Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 34

Chapter 343,669 wordsPublic domain

L'on m'a rapporté que le comte de Montgommery a fort pourchassé de venir en ceste court, promettant de mettre en avant des choses à ceste princesse, qui seroient grandement pour son service; et que milord trézorier luy avoit escript qu'il eût ung peu de pacience, et que bientost il luy impètreroit cette permission; mais, voyant qu'elle tardoit trop, il a faict semblant de s'en vouloir retourner en France, de quoy son beau frère a donné incontinent, icy, advis, et luy mesmes a fort incisté qu'il peût venir, mais il luy a esté de rechef respondu que cella ne se pouvoit encores fère. Et, à la vérité, Sire, l'on a esté, l'espace de quinze jours, à attandre, en ung logis de ceste ville, que, d'heure en heure, le dict de Montgommery y arrivât, qui est signe qu'il a eu grande espérance d'y venir; mais enfin, les Srs de Lorges et Du Refuge, son filz et beau filz, sont partis, ceste sepmayne, pour l'aller trouver, non sans que le dict Du Refuge me soit venu dire adieu: et toutz deux monstrent d'estre fort desireux de repasser en France.

L'agent de la Rochelle est venu, depuis deux jours, me prier que je ne voulusse interpréter, sinon à bien, sa demeure, pour encores, en ceste ville, et de fère que Vostre Majesté ne le prînt à mal, ny pensât que ceulx de sa ville y praticquassent rien, qui ne fût sellon le debvoir de très obéyssantz et très loyaulx subjectz; et que ce qui le détenoit icy, à ceste heure, estoit pour achever de payer ce qu'il avoit emprunté au nom de ses concitoyens, pour lesquelz il estoit comme en arrest, et qu'ilz supplioient très humblement Vostre Majesté de demeurer très assuré de leur fidellité et perpétuelle subjection; et à moy, de m'informer, aultant curieusement que je voudrois, de leurs déportementz, affin de n'en demeurer en doubte. Je luy ay respondu que luy et ceulx de sa ville n'avoient chose qui plus leur importât aujourdhuy, en ce monde, que d'imprimer une bonne et indubitable opinyon de leur foy et obéyssance à Vostre Majesté, et d'éviter toutes occasions qui vous pourroient fayre prendre tant soit peu de souspeçon d'eux; qui pourtant l'exortois de se retirer d'icy, le plus tost qu'il pourroit, attandu les choses passées, et que, puisqu'il m'estoit venu advertyr de la nécessayre occasion, qu'il avoit, d'y demeurer quelque peu de temps, que je le tesmoignerois à Vostre Majesté.

Jacmes Levisthon, qui est de voz gardes, vient d'arriver, tout présentement, d'Escoce, il s'attand d'avoyr, demein ou après demein, son passeport, et de continuer, incontinent après, son chemin vers Vostre Majesté, à laquelle il donra bon compte de toutes nouvelles de son pays, et de la démonstration que faict la Royne d'Angleterre de vouloir remettre les deux chasteaulx, qu'elle tient par dellà, ez meins des Escouçoys, suyvant l'instance que, en vertu du dernier traicté, je luy en ay souvent faicte; mais je croy bien, si elle en vient à tant, que ce sera au comte de Morthon qu'elle s'en démettra. Et sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour d'octobre 1573.

CCCXLVIIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par ung serviteur de Me Randolf._)

Conférence de l'ambassadeur avec Me Randolf.--Vives recommandations pour qu'il lui soit fait bon accueil en France.

AU ROY.

Sire, après que la Royne d'Angleterre a eu bien instruict Me Randolf sur les choses qu'elle luy vouloit commettre en France, elle luy a commandé de me venir trouver, pour me conférer le tout, et j'ay mis peyne de l'examiner bien curieusement de l'intention, avec laquelle il passoit de dellà; et il m'a monstré d'y apporter une très bonne affection vers le propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, et de desirer que son voyage soit si heureulx qu'il puisse servir à y fère venir quelque bonne conclusion; et qu'estant sa Mestresse fort judicieuse, qui a l'esprit fort rare, et à laquelle il a toute obligation de naturel subject de luy procurer son bien et contantement, qu'il mettroit peyne de s'acquicter droictement, et avec toute fidellité, et encores en conscience, de la charge qu'elle luy bailloit, et de luy en rapporter aultant de certitude et de vérité, comme il seroit en sa capacité de le pouvoir fère. Et m'ayant allégué là dessus plusieurs doubtes et creintes, ès quelles l'importance de ce faict le mettoient, pour estre de chose qu'il réputoit trop privée, et appartenir de trop près à la propre personne de très grandz princes, vers lesquelz il n'avoit jamais eu auparavant rien à traicter, je l'ay conforté de n'en estre en nulle peyne, et qu'il avoit son addresse à des princes qui estoient les plus courtois et humains, qui fussent en tout le reste du monde, et qu'il auroit, d'abondant, ung très bon directeur en Mr le mareschal de Retz, dont ne falloit qu'il doubtât de ne s'en retourner très contant de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de toutz ceulx de vostre couronne. Et luy ay, au reste, si particullièrement remonstré les très grandes utillités, qui procèderont de son voyage pour le bien public de son pays, et pour le sien particullier, qu'il me semble, Sire, qu'il s'en va bien disposé et en bonne volonté de bien fère. Dont, suyvant cella, je vous supplye très humblement de le fère bien et favorament recevoir, et de le fère honnorer et bien traicter, affin qu'il y ayt encores de l'inclination davantage. Il m'a dict qu'il emporte les mémoyres pour achever ce qui reste, de l'article du commerce, dans le traicté. Et sur ce, etc.

Ce XXVIe jour d'octobre 1573.

A LA ROYNE.

Madame, après que j'ay eu faict ma sollicitation en ceste court, sur la dépesche de mestre Randolphe, j'ay mis peyne, quand il m'est venu voyr, par deux foys, et fère bonne chère en mon logis, de luy fère les démonstrations du général intérest des deux royaulmes, et de celluy de son particullier, qui dépendoient de son voyage, en si expresse façon que je ne pense qu'il ayt esté rien obmis de ce qui luy pouvoit estre remonstré en cest endroict; et il monstre de partir aultant bien édiffyé qu'il se peult dire vers tout ce qui y peut appartenir, et d'avoyr une singullière affection de l'advancer. Il est vray qu'il monstre de creindre bien fort la difficulté du jugement qu'il a à rapporter à sa Mestresse, et me semble qu'il part avec une opinyon préjugée de la debvoir, à son retour, conseiller que, sans donner foy ny à peintres, ny à rapporteurs, elle ne doibve croyre sinon à la présence, et qu'en toutes sortes, elle le doibve voyr; qui n'est le pire expédient qu'il pourroit choisir, pour se desmeller d'une commission qu'il répute dangereuse. Néantmoins il importe beaucoup qu'il parle, à son retour, en très bonne sorte des choses qu'il aura vues, et ouyes, par dellà, comme je sçay bien qu'il ne le pourra fère sinon ainsy, s'il ne veult laysser la vérité. Mais encores vous supplyè je très humblement, Madame, ne trouver maulvais que je vous recorde que ceste nation se gaigne, plus que nulle aultre du monde, par faveur et bonne chère, et par libérallité, et qu'il est expédient de luy en uzer ung peu largement; et qu'avec celle que Voz Majestez luy feront, il luy en viegne encores quelque aultre de Monseigneur, vostre filz, et n'oublier quelque promesse pour l'advenir, et de luy confirmer bien fort expressément celles plus grandes qu'avez faictes espérer au comte de Lestre et à milord de Burgley; car il dépend entièrement des deux. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour d'octobre 1573.

CCCXLVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Détails de la conférence de l'ambassadeur avec Me Randolf.--Objections faites contre le mariage.--Mesures prises en Angleterre à l'égard des puritains.--Délibération au sujet de la prochaine arrivée du roi d'Espagne dans les Pays Bas.

AU ROY.

Sire, premier que Me Randolphe se soit acheminé devers Vostre Majesté, le XXVIe de ce moys, ainsy que je le vous ay escript, du dict jour, il m'est venu entretenir de plusieurs propos qui concernoient son voyage; dont les deux plus considérables ont esté de me dire que, si la Royne, sa Mestresse, n'avoit poinct voulu croyre à Mr le comte de Lincoln, ny à plusieurs milords qui estoient avecques luy, ny à Mr de Walsingam, ny à Mr de Quillegreu, touchant la disposition de la personne de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, comment pourroit on penser qu'elle deût maintenant adjouxter plus de foy au rapport qu'il luy en feroit? et que pourtant son voyage avoit à estre, ou inutille, si elle ne s'arrestoit non plus à son opinyon qu'à celle de ceulx qui l'avoient veu devant luy, ou bien fort périlleux, si il en opinoit en aultre sorte qu'ilz n'avoient faict. A quoy je luy ay respondu que la seule vérité le mettroit hors de tout ce danger, car sa Mestresse ne vouloit sinon sçavoyr ce qui en estoit; et Voz Majestez desiroient infinyement qu'elle le sceût, sans qu'il luy en fût rien déguysé; et qu'estant davantage aydé par le portraict, il ne pouvoit nullement errer en sa commission. Il m'a réplicqué qu'il vous supplieroit donques, Sire, et la Royne, vostre mère, de ne trouver maulvais, au cas qu'il remarquât quelque chose au dict pourtraict, qui fût dissemblable de la vraye présence, qu'il vous requît de le fère rabiller. De quoy je l'ay assuré que, non seulement Voz Majestez ne seroient marryes d'estre advertyes de ce deffault, mais qu'elles auroient très grand plaisir de le fère réparer.

Son aultre propos a esté que, advenant le cas que Monseigneur fût bien agréable à sa Mestresse, comme il le vouloit ainsy espérer, si je tenois pour cella que le mariage fût desjà faict. Je luy ay respondu que, du costé de Monseigneur, il n'y avoit nulle difficulté, et, du costé d'elle, l'on nous faysoit accroyre qu'il n'y en restoit plus que celle là. Il a réplicqué que de certeyne impression, qu'elle s'estoit donnée, que, à cause de son aage qui commançoit ung peu à passer, elle seroit bientost mesprisée de ce jeune prince, lequel ne faysoit qu'entrer en la fleur du sien; et de ne luy pouvoir poinct porter d'enfantz, ou bien, si elle luy en apportoit, que ce seroit avec le grand danger de sa personne, naystroient assez d'aultres difficultez, qui seroient bien mal aysées de veincre; mais encores, quand toutes celles là ne viendroient à produyre aulcun empeschement, j'avoys à rechercher si le peuple de ce royaulme resteroit bien contant du dict mariage, car mal volontiers vouloient souffrir les Angloys qu'un prince estranger régnât sur eulx, tesmoing ce qu'on avoit veu du Roy d'Espaigne; et que je ferois bien de m'esclarcyr de ce poinct, premier que de passer oultre, car me vouloit bien advertyr que beaucoup de ceulx, qui avoient desiré le mariage de leur princesse, ne vouloient plus, à ceste heure, qu'elle se maryât, et que, parmy ceux là, il y en avoit des plus grandz. Je luy ay respondu que ces particullaritez n'estoient de la considération présente, et ne touchoient en rien sa commission, car elles avoient desjà esté toutes débatues, et que je m'assurois qu'il n'y auroit ny deffault d'amityé, ny, Dieu aydant, de lygnée, ny de toute aultre bénédiction et bonheur en ce mariage; et que je n'estimoys pas qu'il y peût avoyr ung seul sy desloyal subject, en ce royaulme, qui ne voulût que la Royne, sa princesse, se maryât; et qu'elle ne pourroit proposer rien de plus digne, ny de plus honnorable, à son peuple, pour son mariage que Monseigneur, frère de Vostre Majesté, lequel ne viendroit icy estrangier, ains pour s'y porter comme naturel angloys, et que l'exemple du Roy d'Espaigne ne me mouvoit de rien, parce que la rayson estoit bien diverse.

Et ainsy, Sire, je n'ay faict semblant au dict Me Randolphe que je m'arrestasse beaucoup à toutes ses considérations, lesquelles toutesfoys j'ay bien voulu mettre icy, affin que Vostre Majesté les ayt en tel compte comme elle jugera qu'elles le méritent; et cependant je mettray peyne d'aprofondir d'où elles peuvent derriver.

Ces jours passez, les seigneurs de ce conseil ont esté fort occupés sur les remonstrances, que les évesques de ce royaulme sont venus fère à ceste princesse, des grandz désordres qui proviennent en leurs églises et diocèses, pour la multiplicité des religions, et mesmes pour la presse que les Puretains font de vouloir avoir l'exercice de la leur. Sur quoy, après plusieurs assemblées des plus grandz et notables du royaulme, et longue conférence avec les dicts évesques, par meure dellibération de conseil, a esté faicte une proclamation, mais aulcuns estiment que cella ne sera suffisant remède, parce que le nombre des Puretains est trop grand; tant y a que les Catholicques demeurent paysibles.

Les dicts du conseil ont aussy longuement dellibéré sur la venue du Roy d'Espaigne en Flandres, laquelle ils tiennent pour fort certayne, et que ce sera, à ce prochein primptemps, avec huict mille Espaignolz de renfort et une fort grande provision de deniers, et qu'il fera son chemin par Gènes. Sur quoy j'entendz, Sire, qu'entre eulx celle opinyon a prévalu, laquelle a monstré de tendre à s'entretenir aulx bons termes, où l'on est avec le dict Roy d'Espaigne, et d'accomoder le faict des prinses, et les choses mal passées depuis cinq ans, et de retourner à l'ancienne confédération, dont luy mesmes recherche ceste princesse, et de conduyre dextrement, là dessus, et avec le plus qu'on pourra d'honneur pour ceste couronne, une bonne négociation, avec ceulx qu'il y vouldra commettre de sa part. Et sur ce, etc.

Ce XXXIe jour d'octobre 1573.

CCCXLIXe DÉPESCHE

--du VIe jour de novembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Vigier._)

Conférence particulière de l'ambassadeur avec le lord garde des sceaux sur la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, il est advenu que milord Quipper et moy avons esté assis, l'ung auprès de l'aultre, en ce festin du mayre de Londres, où j'ay eu la commodicté de parler longuement à luy, et je l'ay principallement entretenu de l'honnorable légation qu'aviez dernièrement envoyé fère à la Royne, sa Mestresse, par Mr le mareschal de Retz, et comme Vostre Majesté avoit bien voulu tant defférer à la plus estroicte amityé et confédération qu'avez maintenant avec elle et avec sa couronne, que de luy mander cestuy tant expécial et confident ambassadeur pour luy donner compte des plus importantz évènementz de vostre royaulme, non seulement de ceulx du jour St Barthèlemy, et de ce qui avoit suivy après, mais encores de ceux qui avoient commancé, dès la première prinse des armes par voz subjectz, en l'an soixante ung, jusques à la fin du siège de la Rochelle, qui estoient douze ans d'ung continuel trouble, et d'ung merveilleux et bien fort dangereulx suspens de tout l'estat de vostre royaulme; et que j'avoys grand regret qu'il n'eust esté présent à ce récit, affin de ne demeurer moins bien édiffié des actions de Voz Majestez Très Chrestiennes et de toutz ceulx de vostre couronne, qu'avoient faict ceulx des aultres du conseil qui l'avoient ouy; et que je m'assuroys qu'il eût, avec eulx, facillement déposé ces escrupulles, qu'ilz en avoient auparavant conceu, et sur lesquelz ilz avoient, depuis quinze moys, tenu tousjours accroché le bon propos de Monseigneur le Duc, pour, dorsenavant, le laisser parvenir à quelque bonne conclusion, sellon que je sçavois bien qu'entre toutz les dicts du conseil il avoit tousjours, plus fermement que nul aultre, opiné pour cest honnorable party. Il m'a respondu, Sire, que, de très bon cueur, il eût veu Mr le mareschal, et eût fort volontiers ouy de luy la justiffication de Vostre Majesté sur les choses de Paris, et n'en eût resté moins bien persuadé, ny moins satisfaict, qu'avoient faict ceulx qui estoient présentz; et que, touchant le propos de Monseigneur, il confessoit de l'avoyr tousjours plus vifvement conseillé que nul aultre de ce royaulme; et qu'à la vérité les évènementz de France luy avoient bien faict suspendre, mais non jamays changer d'advis, ainsy que la Royne mesmes le sçavoit très bien; et qu'il avoit très grand plésir que ces nuées fussent ung peu haulcées, néantmoins aulcuns jugeoient que les plus grandes difficultez venoient maintenant de nostre costé. A quoy luy ayant soubdein réplicqué que je luy voulois respondre, sur le péril de ma vye, qu'il n'y en avoit nulle; il a suivy à dire que je ne sçavoys tout, ny ma vye ne pourroit respondre de tout, et que le temps mèneroit bientost cella à lumyère; dont, si les empeschementz cessoient, il conseilleroit aussy le mesmes, qu'il avoit tousjours faict, à sa Mestresse, d'accepter cest honnorable party du frère de Vostre Majesté: et c'est la substance de tout ce que j'ay peu tirer de luy.

Puis, au sortir de table, milord trézorier s'est retiré, à part, avecques moy, pour me demander des nouvelles de France et de ces divers bruictz qu'on en faysoit courir par deçà, et si le Roy de Pouloigne, vostre frère, entreprendroit son voyage avant le primptemps. A quoy luy ayant très bien satisfaict, jouxte la dépesche de Vostre Majesté, du XVIIIe du passé, je l'ay, de propos en propos, tiré à parler des choses d'Allemaigne, parce que j'avoys sceu que Me Estrange estoit arryvé le jour précédant. Et il m'a confessé que la Royne, sa Mestresse, avoit eu des nouvelles bien fresches de l'Empereur, lequel se monstroit tousjours fort bien incliné vers elle, et que une des choses, à quoy il avoit prins le plus de plaisir, de toutes celles que celluy, qui venoit de dellà, avoit récitées, estoit que, des mesmes domesticques de ce prince, dont il y en avoit de catholicques et de protestantz, les ungs et les aultres convenoient très bien à l'accompaigner à la messe, et ceulx qui estoient de sa religion demeuroient avecques luy, et les aultres alloient au presche et à l'exercice de la religion protestante; et néantmoins tous concouroient fort paysiblement ensemble à son service, qui estoit ung exemple par lequel ce premier prince des Chrestiens monstroit, en embrassant les Catholicques, de n'estre poinct persécuteur des Protestantz, et de tollérer l'exercisse des deux religions en son estat.

A quoy je luy ay respondu que l'Empereur servoit au temps; et qu'il avoit cy devant assez monstré de quel esprit il estoit meu en cest endroict, et que, quand à la France, je le priois de croyre fermement que ce que Mr le mareschal de Retz luy avoit dict, de vostre dellibération là dessus, se trouvoit très ferme et très véritable, sellon que je luy en pouvois fère voyr une fort expresse confirmation par la dernière dépesche de Vostre Majesté. Et soubdain, je luy ay monstré l'article qui parloit fort dignement et en termes fort propres de ce poinct, lequel il a eu fort à gré de le voyr; et n'ay, pour ce regard, passé à rien davantage, comprenant en moy mesmes assez bien à quoy vouloit tendre tout ce qu'il me disoit, mais, après l'avoyr remercyé de la dilligence, dont je m'assurois qu'il avoit uzé à former l'intention de Me Randolphe, premier que de le dépescher en France, et de ce qu'il l'avoit faict venir conférer avecques moy, je luy ay particullarizé, Sire, les mesmes propos que je vous ay desjà escript que le dict Me Randolphe m'avoit tenus; et, nomméement, ceulx de ces nouvelles difficultez qu'il m'avoit alléguées, oultre celle pour laquelle il estoit maintenant envoyé; et que, si cella venoit de plus haut que de luy, je pryois le dict milord de considérer, combien, entre grandz princes, et sur ung affère si royal et si privilégié comme estoit cestuy cy, toute ceste façon de deffettes convenoit mal à la grande sincérité, dont Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monseigneur, avoient uzé en leur honnorable pourchas; et que ce n'estoit propos que je vous peusse ny celler, ny dissimuler.

A quoy il m'a respondu qu'il ne sçavoit sur quelle occasion Me Randolphe estoit venu si avant avecques moy, et néantmoins que c'estoient les mesmes difficultez qui avoient esté desjà assez souvent déduictes, et qu'il n'y pouvoit avoyr rien de mal qu'il me les eût de rechef renouvellées, néantmoins qu'il me pouvoit dire en vérité que, à présent, il ne voyoit, quand à luy, qu'il y eût aulcune aultre difficulté que celle de la personne de Monseigneur pour le contantement de sa Mestresse; et qu'il estoit bien ayse de m'ouyr parler si confidemment, comme je faysois, de luy et de sa belle disposition, et de ce qu'il sembloit que j'eusse, soubz mein, faict toucher à la dicte Dame que la Royne, vostre mère, m'en avoit de nouveau escript aulcunes particullaritez qui l'avoient fort contantée; et qu'il estoit bien d'advis que je conférasse de ces propos de Me Randolphe avec le comte de Lestre, comme, Sire, je suis après à le fère, le plus tost que je pourray. Et cepandant le dict comte m'a mandé qu'il avoit conjuré le dict Me Randolphe de se déporter bien et sagement en ceste commission, et de se donner bien garde que, par luy, le propos ne vînt en pires termes qu'il n'estoit à présent; car, par cy après, l'on luy feroit plus parfaictement cognoistre, qu'on ne faisoit maintenant, combien ce mariage estoit nécessayre.

Et ainsy, Sire, comme je n'ay pas cogneu, pour ce coup, rien de contrayre à ce propos, par ces troys personnages, aussy n'ay je rien ouy d'eux, où je puisse mettre plus de fondement que devant; mais je mettray peyne de les approfondir tousjours davantage, affin que, d'heure en heure, je vous puisse donner plus de lumyère de leur intention.

Cependant, Sire, l'on me veult faire accroyre que les deux chasteaulx, de Humes et de Fastcastel, en Escosse, ont esté remis ez meins des Escossoys; dont, pour en sçavoyr mieulx la vérité, et pour entendre de l'estat du reste du pays, duquel l'on m'a dict que les choses sont fort près de retourner à quelque altération, à cause que le comte de Morthon n'a voulu rendre les sceaulx et estat de chancellier au comte de Honteley, ains l'a baillé à ung aultre jeune milord son parant, j'ay dépesché, par mer, ung homme exprès par dellà, et ay escript à quatre seigneurs du pays, desquelz j'espère que j'auray bientost leur responce. Et sur ce, etc. Ce VIe jour de novembre 1573.

CCCLe DÉPESCHE

--du XIe jour de novembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Charles de Bouloigne._)

Conférence particulière de l'ambassadeur avec Leicester sur la négociation du mariage.

AU ROY.