Part 32
Et après, Sire, j'ay assemblé ceulx du conseil de la dicte Dame pour leur proposer la venue de Mr le mareschal, et fère expédier son saufconduict, et impétrer des navyres de ceste princesse pour l'aller quérir et assurer son passage, et pour les bien disposer à sa réception. Dont ayant obtenu le tout, j'ay dépesché, avec toutes ces provisions, le Sr de Vassal et ung de mes secrettères, qui parle angloys, devers luy; par lesquelz j'espère qu'il se trouvera bien satisfaict, et bien informé, de tout ce qu'il peut desirer pour son arrivée vers ceste princesse; laquelle il pourra encores trouver icy, mardy prochein, mais, s'il ne passe si tost, nous la suyvrons à Conthurbery, où elle fera quelque séjour. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour d'aoust 1573.
CCCXXXIXe DÉPESCHE
--du IIIIe jour de septembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Ridou._)
Préparatifs pour recevoir le maréchal de Retz.--Soupçon contre le comte de Montgommery.--Nouvelles d'Écosse et de Marie Stuart.
AU ROY.
Sire, ayant la Royne d'Angleterre estimé que Mr le mareschal de Retz, à son désembarquement, seroit bien ayse d'avoyr quelque espace de se pouvoir ung peu refaire du travail de la mer, premier que de se présenter à elle, ny luy aller explicquer sa légation, elle a advisé, pour cella, de le recevoyr à Canturbery, quatre lieues dans le pays, ville bien commode et assez espacieuse, où plusieurs seigneurs et dames de sa court se rendront; et est partie de Douvre, quelques jours plus tost qu'elle n'eût faict, et a hasté d'autant son progrès pour luy laysser cette, commodicté, mais ce n'a esté sans avoyr premièrement commandé qu'il me fût largement pourveu à tout ce que j'avoys demandé pour les vaysseaulx de son passage, pour les navyres de conserve, pour sa réception au sortir de la mer, et pour les chevaulx qui luy feroient besoing; de sorte que je vous puys assurer, Sire, qu'il est maintenant attendu, icy, avecques desir, et qu'il sera le fort bien venu et fort honnorablement receu en ce royaulme.
Le vidame de Chartres a envoyé prendre logis à Canturbery, qui ne sera sans que luy et les aultres gentilshommes françoys, qui sont par deçà, viennent saluer Mr le mareschal, et vueillent entendre curieusement de luy l'estat de la paix de vostre royaulme. Cependant j'ay, à toutes advantures, donné ordre que, pour les escrupulles qui me restent encores du comte de Montgommery, ung personnage que Vostre Majesté répute confident, soit, soubz aultre prétexte, allé à la Rochelle; lequel, après qu'il aura bien nothé toutes choses dans la ville, les vous yra dire, ou bien me les rapportera, icy, pour en advertyr Vostre Majesté.
Je n'ay apprins rien de nouveau d'Escoce, depuis mes précédantes, sinon que je viens de sçavoyr que le vieux Cauberon est arryvé, depuis deux jours, en ceste court, et que le Sr de Quillegreu le y a admené; et que l'on dict que le comte de Morthon, pour quelque nouvelle souspeçon, a faict mourir milord de Humes, sans attandre le parlement. La Royne d'Escoce est encores aulx beings, d'où elle m'a escript que l'uzage d'iceulx a commancé de luy provocquer des sueurs, qui luy font grand solagement à son mal de costé. Sur ce, etc.
Ce IVe jour de septembre 1573.
CCCXLe DÉPESCHE
--du XXe jour de septembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Bonne réception faite au maréchal de Retz.--Détails de sa négociation.--Entière justification de la conduite du roi dans les guerres civiles de France.--Heureux résultat de la mission du maréchal.--Honneurs qui lui sont rendus.--Résolution des seigneurs du conseil d'approuver le mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon.
AU ROY.
Sire, je sçay bien qu'estant, Mr le mareschal de Retz, de retour par dellà, Vostre Majesté aura eu le plésir d'entendre, de luy mesmes, le récit de son voyage; dont je n'entreprendray de vous en toucher, icy, les principalles particullaritez, parce qu'il n'aura pas obmis celles qui servent de vous donner bon compte de ce qu'il a peu traicter et résouldre avec ceste princesse. Et seulement je vous supplieray, Sire, de vouloir gratiffier, par quelque bonne parolle et par quelque démonstration, à l'ambassadeur de la dicte Dame, et me commander de gratifier de mesmes, icy, à elle, les honnestes faveurs et bon traictement qu'elle luy a faict recevoir en son royaulme; qui vous puis assurer, Sire, que, nonobstant les choses advenues, depuis ung an, en France, elle a voulu qu'on luy ayt uzé les mesmes sortes d'honneur et d'entretien qui furent faictz à Mr de Montmorency, quand luy et Mr de Foix vindrent jurer la ligue, sinon que, lors, les choses furent préparées de longtemps, et la court estoit à Londres, là où, à ceste heure, il est arrivé en temps de progrès, et sans qu'on ayt sceu, que de bien peu de jours, sa venue. En quoy l'opinion de plusieurs et ma propre expectation ont esté de beaucoup surmontées, et mesmes en ce qu'après qu'il a eu salué la dicte Dame, et qu'il luy a eu explicqué sa première charge, et faict les aultres honnestes et bien fort honnorables complimentz vers les principalles personnes de ceste court, il n'y a eu celluy qui n'ayt monstré de l'avoyr bien fort agréable; et surtout quand, le troysiesme jour, il a eu déduict, par ung bel ordre de peu de parolles, mais icelles de grande efficace et pleynes de tout ornament, en l'assemblée de ceulx de ce conseil, les choses advenues, depuis quatorze ans, en vostre royaulme, commançant dès l'entreprinse d'Amboyse jusques à la fin du siège de la Rochelle; et que, pour respondre aulx objections et difficultés que, pour tant de divers évènementz, l'on faysoit contre le propos du mariage, il leur a eu séparé la rébellion de la cause de la religion, et monstré fort clèrement que vous aviez bien, Sire, tousjours prétendu de réprimer l'une, mais non de vous porter jamays ennemy de l'aultre; avec tant de apparantes raysons de cella, qu'ilz n'ont peu contredire qu'il ne fût ainsy, et ont confessé, tout hault, que nul plus grand ny plus relevé service il eût peu fère à Vostre Majesté en ce royaulme, que de les avoyr renduz capables de ce faict; et qu'ilz desireroient que dix mille Angloys, des plus passionnez, eussent esté présentz à son discours.
Ung chacun s'est efforcé, de là en avant, de l'honnorer et respecter davantage, et la dicte Dame a faict augmanter l'ordre de son entretien, et a depputé des gentilhommes de bien bonne qualité pour le servir, et des plus grandz de sa court pour l'accompaigner, de façon que, depuis le sortir du navyre jusques au rembarquement, il luy a esté, d'heure en heure, toujours uzé quelque chose de plus et de mieux. Comme luy aussy, de son costé, Sire, a continué, jusques au dire adieu, d'accomoder tousjours tout l'effect de sa négociation à leur honneur; et s'est conduict, en toutes choses, si sagement, et avec tant d'honneur, vers eulx, qu'il les a non seulement renduz bien édiffiez de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de toutz ceulx de vostre couronne, mais semble qu'il leur ayt faict perdre toute la malle impression que, depuis ung an, ilz avoient conceue de la France. Et luy a ceste princesse voulu donner ce tesmoignage, en la présence de ceulx de son conseil et de moy, que, depuis qu'elle est royne, elle n'a poinct traicté avec aulcun gentilhomme, d'où qu'il luy eut esté envoyé, de qui elle ayt mieulx receu, ny eu plus agréables les propos que de luy, parce que, si l'éloquence n'y a point deffally, elle a opinyon que la sincérité y a grandement abondé, et qu'elle le tient pour ung des plus dignes et acortz gentilshommes, qu'elle ayt veu jamays, pour porter très confidemment les secretz qui se mandent entre princes.
Et, en ceste tant bonne opinyon, avec quelques honnestes présentz, qu'il a faictz à la dicte Dame et à ses plus expéciaulx conseillers, et avec la libéralité qu'il a largement uzée vers ceulx qui ont eu charge de le servir et traicter, et encores avec la modération dont il a sceu très bien contenir toute sa troupe, qui n'estoit petite, il a layssé, à son partement, ung fort grand contantement de luy et une très bonne satisfaction de toute sa légation, en ceste court.
Or, Sire, après l'avoir reconduict jusques à la mer, je suis retourné fère ung commencement de mercyement à la dicte Dame de tant de bons traictementz et honnestes faveurs, et du présent que mon dict sieur le mareschal avoit receu d'elle; laquelle a monstré, en son absence, plus que quand il estoit présent, de l'avoir en grande estime, et de donner très grand foy aux choses qu'il luy a dictes de la part de Voz Très Chrestiennes Majestez, et que, suyvant icelles, elle tiendra l'ordre qui a esté arresté entre eulx, lequel elle et ceulx de son conseil m'ont, d'eux mesmes, déclaré; dont j'ay veu le Sr de Quillegreu tout prest à prendre la poste pour aller, à cest effect, trouver mon dict sieur le mareschal; mais la dicte Dame s'est depuis advisée qu'elle diffèreroit encores huict ou dix jours, affin d'attendre que Monseigneur, frère de Vostre Majesté, fût mieulx remis de sa maladye. Et ses deux plus expéciaulx conseillers m'ont, sur leur foy et conscience, fort expressément assuré qu'elle estoit très bien disposée à cest honnorable party, et que la difficulté n'estoit plus que en ce qu'on avoit rapporté que l'accidant du visage de Mon dict Seigneur estoit beaucoup pire que ne monstroit le pourtraict qu'elle en avoit desjà veu; lequel, s'il se trouvoit qu'il ne feût poinct flaté, ilz s'assuroient que toutz aultres empeschementz seroient bientost ostés. Et ay comprins de leur discours, Sire, qu'ilz sont restés bien persuadés de la justiffication de Voz Majestez, et du Roy de Pouloigne, et de Monseigneur, sur les choses de France, par la déduction que Mr le mareschal leur en a faicte; et que, pourveu que Vostre Majesté observe bien le nouvel édict, qui a esté faict devant la Rochelle, ilz retourneront sans aulcun escrupulle à la mesmes confience qu'ilz avoient prinse de Vostre Majesté; mais aussy, s'ilz y voyoient la moindre infraction du monde, ilz jurent de jamais plus, en façon du monde, ne s'y fier.
Et j'ay apprins, de fort bon lieu, que milord de Burgley, quand il est venu à oppiner devant la dicte Dame sur la résolution de ce bon propos de Monseigneur le Duc, il a dict que, succédant ou ne succédant poinct le dict propos, tousjours l'estat de leur religion demeuroit en danger, mais qu'il y avoit quelque espérance d'y remédier, si, d'avanture, le dict mariage s'effectuoit, là où, s'il ne s'effectuoit poinct, il demeuroit du tout sans remède, car l'on pouvoit fère entrer Mon dict Seigneur, par le contract du dict mariage, aulx mesmes obligations qu'estoit la Royne, sur l'observance des décretz du parlement touchant l'ordre de la dicte religion, et que cella tiendroit tout le temps de leur règne, et durant encores qu'ilz auroient l'administration de leurs enfans, si Dieu leur en donnoit, là où, si la couronne venoit à ung aultre, qui ne se trouvât obligé aulx dicts décretz, il les pourroit changer, quand il voudroit; et qu'ayant là dessus esté réplicqué au dict milord que l'exemple des choses de France monstroit que ce ne seroit se mettre seulement en danger, mais se précipiter en ung très manifeste péril, s'ilz se commettoient à Mon dict Seigneur, il a respondu que si, lors de l'excès et au milieu des armes, et quand il estoit environné de ceulx qui s'exaspéroient contre ceulx de leur religion, il avoit esté trouvé modeste, et n'avoit uzé une seule parolle, ny une démonstration, ny un seul maulvais effect contre eulx, il estoit bien à croyre que, quand il seroit icy, près de la Royne, leur Mestresse, et au milieu d'eulx, en un royaulme desjà estably à ceste forme de religion, qu'il s'y conduyroit encores avec plus de modération. Dont toutz ceulx du conseil, après l'avoir ouy, ont opiné pour le mariage, pourveu que la personne de Mon dict Seigneur puisse complère à leur Mestresse.
J'ay bien ouy, Sire, par ci devant, plusieurs aultres choses aussy expresses que celles icy en ce mesme propos, lesquelles ne sont venues à pas une conclusion. Ce qui me tient tousjours en souspeçon qu'il y puisse encores avoyr de l'artiffice caché; mais Mr le mareschal vous apporte de quoy fère bientost venir en évidence ce qui en est. Et sur ce, etc. Ce XXe jour de septembre 1573.
CCCXLIe DÉPESCHE
--du XXVe jour de septembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Communication sur les affaires de Pologne.--Nouvelles méfiances des Anglais et des Français réfugiés sur les projets du roi contre les protestans.--Affaires d'Écosse.--Excès du comte de Morton.
AU ROY.
Sire, l'on avoit donné entendre, en ceste court, que les prélatz et palatins poulonnois, qui sont en la vostre, estoient si merveilleusement opiniastres que, pour ne vouloir rien rabattre de beaucoup de choses, qui mesmes apparoissent par trop extraordinayres et hors de moyen ez chapitres de leur demandes, leur légation s'alloit finir en ropture, au grand malcontantement d'eux, et peu de satisfaction de Vostre Majesté et du Roy, vostre frère, et desjà ceste princesse m'en avoit touché quelque mot, en passant. Dont j'ay esté infinyement bien ayse d'avoyr eu de quoy fère voyr à elle et aulx seigneurs de son conseil, par la lettre qu'il vous a pleu m'escripre, du XIe du présent, que le tout estoit bien et gracieusement accordé, au mutuel contantement de Voz Majestez et des dicts prélats et palatins, et que les articles avoient esté desjà fort solennellement jurez, en la grande églyse de Nostre Dame de Paris, avec l'aclamation et publicque réjouyssance de ce nombre de grandz personnages, et d'une infinyté de peuple, qui y avoient assisté, et que Dieu qui n'avoit moins monstré sa divine faveur, ez actes qui avoient suivy l'élection que en l'élection mesmes, laquelle luy seul avoit conduicte, manifestoit encores clèrement qu'il vouloit mener tout l'affère à son heureuse perfection.
A quoy la dicte Dame et iceulx de son dict conseil m'ont mandé de bien honnestes responces, du plésir qu'elle et eulx avoient que les choses, les unes après les aultres, succédassent toutes bien à establir ce grand estat en la personne du Roy de Pouloigne, vostre frère; et que l'Angleterre, aussy bien que la France, en desiroit le très ferme et perpétuel establissement; et qu'ilz ne mettoient en grand compte les démonstrations qu'aulcuns voysins faysoient, et mesmement le roy de Dannemarc, de ne vouloir laysser en paix les affères de dellà, tenant encores arrestés ung des ambassadeurs et le jeune Sr de Lansac: car ne faysoient aulcun doubte que l'arrivée du Roy, vostre frère, en son royaulme, ne réduyse incontinent tout le pays en ung aussy paysible et assuré estat qu'il le sçauroit desirer, et que, non seulement il ne seroit inquiété, ains ardemment recherché de bien estroicte amityé par toutz les princes chrestiens, qui seroient ses voysins.
Et s'est la dicte Dame faicte enquérir soigneusement si j'avoys receu aulcunes nouvelles de Mr le mareschal de Retz, depuis qu'il estoit party; qui semble, Sire, qu'elle attande en grande dévotion la responce de la lettre qu'elle luy a escripte. Et se faict une généralle démonstration, en ceste court et en ce royaulme, que le voyage, que luy avez faict fère par deçà, et les propos que luy avez faict tenir, ont hasté ceulx cy de retourner en leur bonne première disposition vers Vostre Majesté; qui n'y cheminoient qu'à regret, et comme s'ilz eussent marché sur des épineuses et fort malaysées difficultez. Et se continue la résolution d'envoyer, sur le commancement de ce moys prochein, le Sr de Quillegreu par dellà, sellon que mon dict sieur le mareschal mandera qu'il se debvra fère.
Il est vray qu'on a faict courir, icy, ung bruit qu'à Paris avoient esté tués quelques cappitaynes, qui avoient esté recognus estre de ceulx qui avoient soustenu le siège de la Rochelle, ce qui a cuydé renouveller les escrupules à ceulx cy, lesquelz sont naturellement deffiantz; qui m'ont faict fort curieusement examiner si j'en sçavois quelque chose, mais j'ay jetté cella bien loing, et ay fort réduict ung chacun à n'en croyre rien. Les Françoys, qui sont icy, en demeurent ung peu en suspens, lesquelz toutefoys je conforte fort de retourner toutz en leur mayson, et qu'ilz y vivront très assurez, soubz la protection de Vostre Majesté et observance de vostre dernier édict.
Il y a dix ou douze jours que quatre centz cinquante harquebousiers escoussoys, de ceulx du comte de Morthon, estantz abordés en ung port de ce royaulme, aussytost qu'ilz ont eu le vent bien à propos, ils sont passez en Holande au service du prince d'Orange, et assure l'on qu'il en est allé plus de quatre mille aultres escouçoys au service du roy de Suède, et que, quand Vostre Majesté, ou le Roy de Pouloigne, en voudrez tirer quelque nombre, qu'ilz y yront trop plus volontiers que au service de nulz aultres princes du monde. Ceulx, qui sont ainsy sortis, sont cause qu'on vit en quelque façon tollérable dans le pays, sans guerre, bien que soubz la dominion du dict de Morthon, qui est violent et fort avare, et qui ne s'est réservé aulcun amy, et a imposé des subcides et empruntz sur la ville de Lillebourg, laquelle estoit franche de tout temps; et a transporté la fabricque de la monoye en sa mayson de Datquier, et enfin a uzurpé toutz les droictz royaulx. Il a retiré des bagues de la Royne d'Escoce, qui estoient en gages, et a exigé par menaces, de ceulx qui les avoient, aultant de somme qu'ilz avoient desjà presté sur icelles, par prétexte qu'ilz avoient fourny de l'argent à ceulx qu'il a déclarés rebelles; et a faict mettre prisonnier dans le chasteau de Lillebourg le Sr Craffort, qui est de voz gardes, parce qu'il avoit parlé à la Royne d'Escoce, en passant. Le comte d'Arguil, ayant répudié la bastarde d'Escosse, a espousé la fille d'ung milord, qui n'est amy du dict de Morthon, de quoy il est bien marry. Je ne puis assez, Sire, ramentevoir à Vostre Majesté, l'estat du dict pays, affin qu'il vous playse pourvoyr à ce qui faict besoing, pour la conservation de vostre alliance; et semble qu'on tienne icy en suspens le vieulx Cauberon de ne luy bailler sa dépesche vers le dict de Morthon, sur la tenue du prochein parlement d'Escoce, et sur l'affère de milord de Humes, de Cadinguen, et aultres qu'il tient encores prisonniers, jusques à ce qu'on verra comme la négociation, que Mr le mareschal de Retz a remise en termes, s'yra continuant. Sur ce, etc.
Ce XXVe jour de septembre 1573.
CCCXLIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de septembre 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par le beau fils de Cahier._)
Secours donnés en Angleterre au prince d'Orange.--Convocation du parlement d'Écosse à Lislebourg.--Protestation de dévouement au roi faite par le député de la Rochelle.
AU ROY.
Sire, samedy dernier, ceste princesse est venue finir son progrès de ceste année au mesme lieu de Grenvich, d'où elle l'avoit commancé, et semble qu'elle y fera quelque séjour, attandant qu'il luy vienne des nouvelles de France, après le retour de Mr le mareschal de Retz, sur la disposition des propos qu'elle a eus avec luy; et que sellon cella, elle se puisse résouldre des moyens qu'elle y aura, puis après, à suyvre. Dont j'attandz aussy, Sire, quelque dépesche de Vostre Majesté, affin que j'aye occasion d'aller trouver la dicte Dame, et que je recognoisse si elle persévère en ce qu'elle et les siens principaulx nous ont faict espérer de sa bonne intention en cest endroict. L'on s'attandoit que les principaulx du royaulme deussent estre mandez, à la my octobre prochein, pour continuer le parlement, mais je pense comprendre que cella sera remis jusques après la chandelleur.
J'ay curieusement recherché le faict dont l'on m'avoit donné advis du cappitayne Boychamp, et enfin j'ay trouvé que c'est le cappitayne Boysseau, à qui ceulx de la Rochelle, durant le siège, avoient donné charge de leurs vaysseaulx de guerre, parce qu'il est natif de leur ville, et que le comte de Montgommery luy avoit aussy baillé une commission de sa part, mais il ne m'appert encores qu'on luy ayt renouvellé son pouvoir depuis la paix; et si, d'avanture, l'on l'a faict, j'ay opinyon, Sire, que c'est pour servir au prince d'Orenge: car l'on faict, tous les jours, nouvelles dilligences, icy, en sa faveur, à recouvrer armes, monitions, hommes et vaysseaulx, pour luy envoyer; et mesmes l'on m'a dict que le Sr de Quillegreu, pendant qu'il a esté en Escoce, luy a praticqué mille cinq centz chevaulx escouçoys qui sont prestz à partir, pourveu que, d'icy, leur soit envoyé quelque commancement de paye et moyen de s'embarquer; ce qui ne sera trop difficille d'estre moyenné par les évesques et plus affectionnés protestantz de ce royaulme. Et croy que c'est ung des articles sur lequel l'on a faict temporiser quelque temps le vieulx Cauberon, lequel, à mon advis, sera renvoyé ceste sepmayne. Et m'a l'on dict que le parlement, que le comte de Morthon avoit mandé au premier d'octobre à Lillebourg, est remis jusques au XXVIIIe du dict moys, ce qui vous donra loysir, Sire, d'y pouvoir envoyer quelqu'ung pour y assister de vostre part; et souspeçonne l'on assés que le dict de Morthon vueille dresser une entreprinse pour courre sus au comte de Honteley, à cause de quelques jalousies qu'il a prinses de luy, bien qu'il escript, icy, d'avoyr donné si bon ordre par toutz les portz et advenues d'Escoce, qu'on ne doibt creindre que nulz estrangiers y puissent faire descente.
L'agent, qui est encores icy, de la Rochelle, m'est venu confirmer, de la part de ceulx de sa ville, que, en nulle sorte, ilz n'attempteront, ny icy ny en nulle aultre part du monde, chose aulcune qui ne soit de très obéissantz et fort loyaulx et fidelles subjectz de Vostre Majesté, et qu'ilz ne desirent rien tant que de voyr qu'on leur continue la seureté qu'il vous a pleu leur donner, et que, sans aulcune aultre garde, ilz ayent à confier, du tout, leurs vyes, biens et personnes, à la seule protection de la parolle de Vostre Majesté, et qu'il estoit tout esbahy de ce qu'on disoit que les depputés de la Rochelle avoient nouvellement esté tués à Paris. A quoy je luy ay respondu, quand au premier, qu'il ne debvoit demeurer en aulcun doubte de vostre droicte intention vers les promesses qu'avez faictes à ceulx de sa ville, pourveu qu'ilz se continssent en celle loyalle obéyssance qu'il me disoit, et que je tenois le bruict de ce meurtre de Paris pour entièrement faulx, parce que j'avoys des lettres assez fresches de Vostre Majesté, qui n'en faysoient aulcune mencion. De quoy il a monstré de rester bien fort satisfaict. Sur ce, etc.
Ce XXXe jour de septembre 1573.
CCCXLIIIe DÉPESCHE
--du VIe jour d'octobre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Rue._)
Audience.--Cérémonies faites à Paris à l'occasion de l'élection du roi de Pologne.--État de la négociation du mariage.--Mission du capitaine Cauberon en Écosse.
AU ROY.