Part 31
Après avoyr prins congé d'elle, je suis entré là où les dicts du conseil étoient assemblés, et leur ay faict voyr les pièces, qu'il vous avoit pleu m'envoyer, des déprédations, et plusieurs aultres que j'en avoys devers moy, qui m'en ont débatu quelques unes, et m'ont fort expressément remonstré, qu'encor qu'il apparût plus de pleinctes du costé des Françoys contre l'Angleterre, que du costé des Angloys contre la France, que néantmoins ilz avoient cest advantage de pouvoir fère foy d'ung fort grand nombre de restitutions qu'ilz avoient faictes aulx Françoys, là où, en France, n'en avoit esté faicte encores une seule aulx Angloys. Et après leur avoyr touché ung mot des escrupulles que la Royne, leur Mestresse, m'avoit faict sur la seureté du passage que je luy avoys demandé, je leur ay remonstré que si elle et eulx s'y arrestoient, ce seroit argument qu'ilz doubtoient par trop de vostre bonne intention, et qu'ilz ne l'avoient nullement bonne vers Vostre Majesté; et les ay priés de vous fère voyr, à bon escient, s'ilz vouloient demeurer en la bonne confédération du dernier traicté, ou bien s'ilz avoient intention de s'en départyr. Et les ayant ainsy layssez, ilz m'ont mandé, le jour après, que la dicte Dame m'avoit accordé le dict passage, et le saufconduict, sans aulcune difficulté. Et sur ce, etc.
Ce IXe jour d'aoust 1573.
MÉMOIRE.
Sire, quand, avec les lettres de Vostre Majesté et du Roy de Pouloigne, vostre frère, je suis allé prier la Royne d'Angleterre de luy vouloir octroyer le bon, et seur, et libre passage que requiert la bonne intelligence d'entre voz deux royaulmes, et la promise et jurée amityé d'entre Voz Majestez, avec toutes les aultres honnestes cautions que luy offriez en voz dictes lettres, et avec les meilleures persuasions, dont je me suis peu adviser;
Elle m'a respondu que, quand à la personne du Roy de Pouloigne, vostre frère, et des principaulx, d'auprès de luy, et de son trein ordinayre, sa suyte et meubles, elle l'octroyoit très volontiers, et que, sans saufconduict ou avec saufconduict, si le vent le jettoit par deçà, il y seroit aussy bien et honnorablement receu comme s'il abordoit en France, ou en son propre royaulme; mais, quand à ses gens de guerre, elle me vouloit dire librement qu'on luy avoit remis ce qui s'estoit passé, du propos d'entre elle et le Roy de Pouloigne, vostre frère, devant les yeux, et luy avoit on faict considérer que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et luy mesmes, aviez indubitablement eu une grande affection au mariage, mais que Mr le cardinal de Lorrayne, pour l'occasion de la Royne d'Escoce, sa niepce, avoit trouvé moyen de l'interrompre; dont, s'il avoit eu tant de crédit en cella, il le pourroit bien avoir encores plus grand, à ceste heure, en chose de moindre conséquence, pour, en faveur de sa mesmes niepce, entreprendre quelque nouveaulté dans ce royaulme, si tant de gens de guerre y abordoient.
En quoy je luy ay réplicqué soubdein qu'elle me pardonnât, si je luy disois que c'estoit elle, et ceulx qui pour elle avoient manyé le dict propos de son mariage avec le Roy de Pouloigne, qui l'avoient à la fin interrompu, et non Mr le cardinal de Lorrayne; pour lequel je ozois et voulois bien respondre que, oultre qu'il avoit tousjours suivy les intentions de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et conseillé les choses qui estoient pour la grandeur de leur couronne, comme estoit bien le dict mariage, qu'il avoit encores plus espéré par là de solagement ez affères et à la personne de la Royne d'Escoce, que par nul aultre moyen du monde; et que, si elle vouloit considérer que Vous, Sire, aviez maintenant à establir ung grand et nouveau royaulme, qui estoit advenu à vostre frère, et non luy venir troubler à elle le sien, et que vous ne mettiés, de gayeté de cueur, ce nombre de gens de guerre sur mer, après la perte et diminution de beaucoup de voz forces en ces guerres civilles de vostre royaulme; ains que vous le faysiez pour accomplir vostre promesse aulx Poulounois, elle jugeroit bien que sa difficulté estoit mal fondée.
Et me suis eslargy en plusieurs clères démonstrations là dessus, qui ont faict confesser à la dicte Dame qu'elle avoit regret de débattre rien sur vostre raysonnable demande; mais que, pour satisfère à ceulx de son conseil, elle me prioit de luy donner temps, qu'elle la peût mettre en dellibération; car aussy sçavoit elle que l'affère n'estoit pressé, et qu'on luy avoit escript qu'il ne se mettoit plus tant de dilligence à l'embarquement, et sembloit que le voyage du Roy de Pouloigne fût, pour quelque occasion, retardé; néantmoins elle espéroit de vous satisfère de si bonne sorte en cest endroict, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et le Roy de Pouloigne, en resteriez contantz.
J'ay poursuivy les aultres propos de voz lettres, du XVIIIe et XXIIIIe du passé, et mesmes de l'entrevue de Monseigneur le Duc, où elle s'est layssée fort facillement attirer; et a monstré que son ambassadeur luy en avoit escript, et que bientost j'auroys les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, pour luy en fère entendre vostre résolution, ne dissimulant poinct qu'elle ne voulût fort volontiers voyr Monseigneur le Duc par deçà; mais c'estoit tousjours avec la protestation de n'estre de rien obligée pour sa venue, et de n'encourir la diminution de vostre amityé, ny de celle de la Royne, vostre mère, ny de luy, s'il s'en retournoit sans la conclusion du dict mariage.
Je luy ay respondu, en peu de motz, _que la sincérité seroit la règle de cella entre Voz Majestez_, et que l'affère estoit en toutes sortes si éminent qu'il n'y pouvoit enfin rester rien de caché. Et l'ay layssée amplement discourir de ce faict, sans l'interrompre nullement; qui, après ses accoustumez doubtes, a terminé son propos en plusieurs parolles de contantement.
Et j'ay adjouxté que, par voz deux dernières dépesches, Vostre Majesté ne me faisoit poinct mention que son ambassadeur vous eût parlé des choses d'Escoce, ains me commandiez de vous mander des nouvelles de ce pays là, et que j'estimois que vous touveriez bien estrange si ce qu'on disoit à Londres estoit vray, que le comte de Morthon eut faict exécuter à mort ceulx qu'il avoit prins dans le chasteau de Lillebourg, qui s'estoient rendus à elle, et qu'il sembloit qu'ung régent ne debvoit entreprendre ung faict de telle conséquence, sans en advertyr les principaulx alliés de la couronne.
A quoy elle m'a respondu qu'elle n'avoit rien entendu de la dicte exécution, et qu'elle avoit remis tout l'affère à ceulx du pays, et n'avoit accepté les personnes de ceulx du dict chasteau pour prisonnyers; et qu'elle sçavoit bien que son ambassadeur vous avoit donné compte de tout ce faict; dont pensoit que, par le premier pacquet que je recepvrois de Vostre Majesté, j'en serois amplement informé.
Après, je luy ay touché, en termes bien exprès, tout ce que me commandiés luy dire à l'égard du faict des déprédations, et elle, après l'avoir ouy paciemment, et en avoyr longuement débatu avecques moy, m'a prié d'en communicquer avec ceulx de son conseil.
CCCXXXVe DÉPESCHE
--du XIIIIe jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
Disposition d'Élisabeth à accepter l'entrevue.--Nouvelles de Flandre.--Exécutions faites en Écosse par le comte de Morton.--Nouvelles de Marie Stuart.--Bruit répandu à Londres que les armes ont été reprises dans le Languedoc.
AU ROY.
Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne fût en peyne du retardement de vostre response, sur les lettres qu'elle a dernièrement escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur, frère de Vostre Majesté, je luy ay envoyé communicquer vostre dépesche du dernier du passé; laquelle contient ce qu'avez arresté, le dict jour, avec son ambassadeur: et semble bien, Sire, qu'elle s'attand à l'entrevue, car j'ay sceu qu'elle a faict advertyr toutz les officiers de sa mayson de ne s'esloigner, et de se tenir si prestz qu'ilz puissent estre devers elle, en la part qu'elle sera, dans vingt quatre heures, après qu'elle les aura mandés. Cependant elle m'a faict expédier le sauf conduict pour le voyage de Pouloigne, et m'a mandé qu'il est en la plus ample forme qu'il se peut fère.
Il se cognoit desjà que l'estonnement, qu'on avoit prins, du succès d'Arlem est passé, car les flammantz, qui sont icy, se sont si bien encouragés, depuis la nouvelle de Ramequin, et ont encouragé Maysonfleur et aulcuns françoys, qui auparavant estoient comme toutz disposés d'aller trouver le prince d'Orange, qu'ilz s'embarquent, toutz de compaignye, aujourdhuy ou demein, pour passer à la Brille.
Maistre Drury, mareschal de Barvic, est arryvé en ceste cour, qui apporte, comme l'on dict, la confirmation de la mort du cappitayne Granges, et de son frère milord de Humes, de Melvin, de Cadinguen, et aultres, qui estoient dans le chasteau de Lillebourg, lesquelz le comte de Morthon a faict exécuter; et qu'il a plusieurs réquisitions à fère pour le dict de Morthon, entre aultres, l'on creinct qu'il perciste à demander l'évesque de Roz, pour en fère aultant que des aultres. A quoy, Sire, j'ay desjà oposé, et oposeray encores davantage, le nom et l'authorité de Vostre Majesté.
Monsieur le présidant de Tours, lequel a esté, plus d'ung moys, avec la Royne d'Escoce, vient d'arriver, ayant très bien et vertueusement accomply la charge, qu'il avoit vers elle, dont il en rendra bon compte à Vostre Majesté. L'on a, premier qu'il soit party, remué la dicte Dame en ung plus beau et meilleur logis qu'elle n'estoit, et luy a l'on ung peu amplyé sa liberté; et j'ay tant faict que la Royne d'Angleterre a mandé au comte de Cherosbery de la mener aulx beins de Boeston pour sa santé, par tout ce moys d'aoust.
Il se parle icy diversement de l'estat des affères de vostre royaulme, et que, en Languedoc, ceulx de la religion, ne se contantantz des condicions de la paix, sellon les articles arrestés à la Rochelle, poursuyvent d'exécuter les armes avec plus de violence que jamays, et qu'ilz ont surprins Aygues Mortes et Bésiers, et sont les plus fortz en la campaigne. Ce qui esmeut assez les Angloys, et tient en grand suspens le reste des françoys, qui sont encores icy, qui avoient bien desir de se retirer. Néantmoins je ne sentz, pour ceste heure, qu'il se praticque rien par eulx contre vostre service. Le comte de Montgommery est vers le cap de Cornoaille avec son beau frère, et ne s'entend rien de luy par deçà. Je ne sçay s'il s'yra promener en Irlande avec le comte d'Essex; aulcuns ont présumé qu'il le feroit, dont je mettray peyne de le sçavoir, et de le fère observer. Sur ce, etc. Ce XIVe jour d'aoust 1573.
CCCXXXVIe DÉPESCHE
--du XXe jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Maladie du duc d'Alençon.--Projet d'Élisabeth de se rendre à Douvres.--Sollicitations adressées au roi par Marie Stuart.--Négociation du mariage.--Plaintes d'Élisabeth à raison des prises récemment faites sur les Anglais par les Bretons.
AU ROY.
Sire, à ce que j'avoys mandé dire à la Royne d'Angleterre, que l'occasion, pourquoy je n'avoys encores receu vostre responce, sur les lettres qu'elle avoit dernièrement escriptes à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, estoit pour la maladye survenue à Monseigneur le Duc; et que je creignois bien fort qu'elle mesmes, pour n'avoyr poinct monstré assez de correspondance à l'honneste affection de ce vertueux prince, ait causé ce mal, elle m'a faict respondre, par ung mot de lettre de milord de Burgley, qu'elle estoit bien marrie de l'indisposition de Mon dict Seigneur, vostre frère, laquelle elle espéroit que ne seroit de longue durée, veu que, par conjecture, la fiebvre luy pouvoit estre occasionnée du long siège, et du travail d'estre, par ce temps chault d'esté, retourné de la Rochelle vers vous, et qu'avec ung peu de repos, qu'il en seroit bientost quicte, et restitué en sa première santé, et qu'elle continuoit tousjours son progrès en intention de se rendre à Douvre, le XXVe du présent: et n'y a rien plus de ce propos en la dicte lettre.
Cependant, Sire, je me suis approché, icy, à la suyte de la dicte Dame, pour satisfère à la Royne d'Escoce, laquelle, après avoyr licencié monsieur le présidant de Tours, au bout d'ung moys, ou cinq sepmaynes, qu'il a eu toute entière commodicté d'estre avec elle, elle m'a escript que, pour aulcuns affères qui concernent la personne d'elle et son traictement, nous voulussions toutz deux, de compagnie, en venir traicter avec la Royne d'Angleterre et avec les seigneurs de son conseil. A quoy je n'ay voulu deffallir de l'office que m'avez commandé fère tousjours icy pour elle; dont le dict sieur présidant rendra bon compte du tout à Vostre Majesté. Et seulement je adjouxteray, icy, quand à l'Escoce, que la dicte Dame desire fort qu'il vous playse prendre bientost la résolution que vous semblera plus expédiente pour conserver vostre ancienne allience avec le dict pays; car a esté advertye qu'il y a des secretz articles d'une aultre ligue avec l'Angleterre, desjà toutz dressés, qui préjudicient grandement à celle de Vostre Majesté, et qu'elle ne prendra sinon en très bonne part, et n'interprètera sinon à bien, tout ce que vouldrés adviser et résouldre en cella, encor qu'en apparance il y semble avoyr quelque chose qui puisse déroger au droict et authorité d'elle; car réputera que le ferez pour mieulx préserver elle, son filz et son royaulme, d'ung plus grand inconvénient.
Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'aoust 1573.
PAR POSTILLE.
Depuis ce dessus, j'ay veu, par occasion, cette princesse, laquelle, après aulcunes siennes responces assez indifférantes sur le faict de la Royne d'Escosse, m'ayant tiré à part, m'a curieusement demandé de la santé de Monseigneur vostre frère, et du faict de l'entrevue. A quoy, pour luy satisfère, je luy ay dict cella mesmes que naguyères je luy en avois escript, et que je n'en sçavois aultre chose, dont s'est esbahye du retardement de mon secrettère; et puis a adjouxté qu'elle me vouloit fère une grande pleincte de voz navyres de guerre, lesquelz, estantz partis de la Rochelle, estoient venus prendre, la sepmayne passée, sur la coste de Bretaigne, six navyres marchandz angloys, bien riches, et les en avoient admenez fort maltraictés, et qu'elle vous demandoit réparation de ce tort, tout ainsy qu'elle vous offroit non seulement la réparation des tortz de ses propres navyres, si, d'avanture, vos subjectz se pleignoient de quelqu'un d'eux; mais avoit envoyé, à ses despens, prendre et réprimer, en faveur de voz dicts subjectz, les pirates, tout le long de la coste de deçà, pour leur assurer la navigation, et leur fère rendre leurs biens, ainsy que je l'avoys requis. Je luy ay fait la responce que j'ay estimé convenir à ung tel faict, sellon l'ample argument que j'en avoys, rejettant la coulpe de ce mal sur le désordre qui procédoit de son royaulme, et que j'en escriprois fort expressément à Vostre Majesté. Elle et ceulx de son conseil ont bien fort à cueur cest affère.
CCCXXXVIIe DÉPESCHE
--du XXVe jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de Vassal._)
Invitation faite à l'ambassadeur de se rendre à Douvres.--Négociation du duc d'Albe pour obtenir un secours de vaisseaux anglais.--Affaires d'Écosse.--Nouvelle qu'une mission a été donnée au maréchal de Retz pour passer en Angleterre.
AU ROY.
Sire, il semble que l'ambassadeur d'Angleterre ayt escript en ceste court que, premier que prendre nulle certeyne résolution, sur les lettres que la Royne d'Angleterre a dernièrement escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc vostre frère, Vostre Majesté veult envoyer icy, vers elle, un personnage de qualité pour avoyr, sur l'intention sienne touchant le mariage et l'entrevue, ung plus grand esclarcissement que n'en avez peu prendre par ses propres lettres. Et je sçay bien qu'elle et ses conseillers sont en grand suspens à quoy il tient que je n'aye desjà nouvelles de celluy qui doibt venir, et que ne me mandez de fère entendre quelque chose de ce faict à la dicte Dame. Et ont faict dire à mes gens, après que j'ay heu satisfaict aux affères de la Royne d'Escoce, que, si je voulois suivre le progrès jusques à Douvre, l'on me feroit bien accomoder de logis. Mais j'ay advisé, Sire, pour bonne occasion, de retourner jusques en ceste ville, où j'ay apprins que, nonobstant qu'on ayt faict prendre bonne espérance au duc d'Alve, qu'il pourroit estre accomodé d'ung nombre des grandz navyres de ceste princesse pour sa guerre de Hollande, et dont il y en avoit desjà quelques ungs sortis de la rivyère, elle les a néantmoins toutz faict rammener dedans leur arcenal accoustumé de Gelingam; et que, quand Guaras a cuydé estreindre bien cest affère, il s'en est trouvé du tout descheu, et mesmes il a mal employé ung nombre d'escus, vers des particulliers qui luy avoient promis de l'accomoder de leurs propres vaysseaulx.
J'ay apprins que la dicte Dame faict préparer ce qui faict besoing pour renforcer l'entreprinse d'Irlande, et pour pourvoir fort soigneusement aulx choses d'Escoce, et que, pour mieulx fournyr aulx deux entreprinses, elle faict ung emprunct nouveau sur toutes les maysons de ceste ville, qui reviendra, ainsy qu'on dict, à quatre centz mil escus. J'ay sceu, du costé d'Escoce, qu'il s'est trouvé cent gentilshommes escouçoys, qui ont voulu pléger de soixante dix mille escus la vie du cappitayne Granges, et de servir de leurs personnes, tant qu'ilz vivroient, le party du comte de Morthon, s'il la luy vouloit saulver, mais le dict de Morthon n'y a voulu entendre et l'a faict mourir, ensemble son frère et trois aultres, et que Melvin est eschappé, parce qu'il a eu quelque bon amy en ceste court d'Angleterre, et que le comte de Honteley, milord de Ruven et Me Asquin ont tant pourchassé pour milord de Humes qu'ilz ont faict remettre son faict au prochain parlement, monstrant Me Asquin, qui a espousé sa seur, qu'il ne pourroit estre contant si l'on uzoit de rigueur vers son beau frère; dont, de tant qu'il a le Prince d'Escosse entre ses meins, et que ceulx, qui sont dedans Dombertrand, sont toutz à sa dévotion, l'on ne l'oze offancer. Tant y a que les meilleurs et les principaulx de la noblesse du pays creignent fort le dict prochein parlement; dont desirent qu'il s'y puisse trouver quelqu'ung, de la part de Vostre Majesté, pour y modérer les affères. Et sur ce, etc. Ce XXVe jour d'aoust 1573.
_Par postille à la lettre précédente._
Ainsy que je mettois fin à ceste dépesche, mon secrettère est arrivé, avec les deux de Vostre Majesté, des XIIIIe et XVIIIe du présent; et incontinent j'ay faict venir des chevaulx pour m'acheminer là où est la Royne d'Angleterre, affin de l'advertyr de la venue de Mr le maréchal de Retz, et la disposer à luy fère une bonne et favorable réception.
CCCXXXVIIIe DÉPESCHE
--du dernier jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Audience.--Communication officielle de l'envoi du maréchal de Retz en Angleterre pour la négociation du mariage.--Satisfaction d'Élisabeth.
AU ROY.
Sire, parce que j'avoys desjà déclaré à la Royne d'Angleterre que, de tant qu'elle ne s'estoit assez bien explicquée de son intention par les dernières lettres qu'elle avoit escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc, frère de Vostre Majesté, qu'il ne vous avoit peu clèrement apparoir ce qu'elle y avoit voulu dire, sinon qu'elle n'y avoit pas dict ce que vous aviez desiré, ny ce qu'aviez justement espéré d'elle, vous aviez esté contreinct, avec l'accidant survenu de la maladye de Mon dict Seigneur, d'estre long et tardif de luy respondre, je n'ay eu maintenant, Sire, de quoy toucher guyères davantage de ce poinct à la dicte Dame; et, seulement, suis venu à luy dire que, de tant que, par les honnorables et vertueuses déclarations, qu'elle vous avoit souvant faictes, de son intention, elle vous avoit layssé prendre beaucoup de bonnes erres d'elle sur le propos de Mon dict Seigneur, vostre frère, vous ne pouviez, ny vouliez maintenant délaysser le dict propos sans le conduyre à l'extrême et dernier poinct de ce qui estoit requis, pour tesmoigner à elle et aulx siens, et rendre manifeste à toute la Chrestienté, que vous persévèreriez, jusques au bout, de pourchasser son allience par toutz les plus honnorables moyens qu'il vous seroit possible, jusques à ce qu'elle vous eût mis hors de tout chemin de la pouvoir plus espérer; et que pourtant Vostre Majesté luy dépeschoit maintenant Mr le mareschal de Retz, (personnage de telle élection, qu'elle sçavoit qui tenoit ung très grand lieu en vostre royaulme, et estoit singullièrement bien aymé et estimé de Voz Très Chrestiennes Majestez), pour deux effectz: l'ung, affin de defférer, par la qualité sienne, tousjours aultant d'honneur et d'avantage, que vous pourriez en cest endroict, à la dicte Dame; et l'aultre, pour nettier si bien par luy toutes difficultez et toutz escrupulles, qui pourroient rester en cest affère, qu'il ne s'y peût dorsenavant trouver autre chose que débatre, sinon à qui, de Voz Majestez et de toutz les meilleurs et plus dévotz serviteurs de voz couronnes, s'esforceroient, à l'envy les ungs des autres, d'advancer l'accomplissement de ceste heureuse allience, et de ce desiré parantage, lequel debvoit rendre voz amityez perpétuelles et indissolubles à jamays. Dont, de tant que la venue icy, de Mr le mareschal, luy estoit plus que mille et mille tesmoings de vostre parfaicte persévérance et de celle de la Royne, vostre mère, et encores plus expressément de celle de Monseigneur, vostre frère, vers elle, je la supplioys très humblement, et en vertu de ses mesmes promesses et des honnorables propos qu'elle vous avoit tant de foys faict tenir de ce faict, qu'elle voulût maintenant monstrer comme elle y avoit tousjours procédé d'une vraye et pure, et non feincte, ny simulée volonté; adjouxtant à cella, Sire, plusieurs aultres instances, que j'ay estimé convenir à bien disposer ceste princesse sur la favorable réception de mon dict sieur le mareschal, et sur les bons propos qu'il vient luy tenir.
A quoy elle, d'une démonstration pleyne de grand contantement, m'a respondu que, par son ambassadeur, elle avoit desjà eu quelque notice comme Vostre Majesté dellibéroit d'envoyer quelqu'ung vers elle, mais n'espéroit tant de faveur que ce fût Mr le comte de Retz, et réputoit davantage à honneur que je l'appellois mareschal de France; et, encor qu'elle pensât d'avoyr escript ses lettres bien clères à la Royne, vostre mère, si estoit elle très ayse que en cherchissiez davantage l'esclarcissement par ung personnage qu'elle sçavoit vous estre très inthyme et très confident à toutz deux, me priant de vous fère ung article bien exprès, par mes premières, du grand et très cordial mercyement, qu'elle vous en rendoit; et, que, en nulle aultre façon, Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne luy eussiez peu donner tesmoignage de vostre entière et souveraynement bonne intention vers elle, ny qu'elle y eût plus donné de foy que par le dict sieur comte, lequel elle m'assuroit qu'il seroit le très bien venu, et que, quelle impression que se donnassent les aultres de voz divers prétextes en cest endroict, elle ne les interprèteroit dorsenavant que très bons et très sincères pour elle.
Je luy ay merveilleusement agréé sa responce, et avons esté longtemps en ce propos, et à parler de la maladye de Mon dict Seigneur le Duc; lequel je luy ay assuré estre hors de tout danger, et que, dans dix ou douze jours, il pourroit sortir de la chambre. De quoy elle a monstré d'estre bien fort ayse.