Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 29

Chapter 293,629 wordsPublic domain

Audience.--Instance d'Élisabeth pour la pacification.--_Mémoire._ Détails de l'audience.--Condoléances de la reine sur la blessure du roi de Pologne.--Etat de la négociation de la paix en France.--Négociation du mariage.--Nouvelles instructions qu'Élisabeth se propose de donner au capitaine Orsey.

A LA ROYNE.

Madame, oultre ce que je mande, dans le récit que j'ay mis à part, des propos que la Royne d'Angleterre m'a tenus sur la blesseure du Roy de Pouloigne, vostre filz, elle m'a dict qu'elle jugeoit bien que Vostre Majesté prenoit ung singullier contantement de voyr et ouyr les preuves de la valeur de voz enfans, mais qu'elle croyoit bien que nul plus mortel regret eut peu jamays saysir vostre cueur, ny advenir aulcun plus grand inconvénient au Roy, vostre filz, et à son royaulme, ny nul plus grand trouble aulx estatz de Pouloigne, ny rien de plus esmervueillable en la Chrestienté, que si ce jeune prince, plein de valeur et de grande espérance, et nouvellement Roy, se fût ainsy perdu en ceste misérable guerre, laquelle estoit lors assez tollérable, quand elle estoit menée par des cappitaynes du royaulme; mais, après que ceulx là ont esté mortz, et qu'il y fault maintenant employer si souvant les propres princes de la couronne, voz enfantz, elle vous prioit que la voulussiez, pour jamays, retrencher par une bonne et bien assurée paciffication.

Je luy ay respondu que cella ne tenoit à Vostre Majesté, et qu'il falloit, puisqu'elle avoit crédit avec la partie plus opinyastre, qu'elle luy persuadât de se renger à l'obéyssance qu'elle debvoit, et de se contanter de ce que le Roy leur pouvoit tollérer de leur religion, sans troubler ny l'estat de la sienne, ny la tranquillité de son royaulme; ce que la dicte Dame a trouvé raysonnable. Et depuis, ceulx de son conseil me l'ont approuvé, et m'ont assuré que vous trouverez, par la légation du cappitayne Orsey, que telle estoit l'opinion de leur Mestresse et de toutz eulx. Sur ce, etc.

Ce VIIe jour de juillet 1573.

MÉMOIRE AU ROI.

Sire, j'ay remercyé en la meilleure façon que j'ay peu la Royne d'Angleterre de l'honneste propos, et de la vertueuse démonstration, dont elle avoit uzé sur la nouvelle de la blesseure du Roy de Pouloigne, vostre frère, quand j'envoyay luy communicquer, par le comte de Lestre, ce que m'en avez mandé, le XVIIIe du passé, et luy ay dict davantage que, par nouvelles lettres du XXIIIIe, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, me commandiés de me conjouyr infinyement avec elle, de vostre part, de ce qu'il avoit pleu à Dieu de le vous préserver. Qui vous assuriés fort qu'elle auroit playsir de voyr que vous, et luy, et vostre aultre frère, qui toutz troiz l'aviez bien aymée, et luy portiés tousjours une singullière affection, allissiez estandant la réputation de vostre valeur, avec le danger de voz personnes, et, qu'au milieu de ces dangers, Dieu vous voulût conserver.

Ce que la dicte Dame a monstré qu'elle avoit très agréable, et m'a confirmé, en parolles et démonstrations, cella mesmes que le comte de Lestre m'avoit desjà mandé: qu'elle avoit esté non moins troublée de l'accidant du Roy de Pouloigne, que si elle eut esté sa seur germayne. Et a adjouxté que, oultre les occasions expécialles qui l'obligeoient de se resjouyr du bien, et se douloir du mal, qui pourroit advenir à Vostre Majesté, et à toutz ceulx de vostre couronne, il y avoit des considérations, pour le général d'aucuns estatz de la Chrestienté, qui luy faysoient juger que ce eût esté par trop de malheur au monde, si ce prince fût ainsy péry en ceste entreprinse. Et m'a fort curieusement demandé comme cella luy estoit advenu, et s'il ne seroit pas, une aultre foys, aprins de fère mieulx recognoistre les lieux dangereulx, plustost que d'y aller? et si le troisiesme n'en deviendroit pas aussy plus advisé de son costé, lequel ne debvoit lors estre guyères loing de son frère? et s'il estoit vray que ung gentilhomme, ayant entreveu prendre feu à l'arquebouze, se fût mis devant pour couvrir son Mestre, et qu'il eût esté tué?

A quoy je luy ay satisfaict de ce que je sçavois, de la vérité de ces choses, et luy ay discouru celles qui servoient à cellébrer la magnanimité de Vostre Majesté, et les gestes vertueux du Roy de Pouloigne, et comme Monseigneur le Duc se formoit près de luy, pour se rendre bientost ung grand et brave chef de guerre, de sorte qu'elle a monstré d'avoyr à plésir ce propos.

Et puis a suyvy à dire qu'elle désireroit bien fort que la légation, qu'elle avoit maintenant envoyé vous fère, peût servir de destourner ce qui pouvoit rester à venir du malheur de ceste guerre, et qu'elle n'attandoit sinon que le cappitayne Orsey luy mandât que vous aviez eu agréable l'office qu'elle vous offroit, et que luy eussiez ordonné d'aller devers le Roy de Pouloigne et devers ceulx de la Rochelle, affin qu'elle luy enchargât de nouveau de fère toutes choses au contantement de voz Majestez Très Chrestiennes et du dict Roy de Pouloigne; et qu'on luy avoit bien dict que la paix ne tardoit plus que pour la deffiance, laquelle elle creignoit que fût ung peu rengrégée de ce qu'on avoit mis feu à une mine pour surprendre les dicts de la Rochelle, pendant qu'on parlementoit à eulx, ainsy que ung gentilhomme allemand, filz d'un angloys, qui estoit lors au camp, le luy avoit dict; ce qu'elle n'avoit peu aprouver, car n'estoit expédient que voulussiez, ny que monstrissiez de vouloir, la mort de voz subjectz de la nouvelle religion.

Je luy ay respondu que la légation du cappitayne Orsey, venant de la part d'elle pour deux si honnorables effectz, comme pour la paix de vostre royaulme et pour le faict de l'entrevue, ne pourroit estre que bien receue de Voz Très Chrestiennes Majestez, et, possible, viendroit elle, quand au premier poinct, assez oportunément pour ayder la négociation que le Sr de La Noue menoit avec les dicts de la Rochelle et de Monthaulban, et des aultres de la nouvelle religion, pour les réduyre à ung bon et honnorable expédiant d'accord; et qu'il n'y avoit lieu d'alléguer plus la deffience, car eulx mesmes cognoissoient très bien qu'il ne leur manqueroit aulcune sorte de bonne seureté.

Et touchant la mine, dont elle parloit, qui avoit esté essayée pendant le parlement, je n'en sçavois rien, mais aussy n'avoys je pas sceu qu'aulcune suspencion de guerre eût esté octroyée en ce siège, sinon pour ceulx seulement qui parlemantoient; et qu'au reste, Voz Majestez, et le Roy de Pouloigne, aviez clèrement monstré que vous desiriez la conservation générallement, et non la ruyne, de voz subjectz;

Au regard de l'aultre poinct, qui concernoit l'entrevue, que je creignois qu'il vous restât, et à la Royne, vostre mère, de quoy vous vergoigner assez d'avoyr defféré à la dicte Dame tout ce qui se pouvoit imaginer d'honneur et d'advantage entre princes, et qu'elle l'eût néantmoins tenu en peu de compte, et quasy l'eût eu à mespris, et que Monseigneur le Duc n'en conceût ung très grand regret en son cueur; qui, s'estant proposé par l'abondance de son amityé et de la dévotion, et servitude, qu'il luy avoit vouée, qu'il auroit facille accès à ses bonnes grâces, il porteroit à ceste heure fort impaciemment ceste remise, car ne pensoit, en façon du monde, qu'il s'en peût trouver une seule, ny aulcune sorte de réplicque à son offre; ainsy qu'en ses lettres, que j'avoys freschement reçues, il me parloit comme un prince qui, ayant embrassé de toute son affection ceste espérance, avoit desjà le pied à l'estrier, et estoit comme de chemin pour s'en venir, et qui me commandoit qu'en luy présentant cependant une sienne lettre, je luy impétrasse tant de faveur d'elle que de luy bayser en son nom et très humblement ses belles meins, qu'il avoit tant de desir de venir luy mesmes et bayser, et toucher.

La dicte Dame, qui ne s'attandoit d'avoyr à présent de ses lettres, s'estant composée de contenance, mais devenue vermeille au visage, les a prinses et leues incontinent d'affection, et les a trouvées fort pleynes d'honneur et d'honneste amityé; dont m'a respondu qu'elles l'arguoient d'une grande faulte, de n'avoir escript à Monseigneur le Duc, mais qu'elle rabilleroit cella, si elle pouvoit entendre que le dict cappitayne Orsey allât au camp, et qu'elle luy avoit par trop d'obligation pour ne manquer à ce debvoir, si elle ne vouloit estre trouvée ingrate.

J'ay poursuivy à luy dire que, si, en la commission du dict cappitayne, il y avoit chose aulcune qui peût mettre en quelque suspens Voz Majestez et Monseigneur le Duc de la bonne intention d'elle, que je la priois de le vouloir promptement réparer, affin de ne deffallir de correspondance, de sa part, à la plus parfaicte et constante amityé, dont elle seroit jamays aymée, ny bien volue, de nulz aultres princes qui fussent au monde.

Elle m'a soubdein mené en une fenestre assez loing, et m'a dict, que, s'il vous playsoit luy fère cest honneur de l'employer à la paciffication de vostre royaulme, qu'elle mettroit peyne de vous y complayre de tout son pouvoir, et de conserver ce qui seroit de l'honneur et authorité et grandeur de Vostre Majesté, pour vous rendre les subjectz très humbles et très obéyssantz, et les plus modérez qu'elle pourroit en ce qu'ilz demanderoient de l'exercice de leur religion, pour n'en avoyr que aultant, et en la forme que trouverez raysonnable de leur accorder, de vostre propre grâce, pour satisfaction de leurs consciences, sans troubler le repos de vostre estat:

Et, quand à l'entrevue, que ceulx de son conseil avoient bien digéré la responce qu'elle vous y avoit faicte, laquelle vous ne trouveriez, à son advis, que desvoyât aulcunement l'affère, ains, possible, le remettroit en meilleur chemin qu'il n'estoit auparavant; et qu'elle estoit bien ayse de demeurer satisfaicte et de pouvoir satisfère aultruy de vostre persévérance vers elle, car vouloit, puisqu'elle estoit femme, me réveller ung secret: c'est que, depuis trois jours, sur quelques responces de grande importance qu'on luy faysoit attandre de quelque part du monde, l'on luy estoit venu dire que véritablement elles luy estoient mandées très bonnes et pleines de tout contantement, mais qu'en France l'on luy avoit, coup sur coup, tué trois courriers qui apportoient les dépesches, et qu'elle me layssoit juger que vouloit dire cella.

Je n'ay uzé ny de réplicque, ny de curiosité, pour fère explicquer davantage la dicte Dame, ains, l'ayant seulement pryée de vouloir radresser la commission du cappitayne Orsey, si elle ne la luy avoit donnée parfaictement bonne, quand il partit; et de vouloir escripre à Monseigneur le Duc, elle m'a promis de fère l'ung et l'autre; et puis, m'ayant fort volontiers baillé la mein à bayser au nom de Monseigneur le Duc, je me suis licencié d'elle. Qui est, Sire, le sommayre de ce qui s'est passé en ceste audience.

CCCXXIXe DÉPESCHE

--du XIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Communication officielle de la paix conclue en France.--Félicitations de la reine.--Demande de l'ambassadeur qu'Élisabeth consente à l'entrevue sollicitée par le duc d'Alençon.--Demande d'un délai pour donner la réponse.--Nouvelles d'Écosse.--Le lord de Hume et le lair de Granges retenus prisonniers.

AU ROY.

Sire, après que j'ay eu loué et remercyé Dieu de la bonne nouvelle de la paix[21], qu'il vous a pleu me mander, du premier de ce moys, je la suis allé porter à la Royne d'Angleterre, laquelle, d'un semblant fort joyeux et contant, m'a demandé, premier quasi que j'aye eu loysir de luy en entamer le propos, s'il estoit bien vray qu'elle fût faicte. Et je luy ay dict que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez estimé très raysonnable, aussytost que Dieu vous y avoit faict voyr quelque certitude, et premier quasy qu'elle fût du tout bien conclue, ou aulmoins devant qu'elle fût publiée en vostre court, d'en fère la première part à elle, affin de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confédérés, l'ayse et le plésir que vous vous assuriez qu'elle en recevroit, comme celle qui, plus que nul d'entre eulx, avoit monstré tousjours la desirer, et qui s'estoit offerte, par le cappitayne Orsey, de bien honnorablement et en très bonne façon s'employer de la fère. De quoy me commandiés de l'en remercyer de tout vostre cueur, et l'assurer que vostre résolution avoit tousjours esté, au cas qu'il fût besoing d'y appeller aulcun de voz alliez, d'y uzer les moyens et expédientz qui viendroient d'elle, sans vous ayder d'aulcun aultre prince; et qu'aussytost que le cappitayne Orsey estoit arrivé, vous l'eussiez volontiers faict acheminer au camp et à la Rochelle, pour ayder à la conclusion des articles, mais ilz estoient desjà toutz concludz; et néantmoins vous ne layssiez de vous sentir aultant obligé à elle, comme s'il en eût prins la peyne, et comme si le nom de la dicte Dame y fût intervenu; qui la priés de prendre ceste vostre dilligence, de luy avoyr faict la première communicquation de la dicte paix, et de l'avoyr notiffiée à ses ambassadeurs, premier qu'à toutz les aultres, qui résident près de Vostre Majesté, ung tesmoignage certein que vous n'aviez rien mis en oubly de ce que vous sçaviez luy en debvoir, et que vous lui promettiés, Sire, de luy approprier le bien, que vous en recepvriés, à l'utillité sienne, et aultant à la tranquillité de son royaulme, comme elle avoit tousjours monstré de desirer le repos du vostre.

[21] Paix conclue le 24 juin 1573 par la capitulation de la Rochelle, et confirmée par l'édit rendu le 6 juillet suivant.

Elle a monstré d'estre fort contante et de la nouvelle, et des propos que luy en fesiez tenir, et m'a dict que l'ayse et le playsir, que Voz Majestez en avoient, ne surmontoit en cest endroict le sien; et qu'aulmoins vous prioit elle de ne mettre aulcun aultre prince, de toutz voz alliés, au pareil reng qu'elle en cella, car elle sçavoit bien que vous luy feriez tort; et vous remercyoit infinyement qu'eussiez prins de bonne sorte l'offre qu'elle vous avoit envoyé fère par le cappitayne Orsey, et qu'eussiez cognu qu'elle estoit pure, et pleine d'une singullière affection vers tout ce qui pouvoit concerner et l'honneur de Vostre Majesté et toutz les degrés de vostre souverayne authorité sur voz subjectz, comme si elle eût voulu procéder en cella pour sa cause propre, et pour celle de sa couronne. Et m'a curieusement demandé quelles estoient les conditions de la paix, et si vostre dernier édict estoit pas restably, et toutz voz subjectz rappellés, et si le comte de Montgommery pourroit pas aussy bien retourner, comme les aultres, en vostre bonne grâce?

Je luy ay dict que je recuillerois le sommayre de ce que je trouverois, des dictes conditions de la paix, ez lettres de Vostre Majesté pour le luy envoyer, et que je ne pensois que voulussiez excepter le comte de Montgommery, s'il ne vous apparoissoit bien qu'il eût machiné quelque chose de plus que les aultres contre vostre propre personne. Et luy ay touché cepandant aulcuns poinctz des susdictes conditions pour voyr comme elle les prendroit, qui ne m'a faict semblant de les trouver sinon assez raysonnables. Et, après, j'ay adjouxté que, de tant qu'à ceste heure les ostacles, que ceulx de son conseil avoient mis au faict de l'entrevue, estoient ostés, et que la guerre contre ceulx de leur religion, en laquelle ilz les avoient fondés, s'estoit terminée en la façon, que eulx mesmes desiroient, d'une bonne paix et d'ung amyable accord; et que Monseigneur le Duc ne se trouveroit plus ny sanglant ny meurtrier des dicts de la nouvelle religion de devant la Rochelle, ains possible aultant leur amy et bienvueillant que prince de la Chrestienté; que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, me commandiés de luy incister qu'elle vous voulût rendre une responce bien entière à vostre offre, et me déclarer qu'elle l'acceptoit; et que me feist dellivrer les seuretés.

La dicte Dame m'a respondu que ma demande estoit raysonnable, et qu'elle ne la vouloit différer, et manderoit venir milord trézorier, et les aultres de son conseil qui estoient absentz, pour en dellibérer avec eulx, affin que, devant le XVe du présent, auquel jour elle dellibéroit de commancer son progrès, elle me peût rendre sa responce; et que cepandant elle verroit ce que le cappitayne Orsey et son ambassadeur, résident, luy en escripvoient, desquelz le pacquet venoit tout présentement d'arriver, mais leurs lettres n'avoient esté encores lues. Et m'a demandé là dessus si je sçavois que le dict cappitayne Orsey s'en revînt.

Je luy ay dict que je n'en sçavois rien, et que j'estimois qu'il feroit sellon qu'elle luy avoit commandé.

A quoy, après avoyr esté ung peu pensive, elle m'a continué dire qu'il avoit charge de suivre ce qu'il verroit qui plus vous pourroit complère, et qu'il sçavoit bien la bonne et droicte intention qu'elle avoit à Voz Majestez.

Et, après, je luy ay sommayrement touché les particullaritez, dont il avoit traicté avecques vous, et la satisfaction qu'il vous avoyt donnée, et que seulement vous restiez esbahys comme il ne vous avoit faict aulcune mencion des choses d'Escoce, bien que la lettre d'elle en parlât.

A quoy soubdein elle m'a respondu qu'il avoit attendu qu'on luy en commançât le propos, mais qu'avant partir il vous en rendroit bon compte, et sommes passez à quelques aultres gracieux propos de son progrès, et des chasses qu'on dellibéroit de luy monstrer en chemin.

Et puis, ay communicqué aulx seigneurs de son conseil la mesmes desirée nouvelle de la paix, qui ont monstré toutz de s'en resjouyr; et ainsy me suis desparty d'elle et d'eulx.

Cepandant le Sr de Quillegreu est revenu d'Escoce, avec ung grand nombre de papiers et chiffres qui ont esté trouvés dedans le chasteau de Lillebourg. Le dict chasteau est gardé par James Douglas, frère bastard du comte de Morthon, et par le cappitaine Humes; milord de Humes a esté remis prisonnyer dans le mesmes chasteau, et le layr de Granges envoyé à Loclevin, et les aultres principaulx distribués en aultres lieux. Les soldatz, qui ont suivy le party du dict de Morthon, passent peu à peu en Ollande, et ceulx du party de la Royne s'en vont servir le roy de Suède, de sorte qu'il en sort envyron quatre mille du pays, ce qui fera davantage continuer la paix. Milord Claude ny Adam Gourdon ne bougent; le cappitayne Cauberon a suivy, icy, le dict de Quillegreu, et dict on qu'il a charge du comte de Morthon de requérir l'évesque de Roz comme rebelle. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juillet 1573.

CCCXXXe DÉPESCHE

--du XXe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Groignet, mon secrettère._)

Retour du capitaine Orsey à Londres.--Négociation du mariage.--Sollicitations du comte de Morton pour obtenir d'Élisabeth l'autorisation de mettre à mort les seigneurs écossais pris dans le château d'Édimbourg.--Soumissions faites par les Français réfugiés en Angleterre.--_Mémoire._ Détails d'audience.--Négociation du mariage.--Consentement d'Élisabeth à accorder les sûretés nécessaires pour l'entrevue.--Plaintes du roi au sujet des affaires d'Écosse.--Sollicitations de l'ambassadeur en faveur de l'évêque de Ross, qui est réclamé par le comte de Morton.--Déclaration de la reine qu'il ne sera pas livré.--_Avis à part à la Reine._ Mécontentement de Leicester.

AU ROY.

Sire, trois jours de reng, le conseil a esté tenu à Grenvich pour dellibérer de la responce qu'on avoit à me fère, où j'entendz que les choses ont esté merveilleusement débatues, non par contention de parolles, mais avec des argumentz pourpousés de si loing, et si artifficieusement recherchés, qu'on a mis ceste princesse à ne sçavoir à quoy se résouldre; et le cappitayne Orsey a esté dilligemment examiné de ce qu'il raportoit de vostre intention, et de celle de la Royne, vostre mère, et de l'estat des choses de France: dont me suis présenté au dict lieu, le XVe de ce moys, comme je y estois assigné, pour ouyr ce qu'on me voudroit dire, dont je mets le récit à part. J'adjouxteray, icy, que le comte de Morthon inciste fort que la Royne d'Angleterre ayt agréable qu'il puisse fère exécuter à mort ceulx qu'il a prins dans le chasteau de Lillebourg, à quoy semble qu'elle fermera les yeulx, pour d'autant confirmer son party; et j'entendz qu'elle a ordonné quelque nombre de gentilshommes ses pencionayres, au dict pays d'Escoce, desquelz je mettray peyne de sçavoir les noms. Le Sr de Villy s'en est retourné vers Vostre Majesté et le Sr Voysin, son compaignon, reste encores icy, qui ont toutz deux, ainsy qu'ilz disent, trouvé ez francoys, qui sont par deçà, une bonne disposition vers vostre service. Le comte de Montgommery, à ce que j'entendz, n'a attendu que le retour du cappitayne Orsey pour envoyer devers moy. Je orray ce qu'il me mandera. Le Sr de Languillier est venu très libérallement offrir sa personne, et sa vye, pour vostre service, et de vouloir vivre et mourir vostre très humble subject. Mr le vidame ne peut trouver qu'il soit suffizamment pourveu, par les articles de la paix, à la nécessité de leur religion; néantmoins que ce ne sera luy qui yra rien recalculer là dessus, et percistera à vouloir jouyr, en pacience, la paix et bonne grâce de Vostre Majesté. Et sur ce, etc.

Ce XXe jour de juillet 1573.

MÉMOIRE.

Sire, après avoir grandement remercyé la Royne d'Angleterre de l'offre qu'elle vous avoit envoyé fère, de s'employer à la paix de vostre royaulme, et de persévérer en la ligue, je luy ay dict que, ayant Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ouy, par deux foys, le cappitayne Orsey, et vous estant, après l'assurance de la paix, bien fort explicqués à luy et à l'ambassadeur, résident, touchant le propos de Monseigneur le Duc et de l'entrevue, vous estiez restés fort esbahys qu'ilz vous avoient layssez aussy incertains et irrésolus de l'intention d'elle en cella, comme si le dict Orsey n'en eût eu nulle charge; et pourtant me commandiés d'incister à obtenir la responce qu'elle me voudroit donner sur la dicte entrevue, et d'impétrer les seuretés qui estoient pour cella nécessayres.