Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 35

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Sire, pour le desir que j'ay eu de parler au comte de Lestre, sur l'occasion que j'ay desjà escripte à Vostre Majesté, je l'ay envoyé prier de me donner la commodicté que je le peusse aller entretenir ugne heure en son logis, et il m'a uzé ceste courtoysie de me venir trouver fort privéement au mien; où, après que je luy ay eu donné compte des nouvelles de France, et de la ferme dellibération que Vostre Majesté a de fère observer l'édict de la paix, et comme toutz ces faulx bruictz, qui avoient couru, icy, qu'on eût maltraicté ceulx de la nouvelle religion, depuis la réduction de la Rochelle et de Sanserre, estoient faulx; et que je le pryois de garder la mémoyre de ce que Mr le mareschal de Retz luy avoit dict de vostre bonne intention à la paix et au repos de la Chrestienté, et de celle de Monseigneur à l'observance des loix et ordres de ce royaulme; et qu'il ne se trouveroit, pour chose qui peût jamays advenir, qu'il y eût manquement ez parolles et promesses de Vostre Majesté; et luy ayant, au reste, satisfaict à des particullarités, qu'il m'a demandées, du voyage du Roy de Pouloigne, vostre frère, je l'ay infinyement remercyé de trois bons offices que je sçavois qu'il avoit faictz: l'ung, d'avoyr confirmé, plus que nul aultre de ce royaulme, les remonstrances de Mr le mareschal de Retz touchant la justiffication de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et des vostres, sur les évènementz de St Barthèlemy, et avoyr osté, aultant qu'il a peu, à ceulx de ceste court et aulx principaulx de ce royaulme, la malle impression qu'ilz en avoient; le segond, de ce qu'il avoit instruict et bien informé Me Randolphe au faict de sa commission en France; et le troysiesme estoit d'aulcunes siennes, bonnes et favorables, démonstrations, vers la Royne d'Escosse; et qu'il s'assurât que, prenant ainsy à cueur, comme il faisoit, les choses qui concernoient, icy, Vostre Majesté, il fortiffieroit ung party, duquel, avec le bien et seureté de la Royne, sa Mestresse, et de ceste couronne, il s'acquerroit ung perpétuel refuge pour luy; oultre que, présentement, et à l'advenir, Vostre Majesté en auroit une non petite recognoissance. Et me suis de tant plus efforcé, Sire, de luy rallumer l'affection que, de longtemps, luy et les siens ont eu à la France, que je sçavoys qu'il estoit bien fort praticqué et très instamment sollicité d'ailleurs, et que l'homme, retourné d'Allemaigne, et ung adjoinct, qu'il a prins en Flandres, estoient ordinayrement après luy. Et puis je luy ay touché ces difficultez que Me Randolphe m'avoit déduictes, et comme j'avoys trouvé bon d'en conférer avecques luy, premier que de les escripre, affin que je ne les fisse prendre en plus de considération qu'il ne jugeroit que Vostre Majesté les deût avoyr. Et pense, Sire, n'avoyr rien obmis de ce qui a peu servir à bien fort encourager le dict comte vers la conclusion du bon propos, et à n'y admettre plus une seule sorte de longueur ny de remise.

Et il m'a respondu, Sire, qu'il avoit ung très grand plésir d'entendre que ces nouvelles, qu'on avoit publiées, d'ung renouvellement de trouble et d'ung maulvais traictement en France, contre ceulx de la nouvelle religion, fussent faulces; et remercyoit Dieu qu'il se cognût, de plus en plus, que la dellibération de Vostre Majesté estoit très ferme à l'observance de son édict; et que, de sa part, il avoit receues pour très justes et légitimes les occasions que Mr le mareschal avoit déduictes de l'accidant de Paris, et pour telles les avoit imprimées à toutz ceulx qu'il avoit peu; et qu'il me pouvoit assurer, Sire, qu'il vous avoit regaigné ung grand nombre des plus notables de ce royaulme, qui estoient fort alliennés de Vostre Majesté; qu'il voudroit, de bon cueur, que ces aultres nouvelles qu'on avoit semées de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, comme il estoit sorty de sa dernière maladye aussy jaulne que cuyvre, tout bouffy, deffiguré, bien fort petit et mince, fussent pareillement faulces; et qu'il me vouloit bien dire que j'avoys faict ung service fort à propos, et qui avoit esté fort agréable à sa Mestresse, d'avoyr si confidemment assuré, comme j'avoys faict, tout le contrayre; et que j'eusse monstré des lettres de la Royne, vostre mère, à cest effect, lesquelles se rapportoient à ce que le docteur Dail en avoit aussy escript, qui en parloit bien en la plus advantageuse façon qui se pouvoit dire; et que c'estoit quelqu'ung, qui avoit naguères veu Mon dict Seigneur, qui avoit semé ce meschant bruict. Dont, en l'assurance de ce que Mr le mareschal avoit dict, sur son honneur, que la personne de Monseigneur se trouveroit d'une parfaicte et belle disposition, pour debvoir playre à quelque princesse que fût au monde, il avoit bien voulu soigneusement advertyr le dict Me Randolphe qu'il n'eût à rapporter que la vraye vérité de ce qu'il verroit; ce qu'il pensoit qu'il le feroit sans doubte, bien qu'à dire vray il eût desiré qu'ung mieulx incliné, que luy, eût faict le voyage; et que, pour le regard des difficultez qu'il m'avoit alléguées, que je creuse qu'elles procédoient de sa passion, et non qu'il les eût ouyes de Sa Majesté, icy, ny d'eulx de son conseil, ny d'aulcun des grandz, ny encores du commun de ce royaulme; car toutz universellement desiroient le mariage de leur princesse. Bien failloit que je me recordasse comme l'on avoit advisé de réserver toujours quelque difficulté, affin qu'on n'eût à toucher à celles de la personne, au cas que le mariage ne vînt à effect, mais il me promectoit, devant Dieu, qu'à présent il n'en sçavoit nulle aultre que celle là seule, et qu'il trouvoit que la dicte Dame estoit, plus qu'elle ne fut oncques, bien disposée à ce propos. Et me vouloit advertyr, en secret, que Me Randolphe, au prendre congé d'elle, luy avoit demandé s'il n'uzeroit pas de quelques termes froidz, en France, pour elloigner le dict propos, au cas qu'il trouvât que Mon dict Seigneur le Duc ne fût pour luy complayre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle l'avoit choysy comme son œil, en ceste commission, et qu'elle luy enchargoit, sur sa loyaulté, de luy rapporter le plus fidelle et certein pourtraict de Monseigneur qu'il luy seroit possible, et qu'il se gardât bien de dire ou fère chose, par où l'on peût arguer qu'elle voulût réfroidir ou elloigner le dict propos; et que le dict sieur comte, pour son regard, engagoit à Dieu et à Vostre Majesté sa foy et son honneur qu'il s'efforceroit, de tout son pouvoir, de conduyre cest affère au bon effect que desiriez, sellon qu'il cognoissoit que c'estoit le bien et conservation de sa Mestresse, et le repos de son royaulme; et que si, d'avanture, il ne le pouvoit fère, il supplyoit très humblement Vostre Majesté de croyre qu'il n'auroit tenu à luy, ny à nul office et bon debvoir, qu'il y auroit peu fère; et qu'en toutes sortes il avoit à rester le plus parcial françoys qui fût en ce royaulme. Et a confirmé cella, Sire, par le récit d'aulcuns aultres privés accidentz; desquelz, parce que je les sçay estre vrays, les ayant cy devant bien advérez, et que la façon du dict sieur comte a esté toujours de se monstrer froid, quand il a senty que l'affère alloit froydement, et chault quand il l'a veu aller bien, je prens opinyon qu'il m'a parlé ceste foys d'ung cueur fort ouvert, et bien fort déterminé à la conclusion du dict affère.

Dont j'ay employé les meilleurs et les plus exprès termes, que j'ay peu, pour luy gratiffier bien fort sa bonne volonté; et l'ay assuré que, sur la confience de ce qu'il me venoit de dire, et de promettre, et, nonobstant les rescentes difficultez de Me Randolphe, je persuaderoys, aultant qu'il me seroit possible, Voz Majestez Très Chrestiennes de continuer vostre poursuyte, sellon l'honnorable façon qu'aviez commancé. Or, Sire, j'ay apprins d'ailleurs, et de fort bon lieu, que certeynement l'Empereur a escript, par Me Estrange, à ceste princesse, pour le mariage d'elle avec le prince Ernest, son segond filz; et que le duc d'Alve y a adjouxté une sienne lettre à la dicte Dame, et d'aultres lettres à aulcuns seigneurs de ce conseil, par où il inciste bien fort qu'on ne se haste de conclurre le party de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, sans avoyr sceu qu'est ce qu'on veut proposer pour l'aultre; et que, du premier jour, s'il plaist à la dicte Dame, elle aura des ambassadeurs, de bien bonne qualité, vers elle, pour cest effect, qui luy feront cognoistre que le dict prince Ernest, sans comparaison, luy est, en toutes sortes, plus advantageus et sortable mary, que Mon dict Seigneur vostre frère. Sur ce, etc.

Ce XIe jour de novembre 1573.

CCCLIe DÉPESCHE

--du XVIIIe jour de novembre 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Maladie du roi.--Voyage du roi de Pologne.--Détails sur la mission de Me Randolf.--Nouvelles d'Écosse.--Maladie grave du prince d'Écosse, bruit de sa mort.--Crainte que les Anglais ne veuillent faire périr, par le poison, Marie Stuart et son fils.

AU ROY.

Sire, au retour du Sr de Vassal, je suis allé trouver la Royne d'Angleterre, à Grenvich, pour luy compter des nouvelles de Vostre Majesté, luy dire l'accidant qui vous estoit survenue de la petite vérolle, bien que l'eussiés eu une aultre foys, et que, pour cella, vous n'aviez point senty d'accès de fiebvre, et mesmes estiés desjà, grâces à Dieu, si advancé de guérir que vous espériez de n'avoyr à discontinuer vostre chemin de Metz, pour tousjours convoyer le Roy de Pouloigne, vostre frère, jusques à la frontyère.

Et là dessus, Sire, et sur la résolution, que le Roy de Pouloigne a faicte, de partir en ce grand cueur d'hyver, et sur ce que l'Empereur et les Estatz et princes de l'Empire vous ont, par décret général, et encores ung chacun, à part, envoyé offrir aultant de seureté pour son passage comme vous en avez desiré, et plus encores et avec plus de faveur que ne le leur avez demandé, je l'ay longuement entretenue. Puis, suis venu à luy parler du faict de Monseigneur le Duc, vostre frère, et, après, des aultres poinctz, qui estoient amplement desduictz, et par ung bon ordre, en vostre lettre du premier de ce moys, de sorte qu'il ne luy en a esté rien obmis, ny mesmes de la satisfère de plusieurs aultres particullaritez de Voz trois Majestez Très Chrestiennes, et du Roy de Pouloigne, et de Monseigneur vostre frère, et encores des choses de vostre royaulme, sellon qu'elle m'en a interrogé, et sellon que je luy en ay peu donner compte par le rapport du dict Sr de Vassal.

Elle m'a respondu, en premier lieu, qu'elle ne prenoit pour petite grâce de Dieu qu'elle n'eût sceu vostre mal, sinon après qu'il estoit desjà passé, ny à peu de faveur, de Vostre Majesté, que luy eussiez ainsy particullièrement faict entendre quel il estoit, et comme il vous estoit venu, car l'ung luy avoit espargné ung grand ennuy, et l'aultre luy tesmoignoit une vostre fort singullière bienvueillance, dont en vouloit à Dieu rendre sa louenge, et ung fort exprès grand mercys à Vostre Majesté; et qu'elle vous prioit de croyre qu'elle ne se santiroit jamays moins esmue à plésir pour vostre prospérité, ny à moins de déplaysir pour vostre mal, que si elle vous estoit germayne et vrayement naturelle seur; que c'estoit une maladye qui trompoit souvent le monde, car pensantz d'en estre quictes, pour l'avoyr eue une foys, ilz ne se donnoient de garde qu'elle les reprenoit encores deux et troys foys, quand ilz s'eschauffoient trop, ou pour une trop soubdeinne mutation de froid et de chault, et qu'elle mesmes l'avoit eue deux foys, et desiroit, de bon cueur, que vous en sortissiés aussy quicte comme elle avoit faict, car ne luy avoit layssé ung seul vestige au visage; et que, de ceste espèce de mal, revenoit ordinayrement ce bien, qu'il apportoit une grande purgation et ung grand advancement de santé à ceulx qui l'avoient; qu'elle estimoit que les mèdecins ne vous permettroient, de beaucoup de jours, de sortir de la chambre, parce que l'air froid vous seroit fort dangereulx; dont, à son advis, laysseriés au Roy de Pouloigne, vostre frère, de continuer seul son voyage, sans l'accompaigner plus avant, ou bien luy mesmes, pour attendre vostre parfaicte guérison, et pour laysser passer ce grand yver, diffèreroit son partement jusques à l'entrée du primptemps, bien que, ny le froid ny la longueur du chemin luy pourroient sembler griefz, allant prendre possession d'ung si grand royaulme, et qui luy estoit si heureusement advenu; qu'elle se resjouissoit de l'honneste debvoir, dont l'Empereur et les princes d'Allemaigne uzoient pour la seureté de son passage, et qu'en cella ilz simbolisoient toutz avec elle; que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, elle voyoit bien qu'elle entroit, de jour en jour, en plus d'obligation vers Voz Majestez Très Chrestiennes, et vers luy, pour vostre persévérance vers elle, et qu'elle avoit envoyé Me Randolphe en France pour satisfère à toutz les poinctz qui avoient esté arrestez entre elle et Mr le mareschal de Retz; dont falloit attendre son retour, pour ne rien changer de ce bon ordre, et que, ny en la commission qu'elle luy avoit donnée par dellà, ny en chose qui peût ensuyvre après, Vostre Majesté ne trouveroit qu'elle uzât d'ung seul trêt de longueur ny de simulation. Et s'est eslargie en plusieurs propos, là dessus, pour protester de sa sincérité en cest endroict, et de vouloir bien pourvoir que, venant Mon dict Seigneur vostre frère par deçà, il n'y puisse voyr, ny ouyr, chose qui ne luy soit de satisfaction.

Puis, s'estant enquise de l'occasion du retour de la Royne, vostre mère, et du Roy de Pouloigne, à Paris, et du renforcement des garnisons qu'avez faictes venir en Picardye, desquelles a monstré qu'on les luy faisoit avoyr suspectes; et m'ayant demandé des choses de Languedoc et Daulfiné, je luy ay respondu à tout, en la façon que je le pouvois sçavoir. Et, après cella, luy ayant faict voyr la lettre que Monseigneur, vostre frère, m'escripvoit, du dict premier de ce moys, avec quelques honnestes propos de sa dévotieuse affection vers elle, lesquelz elle a monstré d'avoyr bien fort agréables, je me suis licencié d'elle.

Et me suis arresté encores, envyron demye heure, vers les seigneurs de son conseil, pour leur parler des mesmes choses que j'avoys faict à leur Mestresse; qui m'ont monstré, et espéciallement le grand trézorier et le comte de Lestre, qu'ilz demeuroient très affectionnés au bon propos de Monseigneur le Duc.

Au surplus, Sire, entendant que, coup sur coup, estoient arrivés deux courriers d'Escoce, dont le premier apportoit nouvelles comme le petit Prince du pays estoit si extrêmement mallade qu'on espéroit peu de sa vye, et ne se publioit rien de la dépesche du segond, j'ay eu souspeçon qu'elle estoit faicte sur l'accidant de la mort; dont ay soubdein envoyé, de plusieurs costés, pour en apprendre la vérité, mais j'ay esté trois jours entiers sans qu'on m'en ayt rapporté que des conjectures semblables aulx miennes. Et, le quatriesme, envyron les dix heures de nuict, d'ung bon et notable lieu de ce royaulme, il m'a esté envoyé ung personnage de qualité pour me dire que, faulx ou vray que fût le bruict de la mort du dict Prince, je tînse pour chose certeyne qu'il se menoit, d'icy, une chaulde et très malheureuse praticque de le fère mourir, et qu'on s'en deschargoit à moy, comme ambassadeur de Vostre Majesté, pour y mettre le meilleur remède que je pourrois. Et, peu de jours auparavant, la Royne d'Escoce avoit trouvé moyen de m'advertyr, le plus secrettement qu'elle avoit peu, qu'on insidioit aussy à sa vye, et qu'elle me prioit de luy envoyer tout incontinent de bon mitridat et aultres préservatifz. Sur quoy, Sire, j'ay mis peyne de pourvoir, le plus promptement que j'ay peu, au besoing de la mère; et, quand au danger du filz, j'en ay mandé l'advertissement à Me Asquin par ung escousoys qui semble estre assez fidelle. Et depuis, j'ay seu, par advertissement de Lillebourg du VIe du présent, que le petit Prince se porte mieulx, et que le comte de Morthon s'efforce de persuader aulx seigneurs du pays qu'ils veuillent venir passer leur yver au dict Lillebourg, et qu'il dellibère d'aller, bientost après, vers le Nort, pour y réduyre le pays à son obéyssance; et que milord de Glames a esté faict chancellier du royaulme, et que milord de Humes traicte de rentrer dans ses deux chasteaulx, que les Angloys ont indubitablement rendus; ce qu'il espère d'obtenir, moyennant vingt quatre mille livres qu'il baillera au dict de Morthon; et que Melvin a été mis en liberté. Et j'entendz que le dict Morthon veult fère offrir à l'évesque de Roz de le remettre en toutz ses biens, pourveu qu'il quicte le party de sa Mestresse, ce que je ne puis croyre qu'il puisse jamays consentir. Icelluy de Roz a si bien sollicité, de son costé, et je luy ay tant assisté, de la faveur de Vostre Majesté, que sa liberté luy a esté enfin accordée, pour se retirer en France. Et sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de novembre 1573.

CCCLIIe DÉPESCHE

--du XXIIIe jour de novembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Suspension de la négociation du mariage jusqu'au retour de Me Randolf.--Affaires d'Écosse.--Délibérations sur le parti qu'il y aurait à prendre, en cas de mort du prince d'Écosse.--Nécessité d'envoyer de France un ambassadeur dans ce pays.--Sollicitations faites auprès de l'ambassadeur par l'agent de la Rochelle.

AU ROY.

Sire, par les deux dernières responces, que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de ce conseil m'ont faictes, desquelles j'ay faict ample mencion à Vostre Majesté, le XVIIIe de ce moys, ilz m'ont bien faict cognoistre que leur résolution estoit de ne passer nullement oultre, en chose qui fût du propos du mariage, que Me Randolphe ne fût de retour; dont j'ay toujours esté, depuis, et seray encores, jusques à ce qu'il viegne, sans leur en toucher rien davantage. Et vous diray, icy, Sire, que, sur la nouvelle qui courut, il y a quinze jours, que le Prince d'Escoce estoit mort, ceulx icy prévoyantz que, d'ung tel accidant, se renouvelleroient de plus grandz troubles que jamays au dict pays, à cause de la compétence que les Amelthons et les Stuardz se font, les ungs aulx autres, sur la succession de la couronne, ilz s'assemblèrent en conseil pour ouvrir à leur mestresse des moyens et expédientz comme elle se pourroit entremettre bien avant en ce faict, sellon que, par quelque example, qu'ilz allèguent du passé, ilz veulent bien inférer que les roys d'Angleterre sont, encores aujourdhuy, au droict et possession de le pouvoir fère. Et y a danger, Sire, si le cas advenoit, qu'ilz se voulussent efforcer de fère tomber cest estat au jeune comte de Lenoz, oncle du dict petit Prince, au préjudice de la mère, qui est la vraye et naturelle princesse du pays. En quoy, pour l'importance que ce seroit à l'honneur et réputation de vostre couronne, qu'ung tel acte se passât, sans l'intervention du nom et de l'authorité de Vostre Majesté, j'estime, Sire, qu'il sera bon que faciez, de bonne heure, regarder en vostre conseil comme, en tout évènement, il auroit à y estre procédé de vostre part. Et tousjours semble il, Sire, qu'il est expédient qu'envoyez résider ung agent, ou ung ambassadeur, sur le lieu, sellon que je viens d'estre adverty que le Sr de Quillegreu s'appreste pour y aller, avec sa femme et toute sa famille, résider ambassadeur de la Royne d'Angleterre. Et croy qu'entre les occasions, pour lesquelles l'on haste sa dépesche, ceste cy, dont je viens de parler, est bien la principalle; mais aussy estimè je que son partement est aulcunement pressé pour aller pourvoyr au secours que le prince d'Orenge attend encores du dict pays, et pour y apporter de l'argent pour lever des gens de guerre, sellon que ung cappitayne escouçoys, qui se nomme Montgommery, lequel est, depuis huict jours, repassé icy de Ollande, de la part du dict prince, faict beaucoup de sollicitation et de dilligences pour luy en ceste court.

L'agent de la Rochelle se trouve maintenant fort empesché de satisfère à ce qu'il avoit emprunté, icy, pour ceulx de sa ville, et pour les frays qu'à sa requeste aulcuns angloys disent avoyr faictz pour les secourir, durant le siège, de sorte qu'il en a esté plusieurs jours en arrest; et, enfin, ayant remis l'affère en arbitrage, le vidame de Chartres et le Sr de Languillier ont faict quelque difficulté d'en vouloir estre arbitres, si je ne le consentoys, creignant que je le fisse trouver maulvais à Vostre Majesté. Dont le dict agent m'est venu prier de le trouver bon, comme chose qui estoit conforme à vostre édict de paciffication, et qu'il ne pensoit estre tenu, envers les Angloys, pour toutes choses, que à quatorze ou quinze mille escus, mais que, s'ilz en demeuroient seulz les juges, il sçavoit bien qu'ilz feroient monter les frays à des sommes fort excessives et extraordinayres. Je luy ay respondu que je desiroys, de bon cueur, que ceulx de sa ville n'eussent jamays occasion d'emprunter ainsy de l'argent des Angloys, et que les Angloys ne leur en voulussent jamays plus prester, et que j'avoys faict tout ce que javoys peu pour empescher qu'il ne trouvât ceste somme, ny encores de beaucoup plus grandes que je sçavoys bien qu'il s'estoit efforcé d'emprunter; mais que, depuis l'édict de paciffication, Vostre Majesté ne m'avoit rien commandé de tout cella; dont je n'y adjouxteroys aussy ny mon consentement ny ma contradiction, si Vostre Majesté ne le me commandoit de nouveau. Et ainsy, je ne m'en suys pas plus avant entremis, et il pourvoit maintenant à son affère, comme il peut. Ceulx cy ont eu opinyon que Vostre Majesté n'avoit faict venir les compagnies de gens de pied, en Picardye, que pour quelque grand effect. Ils ont eu, depuis peu de jours, nouvelles d'Irlande comme le comte d'Essex y a receu une estrette, et que les naturelz du pays l'ont mis en beaucoup de nécessités. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de novembre 1573.

CCCLIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de novembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Desir d'Élisabeth d'envoyer chercher des vins à Bordeaux.--Sollicitations faites auprès d'elle par le prince d'Orange.--Victoire remportée sur mer par les Gueux.

AU ROY.