Part 30
A quoy la dicte Dame m'a respondu que c'estoit à elle et non à Vous, Sire, que touchoit de recognoistre tout l'effaict du voyage du cappitayne Orsey, car, en récompense de quelque petite courtoysie qu'elle vous avoit envoyé offrir par luy, Voz Majestez en avoient par luy mesmes remandé à elle au double, et de si bonnes que de meilleures ne les eussiez sceu fère à vostre propre seur germayne; et, quand à la responce que demandiés maintenant de l'entrevue, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle avoit cherché de la vous fère, sellon vostre desir, et quoyque ses conseillers luy déduysissent des empeschements si extrêmes, qu'il leur sembloit qu'elle voulût, avec Voz Majestez Très Chrestiennes, conjurer la ruyne de ceulx de sa propre religion, si ne voulait elle monstrer d'estre si mal nourrye que de ne recognoistre l'obligation qu'elle vous avoit et à Monseigneur le Duc, pour tant d'honneur que luy aviez faict; et pourtant qu'elle ne vouloit différer d'accepter l'entrevue, et d'offrir les seuretés, sinon jusques à tant qu'elle vous eût encores escript à toutz troys, de sa mayn, comme les raysons qu'on luy avoit alléguées contre le mariage contrepesoient et mesmes sembloient si fort surbalancer celles qui font pour icelluy, qu'elle estimoit ne pouvoir procéder sincèrement avec Voz Majestez, si elle ne vous advertissoit que, venant Monseigneur le duc, elle creignoit bien fort que son intention ne peût réuscyr à l'effect qu'il voudroit.
Dont, encor que, par ses propres lettres, et de la Royne, vostre mère, elle eut promesse qu'il en prendroit tout le hazard sur luy, si cognoissoit elle bien qu'il y courroit encores une bonne partie de hazard pour elle, d'altérer la bonne amityé, en quoy elle se trouvoit maintenant avec toutz troys, et que pourtant elle y vouloit obvier, aultant qu'il luy seroit possible, dont vous escriproit franchement tout ce qui en estoit, sans vous en rien dissimuler; et puis à Voz Majestez seroit d'en uzer comme bon vous sembleroit, car les seuretés se trouveroient incontinent toutes prestes, telles que je les voudrois demander.
Je luy ay, pour réplicque, récapitullé tout ce qui avoit esté dict et faict, et escript, depuis le commancement du propos jusques à ceste heure, et comme la mesmes difficulté, qu'elle alléguoit maintenant, estoit desjà vuydée par les propres lettres de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, qu'elle avoit devers elle; et que vous vous estiez layssez mener à elle jusques au fin bout de ce que luy pouviez defférer d'honneur et d'avantage en cest endroict, de sorte que vous ne vous estiez réservez à y pouvoir fère ung pas davantage, et tout le parfayre et l'accomplyr estoit à ceste heure en la main d'elle; qui la priés de l'y mettre si bon et si honnorable, comme ses propos précédans, ses démonstrations, ses lettres et responces vous avoient tousjours faict croyre qu'elle y procédoit d'une pure et non feincte, ny simulée, sincérité.
La dicte Dame m'a soubdein demandé si je voulois empescher qu'elle ne vous donnât cet advertissement, qu'elle vous vouloit escripre.
Je luy ay respondu que non, ains la supliois de le vous exprimer le plus qu'elle pourroit, affin que n'envoyassiez, par mesgarde, ce vertueux prince à ung manifeste refus, comme je sçavois bien que vous en vouliés très bien garder, mais que, par ensemble, elle m'accordât l'entrevue et les seuretés; qui estoient deux choses que j'avois simplement charge de requérir; et puis Voz Majestez en uzeroient sellon leur bon plésir. Qui vous assuriez bien que si, ez perfections de prince qui fût en la Chrestienté, Dieu avoit laissé de quoy pouvoir agréer à celles de la dicte Dame, que Monseigneur le Duc luy complerroit entièrement.
Elle, ne se pouvant assez bien démesler de ce poinct, a appellé milord trézorier et les quatre comtes, d'Arondel, de Sussex, de Betfort et de Lestre, commandant de chasser tout le reste de la chambre. Et ayant longtemps devisé avec eulx, en angloys, et avec réplicques, d'ung chacun costé, enfin par leurs advis, et eulx présentz, elle m'a respondu qu'elle accordoit que les seuretés fussent expédiées, et que j'en baillerois le mémoyre, quand je voudrois, mais que ne seroient envoyées qu'elle ne vous eût premièrement escript le susdict advertissement, et qu'elle en eût eu vostre responce.
Je n'ay rien plus réplicqué là dessus, mais j'ay adjouxté que Voz Majestez demeuroient escandalisées de ce que le cappitayne Orsey ne vous avoit touché ung seul mot des choses d'Escoce, bien qu'elle vous eût escript qu'elle luy en avoit donné charge; dont je la priois de vous fère explicquer, par son ambassadeur résident, ce que c'estoit; et qu'elle me voulût octroyer ung passeport pour ung gentilhomme, que Vostre Majesté dellibéroit d'envoyer par dellà; et qu'au reste j'ozois bien employer le nom de Vostre Majesté pour incister qu'elle ne voulût bailler l'évesque de Roz au comte de Morthon, comme j'estois adverty qu'il pourchassoit de l'avoir en ses mains.
Elle, en la mesmes présence de ses conseillers, m'a respondu que, à dire vray, le cappitayne Orsey n'avoit satisfaict à ce poinct, comme il luy avoit esté commandé, et seulement, en parlant de la conscience d'elle à la Royne, vostre mère, il luy avoit dict qu'encor qu'elle s'estoit peu saysir du chasteau de Lillebourg, elle néantmoins l'avoit entièrement délayssé aulx Escouçoys; et parce que la Royne, vostre mère, n'avoit lors suivy le propos, il n'y avoit sceu retourner une aultre foys, mais elle avoit desjà faict escripre à son ambassadeur qu'il ne faillît de le vous parachever; et qu'elle m'accordoit le passeport que je demandois, et commandoit, dès à présent, qu'il me fût dellivré, quand je le vouldrois;
Quand à l'évesque de Roz, qu'elle me promectoit de le refuzer au comte de Morthon, et de procurer qu'il peût retourner en ses biens, ou, s'il ne pouvoit estre soufert d'en jouyr dans le païs, qu'il en peût aulmoins avoyr le revenu icy ou en France, s'il playsoit à sa Mestresse qu'il y passât, et, sur ce, estant la dicte Dame pressée de partir pour fère la première trette de son progrès, elle m'a licencié.
ADVIS, A PART, A LA ROYNE.
Madame, j'ay parlé, à part, au comte de Lestre, lequel m'a uzé de beaucoup de bonnes parolles, mais icelles conformes à la résolution du reste du conseil, et je me suis efforcé de fère que le malcontantement, que son secrettère, qui estoit avec le cappitayne Orsey, luy avoit imprimé, de ce que Voz Majestez n'avoient, sinon petitement et bien tard, faict mencion de luy au dict Orsey, fût rejecté sur ce que icelluy Orsey, lequel vous sçaviés bien qu'il estoit à luy, et par lequel aviez espéré d'avoir plusieurs advertissementz particulliers et expéciaulx, en l'affère de Monseigneur, vostre filz, ne vous y avoit jamays respondu une seule bonne parolle.
De quoy je luy voulois bien dire que j'avois fort exprès commandement, de Vostre Majesté, de m'en pleindre à luy: qui m'a respondu que le dict Orsey estoit vrayement son bon amy, mais qu'il avoit esté dépesché par commandement plus hault, lequel il luy avoit convenu suyvre.
Et, depuis, ayant par un tiers faict sonder bien avant le dict comte, il ne m'a raporté de luy que doubtes et difficultez touchant le mariage, et qu'il ne pouvoit, ny vouloit s'en mesler plus avant que les aultres du conseil.
Et au regard de son particullier, il lui avoit discouru fort au long, mais avec charge de n'en parler jamays à personne, comme il se trouvoit fort déceu en ce qu'il avoit espéré de Voz Majestez Très Chrestiennes, pour lesquelles il disoit s'estre déclaré si avant qu'il ne sçavoit qu'est ce qu'il n'avoit faict pour la France, jusques avoyr mis sa Mestresse et son royaulme en voz meins, si l'eussiez voulu avoyr, abbatu la ligue d'Espaigne et relevé la vostre, saulvé la vye de la Royne d'Escoce, diverty toutes occasions de guerre entre ces deux royaulmes, et faict beaucoup de grandes despences pour honnorer et traicter les Françoys, et se porter, en toutes choses, très parcial pour la France:
De quoy il n'avoit acquis que souspeçons et deffiences vers les siens, et non jamays ung seul bouton vaillant, ny une lettre, ny mesmes ung grand mercys de Voz Majestez, ny de nul aultre endroit de France, et qu'il ne se vouloit plus mettre à tel pris.
Et, comme l'aultre luy a respondu que le temps ne vous donnoit loysir de luy pouvoir tesmoigner, à ceste heure, voz bonnes volontés, et qu'il ne failloit pour cella qu'il layssât de demeurer bon parcial françoys, et de pourchasser ce party de Monseigneur le Duc à sa Mestresse, sellon qu'elle avoit nécessayrement besoing d'avoyr ung mary ou ung déclaré successeur;
Il a réplicqué soubdein que sa Mestresse avoit voyrement besoing de l'ung ou de l'aultre, et qu'il avoit peur qu'elle les laysseroit sans pas ung des deux, et tout son estat en grand confusion, néantmoins qu'il demeureroit, quand à luy, bien bon angloys, et n'est passé plus avant.
Je fay, Madame, le mieulx que je puis, pour maintenir vostre affère, et conserver voz amys en ceste court, et y employe beaucoup de bonnes paroles; mais le torrent de deniers et de présantz qui viennent d'ailleurs les emportent, et c'est de là d'où je me sents le plus traversé.
CCCXXXIe DÉPESCHE
--du XXVIe jour de juillet 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Négociation du mariage.--Conférence de l'ambassadeur et de Burleigh sur cette négociation.
AU ROY.
Sire, en débatant naguyère avec la Royne d'Angleterre des poinctz de la responce qu'elle m'a faicte touchant l'entrevue, elle m'a bien donné à cognoistre qu'on luy avoit représenté de grandz inconvénientz et beaucoup de dangers de vostre costé, lesquelz elle a aulcunement comprins, parce que je luy en ay remonstré, qu'on les luy avoit plus fondez en imagination que sur apparance de vérité; car, après plusieurs réplicques d'entre nous, elle m'a enfin dict que, quelle impression, qu'on luy eût peu donner, qu'il luy adviendroit beaucoup de mal de vostre costé, si ne layrroit elle de remémorer le bien qu'elle en avoit desjà senty, et ce que, depuis son advènement à ceste couronne, elle n'avoit receu de Vostre Majesté ny de la Royne, vostre mère, ny de Messeigneurs voz frères, ny encores du feu Roy, vostre père, quand il vivoit, que beaucoup de faveurs et beaucoup de courtoysies et gratieusetés; et qu'elle ne se vouloit encores ayséement persuader que luy voulussiez nuyre, ny la tromper. Il est vray qu'elle pouvoit considérer que ce qu'on luy en disoit pourroit bien advenir, et qu'elle s'en garderoit le mieulx qu'elle pourroit, néantmoins que, de son costé, elle ne commanceroit poinct de changer de volonté vers Voz Très Chrestiennes Majestez; ains vous observeroit justement les promesses qu'elle vous avoit faictes. A quoy, Sire, il seroit long de vous racompter, icy, ce que je luy ay commémoré là dessus, qui ne pense estre demeuré nullement court.
Mais j'ay bien depuis voulu aprofondir ce propos avec milord de Burgley, avec lequel, estant seul à seul, je luy ay dict que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, auriez eu juste occasion, quand vous auriez veu la responce que sa Mestresse vous avoit mandée, de vous en plaindre; car c'estoit elle qui avoit mis en avant l'entrevue, et qui avoit demandé de n'estre en rien obligée par la venue de Monseigneur le Duc, et qui néantmoins avoit déclaré qu'elle l'espouseroit, s'il playsoit à Dieu qu'en présence ilz se peussent complaire; et maintenant que Voz Majestez luy avoient concédé toutz les poinctz qui estoient à l'advantage d'elle, elle disoit que les raysons qui faysoient pour le propos estoient si contrepesées et surbalancées par celles qui faysoient au contrayre, qu'elle doubtoit fort que le mariage ne peût succéder. Ce que Voz Majestez prendroient pour ung fort nouvel accidant, de tant que les difficultés, qu'elle avoit jusques à ceste heure alléguées, n'avoient esté jamays que trois: sçavoir, celle du visage, pour laquelle l'entrevue se faysoit; celle de l'eage, laquelle estoit desjà vuydée; et celle de la religion, laquelle estoit remise entre eulx deux: et que, d'en proposer maintenant d'aultres, ou bien vous agraver celles là davantage, estoit vous monstrer que n'aviez esté correspondus de pareille sincérité, que vous aviez tousjours de vostre part procédé, et vous fère croyre qu'il n'y avoit jamays eu qu'une seule difficulté, c'estoit qu'elle n'avoit onques eu intention, ny volonté, au dict mariage.
Le dict milord s'est trouvé fort perplex, et a voulu eschaper sur ce que j'avoys desjà une responce de sa Mestresse, et qu'elle mesmes escripvoit son intention à la Royne, vostre mère, dont ne luy estoit loysible de parler plus avant; mais, voyant que je ne cessois d'incister, et que j'ay de bon cueur juré que je ne le faysois qu'à très bonne fin, il m'a dict que, devant Dieu et en sa conscience, il avoit cognu sa Mestresse en intention de se marier, et ne voyoit pas qu'elle eût encores changé, et que, de sa part, il le desiroit, plus que chose du monde; que des trois difficultés qui avoient esté alléguées, celle de l'eage avoit esté véritablement vuydée, et n'en falloit plus parler; mais, quand aulx aultres deux, celle de la religion estoit beaucoup rengrégée depuis les évènementz de France, et ne s'en voyoit encores bien la purgation; et, de celle du visage, il me vouloit bien advertyr qu'ayant sa mestresse tousjours estimé que ce fust ung reste de la petite vérolle, qui se guériroit avec le temps, l'on escripvoit de France que le temps l'augmentoit, et qu'il luy restoit des enflures et grosseurs qui luy faysoient tant de tort au vysage qu'on croyoit qu'à peyne s'en pourroit elle jamays contanter;
Que, quand à l'assurance que je demandois du dict milord, qu'il ne m'en pouvoit donner d'aultre sinon qu'il confirmeroit tousjours à sa Mestresse que le party de ce prince, quand à l'extraction et à la bonne réputation qui couroit de luy, et quand à l'appuy de la couronne de France, et aultres commodictés pour l'Angleterre, estoit très honnorable et fort à propos pour sa dicte Mestresse, et que, si elle ne luy disoit ou ne luy faysoit rien dire de l'empeschement du visage, après qu'elle l'auroit veu, si, d'avanture, il venoit par deçà, qu'indubitablement il la conseilleroit de l'épouser, mais si aussy il voyoit ou entendoit qu'elle ne s'en peût complayre, qu'ung chacun l'excusât, s'il mettoit peyne de segonder et d'affection, et de conseil, et par toutz les moyens qu'il pourroit, les justes et raysonnables desirs de sa Mestresse. Et nonobstant, Sire, que j'aye mis peyne de tirer plus grand esclarcissement de luy, je n'ay sceu rien obtenir de plus. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1573.
CCCXXXIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de juillet 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Expédition du comte d'Essex en Irlande.--Nouvelles d'Écosse.--Retard du comte de Montgommery à faire sa soumission.--Actes d'obéissance de la plupart des réfugiés.--Nouvelles d'Espagne.
AU ROY.
Sire, la Royne d'Angleterre a faict résouldre l'embarquement du comte d'Essex pour Irlande, au VIe du prochein, avec plus ample commission que nul aultre visroy qui ayt jamais passé dellà; et desjà plusieurs gentilhommes de bonne qualité s'y sont acheminés. Et discourent quelques ungs que ce qui l'incite davantage à ceste entreprinse est pour prendre plus de pied au pays d'Escoce, et réprimer par là ceulx du quartier du Nord, et les saulvages escouçoys qui recognoissent encores l'authorité de leur Royne, sans se vouloyr soubmestre à celle du comte de Morthon, et secourent souvant les Irlandoys, leur voysins, contre les garnisons d'Angleterre.
Le vieulx Cauberon a esté renvoyé, depuys deux jours, avec une bien ample dépesche vers le comte de Morthon, sans qu'il me soit venu voyr, ny qu'il m'ayt rien faict sçavoyr de sa part, ains s'est fort caché de moy. Je ne sçay particullièrement qu'est ce qu'il emporte, tant y a que j'ay advis que ceste princesse a esté conseillée de remettre à l'arbitre du dict de Morthon qu'il puisse procéder comme il vouldra, par la rigueur des loix du pays, contre ceulx qui estoient dans le chasteau de Lillebourg; dont se présume qu'il en fera mourir la pluspart. Le dernier messager, que j'ay envoyé par dellà, n'est encores de retour; il regarde, possible, à se conduyre plus sagement que n'a faict l'aultre, que j'y avoys envoyé devant luy, qui a esté descouvert, et icelluy Morthon l'a faict pendre, à quoy j'ay ung très grand regrect.
Le comte de Montgommery n'a encores envoyé devers moy à cause, à mon advis, que le cappitayne Orsey luy a escript la bonne responce, qu'il luy a rapportée de Vostre Majesté touchant son faict particullier; mais je sçay bien qu'il s'est fort resjouy de la paix, et pense qu'il fera bientost repasser sa femme et ses enfans en France. Les aultres gentilshommes françoys, qui sont icy, sont la pluspart venus, ung à ung, me offrir leurs vyes et personnes pour vostre service; et semble que toutz, en général, et chacun, en son particullier, veulent jouyr le bien de la paix et de la bonne grâce de Vostre Majesté, dont, depuis deux jours, le Sr de Boy de Bretaigne, le cappitayne Ber, le cappitayne La Fosse, le cappitayne Bernardyère, et aultres, m'en sont venus tesmoigner leur affection. Je ne sçay si le comte de Montgommery prétend d'aller trouver le prince d'Orange, tant y a qu'il faict faire des armes en ceste ville.
Il semble qu'on ayt quelque souspeçon que le Roy d'Espaigne ne vueille ratiffier l'accord, du premier jour de may, car le temps, dans lequel l'on avoit promis de fournir de sa lettre et de sa responce là dessus, est passé de plus d'ung moys, bien qu'il s'entend que le dict accord a esté publié en Espaigne, et que les biens et navyres des Angloys y ont esté relaschés. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1573.
CCCXXXIIIe DÉPESCHE
--du Ve jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Pierre Cahier._)
Inquiétude causée en Angleterre par le voyage du roi sur les côtes de Normandie.--Crainte d'une entreprise contre l'Écosse concertée entre le roi et le roi d'Espagne.
AU ROY.
Sire, nonobstant la satisfaction, que j'ay donné à ceste princesse et aulx siens, de la venue de Vostre Majesté en Normandye, et de celle de la Royne, vostre mère, à Dieppe, ilz ne layssent, pour cella, d'avoyr suspect l'armement et appareil de mer, que Voz Majestez y ont commandé de dresser, leur estant rapporté, par ceulx qui viennent de dellà la mer, qu'il se parle ouvertement qu'une partie de cella se faict pour passer des forces en Escoce: dont ont escript en dilligence au comte de Morthon qu'il se tiegne sur ses gardes, et qu'il ayt à garnyr les chasteaus et places fortes, et les portz du pays, de gens de guerre, pour empescher la descente des Françoys; et au comte de Houtincthon, lequel préside en leur quartier du Nort, vers le dict royaulme d'Escoce, qu'il ayt à visiter la frontière, et y fère, de rechef, les monstres, et remplir bien les garnisons. Et s'est augmentée ceste leur souspeçon de ce qu'ilz ont sceu, ainsy qu'ilz disent, que Vostre Majesté a donné passage à ung milion et demy d'or, que le Roy d'Espaigne envoyoit en Flandres; qui jugent bien que vous ne tiendriés la mein à l'accomodement des affères du dict Roy d'Espagne et à l'establissement de sa grandeur, laquelle s'opose tousjours à la vostre, si quelques aultres conventions secrètes ne vous unissoient à ceste intelligence, laquelle ils creignent bien fort que soit contre eulx et contre le faict de leur religion. Dont sont bien fort après à se racointer eulx mesmes, s'ilz peulvent, avec le dict Roy d'Espaigne, et à fère que, des deux costés, l'altération cesse, et qu'ilz retournent à ceste mutuelle bienvueillance qu'il y a eu, de tout temps, entre leurs pays et estatz: ce que je croy ne leur sera difficille. Et la prinse d'Arlem[22] y convye ceulx icy davantage.
[22] Harlem, après un siège de sept mois, s'était rendue à discrétion, dans les premiers jours d'août, à Frédéric de Tolède, fils du duc d'Albe.
J'ay receu la dépesche de Vostre Majesté, du XXIIIIe du passé, avec les pleinctes de voz subjectz contre les pirates, et n'obmettray ung seul poinct de l'instance, que me commandés d'en fère à ceste princesse, à la première audience qu'elle me donra. Et sur ce, etc.
Ce Ve jour d'aoust 1573.
CCCXXXIVe DÉPESCHE
--du IXe jour d'aoust 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau._)
Préparatifs de défense faits en Angleterre.--Audience.--Satisfaction donnée à l'ambassadeur.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Demande afin d'obtenir la sûreté du passage par mer pour le roi de Pologne.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle consent à donner toute protection en Angleterre au roi de Pologne, mais qu'elle n'y veut pas recevoir les gens de guerre qu'il emmène avec lui.--Négociation du mariage.--Plaintes du roi au sujet des affaires d'Écosse et des exécutions faites par le comte de Morton.
AU ROY.
Sire, je m'estois bien aperceu que ceulx de ce conseil se donnoient beaucoup de peur, et en imprimoient beaucoup à leur Mestresse, de l'armement de mer qui se prépare en Normandye pour le voyage de Pouloigne: car, dès le XXVIe du passé, ilz avoient chauldement dépesché ung courrier en Escoce, pour de rechef advertyr le comte de Morthon de se tenir sur ses gardes, et de mettre le plus de soldatz qu'il pourroit ez places fortes, portz et advenues du pays, affin de ne laisser aborder aulcuns navyres de guerre, ny permettre d'aller et venir aulcuns estrangiers par dellà, et d'establir si bien son authorité et avoyr l'œil si ouvert, sur ceulx qui luy vouldroient remuer quelque chose, qu'il les peût facillement et bientost réprimer; et que, s'il luy survenoit quelque besoing de forces, qu'il seroit promptement secouru de deux mille harquebusiers angloys et huict centz chevaulx, et qu'on tiendroit une si bonne provision d'artillerye et de pouldres, et monitions, à Varvic, qu'il en pourroit recouvrer, du jour au lendemain, aultant qu'il luy seroit besoing. Et, par mesme dépesche, mandoient au sire Jehan Fauster, à milord Scrup, et aultres gardiens de la frontière du Nort, vers l'Escoce, de fère, de rechef, bien soigneusement les monstres des gens de guerre et une description expécialle de mille cinq centz harquebuziers pour estre prestz, à toutes les heures qu'on les manderoit; laquelle démonstration, Sire, avec celle qu'ilz ont faicte, quand le comte d'Essex est party pour Irlande, m'avoient desjà assez faict remarquer leur grande meffiance et leur souspeçon; mais la Royne mesmes, me les a ouvertement et plus à cler déclarées, comme verrez par un mémoire que je joins à ce pacquet.