puritains.--Affaires d'Irlande.--Nouvelle irritation d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Autorisation donnée à l'évêque de Ross de passer en France.
AU ROY.